ESPRIT DE LA CENSURE ; SES BALOURDISES
— Dans un article que vous- avez bien voulu admettre, monsieur, sur le bel ouvrage de M. Guizot, je fournissais la preuve de déloyautés affligeantes dans la politique de Charles I*'. La censure n'a pas jugé les trônes compromis par cette révélation , et elle a bien jugé. Mais en revanche , le paragraphe suivant est
tombé sous ses coups :
, Transféré de Pile de T^ight à Londres pour mourir-, il lui semble, en se retrouvant à Windsor, avoir ressaisi le sceptre de ses pères. Il lui faut réloignement de ses officiers, l'abolition des formalités de son repas, pour que le malheureux monarque croie enfin à sa destinée. La révolution de l'Angleterre s'était déroulée sous ses regards sans qu'il pût la comprendre : une révolution d'étiquette est seule expressive pour lui. Sans sp jets et sans royaume, il était roi; sans chambellan, il sent qu'il ne Pest plus; ou plutôt il le redevient alors par la première des grandeurs, celle de l'homme, celle du chrétien aux prises avec le crime et l'infortune. Gomme notre bon et saint roi Louis XYI, il n'a jamais tant régné que sur l'échafaud.
— Dans un article sur le général Foy, je louais l'illustre orateur de ce que , pour lui , la Charte n'avait
(49) pas M une combinaison éepofti , un ^nenAi ^twmes qffbnsU^s contré la royaiOé, une hypocrisie. Rayi impitoyabléœeiitl L'ortlio4oxieofficietfe exige-lH^le donc ^e Tamotir de la liberté goit une lijrpocmie, «ne anae oflfensive contre le trône , une eofiobînaiaon perfide et subversive? Lord Gastelreagh aurait vécu mille ans qu'il n'aurait pas rêvé rétablissement de la oeosufe , afin de pouvoir en toute liberté donner de telles leçons.
— Le Gonsiitutionnei annonçait que^ dans un voyage à Lille f M. le comte de Coi4>ièr8 logei^t chez M. le receveur géiiéral. Ces derniers mets ont diaparu. Sans doute M. le cotnte de Villèle en aurait pris ombrage.
— £n rendant compte d une lai^sse du roi dès Pajs * Bas en faveur d^un de nos compatriote , le même journal s'exprimait ainsi': Oet acte de la sensibiiité et de la mnmûceneed* un prince à qui M. de *^ était étranger , a reçu à Brtixefles une approbation gé^ nërale. lies mot5 et les syllabes que je souligne ont été curieusemetit biffés. Il ne fallait pas que TEurope pût croire le roi des Pays-Bas étranger k un Français ! En accordant k ce monarque de la munificence , il ne fiSitlait pas lui tecoQilSfHre de la sensibilité ! Qui sait quels intérêts pirftssaiite Ae périclitaient pas par ce Éetd mot? Ombre 'dé Caûning, voiia pourtant les hommea que y6us avez '«narqiiés de vos mépris !
— Le Consdiud&nneleïïCOTe^ parlant des tragédies de Corneille , croyait y Toir une secrète lotte contre tinjuste pouvoir tPun prêêre , Richelieu. Deux mots sur quatre ont été éohdamnés par les commissaires du tifbunal èeêre^. ' Le • public français igooreroi que le grand cardinal fut un membre de leglise , et «a ne s6upç<Hinei^a point Téqtiité de ison ^ooveraément.
Dëcidëmént le génie, de l'illustre ministre revit dans^ ses successeurs; ils «ont autant d'habileté à faire tomber les syllabes pernicieuses que lui les têtes.' Félicitons-les d'avoir trouvé de dignes coopérateurs dans les Père Joseph de la censure^ -
ESPRIT DU MINISTERE, SES MAXiMES: ET SES DESSEINS.
L'esprit et la pensée du ministère revivent dans la censure comme dans, un miroir. Par les doctrines qu'elle condamne,, on sait les doctrines que le cabinet professe. Nous allons voir que.ses principes sont aussi, loin de jceux du gouvernement anglais, ceux de la monarchie constitutionnelle, quele.ciel l'est de Ja terre.;
— Les états libres ne;*vi¥ent , ne se soutiennent .que par la puissance des associations. Telle est l'Angleterre. Dans un long article sur les grandes routes, vous n'avez pu dire qu'une province, qui manque de chemins, en aurait hientoX s' il lui était permis de se cotiser,
— Des corporatiQas espagnoles adr^sent au.roi. Ferdinand des doléances qui commencentaipsi : . «Mous usons du droit de pétition^ et supplions Y. M... » Ces mots soulignés sont effacés du document officiai.. Les mots : droit de pétition ont fait dresser les cjieveux ^\a la tête de la censure. Ce n'est pas qn'ils ne soient écrits dans la Charte ; mais la. Charte !...
— J'avais dit dans un de vos articles, sur IWide nos hommes d'État : Tout ce qui atteste la puissance et la vie de nos institutions l^nes est un hojnmagepaurla royauté qui nous lès a Jonnéâsl Les inquisiteurs ^ont religieusement biffé cette hérésie* *
^-* La guerre serp faite aux libertés de la France
(.5.) jusque dans les temps qui ne sont plus, jusque dans les tables des matières où brilleraient les noms des franchises de nos aïeux. La Revue encyclopédique avait cru ne pouvoir mieux célébrer une nouvelle édition de l'excellent ouvrage du vénérable président Henrion de Pansey sur X Autorité judiciaire en France^ qu en citant sans commentaires les têtes des chapitres. Deux titres n'ont pu passer au creuset de la censure : ils étaient trop gros d'indépendance ; ils auraient fait croire â nos fils que nous ne fumes pas dans les temps anciens des troupeaux humblement courbés sous la houlette du despotisnie. Ces titres, les voici : Du parlement f et de sa participation à la puissance législative. Du droit de faire des remontrances sur les lois qui lui étaient adressées y et des lits de justice.
— Un député du Brésil avait dit que le système constitutionnel devait faire le tour du monde. La censure a préservé la France de la Charte de ce fatal présage.
— Il n'est pas permis de louer le chef d'une monarchie représentative d'être sincère dans son affection pour les lois qu'il a données. Ce serait d'un mauvais exemple. La suppression que voici est digne de mémoire :
Il paraîtra sous peu de jours un ouvrage qui, dans les circoustances actuelles, doit inspirer un Tif intérêt; c'est la correspondance de l'empereur du Brésil, don Pedro, avec le feu roi de Portugal, don Jean VI ^ son père, durant les troubles du Brésil. Nous avons parcouru rapidement plusieurs lettres de*^e jeune prince , et nous y avons remarqué les passages suivanç :
«Le peuple brésilien est véritablement constitutionnel ; ce que je prise au-delà de toute expression , parce que jamais je
( 52 ) ne voudrais gourenier un peuple qui n^aimerait pas sincèrement la constitution. Je crois qu'une constitution fait le bonheur d*un peuple ; mais je crois encore plus qu'elle fait la fortune d'un roi et d'un gouyernementé Si le peuple est malheureux là où il n'y a pas de constitution , le roi et le gouvernement le sont encore davantage. Il n'y a que des fripons {velhacùs) , qui fassent leur profit d'un pareil mode d'administration. >
Une autre lettre, du i5 février i8ai , se termine ainsi : «c La vérité seule respire en moi , et, comme il est permis à tout le monde d'exposer ses sentlmens de vive voix ou par écrit, j'en • profite pour m'expliquer librement avec Votre Majesté : je suis constitutionnel et personne ne l'est plus que moi , maid je né suis ni fou ni factieux. »
( Rognures du Constitutionnel. )
Le Gonslitutionn^i eut excité tous les applaudissetnens dès censeurs, si , au lieu de ces citations intempestives , il avait rapporté avec amour ces parole:» de d'Argentré (i) :
« De vray, les monarques n'endurent telles choses » qu'assemblées de peuple et d'états, que le plus tard «qu'ils peuvent, pour leur estre cela une grande es- » pine , et reliques d'ancienne liberté. »
Voilà du vieux français.
Le français d'aujourd'Hui est plus méticuleux, et toutefois nos censeurs moins débonnaires y appliquent la hache sans miséricorde.
On a vu ce que ne veut pas le ministère ; c'est le gouvernement sous lequel nous vivons; ce sont les garanties dont ce goiiverneinent se compose, les droits qui s'y trouvent consacrés. Maiptenant sachons ce qu'il veut :
(i)Hi8Jboirf de h lÎPet.ignè , cb. IV, p, a?, . »
— Médire du pouvoir absolu est interdit aux Fran-^ çais.. Les censeurs ont biffé ceci :
— Il n'y a que les partisans du.pouvoir absolu qui Je regardent comme le type de tous les bons gouvernemens , comme l'élément indispensable de la prospérité de tous les peuples.
(Rognure du Constitutionnel,)
— Le gouvernement espagnol étant une diffamation permanente contre le despotisme , si on^dit que Tinstitution des volontaires royalistes est incompatible avec le gouvernement absolu de S. M. Catholique, Tépithète est supprimée. On craindrait que cet exemple ne gâtât l'utopie pour les Français.
— Et desire-t-on savoir quel ressort Tadmiaistra» iioo rêve pour le despotisme dont elle caresse l'espérance? Il n'est pas permis, dans le temps et dans le pays où nous sommes , d'écrire ceci au milieu de détails nombreux sur les mœurs et la statistique de Mexico : « Plusieurs causes s'opposent aux progrès de la civilisation. La superstition j est portée au pkis. haut degré. T ai cru remarquer cependant depuis deux mois quelques changemens...."» Curieuse naïveté des. Baziles du pouvoir ^ Médire de la superstition est défendu, aussi bien qu'accuser le despotisme, et il «'est pas davaatage licite de se réjouir de ses revers.