‹ Censure de 1827Chapitre 72 sur 91 · ÉTAT DE L'ITALIE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE L'ITALIE

Nous n'ignorerons pas seulement nos affaires ; la France doit ignorer aussi celles du reste du monde. Nos tuteurs craindront pour notre innocence tous les voyages. Qu'irait faire notre curiosité dans les contrées lointaines? Rencontrer sur toutes les mers le pavillon anglais qui domine et protège ! entendre sur tous les rivages des vœux et des louanges pour les droits de la pensée, pour les franchises des nations, pour la liberté enfin ! Le ciel nous préserve d'entendre de tels noms ! Restons claquemurés dans notre charte, pour que ces noms funestes n'arrivent jamais jusqu'à nous.

Les fils de l'Angleterre peuvent parcourir à leur gré les mers et les continens. Quelles institutions rencontreront -ils sur leurs pas, qui troublent et affligent leur orgueil. Sujets de princes qui sont rentrés parmi nous en criant liberté , nous ne pouvons porter les pas au-delà de nos frontières ; car il ne faut pas que les états libres nous fassent envie , ni que les états absolus nous dégoûtent de l'oppression. Le Globe, en publiant sur l'Italie des lettres pleines de naturel et de sagacité , a mis aux abois la Censure. Ses ciseaux se sont fatigués, comme on va le voir, sur des passages où il était dit que les Italiens parlaient avec tendresse .de notre empire , damnabies pensées , souvenirs or- ^eilleux , que les commandemens répriment ! Nous

(^7) importunons nos ministères de doléances politiques ; si nous allions encore leur casser la tète de souvenirs de gloire , tout serait perdu. C'est pour parer à ce mal que les lois ont consacré la dictature de la pensée. On retrouvera ici avec intérêt les membres d'un article dont le corps mutilé avait cependant été remarqué du public.

De retour à Milan ^disait le Globe ^ l'auteur porte ses lettres de recommandation.

a Partout un excellent accueil ^ quoique mêlé d'un peu de méfiance, et un air de cordialité tempéré par un certain embarras , Toilà ce qui m'a frappé dans ces premières Ttsites. Deux ou trois fois y j'ai youlu aborder de loin la politique , et aussitôt la pâleur des yîsages m'a appris qu'elle n'était pas à l'ordre du jour: j'ai prononcé le mot « Âtttrichfens ; » et, à ce seul mot , toutes les figures se sont rembrunies. Il faut attendre une plus intime connaissance pour savoir quelque chose sur l'état d'un pays où parler est un crime et penser un délit. Cependant les basses classes, celles qui n'ont rien à perdre, mettent une grande franchise dans l'expression de leurs opinions ; et, tandis qu'à la nuit tombante les Autrichiens doivent, dans toutes les rues, placer des sentinelles de cent pas en cent pas pour protéger leurs officiers contre la haine populaire. Napoléon et son gouyemement sont hautement loués et hautement regrettés. Il semble que le souvenir de son despotisme ait disparu en présence de ses durables bienfaits. Demandez à qui l'on doit ces routes et ces canaux qui partout ont vîyifié le commerce et l'industrie ; qui a planté ces magnifiques promenades, élevé ces arcs de triomphe, bâti ces casernes et ces magasins, achevé le dôme , et fondé ce vaste musée dans l'ancien palais des jésuites ?..... C'est Napoléon , toujours Napoléon, et M. de Metternich n'y est assurément pour rien. En Italie d^ailleurs , la tyrannie impériale ne peut être autant détestée que chez nous.

Ici son despotisme est venu à point , là un siècle trop tard. Tous les despotismes au reste ne peuvent se promettre même cette utilité de circonstance; et, s'il en était un qui proscrivH

la seîence fermât les écoles,* se montrât envieux eu commerce et deif arts, qai enfin , ne pensant qo'à doBiiner plus sftreoient, craignît tout, et desséchât tout, il iferait cent fois plus de niial que Tautre n*a pu {aire de bien. Lequel des deux règne maintenant en Lombardie ? »

Nous ne parcourrons pas arec Tauteur lès rues , les établîssemens poblics, les églises et les palais de Atilaii. Entrons pourtant chez le vice-roi.

u C'est là qu'Appiaiii, célèbre peintre modeirae» a.peint se$ plus belles fresques ; et peu s'en est fallu que l'une d'elles, celle ^i représente V Apothéose da Napoléon ^ ne pérît victine de la r^staur£^tion. Il y avait sacnjègfo h effacer un si magnifique ouvrage. D'un autre côté, laisses l'image de l'usurpateur dans le palais du souverain légitime pararissî^t impo^siblf.. Aussi s'e^tun long-^emps creusé la tête pour sortir de ce dilemme fâcheux. L'un proposait de faire un Mars de Napoléon au moyen d'uu lé|[er cb^ng^ment dç costume. Mais cette id^e frisait eoicore la ^itiOA. L'antre vQuIait q\i'on rempkpât sa t&ts^ par celle de i'eiExpcireur Fr^^nçois ; un troisième enfin, pensant qu'£|l0rs elle jw serait peut-être plus en harmonie avec le corps > depcnandait seulement qu'on dissimulât le tyran soasune pwQde moii^achese^de favoris. Ç^e dernier parti semblait; pré^i^loir, lor^qjne? he^rei4^ement pour ce pauvre Appîaqî ,. l'empegsoj^F: Lur-mjêqae viuf à Mijan. On Lui soumit l'affaire; et, après a^oît attenttiv.etnent examiné le portrait, de sqn gendre :, « Lai^sez^-le tel qu'il e^, diU|l>]ae n'e^tplus/auiourd'hui qu'un p«FSon{i|£^ge historique. Jt Napoléon est donjc resté, et Milan' n'^n appartie^nt pas inoips, aujoi^rd'hui ù la maison d'Autriche, Il y a; beaucoup de bon seo;sddps cette r(^)onse. Au reste, çomcn^ il nfriH toujours, l^STalets.de l'^ippereur ne sont ppint 'a,ussi^Qlérans que lui. £o ï|i^t^nt]be dôme , j'ai ri plus d'une fois de l'air mysl^riieux avec i^qMfï.^Qtre Çîceron^ prononçait le nomi dfî Napoléoa, en nous ^o^tr^^C se^ tvavaur. Pn.eût dH qu'il eraignaiit que: les mui^iHes.Qçr l'entendissent^ et n'allassçnVle repbJCtér jusque dan» 1^ pfilaj^:di| xiçÇr^Oij:, tant ses Itvr^s avaient de pcioe iU&is- ^r^ç^^pper l^^daogfsreiises^&jilabeç. Sst-ce ainsi qu'où le fera

4 octobre.

C'était aujourd'hui la fête dç l'empereur d'Autrkbe, et jàmaU 9naÎTè)psaire a^ fut plus tristement célébré. Point de revue , point de distribution de yivres: ; riea enfin de ce ^ui constitue llenthousiasd^ populaire. Mais^ en revanche^ une foule d'officiers en uniformes,^, stur^es plaçies publiques, ua renfort de canons.. Ge soir pourtant la Scala était iMuraînéé ^ et cette vaste 9aUe^ sortant de son obscurité, m'a offert un cotip d'œil tout nouyeau- Deux cents girandoles de oiiiq bougies chacune brillaient autour de $e:s siic rangs de loges ; mais cea loges d'aillei>r&, où. je croyais voir se presser toutes -les beautés mi« lanaises, soat restées désertes. Le parterre même était loin d'être plein. Cependant la loge de l'empereur était ricbem«>nt décorée, et, vers huit heures un quart, le vice-roi est veiau y prendre place avec sa jeune et jolie femme, sœur du loyal prince de Carignan. A peine , malgré les éclatantes fanfares de l'orchestre, art-on paru s'aperDeroir de son a^-rivée. GbaiCUQ est reaté bien tranquillement assis > et quand Tillustre coijple s'est incliné pour saluer le publia , quinze ou vingt bravos toul an plusHui ont répondu. Si le silence est la leçon d^s vic^ * roi^ Gomaie.des.rois^ l'archiduc a. dO se.retif;er foirt peu satisfe^t^ Ce n'est pas qu'il soit personnellement haï, mais on. sp^gcfiijt au système qu^'îl représente. « Nous nous plaignions des Fran- » çais, me disait en sortanjtdu spectacle un J^liUnais qpj a prî^ » on peujde.Gonfianee en moi; et pourtant queUc; différence.^ » 11 fallait combattre avec euie sous les. drapeaux, à'w^ W^. « tiaiole oonquérant; mais au m^ipsi de^ c^ls.. italiens; nou^ * commandaient, et personne ne no^s i:^viss^;t les pal^e$ qi^q » no CM avkma. conquises. Auj)e]urd'h:^i j>ojl^. servons dc^f^ df^^ » rangs étrangers ^ et sans jamais pquv.oir arriver auij gr^d^a »> supérieurs. Sous les Français tes impôts étaient tounjls-i.ipai^ » au .moins amélioraient-ils notrte^prpprQ soji, cQÇii^j V^yes- » tent-tantde routées ^.djeinLonuinens et de cani^i:^^;, ^ pf!é^ei}f^)^ a noiisLpayofl^ au[taj9ty et.rAuiti:iQhe s^ulc^.en prpfjJte.. Il p'j&^l; » pas}09qu!aiix sblegM^s. de.le|]rs,capoj^i^x que nos maîtres n^o » fadsent.venir.de. Dieppe, Ajpu^z; à cela l'instf^uptipipi îIççqut-. » ragé^y rUvdu^^riie. cj^îr^vée fifr rçl'absiprdp^nég}eW€i99',.:te*

» pdsons pleines d'excellens citoyens, et, pour ceux qui sont n en liberté, mille yexations de tous les jours. La Lombardie » méritait un autre sort. L'aurore des sciences , des lettres et » des arts semblait s'être levée pour. elle. Elle en renfermait » tous les germes ; mais ils ont été s'éteindre dans les cachots. » €e n'est pas que notre yice-roi soit un méchant homme. S'il » était grand-duc de Milan , il nous rendrait heureux. Aussi ne » lui laisse-t-on pas autant de pouvoir qu'à un sous - préfet « chez TOUS. C'est à Vienne que tout se fait, à Vienne qu'il faut » écrire pour les moindres affaires : et presque toujours quand » la réponse arrive elle ne peut plus être d'aucune utilité. Vous

» connaissez M. M C'est, à coup sûr, l'homme le plus in-

» offensif de l'Italie : eh bien ! voilà deux ans qu'il sollicite en » vain un passeport pour aller à Paris. J'ai moi-même quel- 9 ques amis en France dont je désirerais avoir des nouvelles. » Et pourtant je leur recommande bien de ne pas m'écrîre ; 9 car une lettre timbrée de Paris suffit ici pour rendre suspect. » Nous sommes entourés d'espions, et aucun de nous ne sait » où il couchera demain. Étonnez-vous à présent de la froi- » deur de la représentation. Les loges étaient vide^, dites- » vous ; il n'est pas une de ces loges qui n'ait ua de ses habi- » tués en prison. »

n y a peu de société à Milan , surtout depuis quelques années, et la Scala est à peu près le seul centre de réunion. Lk, chaque femme , assise dans sa loge comme sur un trône , reçoit successivement les hommages de tous les hommes qu'elle connaît. Pour peu qu'elle soit aimable ou à la mode, son salon est toujours plein, et sauf un ou deux privilégiés, les premiers venus font place aux derniers. Pour d'autres femmes, une Milanaise n'en voit point , et dans ce pays , ou régnent l'amour et k jalousie , il en doit être ainsi.

Avant. l'invasion française, les cas^alieri serventi étaient eneore fort communs; mais [on s^est tant moqué de ces esclaves des caprices féminins, qu'en général ils ont secoué le joug. Bans la classe delà noblesse pourtant il en est encore quelques uns ; mais on les compte, et bientôt la race en sera éteinte, au grand regret des faiseurs dé livres sur l'Italie. Ne croyez pas

pour cela que les Milanaises manquent d*adorateurs. On les aime autrement, et peut-être n'ont-elles pas perdu au change. Elles paraissent d'ailleurs franches, vires, naturelles surtout, et la simplicité de leur toilette ferait sourire nos élégantes de pitié. Dans la classe moyenne, elles se couvrent ordinairement la tête d'un voile noir ou blanc disposé avec grâce. C'est ainsi qu'on les voit le matin parcourir et s'arrêter dans les églises. Les modes françaises sont au reste pour elle le necplus ultra du bon ton , et de tous les cadeaux aucun ne les flatte plus que quelques paires de souliers de Paris. On dit même que bien peu de vertus résistent à une si puissante tentation. Quant aux hommes, ils s'habillent précisément comme nous. Le frac anglais fera décidément le tour de l'Europe, et c'est une nouvelle preuve du triomphe que partout le commode obtient sur le beau.

Il semble qu'à Milan le luxe s'attache surtout aux équipages. Il y en a de toutes formes et de tout genre. Une voilure est un objet de première nécessité, et l'on se passerait plutôt dé diner que d'aller avant le théâtre se montrer au Corso. Aussi 4;ette promenade est-elle aussi brillante qu'Hyde-Park et les Champs-Elysées. Milan reuferme d'ailleurs des fortunes colossales. Plusieurs grands [seigneurs ont cinq cent mille francs de rente, beaucoup en ont cent mille; et les cinquante mille ne se comptent pas.

Il faut que tout cet argent se dépense ; et ce qui s'écoulerait chez nous en dîners et en bals va chez eux embellir des maisons de campagne, orner des galeries de tableaux, et enfin remplir des écuries de chevaux amenés d'Angleterre à grands frais. Du reste, point de sociétés littéraires, point de cercle où Ton se réunisse pour causer librement. Ce serait un moyen sûr d'eifenser le gouvernement. A ses yeux, l'homme qui passe toutes ses journées aux billards, dans les cafés et astres lieux publics, voilà le bon citoyen. Malheur à qui serait connu pour lire ou penser !

Quoique la révolution française ait à Milan, comme ailleurs, confondu les classes et rapproché les distances , la noblesse n'en est pas moins restée séparée du commerce, et, pour être

garnis dans le casino deinobïliy il faut , in'a-t->on iit, prouver que>k[Ues quartiers. A ce petit ridicule près , la noblesse milanaise est animée des plus nobles sentimensi On se sonyient du rôle qu'elle a joué dans les derniers éyénemens. Il est vrai qu'il s'agissait pius d^ndépendance que de liberté ; mais on ne peut demander que tout se fasse à la fois. L'indépendance!... G'i&st un bien dont on ne sent le prix que quand on en est privé.

( Rognure du Globe.)

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