CORRESPONDANCE
Je reçois la lettre suivante que je crois devoir, publier, en l'abrégeant, sans exprimer toatdbis utne opinion relativement aux faits qu elle contient : Ie$ circonstances et les personnes me sont également în-* coni^ue^. Mais lorsque le pays est affligé de la censure, toutes les voies de la publicité doivent être ouvertes arec em^H^essement à quiconque eu réciaiue le biçn^ fait
sua LA COMÉDIE FRANÇAISE.
Parb, i3 aoÙt.
MoNSiBua,
Le théâtre de rOpèra-€<ynii^e n'est p«8 seol victime da despotisme administratif que vous signalez. Il pèse de.towte sa force sur \t premier tfiêâtre de la nation. C'est particulièrement sur la Comédie-Française , sur ce sanctuaire de notre littérature dramatfque que sont dirigés ses coups. Portés dans Tombre avec plus de ménagement et d'adresse , ils font moins âé biruit ;.. . mais diaqoe jdur Pédifioé qu'ils iébranle|i( voit «ne pierre se détacher de ses fondemens; et l'on apprendra ses danfers en même temps que sa ruine. *
La tragédie surtout qui reproduit les leçons de l'histoire , qui est susceptible d'exercer sur l'esprit public une si grande îto** fluence, semble être proscrite de son dernier refuge pour Mft^ place aux héros de romati et aut sujets imaginaires. On profite de la perte de Talma péjur lai donner te dernier co«tp ; et au lieu de rallier les élémens de succès qui lui restent^ on en écarte et les auteurs et les acteurs qui pourraient un jour, la faire refleurir. La censure s'est chargée des premiers, uh homme des seconde.
Ces considérations seront développées dans un médiolfe ^tje me propose de publier. J'aurai l'honneur de vons communiquer incessamment quelques détails sur «e ^i nus cooctroe.
Ed attendant, je me bornera! i\ vous faire savoir qu'après deux années d'épreuves et de sacri6ces passées à la Comédie-Française dans Tespoir que des conventions sacrées m'en feraient recueilHr le fruit , je me vois contraint à la quitter. Blessé de la manière la plus cruelle et la plus perfide dans mon amourpropre et dans mes intérêts y dépouillé de mon état que je ne peux pas exercer en province , où la tragédie n'existe plus , je n'ai d'autre parti à prendre que de signaler aux tribunaux les actes arbitraires , les persécutions astucieuses dont on me rend victime. Ils jugeront si les divers traités provisoires passés entre nous n'entra^lent pas l'obligation d'une admission défini" tive^ si , ayant satisfait à toutes les conditions requises, je n'ai pas droit de participer aux avantages accoutumés, si les engagemens pris envers un comédien ont moins de valeur que ceux qui regardent les autres citoyens, si enfin le bon plaisir du commissaire du roi est une loi qui peut décider de ma fortune, de ma considération et de mon existence.
Agréez l'hommage , etc
PiEftRE Victor;
Sur le collège de Pont-le-Voy.
Un TÎeux collège vient encore de tomber. Il a le sort de Técole Normale , de Técole de Ghâlons, de dix mille écoles d'enseignement mutuel , le sort qui menaça Sorèze ! L'Angleterre voit de toutes parts germw et grandir les établissemens d'instruction publiques ; les grands chemins en sont semés ; les riches seigneurs emploient leur fortune, les pauvres gens leur cotisation journalière à élever ces forteresses de la civilisation, ces citadelles de la puissance et de la moralité publiques nous avons en France d'autres soins.
• C'est que les. deux monarchies constitutionnelles n'ont pas les mêmes fondemens ni la même destinée.
( 37 ) L'une a pour ressort la 'publicité , lautre le [silence ;. l'une a pour principe la confiance publique, l'autre met Topinion à néant. Celle-ôi a potir but l'étouflEement; celle-là le progrès, la grandeur, la gloire.
Toutes deux ont cela de commun , qu'une grande Charte les régit* Mais, ici sont quinze millions d^hommes qu'on respecte; là,. Irente-deux millions d'honir« mes qu'on bafoue : voilà la différence.
Si les faits contenus dans la lettre ci-jointe , sont inexacts, ils seront démentis.
Monsieur,
Courageux défenseur de nos libertés et de nos droits, vous dénoncez fréquemment les méfaits ministériels ; vos écrits retentissent dans toute la France, et apprennent à nos' provinces que si la presse périodique n*est pas libre", assez d'autres voix s'élèveront pour nous défendre. On me communique des documens assez précieux pour l'histoire du moûieût, et 'je ne crois pas pouvoir en faire un meilleur usage que de vous les adresser , en vous en garantissant l'authenticité.
Les journaux nous ont appris que le collège de Pont-le-Voy était fermé , mais aucun n'en a donné les tnotîfs : la censure est la! Le ministère, ayant fait ^impossible pour décider M. Sarrut, directeur, à vendre son établissement aux Jésuite» et n'ayant pu l'y décider , lui a enlevé son diplôme. Tous les enfansont été renvoyés' dans leur famille avec la circulaire ciaprès : ^•
Collège de Pont-le-Voy , le r août 1827.
MoirsiEUR ,
M Des motifs graines , entièrement étrangers à mon admuusutration, et qui prennent leur source dans mes relations avec «l'Université, me forcent de fermer mon établissement. Je • dois aux pères de fomille qui m'ont jusqu'à ce jour honoréde »l€ur confiance, de faire un aveu franc de mes principes : je »me()ois à çioi-même dans les circonstances critiques sous
»rempti« desqueHtt» )e suis placé, de ne pas laisser planer sut vilMQt Todi^ux soupçon que j'apipartiensen quoique ce foit ù I4 «ceiii^végaitioQ qui nous envahit, ou que je lui fais une conces-* Asion que j'appellerais déshonorante.
» J'ai mis tous mes soins à former Tesprit et le cœur des en- »&ns qui m'ont été confiés. J*ai travaillé à préparer des hom- *tùt9 peur le monde , et non des hommes pour les ckiltres ; »j'ai dit à BMS éièTe» que la vertu n'étaijt autre chose qise leori «de la conscience, de Thopûeur et de la ^r«anchise; que le vice %con3istait dans la fourberie, dans le mépris de la foi jurée, et «dans Toubli des devoirs sociaux qui lient les hommes entre «eux. J'ai conservé mes disciples étrangers à tous les sentimens «politiques; leur ame est restée fermée à la lutte haineuse que » les passions du jour font naître ; enfin , j'ai formé des chrétiens )^et des Français, c'est-à-dire des hommes pour la religion de «rjËvangile, et des hommes pour la patrie.
«Toilà mes motifs de consolation, et presque d'orgueil^ ^ dans, le moment actuel ; voilà mes titres à la .reconnaissance. )^deS:famiUes et à l'estime des gens de bien.
9 JV l'honneur d*être> Monsieur, votre trés-humble servi- » teur , le directeur du collège de Poat-le-Voj ,
aGeamain Saa&ut.
. Je se sais si je ne me trompe , Monsieur , mais il me semUÀ
qiiB:Q^tie lettre» modèle de dignité et de concision, est de Ila-^
Hiie àiatéresser vivement lei publia. Faite^en l'usagf. que vous
tBOir»ii nécea^Aire , étant prêt à en affirmer le contenu.
AfféeK^ MrOQBiei:», Ta^sursinee de ma coasidératioii, la plua
distinguée,
H. DupuY.
Paris, 10 août 1827.
. avis important, plans du ministebb et supercheries
Electorales.
, Monsieur,
Je- vous préviens qu'il a été décidé dans le conseU du roi, ^'ilfellaiteu finir, une foi^'pour toutes, avec les criailleries éeM^rai«iiri des de«s oppositiMis.. Oat a d'abord, pensé que le
phis sâr mojen pour cela était d« n'avoir plu9.de chiuxibr^^. M. de Yillèle ayant rftpr€»eâté qu'il se faisait fort, s'il y aiait^ des élections générales, que pas un seul candidat de l'une ou de l'autre opposition ne passerait , on a résolu de faire une nombreuse nomination de pairs, et de dissoudre la chambre actuelle des députés.
Voici le principal moyen que le ministère va employer pcMn quMl ne sorte de Tume électorale que des députés seton «Mi cœur. C'est sur la formation de la liste élémentaire du fùry ifà^H a fondé l'espoir de son succès, qui est inlalllible par le maeUa-« vélîsœe de la formation de cette liste. On y porte 4 présent tous ceux à peu près qui ont concouru aux dernières électioiisy et l'on pense, avec juste raison, que la plupart des indiviiduë qui ont été yolontairement ou involontairement omis , ainsi que ceux qui ont acquis des droits à être électeurs depuis lors seulement, ne réclameront pas et négligeront de fournir les pièces justificatives nécessaires po'ur y être portés. On inscrira d'office sur la liste définitive ceipL parmi ces derniers que l'çn jjiffera susceptibles de voter avec docilité. •
On pense aussi, et avec plus forte raison encore, que les citoyens qui verront leurs noms sur cette liste, croiront qu'il n'est pas nécessaire qu'ils fournissent les extraits des rôles H iBa^ pour justifier de leurs droits que radmiQiMration'sembto reconnaître d'une manière si explicite ; mais elle ne le fait qutt pour mieux les endortnir et les tr^ipper plus sOj:eq^en| : lorsgue le 3q septembre sera arrivé, les. préfets qui, à cette tfojcfif^^ doivent clore la liste, en retrancheront parmi les électeurs indépendans qui n'auront pas fait lès justifications nécessaires^, qui bon leur semblera , un assez grand nombre pour être sûrs de la majorité dans les collèges électoraux.
C'est ainsi qu'on obtiendra une chambre toute dévouée, et que la servitude sera établie avec le vain slmulaiure d'un geiir^ vemement représentatif*
Profitez de cet avis, et tâchez de nous faire éviter le joug, qu'on nous prépare !
Les conseils que «toime cette lettre, doivent. être I
présens à tons les électeurs du royaume. On ne saurait en réToquer en doute l'importance , si on veut bien réfléchir sur les lignes suivantes retranchées par la censure dans ce pays d'élections libres :
— Si an grand érénement Tenait surprendre le pays, les «■Û8 du trône et de la pairie seraient déshérités du droit et da bonbenr de servir le roi et la France de leurs votes , de leur anion , de leurs suffrages. Qu'une considération aussi pubsante l'emporte sur tous les dégoûts, triomphe de toutes les froideurs comme de toutes les craintes. Qui sait si le momeot n'est pas prochain où le droit d'élection sera mis en activité ? Le roi peut toojoars user de sa prérogative.
( Rognure du Journal du Commerce. )