L AFFAIRE T)V. MADAGASCAR
efl'et, pour les rapports internationaux que de partir en guerre, sur la foi de télégrammes forcément très courts, incomplets, et émanant le plus souvent d'individualités sans mandat'. Lorsque les rapports de l'amiral Pierre furent parvenus en France, on remit les choses au point, et il apparut clairement « qu'on ne pouvait, quelle qu'en fût la rigueur, contester la légitimité des mesures prises par le commandant des forces françaises à ^ladagascar - ». Les Anglais eux-mêmes s'en rendirent compte. Sur les quatre griefs qu'ils avaient formulés, ils en abandonnèrent trois, et se tinrent pour satisfaits des explications fournies et des documents communiqués relatiA'ement aux incidents Johnstone, Pakenkam et Andrianisa. Quant à l'affaire du pasteur Shaw, elle fut plus difficile à régler. Ce personnage hybride, à la fois pasteur, cabaretier, agent secret, pharmacien et publiciste, véhémentement sou])çonné d'espionnage, avait été arrêté, sur l'ordre du commandant d'armes de TamataA'e, à la suite de l'incident suivant. Plusieurs de nos soldats ayant été se rafraîchir dans son établissement étaient, aussitôt après, tombés graA'-ement malades, avec tous les symptômes d'un empoisonnement. On arrêta Shaw, qui prétendit que ses clients d'occasion s'étaient tout simplement grisés. De son côté, l'accusation soutint qu'une confusion, volontaire ou non, avait été faite entre les produits ])harmaceutiques de l'ofiicine et ceux du débit de A'in, et que, si le patron de l'établissement n'avait pas directement versé du poison a ses A'isiteurs, il n'avait rien fait non plus pour signaler
1. « J'apprends de source privce que M. Shaw, missionnaire, et lesecré taire de M. Palienham, nommé Andrianisa, ont été arrêtés et emprisonnés par les autorités françaises de Tamatave. » (Lord Granville à lord Lyons, 10 juillet, Livre bleu). — Celte source privce était évidemment la Lnndon Socicly à laquelle appaitenait M. Shaw.
2. M. Challomel-Lacuur à M. AVaddinglon, ambassadeur à.Londies (15 oct. 1883).
JUSTIII(:\'riuN ME I. KTAItLISSEMENT DE L\ I HANCE. /5
le danger, et devait, au moins, ctre tenu pour civilement responsable du malheur. Sluuv, conduit à bord de la Flore, fut (hMeré à la justice militaire, rpii après cinquante-quatre jouis d'instruction, le relâcha, laule de preuves. En somme, il u"y avait là qu'un incident coniuii' toute justice humaine, et par cousiquent faillible, peut en avoir à sa charge. Des indices suffisamment graves avaient été relevés contre un homme, permettant de l'accuser d'un fait précis : la considération médiocre qui l'entourait, sa conduite mystérieuse, son hostilité hautement jiroclamée à l'encontre de rinflueuce française, tout incitait les autorités militaires à le considt'rer comme un adversaire dangereux et sans scrupuh's. La justice avait été saisie régulièrement; l'instruction faite dans les formes légales avait abouti à un non-lieu ; rien n'autorisait le cabiiiet britannique à dramatiser l'événement et à en faire l'objet d'un litige international. C'est cependant la tournure que les ministres anglais, poussés par la presse et les clameurs de la London Society, crurent devoir donner à ce vulgaire incident. Des communications aigres-douces furent échangées entre Paris et Londres; les journaux des deux pays soutinrent d'âpres polémiqiies, jusqu'à ce que le gouvernement français désireux d'apaiser la mauvaise humeur de nos voisins, et dans un esprit de conciliation que quelques-uns taxèrent d'exagéré, proposa de panser les plaies de l'intéressante victime avec quelques billets de banque. M. Shaw quitta la Flore avec 25.000 fr. en poche, et s'en fut ailleurs chercher ime autre clientèle.
Sur ces entrefaites, l'amiral Pierre tomba malade et dut résigner son commandement. Peut-être les soucis, et l'irritation provoquée par les difficultés qu'il avait rencontrées, le secret dépit de n'avoir pas été soutenu par son gouvernement comme il l'eût souhaité, aidèrent-ils le climat de File à faire son œuvre.
Quoi qu'il en soit, l'amiral, contraint de demander son
76 l'affaire dk Madagascar.
rappel, mourut sur le chemin du retour, avant même de toucher les eûtes de France (septembre 18S3). — Cette fin prématurée, que la politique eut le tort de vouloir exploiter, causa, à Paris, une douloureuse émotion, mais ne modifia en rien les résolutions du gouvernement. L'amiral Galiber fut désigné pour prendre le commandement de la division navale, et reçut les mêmes instructions que son prédécesseur. Des négociations furent ouvertes, en novembre, à Tamatave, mais elles n'aboutirent pas, les Hovas ayant refusé de faire droit a nos réclamations concernant la côte occidentale. Une nouvelle tentative eut lieu, sans plus de succès, en avril 1884. Pendant dix-huit mois, la situation se prolongea sans changement, fatigante pour nos navires et nos équipages, qui assuraient, autour de l'île, un étroit blocus; énervante pour l'opinion, en France, qui, ne comprenant rien à cette politique d'atermoiements, exigeait soit l'abandon de l'entreprise, soit une action décisive et énergique '. 11 n'est pas prouvé cependant que la longue temporisation de M. Jules Ferry ait été une faute. Outre qu'il eût été trop lourd, pour notre marine, nos iinances, et l'excessive susceptibilité de l'opinion publique, de tenter un coup de force à Madagascar, à l'époque uù nous avions sur les bras la lourde affaire du Tonkin, on avait le droit de compter sur l'efficacité du blocus, pour provoquer dans nie, à plus ou moins longue échéance, un état de gêne économique et des dissensions intérieures qui contraindraient à la paix le gouvernement de Tananarive. Cette vérité, que ne voulaient voir ni les adversaires systématiques de toute expansion au dehors, ni l'ardente avant-
1. Les deux opinions lurent soutenues avec une égale énergie à la Chambre des députés, lors de la discussion des demandes de crédit ou des interpellations relatives à Madagascar. Dans le premier sens parlèrent MM. Clemenceau, G. Périn, Pelletier, Fred. Passv, Cassagnac. Lanjuinais, etc. ; dans le second, MM. J. Ferry, de Frevcinet. de Lanessan, de Mahy, Bureau de \aulcomte, etc.
JUSTIFICATKIN ME I. ETABLISSEMENT DE L\ MIANCE. //
parde de notre jeuno ])arti colonial, fnt pins tard mise en l'vidcnct', lors([nc nos relations avec Icss Hovas redevinrent normales. On put alors se rendre compte que nos adversaires, malgré leur pauvreté, ne pouvaient se passer des marchandises européennes, et que le blocus, en déterminant, sur tous ces produits, une hausse extraordinaire, avait provorjuc une crise économique intense, et par contre-coup, un profond mécontentement contre le pouvoir. A cela, il fallait ajouter les cruelles souffrances des troupes qui nous étaient opposées; non pas que le feu de nos navires et de nos compagnies de débarquement fût très meurtrier, mais la barbarie et l'effroyable désordre qui présidaient aux levées d'hommes, aussi nombreuses qu'inutiles, prescrites par le premier ministre, faisaient d'innombrables victimes. Parquées sur la côte, dans des cantonnements malsains, sans vêtements et sans vivres, ces infortunées recrues mouraient en grand nombre, ou désertaient pour vivre de brigandage. De là un malaise général, des troubles et des complots. Rainilaiorivony, malgré la terreur qu'il inspirait, voyait des compétiteurs surgir autour de lui. Finalement, pour conserver le pouvoir, il céda'.
Par malheur, tout ceci avait pris beaucoup de temps. Lorsqu'on fut à même de recueillir le fruit de l'imperturbable patience du cabinet Ferry, celui-ci n'était plus au pouvoir. Le ministère Brisson, qui lui avait succédé, n'avait qu'un désir : celui de liquider, à tout prix, les entreprises coloniales qui avaient coûté si cher à son prédécesseur. Aussi se hàta-t-il d'accueillir, en novembre 1885, les nouvelles ouvertures des Hovas. Nos plénipotentiaires, l'amiral ^liot et M. Patrimonio, se mirent d'accord avec les envoyés de la Reine, et le traité fut signé, le 17 décembre
1. Sur tous ces inciilents, voir la correspondance inédite de M. Le Mjre de Vilers, et notamment les dépêches des 10 juin, 12 juillet, 19 août 1886.
78 L'.VllAlltE liE MADAGASCAR.
1885. Reste à savoir si ce traité, accepté avec tant de précipitation, nous conférait, tant au regard des Hovas qu'à celui des tierces puissances, la situation prépondérante qu'une guerre de quatre ans nous mettait en droit de réclamer.
En 1886, M. Le ^lyre de Vilers, à peine âgé de 53 ans, en com])tait déjà 37 au service de l'Etat. Oflicier de marine, il avait navigué sur toutes les mers, et jtris, dès sa jeunesse, un premier contact avec les peuples et les gouvernements exotiques que les liasards de la vie devaient, un jour, l'amener à diriger ou surveiller. Pn-tet d'Alger, puis directeur général des afl'aires d'Algérie, il avait, de bonne heure, fait l'apprentissage des questions coloniales. Plus tard, gouverneur de la Cochinchine et ministre près la cour de Hué, il trouva, dans des circonstances délicates, l'occasion de déployer les plus rares facultés, et rendit d'éminents services, au milieu des graves événements qui marquèrent notre pénétration dans la péninsule indo-chinoise. A la fois soldat, diplomate et administrateur, M. de Vilers était le type achevé de ccsiiommes qui, par la variété de leurs aptitudes, la souplesse de leur intelligence, et la fermeté de leurcaraotère, sont, pour une nation, les ouvriers essentiels de son expansion coloniale. Selon les cas, ils tranchent par l'i'pée le nœud gordien, ou dénouent ses trames les plus compliquées, avec une minutieuse patience. Soldats, ils osent, lorsqu'il est nécessaire, parler en maîtres et se faire obéir; diplomates, ils connaissent l'art de la persuasion et, pour résoudre les pires difficultés, savent que le temps vaut souvent mieux que la force ; administrateurs, ils n'oublient pas que la mise en valeur du pays conquis et l'amélioration du sort de ses habitants sont, à la
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lois, le devoir et l'iiitérèt de la mi'tropolo : triple fonction (jiii exig'e une liante dose de siig'aciti', de saiig-fioid et d«^ pond(''ration, car le mal serait parfois irréparable, si le soldat se d('Couvrait à Theure où la parole est an di[)lomate, ou si l'administrateur se mettait ii la besogne avant d'être maître de la situation.
Tel était l'homme qui, au mois d'avril 1886, débarqua à Tamatave, avec la mission de faire exécuter le traité conclu avec les Hovas.
Cette tâche n'avait rien de séduisant.
(}iiel était, en eil'et, ce traiti!?
A première vue, il semblait nous accorder des satisfactions importantes. La France obtenait le droit de représenter Madagascar, dans tontes ses relations extérieures. Un résident général, accompagné d'une escorte militaire, résiderait à Tananarive : il présiderait aux alfaires étrangères de l'ile, sans s'immiscer dans l'administration intérieure. La France s'engageait à prêter assistance à la Reine, pour la défense de ses Etats. Toute facilité était accordée aux sujets français pour résider, circuler et commercer dans l'île : ils pourraient louer terres et maisons, pour une durée indéterminée, par bail emphytéotique, au seul gré des parties. Ils pourraient choisir librement et prendre à leur service tout malgache libre d'engagement antérieur. La liberté de conscience était assurée. Le gouvernement malgache s'engageait à payer une indemnité de 10 millions. La Reine continuerait à présider à l'administration intérieure de toute l'île : toutefois la France se réservait le droit d'occuper le territoire de Diego-Suarez et d'y faire des installations à sa convenance.
Ce traité avait ceci de très particulier qu'il abandonnait purement et simplement les réclamations qui avaient provoqué notre rupture avec les Hovas. .Nous avions fait la guerre pour deux motifs : obtenir, en faveur de nos natio-
80 l'affaire de MADAGASCAR.
naux, le droit d'acquérir des terres dans l'île, et forcer le gouvernement de Tananarive à reconnaître notre protectorat de la côte occidentale. Or, de ces deux desiderata, il n'était plus question. En ce qui regardait la jouissance du sol, nous nous contentions du droit de bail et non plus du droit d'acquisition. En ce qui concernait la côte occidentale, nous renoncions purement et simplement à nos anciennes revendications et nous reconnaissions expressément à la Reine la souveraineté de toute l'île, sauf le territoire de Diego-Suarez. En échange de ces concessions, nous obtenions un droit général de protectorat. Le mot, il est vrai, ne figurait pas dans le texte officiel, mais il ressortait clairement de l'esprit du traité. Bien plus, une clause, qu'on avait tenue secrète à la demande du gouvernement hova, désireux jusqu'au bout de sauver la face, ne laissait subsister aucun doute, à cet égard. Cet article était ainsi conçu : « Au cas où le gouvernement malgache concéderait à une puissance étrangère, sans le consentement de la France, un fort ou une portion de territoire qui pourrait être affectée à un dépôt de charbon ou à un établissement militaire quelconque, ledit gouvernement malgache devra immédiatement rendre public le protectorat de la France, et cette concession serait virtuellement nulle 1. » Cette rédaction était assurément fort singulière, mais l'article avait ceci d'essentiel que le signataire, c'està-dire le plénipotentiaire malgache, considérait le protectorat français comme un fait acquis et indiscutable, tenu secret par mesure de convenance particulière, mais qui n'en liait pas moins les parties.
Ainsi, le traité de 1885 nous concédait, en théorie, des droits certains et considérables : par contre, il laissait
1. Voir à ce sujet les dépêches de M. Flouien.s, ministre des afTaires étrangères, à .M. Le Myre de Vilers, 14 nov. et 13 déc. 1886. Documents inédits.
M. I.E MVIIK I)H Ml. Kits ET S\ MISSION. SI
sul)sistor (les laciiuus graves, qui devaient rendre l'exi'i'cice de ces droits .singulièrement j)récairc.
Il était dit, en cllet, que le résident géniTal no pourrait s'immiscer en rien dans l'administration intérieure, lu- (|uelle restait entièrement réservée à la Reine. Or, dans la pratique, ri(;n n'est plus diflicil(!, surtout avec un partenaire de mauvaise loi, ipie d'établir une ligne de démarcation entre les afl'aires intérieures d'un ]iays et ses affaires extérieures. 11 est une foule de <piesfions de pure administration, qui peuvent avoir au dehors la répercussion la plus grave. Créer une banque d'Etat, décréter l'exél'ution de travaux publics, sont au premier chef des actes d'administration intérieure, mais si les concessionnaires ou les adjudicataires sont des étrangers, ces mêmes actes intéressent, ij)so facto, la politique extérieure. Il y avait donc là, pour l'avenir, une source de conllits journaliers et de sérieux dangers.
En outre, privés de toute influence dans la conduite des affaires intérieures, nous étions incapables d'assurer, à nos nationaux et aux ressortissants étrangers, la sécurité et la justice. Ainsi la France pouvait, du jour au lendemain, se trouver dans une situation inextricable, revendiquant hautement son droit exclusif d'intervenir à Madagascar, repoussant formellement toute ingérence étrangère et, en même temps, contrainte d'avouer son impuissance à défendre la liberté, les biens, voire mèmelavie des Européens venus s'établir à l'ombre de notre drapeau. Enfin, et ceci n'était pas le moindre vice du traité, notre représentant (•tait abandonné à ses propres forces : on lui concédait tout juste une escorte d'honneur. Aussi ne pouvait-il compter, pour faire prévaloir sa volonté et l'autorité de la ))ulssance protectrice, que sur son éloquence et son iiitluence morale, maigres auxiliaires en face d'une population hostile et d'un gouvernement mal disposé.
(les obscurités et ces lacunes du traité étaient graves.
82 l'affairk de Madagascar.
Elles le devinrent d'iiutant jilus que, dans une note soidisant explicative du [} janvier 188(3, nos plénipolenliaires parurent les souligner et les admettre.
Cette note adressée par MM. ^liot et Patrimonio au plénipotentiaire hova, le général Willougby, semblait limiter le droit d'intervention du Résident aux actes de politique extérieure ayant pour objet une cession de territoire, une alliance, un accord, ou un traité avec une puissance étrangère. Elle promettait que l'escorte du Résident ne dépasserait pas l'efTectir de .^0 hommes. Elli' déniait à nos nationaux la faculté d'embaucher des esclaves libérés, ce qui équivalait à rendre impossible le recrutement de la main-d'œuvre. Elle stipulait que la France ne prêterait assistance à la Reine, pour la défense de ses États, qu'au cas où elle en serait requise par la Reine elle-même ; ceci nous enlevait les failjles chances qui nous restaient d'assurer la paix et la sécurité intérieure de l'Élat. Enfin, en ce qui concernait notre établissement à Diego-Suarez, M^I. Miot et Patrimonio en fixaient la frontière à un mille et demi du rivage, ce qui était manifestement insuflisant pour assurer le développement de nos installations et la défense de la place.
Comment deux hommes aussi expérimentés que ]\IM. !Miot et Patrimonio purent-ils signer une pareille lettre, qui anéantissait presque entièrement les satisfactions théoriques obtenues des Ho vas, il est diflicile de le concevoir. Sans doute, énervés par les manœuvres dilatoires du gouvernement de Tananarive, et par les objurgations de ^I. de Freycinet, qui les pressait d'en finir à tout prix, ne mesurèrent-ils pas toute la portée de leur langage, mais la faute n'en était pas moins commise, et les Hovas s'empressèrent d'en profiter, en annexant la lettre à l'instrument diplomatique. Le gouvernement français protesta; il refusa de ratifier la note du 9 janvier, et déclara qu'il s'en tenait au texte signé le 17 décembre
M. LE MYIU-; IiE VII.EHS KT SA MISSION. 83
précédent. Ce fut ])eino ])erclue : les Ilovas maintinrent leur iuferpri'tation, et cv désaccord ne fut pas une des nioiiidi'L's diiiicullés que notre résident eut à surmoulcr.
Si II' trait(' franco-liova ne créait pas, à ^ladagascar, une siluaLion nette enlrc le protecteur et le protégé, au moins pouvait-on espérer (pi'au regard des tierces puissances l'alfaire était jugée. I\ion ne pouvait moins prêter à anipliibologie (pie l'article premier : « Le gouvernement de la Répul)lique représente ^ladagascar, dans toutes ses relations extérieures. Les Malgaches, à l'étranger, seront placés sous la protection de la France. » Mais ici encore, un incident inattendu remit tout en question.
La circulaire de ^L de Freycinet du 27 décembre 1885, notiliant le traité aux puissances, se terminait en effet par cette phrase équivoque : « Ce traité ne change rien aux traités actuellement existants entre le gouvernement hova et les autres Etats. « Sans doute, notre ministre des affaires étrangères entendait dire que la France, bien qu'acquérant à Madagascar une situation prépondérante, ne songeait pas à fermer le pays aux étrangers, et que les conventions particulières conclues par les puissances, subsisteraient, en tout ce qui n'était pas contraire à l'ordre de choses nouvellement établi. Mais, de la rédaction insuffisamment précise de cette note, des voisins trop disposés à ergoter sur les textes pouvaient tirer toute autre conclusion, et ils n'y manquèrent pas. Quant aux Hovas, qui ne furent pas les derniers informés de notre fausse manœuvre, ils s'empressèrent également d'en faire leur profit. Anglais et Hovas nous tinrent exactement le même langage : « Du moment, nous dirent-ils, que votre propre ministre prend soin de déclarer que rien n'est changé, dans les relations de Madagascar avec les tierces puissances, que signifie le soi-disant protectorat que vous prétendez
84 l'affaire de Madagascar.
Tel était rinextricablc imbroglio que M. Le Mj're de Vilers allait avoir à dénouer. Envoyé, à l'improviste, dans un pays dont il ignorait tout, la langue, les usages, les mœurs, on le chargeait d'assurer l'exécution d'un traité sur la portée duquel les deux parties n'étaient même pas d'accord : il devait faire respecter l'autorité de la France par des gens qui n'en voulaient pas, qu'il n'avait pas les moyens de réduire, et qu'il lui était expressément recommandé de ne pas mécontenter, enfin il devait s'imposer comme ministre des affaires étrangères de File, alors que cette qualité lui était déniée, non seulement à Tananarive, mais aussi par les principaux cabinets de l'Europe. Joignez à cela l'isolement et l'éloignement, une demande adressée à Paris ne recevant pas de réponse avant quarante jours', le manque ou l'insuiTisance de directions auxquelles, d'ailleurs, une excessive instabilité ministérielle enlevait beaucoup de crédit-, les préoccupations graves provoquées par la situation extérieure, à une époque où nous avions tout sujet de nous croire à la veille d'une attaque de l'Allemagne ■'. Joignez-y également l'existence,
1. Le câble s'arrêtait alors à Zanzibar. Les dépêches de Tananarive étaient portées à pied à Tamatave, d'où un bateau les transportait à Zanzibar. Dans les meilleures conditions, ce voyage demandait une douzaine de jours. Mais, comme il arrivait très fréquemment que le Président n'avait à sa disposition ni courrier sûr, ni bateau en partance, la durée du voyage était la plupart du temps doublée.
2. M. de Vilers, débarqué à Tamatave en avril 1886, quitta définitivement l'ile en juin 1889. Pondant ces trois années, six cabinets se succédèrent en France, et quatre ministres passèrent au quai d'Orsay : MM. de Freycinet, Flourens, Goblet et Spuller. Cette période fut, en etTet, une des plus agitées de notre histoire intérieure (affaires ^A■ilson, démission du président Grévy, Boulangisme, etc.).
3. On se rappelle que les années 1886-87 furent marquées pai' ime violente campagne de M. de Bismarck contj-e la France, et qu'à deux reprises, des incidents de frontière provoqués par le chancelier faillirent déchaîner la guerre (affaires de Pagny-sur-Moselle et de Vexancour). Cette crise eut son contre-coup sur nos affaires coloniales, car un avenir incertain et
M. I.K M'iHE I)K ^ILEHS KT SA MISSION. 8.")
à Madagascar, diiii parti puissant, jiassionnément hostile à la France, celui des missionnaires de la London Society, jouissant, à Londres comme à Tananarive, d'une influence considérable, et Ton conviendra que, dans notre histoire coloniale, un homme s'est rarement trouvé en aussi délicate posture que M. Le Myre de \'ilers.
Tj'action ainsi engagée avait toutes chances de mal tourner. Ce fut le grand mérite de notre ie[irésentant, non seulement d'éviter une rupture (jui eût été grosse de conséquences, et d'accepter une situation bien faite pour décourager la plus robuste conliauce, mais encore de dégager, d'entretenir et de développer les chances infimes qui nous restaient. Peu à peu, on le verra émerger du chaos, et afferniir sa position. Sans luttes violentes, sans éclat, par le seul prestige de l'énergie, du calme, de la patience, il saura imposer sa volonté, réduire ses adversaires, et finalement conquérir la première place.
Lorsqu'il rentra en France, en juin 1889, il laissait derrière lui une situation nette et saine. La cour d'Emyrne était domptée, et les puissances étrangères à la veille de reconnaître les faits accomplis. Il semblait que rien ne dût empêcher la grande île malgache d'entrer progressivement dans la voie du progrès, sous la tutelle exclusive
gros de menaces pi'édisposail nului'elleiiient ii la plus grande réserve : n ... J'ai tenu à éviter la guerre (avec les Hovas), écrivait M. de Vilers, le 2i octobre 1887, ... car plusieurs milliers d'hommes auraient été immobilisés à Madagascar, tandis que nous devons réserver et préparer foules nos forces pour les luttes prochaines avec l'Allemagne. »... Nous avons trop de préoccupations en Europe, répétait-il quelques jours plus tard, pour ne pas éviter toute cause do conflit accessoire (24 novembre 87). Les journaux hovas, qui apparfenaienf fous à la London Society, et la presse de Maurice exploitaient habiloniciit cette situation. Chaque jour, ils publiaient des nouvi'lles tendancieuses qui re[)ri'senfaient la guerre comme imminente. On alla jusqu'à signaler l'appioclie d'une escadre allemande arrivant, dans le but d'enlever l'ile de la Réunion et d'expulser les Français de Madagascar.
86 l'aFIAIHE de MADAGASCAR.
et pacilique de la France. Si, après son départ, les événements tournèrent autrement, si tout l'échafaudage laborieusement édilié par l'ouvrier de la première heure vint à s'écrouler, en quelques années, ce ne fut pas sa faute. Même il est possible que, si M. Le Myre de Vilers n'avait pas quitté Tananarive, la France eût en 1894 économisé dix mille hommes et cent millions.
De l'étude minutieuse des textes et des documents, il résulte un fait certain, c'est que le principal adversaire que M. de Yilers trouva en face de lui, à ^ladagascar, fut l'Angleterre. Que nous ayons eu affaire à ses représentants officiels, ministres, ambassadeurs, consuls, ou à ses agents plus ou moins officieux, les prédicants de la London Society et autres aventuriers dont l'île regorgeait, c'est toujours de Londres que partait le mot d'ordre.
Dès le premier jour, cette action directe ou indirecte du gouvernement anglais apparut avec une netteté indiscutable. C'est ainsi, par exemple, qu'à la notification officielle du traité du 17 décembre faite par M. de Freycinet, lord Rosebery ^ refusa de répondre par racquiescement que presque toutes les nations de l'Europe avaient donné sans discussion. Il se borna à prendre note, sans laisser pressentir l'opinion du cabinet. Quant aux personnages non officiels, ils ne cachèrent rien de leur vive irritation : « Ce traité est pour nous un véritable grief diplomatique, déclara sir Charles Dilke, dans une réunion publique-. » La
1. Lord Rcsebery était alors chef du Foreigii oITico, dans le cabinet Gladstone.
2. Dépêche de M. ^Vaddillgtoll. ambassadeur de Franco à Londres, au
VCTION lillIKCri-: KT IMUliKCTK IlE I.'ANdl.F.TKHItK. 87
presse ne nous iiii'iiagea pas davantage, cl, It? '/V///('.v ouvrit ses colonnes à un long factum du capitaine Pasfield, un des principaux poftc-paroles de la London Society, ipii, dans un article des plus acerbes, réclama l'intervention inunédiate de la Grande-Bretagne, et la création d'un établissement naval à Madagascar. Un autre écrivain non moins autorisi-, le colon('l ^lalleron, alla encore plus loin. Il osa écrire dans \ Asiatic (hutleiiy Hei'inr, qu(! l'occupation de Madagascar par la France devait constituer un casiis ùelli avec la Grande-Bretagne : « Ge que la France a pris par force aux Hovas, la Grande-Bretagne doit le prendre par forcé à la France ; celle-ci aura la consolation de reconnaître que ce n'est pas là un nouveau procédé. Nous devons le faire non par mauvais vouloir contre la France, mais par absolue nécessité : nous ne pouvons permettre qu'elle ait un port ([ui puisse servir de refuge aux corsaires sur la grande route de l'Inde '. »
Dans cette campagne décisive dont notre établissement à Madagascar était l'enjeu, l'Angleterre eut la bonne fortune de trouver à Tananarive un homme admirablement préparé à lui servir d'instrument.
Souvent déjà, au cours de cette étude, le nom de Rainilaiarivony a traversé notre récit. Peut-être le moment est-il venu de fixer les traits de cette figure originale qui désormais, jusqu'à la chute delà royauté hova, ne quittera plus le premier plan.
Raiuilaiarivony, le père de la fleur cpatioiiie, premier ministre et commandant en chef, avait alors une soixantaine d'années. Son père avait été le mari et le premier mi-
Dépai'leriient (l'i avril 1886) Documents inédits. Sir Ch. Dilke qui. l'année précédente était « président of the local govemment board » dans le cabinet Gladstone, était rentré dans la vie privée, et s'occupait activement à tenter de restaurer sa fortune politique. 1. Asiatic Qiinrterly Review, janvier 1888.
88 l'affaire DlC MADAGASCAH.
nistre de la célèbre Ranavalo I. Lui-même, après avoir largement coopéré à la chute et à la mort de Radania 1 1 , arriva aux affaires en 1863 : successivement ('poux et ministre des trois reines Rasoherina, Ranavalo II et Ranavalo III, il fut, pendant trente ans, le véritable dictateur de l'île. Cet homme étrange, complètement dépourvu d'instruction (il savait tout juste signer son nom), demeuré par certains côtés un véritable sauvage sous le mince vernis de civilisation qui le recouvrait et, malgré le christianisme sui gcneris qu'il avait embrassé, fourbe, cruel, abandonné aux plus hideuses passions, incapable de gouverner autrement que par la terreur, plus incapable encore de tirer son peuple de l'état d'anarchie morale et matérielle où il végétait, n'en était pas moins un profond et habile politique. Pendant trente ans, sous trois règnes successifs, il sut se maintenir au pouvoir en dépit des haines qu'il avait suscitées, et des cabales qui se montaient contre lui. Pendant trente ans, il sut tenir à l'écart Français et Anglais, et les négociations qu'à maintes reprises il eut avec nous feraient honneur au plus fin diplomate. M. de Yilers, qui l'a longtemps connu et pratiqué, lai reconnaissait une réelle valeur : « C'est surtout dans le dernier conflit avec la France, écrivit-il à son sujet, (pril a fait preuve d'une surprenante habileté. S'il cédait à nos exigences, l'opinion publique se tournait contre lui; s'il faisait la guerre, la misère publique devait entraîner sa chute. Il rejeta toute la responsabilité sur son compditeur et successeur désigné, Ravoninahitriniarivo. ministre des affaires étrangères, qu'il envoya en ambassade à Paris. Ainsisetrouve expliquée la singulière attitude de ce dernier personnage : ses réticences, que nous prenions pour de la duplicité, n'étaient que les hi'sitations d'un diplomate aux abois, craignant de tomber dans le piège qui lui était tendu par son propre gouvernement. Certain d'être d(''savou(' s'il arrivait ;i une solution, il s'est tiré par la fuite de ce mau-
ACTION IHIIKCTK KT INDIHKCTE I)K I.'aNGLKTKHRK. 89
viiis pas... l'our lui ^liainilaiariviniy) lorsqti'a Ixml do lie ressources et (riiomines, se trouvant dans l'obligation de conclure la paix et d'accejjter nos conditions si dures (|u'ellcs fussiîut, il a su, en dernière heure, arracher à nos |ilciiipotentiaires une lettre interprc-tative qui annule les jjrincipales conditions du traiti", il sembla sortir vainqueur de la lutte'. »
Son erreur capitale fut de ne pas discerner à temps le jeu des pasteurs et des aventuriers anglais qui ])ullulaienl à Tananarive, et celui du gouvernement de la (îrande-Bretagni;. Parce que les premiers lui promettaient l'appui de r.'Vngleterre contre la France, il osa rompre avec nous, et ne comprit pas que les déclamations de ses conseilleis habituels n'avaient qu'un but : ruiner l'influence de la France, au profit de leurs inti'rèts particuliei's. II le comprit d'autant moins que le gouvernement britannique ne lui ménageait pas son appui moral, et qu'il n'ignorait rien de l'hostilité que rencontrait, à Londres, notre politique malgache. Aussi son dépit fut-il grand, lorsqu'au jour de la crise finale, il s'aperçut que le concours de l'Angleterre lui faisait défaut. Contre ceux qui avaient abusé de sa crédulité, pour faire le jeu de leurs intérêts ou de leur politique, son ressentiment fut profond, et les derniers mois de sa vie, (ju'il passa en Algérie dans une retraite dorée, no sont qu'un hmg cri de haine et do rancune contre ses anciens amis. Le pauvre vieux père de la fleur épanouie avait la rancune tenace, car la veille même de sa mort survenue à Mustapha supérieur, le 17 juillet 1896, il repoussa énergiquement les secours de la religion réformée, sans qu'on pût lui faire comprendre que le vénérable pasteur qui se présentait à son chevet n'avait rien de commun avec les prédicants de la London Society '-.
1. M. deVilers au Déparlenieiit, 10 juin 1886. Correspondance inédite. •2. Rien n'est plus curieux que de constater cet état d'esprit, dans le
90 l'affaire de MADAGASCAR.
Tel ("tait l'homme dont les Anglais surent jouer avec une rare dextérité, et qui, entre leurs mains, devint un instrument des plus dangereux : u Son ])lan, ('crivait de lui ;M. de ^'ilers, coneu sous l'inspiration de M]M. Pickersgill et Parrett, est d'attirer ici de nombreux étrangers, de leur concéder de larges privilèges, à l'exclusion des Français, de nous mettre ainsi dans l'impossibilité d'agir sans compromettre des intérêts considérables. Il compte, pour nous lier les mains, sur l'appui des puissances européennes que nous n'oserions pas nous aliéner'. »
récit de M. Vassé, auquel nous avons déjà fait allusion. Sans doute parmi les confidences plus ou moins effrontées de Rainilaiarivony, qui toutes sont religieusement reproduites dans ce « Mémorial » modem style, beaucoup paraissent fort sujettes à caution. Quelques-unes cependant sont si précises dans leurs détails, qu'elles ne semblent pas avoir pu être inventées. Tel est par exemple le récit de la guerre de 1870 fait à Rainilaiarivony par le pasteur Parrett, un des membres les plus actifs de la London Society : « En 1870, raconte Rainilaiarivony, la joie des Anglais apprenant les défaites de la France ne connaissait plus de
bornes Je me souviens que, dans un entretien qui eut lieu au palais
avec la reine Ranavalo II, entretien auquel j'assistais, M. l'airett et un certain nombre de prédicants nous apprirent que tout était fini pour votre nation, qui allait devenir anglaise, nous disaient-ils, par suite d'un accord intervenu entre les puissances européennes qui toutes craignaient les Anglais. » Et Parrett, le menleiu-, ajoutait : « Du reste, la France, ce petit pays, devait fatalement disparaître. Ce peuple sans principes, sans religion, menteur, voleur, qui coupe la tête à ses rois et a ses reines, et dont tous les vices sont le seul apanage, avait de plus celui de la lâcheté, ce qui fait que ses armées cinq fois supérieures en nombre à celles des Allemands, se sont complètement évanouies et rendues à discrétion, générau.x en tête. Le roi de Prusse a remplacé, à Paris, Napoléon III, cl reçoit chaque jour l'hommage des vaincus. Mais comme l'Allemagne n'a pu faire la guerre aux Français qu'avec l'autorisation de- l'Angleterre, et au moyen de notre or, nous sommes les vrais maîtres de la situation, et nous ajouterons bientôt la France qui nous a déjà appartenu autrefois, à nos autres colonies, n
1. M. de Vilcrs au Département, 19 août 188G. Correspondance inédite.
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l'oiif Ir iHjci'ulenieiit de ce personnel spécial, llaiiiilaialivony n'avait que l'embarras du choix. Pasteurs indépendants qui tremblaient pour leur ancienne omnipotence, et qui ayant en mains la pi-esse, dirii^feaient l'opinion à Tananarive et dans les sphères coloniales londoniennes, aventuriers plus ou moins en rupture de ban, et désireux (le se refaire une vii'ninit('' à peu de frais, aj^-ents d'affaires de moralité douteuse, toujours les premiers arrivés dans les pays neufs, tous ceux en un mot que devait gôner l'organisation d'un gouvernement régulier, se rangèrent en masse autour de lui. L'Angleterre se garda naturellement de dédaigner les services d'aussi précieux auxiliaires et poussa ses nationaux en avant. Déjà l'armée liova (Hait entre les mains d'olhciers anglais, le trop fameux >Villougby que nous avons d(''jà vu à l'œuvre, Shervington et Graves : « Les deux premiers sont des coquins, des gens sans aveu capables de tout faire pour de l'argent, disait d'eux avec une franchise un peu rude le sieur Tacchi, directeur du Madagascar Times, qui cependant ne devait pas être mal disposé en leur faveur; le troisième seul est un gentleman. » Et qu'a donc fait le major Graves, pour mériter ce jugement liienveillant, demanda M. de Vilers à son interlocuteur : il venait de le voir parader à la tète de l'artillerie, dans un costume de haute fantaisie, chapeau rouge, veste grise, culotte courte, bas noirs, souliers jaunes, la pipe à la bouche, et son attitude, comme ses capacit(''S, lui avait paru médiocre. « Le major est un honnête homme, insista Tacchi : il a dû s'enfuir du Natal, parce qu'il était poursuivi pour banqueroule, mais c'est un gentleman '. » Si c'était là le meilleur, que valaiiMit les autres? Et, de fait, Shervington lassa jusqu'à la complaisance de ses protecteurs, et après une vie d'expédients, finit par se tuer pour échapper
I. M. di: Vilers au iJii'pui-lciiiL'nl, 19 août 1886. Coi'i'espon(iance iné(Jilc.
92 l'aIFAIRE llE MADAGASCAH.
aux conséquences de ses actes. Le sort de Willougbv ne l'ut pas plus brillant. Les fonctions de commandant des troupes malgaches consistaient essentiellement à provoquer l'introduction secrète d'armes et de munitions de guerre, opérations frauduleuses où il trouvait de larges bénéfices. Son zèle pour la défense nationale l'entraimi si loin que Rainilaiarivony lui-même perdit patience : il le lit traduire devant une commission militaire anglo-liova, pour répondre d'un détournement de 500.000 francs. Le parti anglais fut atterré des révélations accablantes qui surgirent contre son protégé, et mit tout en œuvre pour le tirer de ce mauvais pas, mais les faits étaient si criants que la condamnation fut inévitable. Peut-être n'est-il pas sans saveur d'ajouter que le passage en prison du général Willougbv ne nuisit pas à sa carrière politique et militaire, car, lors de la guerre de 1894, ce fut encore lui qui conduisit au combat ce qui repré'sentait l'armée hova.
Quant aux tripotours d'affaires d'origine cosmopolite, ils étaient légion, et tous, j)our les raisons qu'avait signalées j\L de ^'ilers, étaient étroitement inféodés à la London Socielij et reçus à bras ouverts par le premier ministre. A Willongby, il accorda la concession d'une banque d'État, qui d'ailleurs n'exista jamais que sur le papier; à Maigrot, sujet italien, une ligne de chemin de fer de Mananjary à Fenerive; à Anderson, sujet norwégien, le monopole de l'exploitation du Ixiis d'ébène. ]\L Combes, un créole mauricien, poursuivi en IS'ouvelle-Zédande pour banqueroute, vint fonder à Tananarive une compagnie, au capital de 25 millions, pour l'exploitation de 200.000 arpents. Une société anglaise reçut mission de creuser et de relier entre elles les lagunes de la côte est, et d'établir nue ligne de vapeurs. D'autres sociétés et quelques particuliers de même nationalité, parmi lesquels, il est assez original de rencontrer Tévcque anglican de Madagascar, y,l. Cornish, avaient reçu en concession d'im-
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inonses étcnduos ilo terres av(îc abandon des droits ré- ,i;alieiis les plus lai-i^es. Ces concessions, presqiK! toutes situées dans le nord de File, avaient d'ailleurs un bul s|)('eial, f|U(^ iM. do Vilers nc^ lai'da pas à détniiler, et([ue divers j>ul)licistes anglais ne se liront aucun scrupule de dévoiler. Il s'agissait tout bonnement de bloquer notre elahlissoment de Diego-Suarez, en l'enserrant, du côté de la terre, par une très large bande de territoire exclusivement concédée à des sujets britannicjues. Ceux-ci, largement subventionnés, n'auraient pas tardé à créer, dans cett(! région, une véritable colonie anglaise : on aurait ouvert, un port sur la côte nord-ouest, et Diego-Suarez serait devenu un cul-de-sac sans commerce, sans agriculture, et sans aucune ressource. Pickersgill prôna ouvertement, dans le Madagascar Times, ce système qui fut repris et développé, dans tous ses détails, par le capitaine l'asfîeld, dans le journal de la Chambre de commerce de Londres; l'emplacement du port destiné à ruiner Diego- Suarez était même trouvé : on avait désigné Port-Robinson, tout près du cap d'Ambre*.
Tous ces beaux projets échouèrent, cai- pour les mener à ])ien, il eût fallu d'autres hommes que les pauvres hères qui s'agitaient à Tananarive. L'un d'eux cependant faillit réussir, et nous causa, pendant plusieurs mois, de graves soucis, car sa réalisation eût été, pour l'avenir de notre établissement, une menace perpétuelle : il s'agit de la tentative faite par un groupe financier anglais pour souscrire l'emprunt do liquidation qui suivit la guerre de 1885. On se rappelle que le traité du 17 décembre avait mis à la charge du gouvernement hova une indemnité de 10 millions, payable dans le délai d'un an. Pour faire face à cette obligation, Madagascar dépourvue de tous moyens
1. Sur ces incidents, cf. JI. de Vilers au Département, 10 août, 9 et l:î novembre 188G. Le Département à M. de Vilers, 3 mai 188G. M. Wad-
(lington au Département, 1" mai 1880. Correspondance inédite.
94 l'affaire de Madagascar.
financiers, (Hait tenue de faire appel au cndit, et il élait évident que le prêteur, quel qu'il fût, ao(|ui'rrait dans lile une situation liors de pair, car il n'ouvrirait sa bourse que contre des garanties sérieuses et des gages effectifs. Aussi les Anglais tentèrent-ils un vigoureux effort pour obtenir l'emprunt, De notre côté, le Comptoir d'escompte se mit en campagne, avec l'appui du gouvernement français et de M. de Vilers. A notre puissant établissement financier, les Anglais opposèrent un brasseur d'affaires de Londres, nommé Kingdom, qui dans la cité cumulait les fonctions de pasteur indépendant, d'impi-imcur, de négociant en caoutchouc, et de faux-monnayeur. L'adversaire paraissait de médiocre envergure, mais sa rare habileté, jointe aux efforts désespérés de toute l'armée des prédicants, faillit lui faire obtenir gain de cause.
Envoyé à Tananarive, par le comité anglais de Madagascar, Kingdom s'aboucha aussitôt avec Pickersgill, qui le présenta au premier ministre. La discussion ne fut pas longue, car l'Anglais avait en poche des arguments trop décisifs pour ne pas venir à bout de la vertu moyenne de son interlocuteur, et l'on tomba d'accord sur les points suivants : le groupe Kingdom avancerait 20 millions au gouvernement hova; sur ce total, 10 millions seraient affectés au paiement de l'indemnité, on emploierait le solde en achat de matériel de guerre, sauf une portion importante destinée, disait-on, à couvrir les frais généraux : on entendait par cet euphémisme la rémunération des complaisances nécessaires. Rainilaiarivony seul élait inscrit pour un million. Kingdom, à titre de garantie, obtenait la concession de toutes les douanes du royaume, et celle d'une banque d'Etat, au capital de 30 millions, avec privilège d'émission pour pareille somme de liillets ayant cours forcé, ](lus le monopole de la frappe des monnaies et de l'exploitation des mines.
Muni d'un contrat en bonne et due forme, lambassa-
MITIO.N DillKCTI-: Kl' IMil UKC IK KK L'ANflI.KTK HHK. \)7l
deiir, accuiupagnc de riiuvitaljlo l'arrcll, revint eu Angleterre, auprès de ses mandants pour cliercher des bailhmrs de fonds, et le Times enregistrant son retour ne caclia pas la satisl'aclion que lui causait ce grave échec de la cause française ' .
Cette satisfaction ne fut jias de longue durée. A peine di'l)ar(|ué', en effet, une fàclieuse siu'pi'ise attendait le financier improvisé, sous la fornuï d'un communiqué de l'ambassade de France, adressé à un grand journal financier de la Cité. Cette note déclarait, en substance, que « le gouvernement français, informé par le bruit public de la conclusion du traité Kingdom, tenait à faire savoir (ju'il ne reconnaîtrait pas la validité des engagements souscrits par li; gouvernement hova. Ces engagements, conclus sans sa participation, étaient contraires au traité du 17 décembre 1885, en conséquence les prêteurs éventuels étaient prévenus qu'ils n'avaient pas à faire fonds sur les garanties promises illégalement par Hainilaiarivony ». Que s'était-il donc passé?
^I. de Vilers avait eu, dès la fin de juin 1886, connaissance des inti'igues de Kingdom. Il avait immédiatement opposé son veto, et un télégramme, appuyé de plusieurs lettres successives , avait prévenu le cabinet français de ce qui se préparait : « Le projet Kingdom, expliquait le Résident général, est en lui-même une véritable escroquerie. Sa réalisation, qui imposerait au gouvernemunt hova une annuité de 5 à 0 millions de francs, conduirait irrémédia-
1. Des lotlrcs de ïamalave aiiuuiK^enl que liiiUuence franijaisu renconlre dans l'ile de sérieux obstacles. L'opinion publique s'occupe partout de la nouvelle de la conclusion d'un traité entre le gouvernement hova, et un missionnaire anglais, M. Kingdom, traité garantissant à une société anglaise le droit de percevoir les revenus des douanes, d'exploiter les mines et de frapper la monnaie, en échange d'un prêt de 20 miUiuns de francs.
Times, 2.i août 18S6.
96 l'aFI'\1RE de MADAGASCAR.
blement à la ruine; le pays serait incapable de supporter pareille charge et courrait à la banqueroute. Au point de vue politique, le danger ne serait pas moins grand : les droits concédés à Kingdom sont, en effet, des droits régaliens au premier chef, les seuls qui existent à Madagascar. Leur exercice ferait des Anglais les maîtres incontestés de l'île et leur permettrait de disposer de l'avenir à leur gré. Déjà maîtres de la religion, de l'instruction publique, de l'armée, soutenus par une coterie nombreuse et puissante, ils auraient en outre, d'un trait de plume, con(|uis les finances, la banque, les douanes, l'industrie, l'administration intérieure. Ils auraient ainsi préparé la désorganisation du pays, et quand la banqueroute inévitable se serait produite, ils seraient intervenus, comme en Egypte, profitant habilement du moment où nous aurions été engagés dans des complications intérieures ou extérieures... J'estime donc, concluait il. de Vilers, que nous ne pouvons tolérer l'exécution de ce contrat. La question ■ est assez grave pour qu'on doive envisager l'éventualité du départ du Résident, l'envoi d'un ultimatum et même la reprise des hostilités '. »
On n'eut pas besoin, heureurement, d'en arriver à de pareilles extrémités. M. de Freycinet qui, en la circonstance, montra beaucoup de présence d'esprit et de décision, approuva pleinement l'attitude de son agent, et invita M. Waddington, notre ambassadeur à Londres, à agir en conséquence. De là cette note si catégorique, qui fit le tour de la presse anglaise, et calma singulièrement l'ardeur des capitalistes, car l'intérêt qu'ils portaient à la cause malgache n'allait pas jusqu'à prêter de l'argent aux hovas sans autre garantie que leur signature, aussi Kingdom fut-il éconduit par tous les banquiers de la cité.
1. Correspondance inédite de M. de Vilers, passim, et notamment télégramme du 26 juin 1886, et dépêches des 12 juillet, it aoi'U, .30 octobre, 15 novembre, 188C.
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(jrand fut son désappointement et celui de ses amis, lorstjii'ils se virent contraints de renoncer aux brillant(;s jierspectives qu'ils avaient vu luire devant leurs yeux. Kinjij-dom, di''coui'a<;'i'', abandonna la partie pour se consa- ■l'er à des opérations moins compliquées et plus fructueuses, mais qui, par malechance, ne tardèrent pas à éveiller l'attention de la justice de son pays '.
Quant à Parrctt, plus tenace dans ses esp('!rances, il revint à Madagascar, pour essayer d'une autre c(nnltinaison. Au commencement de novembre, on le vit arriver à Tananarive avec le directeur de l'Oriental-Bardv, et suivi d un renfort de douze missionnaires fraîchement débarqués. Ils mirent à nouveau le siège devant Rainilaiarivony et lui proposèrent d'établir un impôt extraordinaire de une piastre par habitant, ce qui, disaient-ils, produirait 150.000 piastres. L'Oriental-Bank avancerait 500.000 piastres pour compléter les 10 millions de francs dus à la France. Ainsi l'indemnité serait pavée, et nous aurions gardé, dans l'esprit des populations, tout l'odieux de les avoir pressurées, tandis que l'Oriental-Bank se serait fait payer ses services par l'octroi de larges concessions -.
Cette fois-ci encore, M. de Vilers arriva à temps pour déjouer ce beau plan, qui n'était qu'une réédition à peine démarquée de celui de Kingdom. Ainsi onze mois s'étaient écoulés sans que l'aifaire eût fait un pas. L'échéance du 11 décembre approchait, et M. de ^'ilers ne cachait à personne ([ue, si l'indemnité n'était pas versée en temps utile, la France saurait prendre des gages suffisants pour assurer la rentrée de sa créance. Cette perspective fit réfléchir Rainilaiarivony, qui finit par se résigner
1. Il fut, quelques années plus tard, condamné à Londres pour crime de fausse monnaie.
2. M. de Vilers au Département, 11 novembre 188(i. Cnrrespondance ini'ilile.
98 l'affaire de Madagascar.
à (icoutor les propositions du Comptoir d'escompte. Pickersgill, voyant l'échec imminent de ses combinaisons, tenta un dernier retour offensif et, le 2 décembre, il remit au premier ministre une note copieuse pour l'exciter à la résistance. ]\Iais l'intervention du consul anglais demeura vaine.
Rainilaiarivony, forcé dans ses derniers retranchements, finit par ci'der et, le 4 décembre, sept jours avant l'oxpiratioii du terme fatal, il signa, avec le Comptoir, la convention qui mettait à sa disposition les fonds dont il avait un si urgent besoin.
Le terrain des affaires n'avait pas été favorable aux Anglais, aussi voulurent-ils prendre leur revanche sur le terrain politique. Une question des plus sérieuses se trouvait précisément à l'ordre du jour, celle des exequatur, vieille question qui, entre l'Angleterre et nous, surgit régulièrement, chaque fois que nous étendons notre domination sur un point quelconque du globe. C'est qu'en effet, reconnaître au vainqueur le droit de se substituer au vaincu pour la collation des exequatur consulaires , c'est par cela même reconnaître la transmission de la souveraineté, et s'incliner devant les faits accomplis. Voilà pourquoi l'Angleterre, qui s'estimait lésée par le traité franco-malgache de 1885, ne manqua pas cette occasion de nous prouver que ce qui s'était fait sans elle était nul et non avenu, et que, jusqu'à nouvel ordre, elle entendait ignorer les modifications politiques survenues à Tananarive.
Dès le début de 1886, plusieurs incidents préliminaires montrèrent clairement quelles étaient, en ces matières, les idées du cabinet de Londres. L'un d'eux fut provoqué par le général Digby Willougby. Ce guerrier illustre, auquel la fortune des armes avait été peu clémente, s'était mis en
LA QUESTION DKS EXEQUATUK. 99
tAto do clicrclicr sa voie dans la diplomatie et, aprùs lo n';lablissemeiit de la paix à Madajifascar, il était apparu à Loiidrns, muni tie lettres de créance oITicielles, qui l'accré- (litaient auprès des cours d'Europe, eu qualiti' d'ainl)assadenr de la Reine. L'accueil qu'il reçut à Londres, où le Fcirciyu Oflicc lui fut innuédiatcnient ouvert, ne l'ut pas sans ilatter sa vaniti'. .Mais le gouvernement français, mis au courant de cette manifestation, protesta énergiquement, et rappela au cabinet anglais que le personnage ne j)ouvait avoir aucune qualiti' officielle, ])Our cette bonne raison (pie le Iraili' de 1S85 avait fait de la France l'internit'diaire oblige entre Madagascar et les puissances étrangères.
W'illongby, sans se démonter pour si pim, vint à Paris et émit la prétention de se faire recevoir par le ministre (les .Vffaires étrangères. M. de Frej'cinet, malgré les objurgations de }tl. de Vilers, estima qu'il serait dangereux de se faire un ennemi déclaré du général anglo-hova, et consentit à lui accorder un entretien à titi'e privé. Peutêtre était-ce déjà trop de condescendance, car les Hovas, fort peu ferrés sur les mystères du protocole, devaient diflieilement saisir les nuances qui séparent une réception olficielle d'une réception purement privée. Aussi, lorsque M. de Freycinet, comprenant l'erreur commise, se ravisa subitement et interdit à ^^'illougby d'aller à l'Elysée, celui-ci fut exaspéré et adressa à notre ministre une lettre véhémente, véritable monument d'impertinence et de fatuité 1 (12 nov. 188G).
1. ... La Franco et Madagascar sont loin d'èlre d'accord sur l'inlerprctation du traité de paix... le d(>saccord, je regrette d'iélre obligé de vous en informer, durera nécessairement tant (jue la France jugera convenable de poursuivre, à Madagascar, par l'intermédiaire de ses agents, une politique aussi embrouillée et de temporiser avec moi, l'envoyé de la Reine en Europe, le porteur de présents pour le Président de la Républiiiue... Je suis venu en France, pour conférer avec V. E. et arriver à un arrangement amiable... (t<i cette tentative échoue), la Reine consul-
100 l'aFFAIHE me MADAGASCAR.
Cette lettre n'ayant donné aucun résultat, l'ambassadeur ambulant s'en retourna à Londres, appelé dans la Cité par de loucbcs aO'aires d'argent, puis à Berlin et à Rome, où il espérait qu'en raison des rapports assez tendus qui existaient alors entre la France et les cabinets allemand et italien, il rencontrerait un accueil favorable. Et, de fait, il fut reçu à Berlin par l'impératrice et le prince impérial et, à Rome, par le roi. Aussitôt prévenu, le cabinet français intervint auprès des deux gouvernements : il obtint sans tarder les assurances les plus formelles qu'on n'avait reçu ^^'illougby qu'à titre purement privé et par simple curiosité et que ni l'Allemagne ni l'Italie n'avaient l'intention de contrecarrer eu quoi que ce fût, l'action de la France à Madagascar'.
tera de nouveau la nation, pour s'assurer de la volonté populaire. Quelle sera l'issue d'un pareil acte, je laisse la réponse aux conjectures de V. E... J'ai prévenu V. E, et je la conjure dans l'intérêt de la civilisation et de l'honneur de la France de s'arrêter avant de tirer l'épée du fourreau... Je me tiendrai prêt à rendre visite, d'une manière officielle, à V. E. dans le courant des deux semaines prochaines. V. E. a toute liberté de livrer à la publicité, à son gré, tout ou partie de la présent lettre, dans n'importe quel organe officiel de la presse française. » — Le général Willougby à M. de Freycinet. Lettre citée dans une dépèche du Département à M. de 'N'ilers du 15 novembre 1880. (Documents inédits.)
1. Dépèche du comte de Moiiy, ambassadeur à Rome, au Département (3 avril 1887) et dépêche de M. Herbette, ambassadeur à Berlin (2 avril 1887) (Documents inédits). Celte dernière dépêche relate un propos de M. de Bismarck, auquel le récent incident survenu entre la France et r.\llemagne, au sujet du Maroc, donne une singulière actualité. Comme M. Herbette disait au chancelier qu'il se félicitait de voir que Willougby ne pourrait laisser espérer à la Cour d'Emyrne le bon vouloir de r.\llemagne, ce qui aurait pu l'encourager à se conformer moins exaciement à son traité avec la France, il reçut la réponse suivante : « .Xous sommes ctrangers à ce traité, et nous aurions parfuitemenl le droit de clu-rclier à eon'recarrer loire influence à Modagascrir. Jlais telle n'est pas notre intention, je vous le dis de la façon la plus formelle. »
M. Flourens, notreministre des AfTaires étrangères, releva iinméiliatement cette singulière insinuation. « H serait bon, écrivit-il le 'i avril