CHAPITRE II
Évangélisation des Sauteux
§ 1 Saint-Laurent (Lac Manitoba).
Parmi les sauvages du Nord-Ouest Américain, les Sauteux furent au nombre de ceux qui se montrèrent le plus rebelles aux enseignements des Missionnaires.
Cruels, dissolus, orgueilleux et vaniteux même, car, comme des jeunes filles, ils tressaient en nattes leur chevelure, y semant à profusion des morceaux de cuivre, des paillettes brillantes, des boutons même, qu'ils disposaient aussi en colliers, ils étaient d'une grossièreté sans égale, et adonnés au vice de l'ivrognerie, qui en fait naître tant d'autres.
L'abus des liqueurs enivrantes les portait aux pires excès.
Dès 1847, leur évangélisation fut commencée par le P. Bermond, qui. à diverses reprises, résida parmi eux.
Dans un de leurs postes les plus éloignés, à la baie des Canards, Duck l>ay, vers le milieu de la rive occidentale du lac Winnipegosis, à plus de trois cents kilomètres au nord de Saint-Boniface, il leur bâtit une chapelle.
Il fit de même près de la rive sud-est du lac Manitoba, et appela cette Mission Notre-Dame du Lac. Le P. Tissier l'y rejoignit ; mais les résultats de plusieurs années de dévouement furent absolument nuls.
Devant la mauvaise volonté de ces sauvages, et vu le petit nombre des ouvriers évangéliques à cette époque, les supérieurs crurent plus sage de diriger les Missionnaires vers d'autres tribus mieux disposées, et qui semblaient désirer la lumière de la foi, au lieu d'immobiliser une phalange d'apôtres sur une terre complètement stérile en fruits de salut.
Dans la pensée des Oblats, ce net ait . là. cependant, que partie remise,
L'évangélisation des Sauteux fut reprise, en L861. On commença par les riverains du lac Manitoba. qui avaient paru un peu moins ie\ êches que les a ut res.
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ÉVANGÉLISATION DES SATJTEUX 99
Non loin de l'emplacement où avait été Notre-Dame du Lac, l'ancienne mission du P. Bermond ; dans un joli site, près du lac, à la lisière de la prairie et de la forêt, ils fondèrent une nouvelle mission, qu'ils dédièrent à saint Laurent. Les alentours en furent, peu à peu, singulièrement embellis par les travaux persévérants des Pères et des Frères convers.
Néanmoins, cette fois encore, les commencements furent dilliciles. Il ne fallut rien moins qu'une constance à toute épreuve, pour rendre moins ombrageux ces farouches caractères, et ramollir un peu ces âmes, plus dures que les rochers.
Les conversions individuelles furent lentes ; mais, en 1866, on comptait, à Saint-Laurent, treize familles catholiques : c'était peu, et c'était beaucoup.
Dix ans plus tard, ce chiffre était presque triplé. Cette chrétienté naissante se composait de trente-deux familles, et, circonstance digne de remarque, c'étaient des familles nombreuses.
L'école établie par les Pères avait une cinquantaine d'enfants ; puis, elle en eut jusqu'à soixante-dix.
Une lettre écrite, le 20 septembre 1869, par le P. Simonet, montre le bien accompli déjà.
- Nos fidèles de Saint-Laurent sont de bons chrétiens. Ils fréquentent tous assez souvent les sacrements... Je n'ai qu'une chose à leur reprocher : c'est leur paresse, ou leur indifférence, quand il s'agit de faire quelque chose pour leur église.
Il s'agissait, en effet, de remplacer l'ancienne chapelle, pauvre construction de dix mètres de long sur sept de large, qui menaçait ruine. Du reste, rien ne la distinguait des maisons ordinaires, si ce n'est une petite croix placée au sommet.
<m dut attendre encore, avant de pouvoir poser les fondements de la future chapelle, dont on ne bénit la première pierre que le 10 août 1873, fête de saint Laurent, patron de la Mission. Elle fut terminée en deux ans. C'était une jolie église de vingt mètres de long. Elle posséda même un harmonium pour soutenir la voix des chantres.
Cette rénovation du temple matériel était le prélude immédiat d'un perfectionnement plus grand encore dans les âmes, et de bénédictions du ciel toutes spéciales.
A l'occasion de l'année jubilaire de 1870, le P. Lacombe, supérieur de la maison de Sainte-Marie de Winnipeg, vint prêcher, à Saint-Laureut . une retraite qui opéra un très grand bien. Commencée le 19 septembre, fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, elle se termina, le dimanche suivant, 26.
- Deux fois par jour, écrit le P. Camper, les fidèles se rassemblaient pour implorer les miséricordes divines, et entendre expliquer les grandes vérités du salut. Le matin, à neuf heures, la grand'messe était suivie dune instruction. A trois heures de l'après-midi, il y avait chant d'un cantique, récitation du chapelet, puis une seconde instruction.
Avertis quelques semaines d'avance, tous se firent un devoir d'assister à chacun de ces exercices. Ceux mêmes qui demeuraient à dix ou douze kilomètres, se seraient reproché d'en manquer un seul. Matin et soir, la nouvelle chapelle" se remplissait, comme les dimanches et les grandes fêtes.
Pauvres, vivant, au jour le jour, de pêche ou de chasse, la plupart, pour être assidus, avaient un véritable sacrifice à faire, mais ils préféraient s'exposer au jeûne, plutôt que de laisser passer une si bonne occasion d'entendre la parole de Dieu. Ils l'écoutèrent avec la plus religieuse attention.
A la fin de la retraite, tous, à l'exception de deux ou trois rebelles, s'approchèrent du tribunal de la Pénitence et reçurent la sainte Communion.
Mgr Taché avait promis de venir clôturer la retraite, en conférant à quelques personnes le sacrement de Confirmation. Le samedi, dans l'après-midi, plusieurs jeunes gens à cheval partirent à sa rencontre, armés chacun d'un fusil, et l'atteignirent à une douzaine de kilomètres de la Mission. Dès qu'ils l'aperçurent, ils le saluèrent de nombreuses décharges, puis tombèrent à genoux pour recevoir sa bénédiction. Ils se rangèrent ensuite derrière sa voiture, pour lui servir d'escorte.
Le cortège arriva, vers cinq heures du soir, à Saint-Laurent. Avertis de son approche, tous les retraitants se massèrent, à genoux, à la porte de l'église, pour recevoir, à leur tour, la bénédiction du prélat, à laquelle les jeunes gens, à cheval, répondirent par une nouvelle décharge de niousqueterie.
Le lendemain, à la grand'messe d'abord, puis l'après-midi, Mgr Taché prit plusieurs fois la parole pour féliciter les assitants des excellentes dispositions qu'ils avaient apportées à la retraite. En terminant, il les engagea à la couronner par un nouveau sacrifice, librement accepté et courageusement offert à Dieu : celui de renoncer, toute leur vie durant, à l'usage de boissons enivrantes. Cent quarante répondirent à l'invitai ion de leur bien-aimé Pasteur. Dans ce nombre, on comptait des femmes cl des jeunes filles, car même le sexe faible avait un fort penchant pour Veau-de-feu.
L'impression produite sur1 les sauvages par cette retraite fut profonde. Longtemps ils en parlèrenl avec émotion, aimant à se rappeler ces jours,