‹ Cent annees de rivalite coloniale- L'affaire de MadagascarChapitre 20 sur 32 · I.A QUESTION DES EXEQl ATUlt · texte numérisé non relu

I.A QUESTION DES EXEQl ATUlt

« La solution ih. la question, couclut-il, est maintenant à Londres plntiM (lu'à Madagascar, et nous sommes loin d'avoir épuisi', en Angleterre, tous nos moycnsd'action'. » Si notre ministre des Affaires étrangères tenait réellement en réserve des moyens d'action [jartienllers pour venir à bout de l'obstination peu loyale du cabinet de Saint-James, il n'était que temps de les employer, car, au moment où il écrivait la lettre précédente à M. de Vilers, il venait d'essuyer, de la ])art de lord Salisbury, un troisième refus plus mortifiant encore dans la forme que les deux premiers. Dès qu'il avait connu les incidents survenus à Tananarive, au mois de septembre 1887, il avait invité le comte d'Aubigny, notre chargé d'affaires à Londres, à insister de nouveau auprès du chef du Foreign Office pour que la question de l'exequatur reçût une solution conforme aux engagements qu'il avait pris : « Si la France et Madagascar ont failli en venir aux mains, déclarait expressément M. Flourens, la faute en est au capitaine Haggard qui, en refusant d'obéir à ses instructions, entretenait l'obstination et les illusions du gouvernement hova. » Le comte d'Aubigny, reçu au Foreign Office par sir Julian Pauncefote n'en put rien obtenir. Le sous-secrétaire d'Etat ne craignit pas de lui dire que le gouvernement hova avait menacé la Grande-Bretagne d'une rupture, au cas où elle donnerait satisfaction à la France! Après trois entrevues restées infructueuses entre notre chargé d'affaires et sir Julian, l'impatience finit par gagner M. Flourens, qui souffrait à bon droit de cette atteinte portée à la dignité nationale : « ^'ous voudrez bien, écrivit-il à M. d'Aubigny, insister à nouveau et avec la plus grande énergie auprès du gouvernement anglais jtour qu'il adresse d'urgence à M. Haggard des instructions conformes aux engagements qu'il a pris avec nous. Il ne saurait lui

I. M. Flourens à M. de Vilers, 14 novembre 1887. Documents inédits.

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échapper que de plus longues hésitations de sa part, dans une question où nous avons le droit de faire appel à sa loyauté, ne manqueraient pas d'avoir les plus fâcheuses conséquences et pourraient même mettre en cause la cordialité de nos rapports. Au besoin vous ne le lui laisserez pas ignorer ^ »

Ce fut M. Waddington qui se chargea de la commission. Notre ambassadeur, dont ces pourparlers délicats avaient hâté le retour à Londres, alla trouver lord Salisbury et lui représenta combien il nous était diflicile de prendre au sérieux les déclarations de sir J. Pauncefote. Lord Salisbury se récria vivement, et protesta de sa bonne foi. Il s'étendit longuement sur la nature de notre protectorat, qui n'était même pas complètement accepté par les Hovas : « Commencez par vous arranger avec eux, finitil par lui dire; ce n'est pas notre affaire de vous mettre d'accord, et nous tenons à ne pas nous fourrer entre l'arbre et l'écorce. Quand vous pourrez m'annoncer que l'exequatur du consul des Etats-Unis a été délivré selon vos désirs, en un mot quand il y aura fait accompli pour le consul des États-Unis, j'enverrai immédiatement à mon agent l'ordre de procéder de même '-. »

Ainsi l'équivoque persistait; lord Salisbury trouvait, chaque jour, un prétexte pour éluder l'exécution de ses engagements. De son côté, M. Flourens pouvait mesurer l'étendue de la faute commise en refusant de ratifier officiellement et de ])ublier le « modus vivendi » accepté par M. de Vilers. Tandis que notre Résident n'avait pas hésité à sacrifier l'accessoire pour obtenir le principal, persuadé qu'avant tout il importait de prouver aux puissances que nous étions les maîtres à Tananarive, le cabinet

1. M. Flourens au comte d'Aubigny, 26 oclobro 1787. Documenis inédits.

i. M. Waddington à M. Flourens. 11 novembre 1887. Documents inédits.

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(Iii ((liai (l'Orsay, par ses réserves inopportunes, avail iiicoiiseiommeut rourni aux Anglais l'argument qui leur manquait })Our conlinuer leur guerre de chicanes. Rien ne permcltait d'en prévoir la fin, lorsqu'un incident inattendu vint niodilier la face des choses.

Le capitaine Haggard, fort galant homme dans la vie privc'c, et marin distingué, n'en était j)as moins un médiocre di[)lomate. Soutenu comme il l'était à Londres, poussé en avant plutôt que modéré par ses chefs, entraîné surtout par l'ardeur de son tempérament et les excitations de son entourage, il voulut tenter un grand coup jjour regagner le terrain perdu en septembre 1887, et distancer son rival français. Il ne réussit qu'à commettre une série d'erreurs et d'imprudences qui compromirent sa propre situation (^t nuisirent gravement au crédit de son gouvernement.

Un premier incident eut lieu, en novembre 1887. Rainilaiarivony avait imaginé d'envoyer aux consuls étrangers une circulaire secrète, dans laquelle, il relatait à sa manière les incidents survenus, en septembre, entre le gouvernement hova et ^L de Vilers, exposait le modus vivendi adopté, l't déclarait qu'en dépit de cet accord, il n'en maintenait pas moins toute sa valeur à la lettre interprétative de MM. Miot et Patrimonio. Ceci était un pur enfantillage sans grande portée. Le premier ministre, blessé dans son amour-j)ropre, essayait de sauver la face A'is-à-vis des représentants étrangers et, pensant ne courir aucun risque, se donnait une petite satisfaction inoffensive. Mais le capitaine Haggard, s'iniaginant que Rainilaiarivony secouait le joug français, s'empressa de communiquer la circulaire en question à notre agent, pour jouir de son désappointement. L'affaire tourna tout autrement. Aux reproches de M. de Vilers, Rainilaiarivony, plein de colère et de terreur, répondit par des excuses. Il dut se rétracter et désavouer sa signature, et il ne subsista de l'incident qu'une rancune

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moriflle du ministre contre le consul duiil ki ni:iladresse et l'indiscrétion lui avaient A'alu cette humiliation publique.

Ce dénouement, bien que facile à prévoir, exaspé'ra M. Haggard, qui perdit tout sang-froid. Il alla jusqu'à recourir à la violence pour rétablir son prestige compromis et, prétextant des sévices exercés par les Sakalaves indépendants sur des Hindous sujets britanniques, il se mit en route pour la côte ouest, dans le dessein publiquement avoué d'obtenir réparation même parles armes. En même temps, il publia que la Grande-Bretagne couvrait de son protectorat les peuplades des environs de Majunga. Rainilaiarivony, effrayé des allures de son ancien ami, se rejeta aussitôt du côté de M. de ^'ilers. Celui-ci déclara qu'il ne tolérerait pas les nianifestations du consul anglais et proposa au ministre d'appliquer l'article il du traité par lequel le gouvernement français s'engageait à prêter assistance à la Reine pour la défense de ses États. Puis il invita le commandant de la division navale à se rendre à Majunga, pour y surveiller les mouvements des bâtiments, anglais qui devenaient suspects. Le capitaine Haggard prévenu par Pickersgill qui avait eu à essuyer de vigoureuses algarades du premier ministre, interrompit son voyage et hâta son retour à Tananarive*.

Ce nouvel incident acheva de dessiller les yeuv de Rainilaiarivony, d'autant que ^I. de ^'ilers y aida de toute son influence. 11 lui montra comment les Anglais qui, depuis près d'un siècle, étaient restés fidèles à la maxime de Farquhar, « l'île entière aux Hovas », n'avaient témoigné ce zèle généreux en faveur de la cour d'Emyrne que pour mieux asseoir leur influence, et écarter toute compétition étrangère. Aujourd'hui, en présence du fait accompli et de l'installation de la France à Tananarive,

1. Dépèclies de M. de Vilers au Ministre, des 17 septembre, 20 novembre, 5 et 28 décembre 1887. Correspondance inédite.

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