PORTE SAINT-MARTIN
La censure , dans sa sollicitude fidèle poiir le salut du trône , a supprimé tout entier au Jour' nul des Débats l'article qui suit ; l'histoire même des théâtpes sera interdite à notre liberté constitutionnelle! Il est vrai que le pouvoir absolu semble débarqué sur les planches, et trôner provisoirement à la comédie, en attendant un plus digne destin.
— - L'autorité vient d'ordonner, par une décision fondée, dit<-on , sur la nécessité de pourvoir a la sûreté publique , que le théâtre de la Porte-Martin serait inimédiateraeni fermé. Cette clôture sera définitive, et elle aura Heu dans les premiers jours du mois d'août. La salle de la Porte- Saînt-Martin , construite en cinquante jours , sur les plans de l'architecte Lenoir, après l'incendie de l'Opér$i situé au Palais-Royal , fut ouverte pour la première fois au pu-> blic le 27 octobre 1781. Après que l'Académie royale de Musique eut été transférée au théâtre que mademoiselle Montansier avait fait construire , rue de Richelieu , vis-àvis la Bibliothèque du Roi , la salle du boulevard Saint- Martin fut occupée successivement par diverses troupes dans lesquelles on distinguait quelques sujets qui depuis ont figuré ou figurent encore honorablement sur des scènes plus élevées : parmi ces acteurs estimables , nous ne citerons que deux sociétaires du Théâtre-Français, mademoi-*
selle Rose Dapnîs et madnme Tousez. Dans les dernières années dn régime impérial , le théâtre de la PorteiSaint* Martin resta inoccupé. Sa réouverture eut lieu le 26 décembre 18149 «n vertu du privilège accordé par M. l'abbé de Montesqniou, alors ministre de l'intérieur, à M. Saint- Romain. Ce privilège, cédé au bout de quelques années par M. Saint-Romain à M. Lefeuve, et par ce dernier à messieurs Merle et Deserres , était exploité depuis un an par M. le baron de Montgenet , capitaine au corps royal d'étatmajor. Nous déplorons la nécessité impérieuse qui va tout d'un coup priver de leur industrie plus de deux cents personnes attachées au théâtre de la Porte-Saint-Martin. M. de Montgenet est, dit-on, nommé directeur du théâtre royal de l'Odéon, en remplacement de M. Sauvage, successeur de M. Frédéric du Petît-Méré, et qui se démet volontairement des fonctions auxquelles il avait 'été tout récemment appelé. Le motif de cette démission est, dit-on, la réduction de la subvention annuelle accordée à l'Odéon par le ministère delà maison du roi. M. de Montgenet apporte avec lui , du boulevard , le mélodrame , le vaudeville et les ballets. On assure qu'à la faculté de représenter des tragédies , des comédies nouvelles et des opéras traduits , il joindra encore celle de jouer des opéras-comiques nouveaux. Cette dernière clause, ajoutée au nouveau privilège de l'Odéon , était depuis long-temps réclamée par tous les amis de l'art musical. Elle est propre à favoriser les progrès de ce bel art, en ouvrant une nouvelle arène aux jeunes compositeurs qui assiégeaient inutilement les avenues de théâtre Féjdeau , ou qui ne gravissaient la scène de l'Opéra- Comique qu'après avoir souffert tous les dégoûts , et subi les ordres souverains de la routine et de l'ignorance 9 qai ,
depuis trois ans , se sont emparées violemment de ce malheureux théâtre. M. de Montgenet , affranchi, par la déci» sion supérieure qui ordonne la clôture du théâtre de la Porte-Saint-Martin , de ses engagemens envers les acteurs de ce théâtre, est tenu de remplir tous ceux de MM. Sauvage et Frédéric envers les acteurs de l'Odéon.
(Rognure du Journal des Débais») THÉÂTRE DES NOUVEAUTÉS.
M. le chef de division de la censure a des intérêts dans ce théâtre ; aussi la troupe est*elle tenue de faire du prosélytisme politique et religieux , d'insulter Voltaire en vaudevilles , et de continuer en couplets les catiMnaires de M. le garde-des-sceaux contre les in-32 , toutes choses qui seraient fort simples , si , pour assurer le succès , la police n'entassait pas dans le parterre une cohue de sectaires qui poursuivent jusques sur la place publique de leurs injures menaçantes les spectateurs indépendans des loges , et si le format condamné sur la scène pouvait être ailleurs défendu, si tout hommage au chantre de Henri lY n'était pas interdit par les administrateurs souverains de liberté de la pensée. En vertu de la loi sur les circonstances graves , ces lignes ont été retranchées d'un feuilleton :
Que dire de trois jeunes gens qui s'unissent en 1827
pour commeDcer au théâtre , contre Voltaire , une petite croisade auxiliaire de celle qne préclient contre Ini, dans le désert, ses ennemis les plus acliamés, ponr prouver à 1a société dn dîx-nenTiéme siéde qn'entre dix individus , s'il s'en trouve un capable de faire des sottises on de se souiller par des iiassesses, c'est celui-là seul cpii croit au génie de Mahomet et de la Heiuiade.
(Rognure du Journal des Débats J) GYMNASE.
L'État a coura des hasards plus grands. Le Constitutionnel y dans une analyse détaillée d un yaudeville , disait : c M. de Robeitrille amye ; il > reconnaît safetkme, et s^ enfuit épauvcaué. Ger- «vais, prosterné aux pieds de madame Ger- > mon, etc.» Les mots qne je souligne ont diqpaSrn* Pourquoi ? Personne ne le sait. Mais il y ayait apparemment un poison caché, que le public n'aurait pas découvert. Peut-être quelque renommée importante risquait d'être lésée par d'indi»* crêtes applications. Peut-être... Quoi qu'il en soit,
la raison d'Etat exigeait le retranchement. Béni soit le limier de la censure qui y a songé ! Et n'est-il pas heureux que la treizième année du règne de la Charte , les franchises publiques , nos affec* tions, nos espérances, nos sermens aient plié sous un coup d'État , qui préserve ainsi de faux
pas ftinestes Tesprit et le jugement de tPeate» deux millions d'hommes !