CHAPITRE VII
Hull. — Notre-Dame de Grâce
§ 1 Commencements et premiers développements.
Sur la rive gauche de l'Ottawa, en face de la ville de ce nom, capitale du Canada, se dresse la cité populeuse de Hull. Elle lui est reliée par le pont Royal-Alexandra, ouvrage remarquable, achevé en 1902, et qui a coûté de cinq à six millions de francs. Sur son large tablier passent, sans se gêner réciproquement, piétons, voitures, tramways électriques, et wagons emportés par la vapeur. On l'appelle aussi pont interprovincial, parce que si, au point de vue ecclésiastique, les deux agglomérations appartiennent au même diocèse, civilement Ottawa est de la province de l'Ontario, tandis que Hull est de celle de Québec, ces deux provinces étant séparées par la rivière Ottawa. Hull n'est donc pas considéré comme un faubourg de la capitale, mais plutôt comme une ville distincte, ayant près de vingt mille habitants.
Fondée en 1801 par l'anglais Philémon Wright, elle devait lui rappeler sa patrie absente, la ville commerçante de Hull. en Angleterre, dans le comté d'York, bâtie sur l'estuaire de l'Humber. Mais elle grandit lentement, se peuplant surtout d'ouvriers attirés par les scieries mécaniques, les fonderies, les usines et les mines du voisinage.
Un oratoire très modeste y fut construit par le P. Durocher, en 1840, sous le vocable de Notre-Dame de Bon-Secours, et décoré du titre un peu ambitieux de chapelle des Chantiers. Quand, après les derniers glaçons d'hiver et sur les radeaux du printemps, les Missionnaires revenaient de leurs courses apostoliques auprès des bûcherons disséminés dans l'immense forêt, c'est là qu'ils célébraient le saint Sacrifice. En temps ordinaire, le service religieux était assuré par les Pères de notre maison d'Ottawa qui, chaque matin, traversaient la rivière en canot.
En 1864, le P. Reboul doubla les dimensions de la chapelle, y ajouta un transept et une sacristie. Il convertit aussi en cimetière un terrain de deux hectares, à deux kilomètres de distance.
A partir de ce moment. Hull ne cessa d'augmenter, et acquit bientôt l'importance d'une ville manufacturière. En 1873, sa population dépassait déjà dix mille âmes.
Prévoyant ce développement, les Oblats, le 1er octobre 1868, avaient posé solennellement la première pierre d'une église aux vastes proportions, dédiée à Notre-Dame de Grâce. Elle avait plus de soixante mètres de long et une vingtaine de large. Trois ans suffirent pour la terminer, avec une sacristie longue de vingt-cinq mètres et large de quinze, contenant deux chapelles superposées, très utiles pour les catéchismes et les réunions des confréries.
Avec la maison de la communauté, le tout formait un ensemble imposant. Cette maison bâtie en solides pierres, avait vingt mètres de long sur quinze de large, et quatre étages au-dessus du rez-de-chaussée.
En même temps que surgissaient ces divers édifices matériels, s'organisait, de mieux en mieux, le ministère paroissial. Les olliees attiraient, d'ordinaire, beaucoup de fidèles dans le saint Lieu. Les retraites, neuvaines et autres exercices en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus, de la Sainte Vierge, de saint Joseph, de sainte Anne, et pour le soulagement des âmes du Purgatoire, étaient bien suivis, et les membres des pieuses confréries augmentaient, chaque année. Sauf des cas exceptionnels, tous accomplissaient le devoir pascal, ce qui était bien consolant dans une population déjà si considérable.
Cela ne sullisait pas au zèle éclairé des Pères, qui n'épargnaient ni peines, ni fatigues pour atteindre des résultats de plus en plus satisfaisants. Dès l'origine, ils s'étaient spécialement occupés de l'éducation de la jeunesse. En 1863 déjà, ils avaient doté la paroisse naissante de deux écoles : l'une pour les garçons et l'autre pour les filles. Celle-ci compta bientôt plus de trois cents élèves. Une dizaine d'années après, la population augmentant toujours, il y avait à Hull, pour les filles, trois écoles parfaitement dirigées par les Sœurs Grises. L'école des garçons étant devenue aussi de beaucoup insuffisante, on construisit, dans ce but, au centre même de la ville, un collège très spacieux en pierres, ayant quatre étages surmontés d'un dôme, qui fut aussitôt fréquenté par quatre cents élèves. C'était, sous tous rapports, un des plus beaux établissements de ce genre dans toute la province de Québec.
Parmi les Oblats qui se dévouèrent, à Hull. citons les Pères Reboul, Baudin, Phaneuf, Charpeney. Marion, Mourier, Amiot, Thirien, Cauvin, etc.