‹ Cent annees de rivalite coloniale- L'affaire de MadagascarChapitre 21 sur 32 · I.\ QUESTION IIKS KXKQUATLIt. 12P · texte numérisé non relu

I.\ QUESTION IIKS KXKQUATLIt. 12P

ils n\''|)rouv.iii'nt aucun scrupulr à modifier Icui' lactique; du uKiuicnt que, par le traité de 1885, nous avions reconnu à la Reine la possession de toute File, sous le |iro- Icctoi'at fran(,'ais, rAn<^lel(U'i'e s'eni|u-essait de prendre le conlrc-|iiu(l de celte nouvelle politique : elle contestait la I souveraineté de la Reine et recherchait les occasions de lui créer des dillicultés, n'ignorant pas que ces difficultés retoml)eraient sur la l"'rance appelée en garantie. Rainilaiarivony parut sensible à ce raisonnement, et ses relations avec le capitaine Haggard s'en ressentirent. Comme, d'autre part, l'infortuné consul avait réussi à ali('ner ses collègues du corps consulaire et une partie de la colonie anglaise elle-même, y compris Pickersgill, par des di(Iicult(''s de caractère et des incidents d'ordin; privé, sa situation devint bientôt intolérable.

On en eut probablement le sentiment à Londres, et voilà comment, dans le courant de novembre, jM. ^Vaddington ne fut pas peu sui-pris d'entendre lord Salisbury lui parler du retour possible du capitaine Haggard. On avait besoin de lui, disait-il, au Foreign Office, pour être éclairé sur la situation politique intérieure de Madagascar, qui paraissait assez obscure. L'ambassadeur se garda naturellement de faire aucune objection et, quelques semaines plus tard, le consul reçut son ordre de rappel.

Cette péripétie inattendue ne clôturait pas la question de l'exequatur, mais elle en ajournait indéfiniment la solution et c'était là, au fond, ce que cherchait lord Salisbury. Peut-être, en effet, n'aurait-il pas rappelé son consul, ce qui, au.x yeux des Hovas, ne pouvait qu'être mal interprété, s'il n'avait eu à se préoccuper que de la fâcheuse situation que celui-ci s'était faite à Madagascar; du moins, l'aurait-il immédiatement remplacé par un agent ])lus souple et mieux avisé. Mais, comme le noble lord se sentait lui-même de plus en plus embarrassé, entre les engagements formels pris envers la France, et les objur-

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gâtions véhémentes du jjarti colonial et des sociétés religieuses, il s'empressa de saisir au vol un prétexte suffisant pour louvoyer et gagner du temps. L'affaire de rexeqiiatur fut donc momentanément interrompue. Au fond, Cette longue discussion avait tourné à notre avantage. M. (le Mlers couchait sur les positions qu'il avait choisies : l'Angleterre, impuissante à faire triomjiher ses prétentions, avait effectué sa retraite en bon ordre. Deux années plus tard, elle allait reconnaître les faits accomplis.

Il est rare qu'un succès vienne seul. Ceci est vrai surtout en matière coloniale, car, aux yeux des populations primitives, le succès jouit d'un irrésistible pouvoir d'attraction : M. de Vilers en fit l'expérience. Deux fois, en deux ans, il avait forcé l'Angleterre à reculer : il avait repoussé toutes les tentatives que les gens d'affaire, avant-coureurs habituels de la puissance britannique, avaient faites pour mettre la main sur les ressources économiques de l'île soumise à notre protectorat. 11 avait forcé le cabinet de Londres sinon à di'savouer, du moins à abandonner les étranges prétentions qu'il avait émises en matière d'exequatur et, dans l'esprit des Hovas, le rappel du consul anglais, fait matériel impossible à mettre en doute, avait peut-être plus de signification qu'une concession consentie dans la forme diplomatique. Enfin, à force de calme et de fermeté, il avait contraint Rainilaiarivony à céder sur tous les points où celuici avait élevé le conflit entre nous. En un mot, après deux ans d'un patient labeur, notre résident général, d'abord toléré à grand'peine, et traité en paria, s'était progressivement élevé au premier rang, et le gouvernement hova se

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convainquait, chaqii.' jour, que ni Tajipui de l'Angleterre, ni même celui de la Loiulon Socicly ne lui permettrait d'éluder l'application du traité de 1885. A la conliancc illimitée qu'il témoignait jadis aux ])ré(licants, le premier ministre substituait inseiisihleinent une méfiance non moins caractérisée, soit que l'attitude du capitaine Haggard l'eût blessé au vif, soit que les événements eussent détruit le crédit qu'il accordait jadis à la parole de scss conseillers. De cet état d'es|)rit (pii s'accentuait chaque jour, M. de Vilers profitait habilement, et le jour vint où le découragement se glissa jusque dans les rangs de la London Society.

Vers la fin de 1887, chaque courrier d'Europe emmenait quelques membres de la corporation fuyant le peuple ingrat qui se détachait d'eux'. D'autres restaient, il est vrai, dont le dépit décuplait l'humeur combative, et parmi ceux-là, Parrett et Pickersgill, les deux inséparables, demeuraient fermes sur la brèche. Leur journal, le Mada gascar Times continuait la campagne avec une vigueur croissante et, dédaignant les voies détournées, prêchait ouvertement le recours à la violence, pour rendre à la civilisation hova son ancien lustre et son antique indépendance.

Un jour même, peu après le ra])pel du capitaine Haggard, Parrett ne craignit pas de faire appel à l'assassinat, déclarant hautement que l'avenir de ^ladagascar et de la London Society dépendait de la disparition de M. de Vilers. Celui-ci porta plainte, mais le consul Pickersgill, qui seul avait qualité [lour recevoir cette plainte, refusa naturellement d'intervenir contre son ami et associé. Seul, Rainilaiarivony fit preuve, en cette circonstance, d'une parfaite correction. Il se sépara publiquement de ses anciens alliés, et inséra sa protestation dans son journal,

1. M. (le Vilers au Déparlement, 28 niai 1887. Correspondance inédile.

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le Progrcs de Vlniériiia. L'affaire neut ]ias de suites, M. de Vilers ayant jugé que les résultats matériels obtenus par lui, le disjiensaient d'exiger des excuses platoniques. Quant au gouvernement anglais, il négligea de s'occuper de l'incident et conserva toute sa confiance à son vice-consul'.

Cette colère aveugle était la meilleure preuve qu'il y avait quelque chose de changé à Madagascar. Aussi M. de Vilers voyant l'horizon serein et sans nuages, se disposat-ilà prendre un congé que son long séjour à Tananarive rendait indispensable. Il put, en s'embarquant, se rendre cette justice que ses deux années de résidence n'avaient pas été perdues pour le bien du pays (février 1888).

ÀA'ec l'année 1887 prit fin l'opposition systématique de l'Angleterre à notre établissement à Madagascar. Elle avait duré près d'un siècle, et ce long espace de temps est plus que suffisant pour montrer que la politique anglaise ne pèche pas toujours par manque de suite dans les idées.

Ce n'est pas assurément que lord Salisbury et ses collègues, eussent sur la question d'autres idées que celles de leurs nombreux prédécesseurs aux affaires. Comme eux, ils n'auraient, le cas échéant, rien négligé pour nous tenir à l'écart ou même pour nous expulser d'une terre, où notre ])résence constituait, pensaient-ils, un danger pour leur pays. Mais, pour la première fois depuis cent ans, des ministres anglais s'étaient heurtés, à Tananarive, à une politique nette, ferme et active. Ils cédèrent car, ainsi que devait plus tard le dire un des leurs, et non des moindres, « ils n'avaient pas à faire la guerre pour Madagascar, étant donné le peu d'importance des intérêts britanniques engagés »'-; déclaration significative, qui

1. M. de Vilers au Département, 25 janvier 1888. Correspondance inédile.

■2. Discours de lord Selborne, sous-secrétaire d'Étal au.x colonies, à Bradford, mai 1898.

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luoiilrc tout ce qu'il y avait d'aitiiiciel et de « peu amical » dans la lonq-uc! qucrcllcî que notis chercha la (Iraiulelîiclaj^uc.

Si cependant les Anglais parurent abandonner la partie vers le (lél)ul de 1888, ils laissri'cnt lihre cours à la mauvaise humeur ([ue leur causait notre succès, et ils se gardèrent de ralilior les faits accomplis, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé l'occasion de se faire payer largement leur complaisance. Pendant deux années, liomun^s politiques et journalisles ne tarirent pas eu récriminations et rn doléances : le cahiiu't de Londres chercha m(''me, un jniir, à riqjrendi'e oflicieliemeut la discussion, à propos des questions de ti'aile et d'esclavage qui ont souvent rendu de si précieux services à la politicjue britannique. La tentative échoua : bien plus, M. de Vilers, prenant roffensive à son tour, riposta d'une façon si énei-gique et si précise que nos voisins battii-ent précipitamment en retraite, et l'incident fut clos à notre avantage'.

l. On sait que le petit et le grand cal)Otago, sur la cote orientale d"Afrique, sont entre les mains de deux catégories de navigateurs : les Hindous, protégés anglais, et les Arabes, protégés français. La navigation hindoue constitue, pour l'Angleterre, une source très sérieuse de profits et d'influence politique, à laquelle elle tientd'aulant plus que les progrès des .\lleniands, dans les mêmes parages, lui causent de graves soucis, aussi a-elle toujours cherché à la dévidopper, et à l'alTrancliir de la concurrence arabe. Pour y parvenir, elle a multiplié, contre nos protégés les accusations de traite. A vrai dire, Arabes et Hindous, sur ce point, ne valent pas mieux les uns que les autres, et les divisions navales de France et d'Angleterre ne parviennent pas toujours à réprimer leur trafic criminel. Cette situation durait depuis des années, lorsque, vers la fm do 1888. le gouvernement brilaimique imagina d'en profiter pour faire disparaître des rivaux gênants. La presse répandit tout à coup les accusations les plus graves, non seulement contre les marins arabes, mais aussi contre certains agents consulaires français, et le cabinet anglais prenant ces accusations à son compte les publia dans un livre bleu. Le gouvernement français transmit ces plaintes à M. de Vilers, qui ne cacha pas que la répression de la traite était très malaisée, et que, pour

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C'est ainsi que l'on arriva à l'année 1800. Cette date est importante, dans l'iiistoire de notre pénétration africaine, car elle inaugure, pour notre part, le système de ces déclarations solennelles par li^squelles les puissances européennes ont fi.xé sur le papier les limites de leurs sphères d'influence. Nous avons eu roccasion, dans un autre chapitre de cette histoire, de raconter dans le détail les origines et les clauses de cette convention qui, mal étudiée et signée avec une précijiitation di'jddralile, est

obtenir des résullals plus complets, il fallait augmenlor lefrectif de la division navale. Sur quoi, deux navires furent adjoints à la croisière: mais le gouvernement anglais, loin de se tenir pour satisfait, voulut exiger que la France cessât de délivrer des lettres de francisation aux loutres arabes. Le cabinet français paraissait disposé à céder, mais M. de Vi- 1ers, mis en éveil par cette prétention, l'en dissuada vivement, et poussa son enquête plus à fond. Le 29 avril 1889, il envoya à Paris le rapport suivant sur les résultats de cette enquête : «... Profitant de mes relations avec le consul américain, je l'ai prié de me fournir confidentiellement les renseignements qu'il avait recueillis sur le commerce des esclaves de la cote ouest. M. Campbell, non seulement s'est empressé de déférer à mes désirs, mais encore, ne croyant pas manquer à ses devoirs professionnels, il a bien voulu me communiquer officiellement ses principales dépèches. Avec son assentiment, j'en ai fait faire une traduction rapide que j'ai l'honneur de communiquera V. E. De l'examen des dépêches des 29 octobre, 10 novembre 1887 et 17 janvier 1888, il résulte que le trafic des personnes se faisait à Madagascar, sur une assez vaste échelle, et presque exclusivement par des sujets ou protégés britanniques; que les loutres négriers de nationalité anglaise arboraient le pavillon des différentes puissances suivant leur intérêt ; que le vice-consul anglais de Tananarive, M. Pickersgill, loin de réprimer cette industrie criminelle, favorisait les marchands d'esclaves, sous prétexte qu'en leur qualité de sujets anglais, ils avaient droit à sa protection; que le Foreign office a eu connaissance de ces faits par la communication de la correspondance échangée entre M. Campbell et M. Haggard... Dans de telles conditions, on peut se demander comment le marquis de Salisbury, qui savait la vérité, a pu, dans le livre bleu de novembre 1888, accuser la l'rance de négligence dans la répression de la traite. » Cette lettre, communiquée au cabinet anglais, mil fin, comme bien on pense, à toute controyerse. iCorresponiUince inédile.)

iiÉsui-TATs ortf:ni S put M. i)i; \ri.Kiis. I.'il

I lin (1rs niiiiinnifiils les plus iicf.-islrs dr iiolrr liisloirr ciiloiiiiilr '. Aussi M y irviiMulioiis-noMs p.is. Il lions siiflii'.i (le rappol(M' commrnl 1rs Anylnis, proliliiiil Inihilrnii'iil t\r I iiii'xpcricncr ;i!Vii-;iiiii' di'S limnmi's ipii ncciip.iicnl iilors II' ponvoii' iii l'iance, li'ur |)crsna(lùrr!it dr tiiincliir. d'un liiiil df {jiunif , li-s principales diUieuUi's (|ni divisaii'iil 1rs di'iix pays surir continent noir.

Dans l'Afrique occiiieiilali', l'Aii^leleiii' cnnscntil à nons laisser des pays sifni's fort loin de son rayon d'action, (pie Tiens avions conquis de lianle lutte, sans l'aire tort à aucune piiissaïK-e européenne, et pour lesipielles nous dépensions, depuis des années, notre or et notre sang. Par contre, nous recevions défense de pénétrer dans toute réi^ion même vierj^-e cl indépendante, où personne n'était jamais allé, mais (|ue l'Angleterre jugeait pouvoir être, un jour, à sa convenance. A Zanzibar, nous renoncions ;'i une sorte di^ condominium consam'é par un traiti" en n'gle. Enliii, à ^ladagascar, les Anglais reconnaissaient formellement notn^ protectorat avec ses conséquences, notamment en ce (pii touchait les exequatur des consuls qui devaient être demandés par l'intermédiaire du Résident de France.

En définitive, si, par ce traité, on voit très clairement ce que les Anglais nous enlevaient : dans l'ouest des espérances légitimées par nos brillants succès et ]>ar leur propre abstention; dans l'est, des droits acquis, on distingue moins bien ce qu'ils nous concédaient, car il est vraiment difficile de considérer comme une concession, le fait de déclarer qu'ils s'abstiendraient dorénavant de contester la validité de notre établissement dans des pays conquis depuis longtemps sur des peuplades indépendantes, régulièrement occupés et administrés par nos soins, et où eux-mêmes n'avaient jamais eu ni droits ni intérêts.

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