‹ Censure de 1827Chapitre 56 sur 91 · AFFAIRES DES THÉÂTRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES DES THÉÂTRES

OPÉKA-COMIQUE.

Le coup detat, frappé en même temps sur le^^ contratH , sur les droits acquis, sur les arts et sur la charte y le coup d'état de TOpéra-Comique est, depuis le règne de la censure , révénement qui , préoccupe le plus vivement les esprits. Rien en eâet ne caractérise plus nettement l'administration qui pèse sur la France. Le mépris de la pro-. priété privée , l'insulte aux lois , le dédain des

talents les plus chers au public , l'aggression aux plaisirs de ce public que Mazarin du moins aimait à voir s'amuser quand il l'opprimait, ajoutez des détails d'intrigues déplorables , des noms de femmes, des bruits d'argent, vous aurex , monsieur, une juste idée de ce scandale , et vous ne vous étonnerez pas de voir la censure biffer tout ce que les feuilles publiques ont essayé d'insinuer sur cette révolution de coulisses. Mais vous

penserez peut-être qu'un jour les chambres , demandant compte au ministère de l'exécution des lois, auront peine à croire qu'il y eût une loi excep-

. (57) tioaDelle établie pour dérober les affaires adtaiinis^ tratiyes des théâtres aux regards de là France. Croyez-vous, monsieur , qu'à Rome là dictature ait jamais été invoquée pour faire passer une réforme de chanteurs ou de comédiens, et vous souvient-il que dans la fameuse discussion de nos assemblées sur ^^ circonstances graves où la monarchie pouvait être précipitée, l'événement de Feydeau ait été prévu ? Est-il démontré àvosyeux que notre caveant consules reçoive une légitime et convenable application dans l'interdit jeté sur les réclamations de Huet ou de Poncbard, et sur les autres pièces que je transcris ?

Paris ^ le 27 juillet 1827.

Monsieur ,

Nou»8ommes arrivés à un point où le silence de notre part serait trop mal interprété. Il est de notre devoir d'éclairer le public sur les menées , les injustices et les dégoûts dont on abreuve continuellement des artistes dont le zèle ne s'est jamais démenti, et qui n'ont pas cessé de chercher à mériter la bienveillance et l'estime dont on les honore. ,/ Un journal, qui se dit Fami des artistes, prétend que nous. sommes des révoltés, des gens sans frein , et que l'autorité protectrice ne saurait «trop sévir contre nous. Nous commencerons par demander à ce même journal qui peut l'avoir si hîen instruit de nos discussions intérieures , et quei heureux hasard lui a toujours fait pressentir les mesures

quç ta direction i» vouli» pi^wlnQ? Semitui]^ «oxufcire on lé dit, pa^jé pouroela? Nous ne ppuvoas €toire qt^ l'aittortlé supérieure voulût se compromettre au point de faire atta<4 quer de la sorte ses subordonnés i de la part de M. Pixérécourt, tloiis en serions peii surpris.

-Quôiqt^il en soit, puisqu'on nous traite de révoltés, it Ême bien nims dlscùl{>e^. PeutH>n qualifier de révolte la dedemvode.rospectueiose du renvoi d^un bomhie qui , par s» conduite > a^spi^Oédée et f(i>i^iivQtti9 gestion^ s'est remixi indignç de dirig^i' W^ oorps d'artistes estimable»? EstHse de révolter, que dire : Le directeur a mal géré pendant troif années , car la somme totale des recettes , pendant cette période , a été de trois millions cent mille francs ^ et les dé-;penses se sont élevées à trois millions cent trente - sept mille francs?

M. Guilbert de Pixérécourt attribue à sa gestiop les avantages !de cette recette ^ supérieure à celle qu'on avait faites dans les années de la plus grande prospérité du théâtre. Sans parler des auteurs et des compositeurs, qui auraient peut-être le droîi de s'en attribuer la plus grande part, nous voulons bien lui en laisser k gloire ,. et ne rien revendiquer pour nous dans çei résaltats ;: mais qu'il convieBne qué^ ^«* ■lais les dépenses n'avaient été portées aussi loin s tant que celles^ dépasseront les autres , il est évident qu'on conduit le théâtre et les sociétaires à leur ruine. Cependant, noê réclamations à ce sujet ont été infructueuses ; en vain la prudence et l'écoïKMaie ont été invoquées : non-seulement nous n'avcHEis reçu aucune réponse satisfaisante, mais encore on a repoussé avec un mépris insultant les conseife que nous dictait le bien de l'étaidissement.

. On jious qualifie de révoltés! On dit que nous mécon-

nnisaoïis nos devoirs envers l'autorité, et en même temps* on se plaint de notre silence lors de la lecture d'un aele <|uaHfië Ordonnance , qui attaque nos actes notariés et tous les droits desquels nous n'avons pas fait abandon. Que d'inconséquences dans ces inculpations! Quoi ï.des révoltés se taisent devant une autorité qui s'est déclarée représenrter la Majesté Rojale f ils se taisent en écoutant respectueusement tout ce qu'on leur dit être émané du trône ! ils se bornent à protester contre ce qui attaque leurs droits! Eie'fst oe silence fu'on travestît en révolte 1 oe sont ces luNBitai€fi qa'09 présente comme des^ séditieux 9 aana fmn^ efe sans respect pour le pouvoir I

Aujourd'hui encore , on cherche à faire penser que leur désir est de ressaisir les rênes de l'administration ; on les accuse d^ainbition ; on Fait l'énumération de leurs prétendus appoii^temens, en demandant où ils pourraient espérer mieux? nos lettres adressées à M. le duc d'Aumont, et qui ne tarderont pas à paraître , ainsi qu'un Mémoire où seront établis nos droits et nos justes réclamations , prouveront que notis acceptons le régime administratif que l'autorité nous a donné ; mais que noijs sollicitons seulement une di-^ rectibn sage; impartiale , et dont les formes adoucissent les mesures, plutôt que de les aggraver par des duretés ou des procédés outrageans.

Nous n'ajouterons plus qu'un mot,, et il en dira plus que tout le reste. Dussions-nous ne pas rencontrer ailleurs les avantages que nous avons ici, que îe public Juge la position dans laquelle nous nous trouvons, en apprenant que nous aimons mieux renoncer à ces mêmes avantages, nous expatrier, et quitter tous les objets de' nos affections , plutôt que d'accepter notre déshonneur en gardant un

maître tel qwe M. Pixérécourt, et les nouvelles lois qu'il veut nous imposer.

HUETy P0NCBARD9 A. flÉRÉOL, LàFEUILLADE^

Yalârs, Gbollet;

M"*** Boulanger, Rigaut^ Ponchard^ Z, I^Révosr,, ■ £, Colon.

La Reinie musicale , journal qui doit ses pai^ sibles succès à la manière consciencieuse et éclai-»^ rée dont M. Fétis, qui en est Téditeur, remplit ce titre , n'a pu consacrer à un événement qui est si éminemment de son domaine les réflexions suivantes :

La crise de l'Opéra -Qomique est fort sérieuse^ et ne pa<^ raît pas pouvoir se terminer par un arrangement à l'amiable » On se rappelle qu'au printemps de 1826, de vives, discus— sions se sont élevées entre les sociétaires et le directeur de ce théâtre y au sujet des comptes de l'année que le directeur refusait de soumettre au contrôle de la société. Des bruits injurieux s'étaient répandus dans le monde^par représailles^ des acteurs avaient été exclus du théâtre. Enfin une espèce de trêve avait été conclue , et l'on vivait dans un état d'ol>» servation. Be nouveaux sujets de dissension ^ joints aux premiers griefs , ont rallumé la guerre entre Içs acteurs et M. Pixérécourt; il en est résulté une ordonnance qui dépouille les sociétaires des droits qu'ils tenaient de leur acte de société. Par une singularité remarquable^ l'ordonnance

récoiinaft l'exiatence' dé cet acte, et sa yaliditéjusqu'ep i>83i, et .néanmoins elle en clmnge.et modifie les clauses. On avait cnl josqa'tçi qu'attcun^e* puissance humaine ne pouvait annuler ni modifier un acte contracté de boQne. foi , et. conformément aux lois existantes^ Quoi qu'il en 8oit> onze sociétaires , qui sont : Huet , Poncliard , Lafeûillade , Chollety FéréoIy^^Yalère, et Mesdames Boulanger, Rigaut, Prévost y.Poncbard et Colon, ont donné leur .démission en déclarant qu'ils pourraient accéder à l'ordonnance , mais qu'ils demandaient préalablement à M. le duc d'Aumont le renvoi de leur directeur actuel , M. Guilbert de Pixéré-* court,. Il est dtflSdle de prévoir la fiii de tout ceci. Quant au moment présent, les acteurs qui viennent d'être nommés ajant cessé de jouer, le répertoire se trouve arrêté presque on totalité , et les études sont suspendues.

( Rognures de la Revue musicale )

, CBONIQUB 4IUSICALB DU, JOUBNAI. DES DEBATS.

Une ordonnance du ii^ de ce mois, contresignée^ on ne dit pas. par qui , vient de faire cesser les chants du plus grand nombre des virtuoses de l'Opéra-Comîque. Une lettre , signée par MM. Huet, Poncbard^ Lafeûillade, Va— 1ère, GboUet, A. Féréol, et par mesdames Boulanger^ Rigaut, Poncbard, Z. I^révost, E. Colon, nous a été adres-. sée à ce sujet.

Cette lettre nous donne connaissance des réclamations formées par les signataires auprès de l'autorité, pour l'exécution de l'ordonnance de 1824, violée par le directeur^ dont ils demandent le changement. Ils se plaignent de ce qu'on les accuse ouvertement de vouloir ressaisir la portioiu

de leurs droits qu'ils ont aIiaiid«Mnée de leur gré, et prient le {Hiblic 9 dont ils ont re^ si souvent des preuTes d'indulgence et de bonté , de suspendre son jugement k leur égard jusqu'au moment on ils auront pu lui faire apprécier leur réserve respeetueu^a et la légitimité de leurs plaints». Une publication, devenue nécessaire y fera connaître Fensemble et les détails de cette afiGûre. Ik eertifient qu'ils ont rempli les obligations que leur acte de société et l'ordonnaaoe de i8a4 leur imposaient; qu'il est vrai qu'on leur a lu une ordonnance, mais sans la leur notifier de manière à ce qulls pussent en apprécier les dispositions et consulter sur le droit qu'ils ont de réclamer le maintien d'un acte re^ par un notaire.

En attendant , -et jusqu'à ce qu'ils aient eu communica-» tion régulière du nouvel acte, et sauf toutes les voies 1^ gales d'opposition et de pourvoi qui peuvent leur appartenir, la force d'inertie et de protestation est le seul moyen qui leur reste de constater l^oppresfiion qui les memiee.

Le préambule de l'ordonnance du 17 juillet porte que l'administration actuelle a dirigé le théâtre de l'Opéra-Gomiqne de la manière la plus satisfaisante , et qu'elle a placé la musique française dans un rang distingué. Noils devons le croire; mais^ en vérité, nous ne nous en doutions pas. — Le directeur est investi des pouvoirs les plus étendus. — Les assemblées de répertoire sont supprimées. —-Le directeur est chargé de la composition du répertoire. — Les comédiens sont divisés en trois classes, savoir : les sociétaires , les pensionnaires et les acteurs à l'essai. La qualité de sociétaire ne confère aucun droit de s'immiscer dans la gestion et administration du théâtre , sous quelque rappori que ce soit.

De sorte que les sociétaires n'auront d'autre souci que

de travailler avec zèle , de se rendre agréables au public ,

d'enrichir la Société; le reste doit leur être tout-à-Fait

étranger. Ils ne doivent lire que dans leurs rôles, et jamais dans les partitions du caissier. Les sociétaires sont réduits à dix, et leur qualité cçsse après quinze ans de services effectifs. Leirr part entière sera de 8,x)oo frs^ncs , plus les feux de 24 francs, que M. le premier gentilhomme de lacha^ibre du roi , chargé àe la haute administration du théâtre , accordera aussi aux pensiohnaires ,. quand il le jugera con-^ venable, et comme le dit la chanson de madame Gail.,

Sous vot* bon plaisir, monseigneur.

Les coalitions qui forceraient à faire relâche seront punies d'ui^e amende ifi 3,000 francs par jour, qui sera prélevée sur les appointemens du mois, et versée dans ia caisse générale.

Je ne puis rapporter ici toutes les dispositions de cette ordonnance , qui est la loi d*amour et de justice de l'Opéra- Comique. J'arrive à la dernière : Tout sociétaire expulsé perdra ses retenues, improprement scp^eléesjbnds sociaux, ses droits à la pension , les places qu'il aurait dans les établissemens royaux , et ne pourra jouer sur aucun théâtre du royaume. M. de Pixérécourt aurait pu être plus laconique, en mettant tout bonnement : sera fusillé. Mais on ne fusille pas pour cela ; n'importe ! il y a commencement à tout. Un cocher peut être expulsé de chez son patron , et trouver aussitôt une place dans l'hôtel voisin ; et un artiste recommandable par ses qualités personnelles et par son talent, est obligé de renoncer à sa patrie, à son état, à sa fortune, parce qu'il aura déplu ti un directeur de spectacle.

Si les sociétaires sont réduits à dix; si, dans qqatre ans, QDe nomrelle société succède à la première , les pensions aeqoises auront-elles une garantie suffisante ? Nous reviendrons sur cette allai re importante quand elle sera discutée devant les tribunaux, où Ton décidera si une ordonnance peut porter atteinte aux droits de la propriété. Je n'entrerai pas dans de plus gionds détails ; beaucoup de points méritent pourtant d'être commentés, mais trente pages ne suffiraient pas pour tout ce qu'il j aurait à dire. J'aime mieux terminer cet artide par quelques idées sur la ma-: nière dont on devrait laisser administrer les théâtres de Paris; elles trouvent naturellement leur place dans cet articles.

Rien n'est plus funeste à l'art dramatique , aux progrès d^ l'art musical , que les privilèges. Ces monopoles de C07médies et d'opéras ne laissent aucune ressource aux jeunes auteurs ; il faut bien peu d'ouvrages pour alimenter deux théâtres ; les musiciens connus par des succès se chargent de ce soin , et.de temps en temps , pour la forme , l'on accorde à quelque débutant la faveur de se faire siffler dans un petit opéra en un acte, bien rétréci, bien dépouillé de musique, et réduit aux formes et 'à la durée fixée par l'îgnorance et la routine pour que ce supplément de spectacle retienne les spectateurs sur les banquettes jusqu'à dix heures et trois quarts. Un opéra de ce genre est absolument comme la balle que l'on amoindrit jusqu'à ce qu'elle soit de calibre et qu'elle entre avec justesse dans le canon. On dit à nos jeunes champions: Oui , vous combattrez, mais on vous liera les pieds et les mains ; la défaite est certaine , ce premier essai doit être le dernier : et voilà ces compositeurs rejetés dans la foule des maîtres de chant, dfs piano, et mcmjç de solfège.

Pourquoi le gouvernement s'obstine -t- il à donner des soins aux théâtres de Paris , à leur accorder de prétendus secours , que les conditions onéreuses dont ils sont accompagnés rendent inutiles y nuisibles même ? Pourquoi ne pas laisser le commercé des bémisticbes et des doubles croches dans une eutière liberté , sans secours , mais sans impôts. Est'^îl rien de plus absurde que de donner d'une main ce que l'on enlève de l'autre 7 Le théâtre de rOpéra-<-Gomiqué reçoit du ministère de la maison du roi une subvention de l5o,ooo francs. Le prélèvement du dixième des recettes pour la caisse des îndigens s'est 'élevé quelquefois à plus de loo,oôù- francs au même théâtre. C'est donc pour une misérable somme de 4o à 5o,ooo francs , que le ministère accorde , et qui représente la recette de vingt jours , qu'une administration aussi importante que celle de l'Opéra-Comique doit être soumise à tous les désagrémens d'une régie étrangère , à toutes les tracasseries des moindres employés de^ bureaux.

Rien de plus singulier que 1 amalgame que présente la comptabilité de la liste civile : les églises et les théâtres, les prêtres et les comédiens recevant des secours qui leur sont offerts par la même main !

Le miniàtère se plaint sans cesse dés charges trop forteÀ que les théâtres font peser sur sa caisse. Les comédiens répètent sans ciesse , '

Titneo Danads et dona/èrent&s !

On pourrait d'un seul mot mettre tout le monde d'accord , et affranchir les bureaux d'un travail minutieux et dont les résultats sont parfaitement inutiles. A l'exceptioû d« l'Académie rojale de musique et de danse , qui ne

pourra jamais deveDÎr ùoe. entreprise particulière , il faudrait accorder entière liberté aux directeurs, des théâtres de Paris , et les abandonner tout«à«*fait aux hasards des événemens, aux inyentions.de leur génie, à l'adresse de leurs manœuvres. Point de secours > et. point d'impôts; allez y élevez des théâtres dans la rue Plun^et^ j^a^ cez vos salles près de la Bourse ou près du Jardin du ifioi ; jouez Topera ou la pantomime, la comédie ou le nélodrame , dansez sur la corde ou sur les planches ; tout vous est permis. Âhiassez des trésors, ou faites banqi^rpute; payez ou ne p%ez pas. vos pensionnaires, cela ne nous regarde pas. Je pense qu'une tell« licence n'aurait que d'ex* cellens résultats, et délivrerait la caisse royale dçs obligations énormes qu'elle a -en quelque sorte contractées avec les théâtres royaux.

Maintenant, il faut prévoir l'objectiou que l'on nemaa*qucra pas de me, faire au sujet des progrès de l'art, de la conservation du goût dans toute sa pureté , et autres prétextes vains dont on se sert pour fsgre croire à la nécessité des privilèges dramatiques. Ce qui doit assurçr les progrés des arts qui concourent aux représemtations théâtrales, c'est la civilisation littéraire et musicale du public , c'est le goût sûr et exercé des personnes qui fréquentent le#> ^eotacles. Pourqui la comédie à ariettes a-t-eUe prévalu contre l'opéra? C'est qu'elle a le privilège de se montrer dnios le quartier le plus populeux de la capitale, dans les lieux fréquentés par les étr^uagiîrs ^ cUestelle bien plieuse pour un théâtre. On dtoit peut-être qu'à l'instant où la licence que je réclame sera donnée , Paris verra construire vingt salles nouvelles ; point du tout ; les capitalistes et les entrepreneurs ont encore dans leur tète un petit laorceau de

' 09tte jadtciair€ que Molière a placée dans la tête de Léonard de Poarecaugtiac ; ils ne s'élanceront pas étourdtment dans la carrière sans avoir calculé toutes les chances de succès et sans avoir prévu les reveri.

L'époque la plus brillante «fe nos fastes dranlatiqves est eette où l'on a ru le (Léalre. Féydeau s'<élev«r à côté de la salle Favart. Peat«étre ne £eraibH»n pas «n second théâtre d'opéra-eomicpie, mais il £iadrait qu'on put le faire, et cette certitude serait d^uns influence bien grande sur celui .qui existerait. Les acteurs redoubleraient de zèle, l'opchestre jouerait juste, ou s'empresserait d'augmenter le flombre des ehanteurs et des symphonistes ; les nouveaux auteurs ne seraient pas rebutés sans cesse , et l'on craindrait le résultat de leur désespoir. Tandis qu'à présent ce résultat ne peut les mener qu'à sacrifier leurs études » leitrs talens, ou bien à se précipiter dans la Seine, et c'est île quM Vvn se eoufiiesort peu.

Presque feèutes les affaires relatives aux théâtres sont portées devant les tribunaux de commerce 9 le choix de <cette juridiction est consenti par les parties dans tous les actei d'cngagvmens^ dans toutes les soumissions qui unt pour objet des fournitures. L'exercice de l'état de chanteur «t de comédien est un véritable commerce , et les dîree*teniîssaiit

De fort honnêtes gens Oui , pour des prix également honnêtes,

donnent des cavalÂnes et des duos , des tirades et des finales., UMntrent des palais et des prisons , des bosquets et des cavernes , de joyeux festins et des massacrc;s épouvantables* a&x amateurs qui se rendent en foule dans leurs briUans

Magasins. C'est d'après le même principe* d'échange. que Torioni distribue des 'glaces et des sorbets ; tandis qae son ▼oisin le pharmacien régale ses dUettanti avec dés médecines composées. Pourquoi le commerce des cavatines.et des sjnnphonies ne jouirait— il pas des mêmes immunités accordées aux autres espèces de commerce? Un actirâir s'engage avec un directeur. Avant de signer le contrat'^ le virtuose a pris ses informations sur le degré de solvabilité dé celui qui doit lui pajer ses appointémens ; le directeur s'assure si* son ténor a un beau >o/ de poitrine, s'il pepit aller au'r^ au mojen du faucet, si sa basse dbaniante a. de ragilité^i si sa preàiière cantatrice est d'un extérieur agréable, et si elle peut marcher sur les traces des Rigaut et des Boulangers. Il s'informe encore si ses pensionnaires sont d'un caractère qui donne des garanties pour le bien du ser- ■ vice. Ces pactes arrêtés et signés, on se met en macche, et si quelques difficultés graves se préisentent ; on a recours à des arbitres ou amiables compositeurs, ou bien au jugement des tribunaut.

On craint qu'il n'y ait trop de théâtres , et que la sùr*veillance à iexeroér sur eujc no donnât trop de soiiû. Je c^ terai un exemple dont on peut faire l'application au sujet dont je m'occupe en ce moment. Un lord y qui habite 'Am^ boise , sollicita et obtint de monseigneur le duc d'Orléans la faveur de chasser le sanglier dans les forêts de ce prince ; mais sous la condition expresse , acceptée sous le sceau de sa parole d'honneur, de ne tuer que trois sangliers par an. Les inspecteurs des forêts, voyant un chasseur si déterminé, craignaient qu'il ne dépeuplât le pays. Voilà déjà six ans que la licence est accordée , et milord n'a fait mordre la poussière à aucun individu de la gent marcassine : il avait pourtant acquis le droit d'en tuer dix-huit. Il se trouve ré-<

duit à parodier la chanson du coucou , en disant : Les j ongUers sont gros , mais on n'en tue guère, mais on n'en tue pas.

J'ai refusé souvent des directions de théâtres; les entraves qu'on y rencontre, la rigUeur de l'esclavage dans ]ec[uel ou retient les infortunés entrepreneurs, m'en ont toujours éloigné. Mais si on obtenait la liberté de faire tout ce qui peut être utile au bien dé l'art et aux plaisirs du public , j'éprouverais une vive satisfaction à former un établissement de ce genre , je ne serais point inquiet sur les résultats , et beaucoup de personnes partageraient ma confiance. Je tiens particulièrement aux réalités , et je voudrais pouvoir juger de l'effectif de la recette du jour par l'inspection de la salle. Les droits des auteurs seraient augmentés en proportion des billets dont on les priverait. Plus de loges données au pouvoir ou à la faveur , plus d'entrées gratuites sous quelque raison , prétexte , excuse que ce soit ou que ce puisse être. Les claqueurs paieraient leur billet au bureau, et ne se verraient plus exposés à être mis à la porte. Rien n'est plus nuisible aux théâtres que la distribution des billets gratis ; une infinité de personnes attendent patiemment leur tour pour jouir d'un plaisir qui ne coûte rien ; ôtez-leur l'espérance d'entrer de cette manière , et le plus grand nombre ira saluer le buraliste dès la seconde représentation d'une pièce nouvelle. Jouez des pièces qui intéressent et qui piquent la curiosité , vous au^ re^ des spectateurs utiles y et bien des gens qui ne peuvent arriver au théâtre qu'une heure après que le rideau est levé , s'y rendront alors avec confiance , tandis que maintenant ils s'en abstiennent a cause de la certitude qu'ils

ont que les places que l'administration avait présumées de»

voir rester vides , ont été occupées par les amis de la maison. Sartont point de pensions de retraite; j'ai déjà prouvé qae ce système de comptabilité ne pouvait pas convenir k me administration théâtrale. De forts appointemsns pour les services présens et rien pour le passé ; madame Gatalani y madame Pasta ne reçoivent aucune pension , elles ont su pourtant se constituer d'honnêtes revenus.

En attendant que l'on accorde à nos théâtres cette liberté si désirée par les véritables amis des arts , je fais des vœux pour que les sociétaires de l'Opéra-Gomique soient maîtres chez eux , malgré le tort immense que la retraite d'un directeur aussi habile et aussi aimable que celui qu'ils ont le bonheur de posséder , pourrait faire à la musique française, et je suis tout prêt à prendre la défense des intérêts de M. de Pixérécourt, si jamais une ordonnance prétend le troubler dans sa propriété du théâtre de la Gaieté , où il a moissonné tant de lauriers, et à la prospérité duquel il aurait bien du se consacrer exclusivement. X. X. X.

(Rognure du Journal des Débats.^

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