‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 2)Chapitre 23 sur 69 · ÉVANGÉLISATION DES SAUTEUX · texte numérisé non relu

ÉVANGÉLISATION DES SAUTEUX

durant lesquels ils avaient goûté de si célestes joies. La parole de Dieu n'avait pas seulement retenti à leurs oreilles, comme un airain sonnant ; elle était allée droit à leur cœur.

Depuis cette époque, leurs confessions et leurs communions devinrent plus fréquentes. Plusieurs s'approchaient des sacrements chaque mois et même plus souvent. Les moins fervents ne manquaient pas de le faire, au moins aux principales fêtes.

Auparavant, en semaine, presque personne n'assistait à la messe : mais, depuis, un bon nombre y vinrent, chaque matin. Ils prirent, en outre, l'habitude de la visite quotidienne au Très Saint Sacrement, et de la pratique, si louable et si bienfaisante, du chemin de la croix.

Malgré l'inconstance si naturelle aux sauvages, ce ne fut pas, là, un feu de paille. Au Chapitre général de la Congrégation, en J879, le délégué du vicariat de Saint-Boniface put, en connaissance de cause, allirmer que Saint-Laurent était vraiment une belle mission, donnant de réelles consolations aux Pères qui en étaient chargés.

Dans un ouvrage publié à la même époque, et intitulé : Quatorze mois dans F Amérique du Nord, un voyageur distingué, le comte Louis de Turenne, constate, lui aussi, l'assiduité des sauvages de Saint-Laurent aux exercices du dimanche.

- Les fidèles, écrit-il, sont nombreux et assistent à l'office avec recueillement. A la fin de la messe, le P. Camper prononce un sermon, d'abord en français, pour les Métis, puis en sauteux, qu'il semble posséder admirablement. Cette langue harmonieuse et sonore, il la parle avec toute l'emphase et les gestes qui caractérisent les Indiens.

En 1885, il y avait, groupées aux alentours de la chapelle, cent trente-six familles, formant un total de plus de sept cents âmes. On put établir, dans cette population, deux congrégations : l'une, celle de Sainte-Anne, pour les mères de famille, et l'autre, celle des Enfants de Marie, pour les jeunes filles. Il en résulta un accroissement notable de la piété.

Mgr Taché étant revenu, le 30 août 1886, pour confirmer soixantehuit personnes, éprouva une très vive consolation. Il se rappelait, avec émotion, ce que cette fondation avait coûté de souffrances, et combien longtemps elle était demeurée stérile. Il la voyait, maintenant, florissante, avec un grand nombre de chrétiens très attachés à notre sainte religion, dont ils observaient fidèlement les préceptes.

Parmi les Oblats si méritants (fui, avec un courage inlassable, se dévouèrent à cette œuvre si pénible, mais, enfin, couronnée de succès, nommo les Pères Simonet, Camper, Saint-Germain, Dupont, Gascon, Chaumont.

Le P. Camper.

Saint-Laurent (Lac Manitoba).

Troisième église, hàtie pour remplacer les ilcux premières, construites en bois.

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et le Frère Mulvihill, irlandais, qui, sans cesser d'être un excellent religieux, y fut d'abord maître d'école, puis maire, notaire et juge de paix de la localité, titres variés que lui conféra le Gouvernement, et dont il remplit les multiples fonctions à la satisfaction de tous.

Non seulement les Missionnaires prodiguaient les soins spirituels à la population, de plus en plus nombreuse, qui se groupait autour de leur église, mais aussi aux sauvages disséminés sur les bords des lacs Manitoba et Winnipegosis, ou petit Winnipeg, ayant chacun une longueur presque de deux cents kilomètres.

Ils rayonnèrent également plus à l'ouest, autour du lac du Cygne, Swan lake, un peu plus petit que le lac Winnipegosis, avec lequel il communique par la rivière Plate.

Cet apostolat nécessitait, jusqu'à plus de quatre cents kilomètres dans le nord, des voyages incessants, d'autant plus pénibles et fatigants que, par un phénomène assez singulier, dans ces lacs, où les couches de calcaire abondent, des blocs isolés de granit se rencontrent, amoncelés en bancs qui se prolongent bien loin, au large, et rendent la navigation périlleuse. Plusieurs fois, les fragiles canots des Missionnaires vinrent s'y briser.

En certains endroits, ce sont des cailloux, rangés en lignes parallèles, couverts d'une mince couche de terre, mais laissant entre eux, sous un gazon trompeur, une série de marais quelquefois fort étendue. Cette mince végétation gêne énormément la marche de ceux qui, se croyant sur un sol résistant, se retrouvent, à leur grand déplaisir, très souvent les pieds dans l'élément liquide et froid.

Au printemps surtout et à l'automne, on ne doit pas oublier, qu'en ces parages, la terre c'est de l'eau.

Autour de ces trois lacs, sur de larges espaces, vivaient d'assez nombreux sau\ages, mais en familles isolées, et, par suite de cet état de dispersion, plus diilieiles à évangéliser. En outre, ces aborigènes se déplaçaient fréquemment, car, ignorant la culture, ils vivaient exclusivement de chasse et de pêche.

- Le travail du Missionnaire \oyageur est très rude, écrivail le P. I issot, dans son Rapport au Chapitre général de 1873. Arrivé auprès de quatre ou cinq familles, il doit aller au secours de tous, depuis celui qui vient de naître, jusqu'au vieillard : baptiser, instruire, confesser, consoler les affligés et réprimander ceux qui dévient du bon chemin.

Souvent, tout cela était à faire clans une seule et même fan (."était l'occupation, partout recommencée, du l'ère, pendant les mois

que durait sa tournée. Pour sa nourriture, il s'en remettait à la générosité de ceux qu'il visitait : c'est-à-dire qu'elle n'avait rien de succulent, ni nie nie de simplement attrayant. Le sauvage n'est pas donnant : c'est là son moindre défaut. Surtout quand il est pauvre et qu'il n'a que le strict nécessaire, la pensée ne lui viendra jamais de se dépouille:* de la moindre parcelle de ses provisions, pour l'offrir à celui qui, au prix de tant de fatigues, accourt lui apporter en abondance les biens spirituels.

Malgré tant de privations, de dangers et de misères, le Missionnaire «lait content. La foi lui ouvrait des horizons immenses. Dans son cœur, il goûtait une joie qui n'est plus de la terre. Au sein de tant d'épreuves quotidiennes, il apprenait, de plus en plus, par son expérience personnelle, combien est vraie la parole du Maître : « Mon joug est suave et mon fardeau léger ! »

Pour gagner à Jésus ces déshérités de la nature, les Oblats étaient heureux de se faire, comme saint Paul, tout à tous, même sauvages avec les sauvages, en ce sens qu'ils devaient renoncer à tout ce que la civilisation regarde comme indispensable à la vie humaine.

Chaque année donc, les Pères de Saint-Laurent, les uns après les autres, équipaient leurs traîneaux à chiens, chaussaient les raquettes, ou; suivant la saison, s'embarquaient sur un frêle canot d'écorce. Ils employaient chacun plusieurs mois à ces courses apostoliques si fatigantes, de huit à neuf cents kilomètres. Le plus souvent, ils en faisaient à pied la majeure partie, à la suite de leurs chiens charriant les bagages, et, le soir, campaient à la belle étoile, par des froids extrêmement rigoureux.

Outre le travail continuel de ces visites, il fallait étudier et posséder à fond au moins trois langues extrêmement dilliciles, pour répondre aux exigences de ce ministère varié.

Ils évangélisèrent ainsi plusieurs postes, dont nous ne citerons ici (,11c les principaux :

1° D'abord, l'ancien poste de Notre-Dame du Lac.

2° Totogan, à l'ouest, près de l'extrémité méridionale du lac Manitoba.

3° La Rivière Blanche-Fangeuse, White-mud river, qui se jette dans ce lac, près de Totogan. Elle aurait peu d'importance par elle-même, mais elle traverse une petite vallée fertile, où quelques familles s'étaient établies, et où probablement d'autres viendraient encore se lixer. Les Pères d<»nc la visitèrent fréquemment.

\° La baie des Sables, Sandy boy, sur la cote occidentale.

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5° Le lac du Chien, Dog lake, près de la côte orientale du lac Manitoba, à l'endroit où celui-ci se resserre.

<>° Le Détroit, ou presqu'île entre ces deux lacs.

7° Le lac du Flux et Reflux, en anglais Ebb and Flow, petit lac très étroit, mais allongé à l'ouest de cette presqu'île.

8° La rivière de la Poule d'eau, en anglais Water-hen, trait d'union entre les lacs Manitoba et Winnipegosis. Vu ses nombreux méandres, elle parcourt, de vingt à trente fois, la distance qui sépare ces deux lacs. Elle est rapide, peu profonde, et a une foule de subdivisions à travers ce pays bas et marécageux.

9° Le lac du Cygne, Swan lake, à l'ouest de la partie septentrionale du lac Winnipegosis.

10° La rivière Plate, Shoal river; la rivière à la Grue, Crâne river: Posen, etc., etc.

La multitude de lacs qui couvre le pays, dans cette vaste région, et l'inextricable dédale des cours d'eau qui les umt, rendent 1res vraisemblable le sentiment d'après lequel, à une époque géologique relativement peu éloignée, tous ne formaient, avec le grand lac Winnipeg, qu'un seul et même bassin : vraie mer intérieure.

En fait, beaucoup de ces terrains sont à peine émergés, et encore très imbibés d'eau. Ils forment des marécages, au milieu desquels il est très difficile de marcher, et dans lesquels on est très exposé à s'enfoncer, et même à s'enliser.

Le résultat de ces expéditions si longues, si fatigantes, et, parfois, si périlleuses, ne fut pas sans consolations. Lue lettre du P. Camper, datée du 17 décembre 1884, nous le révèle :

- Daigne le Maître du champ nous envoyer encore un plus grand nombre d'ouvriers. Vous seriez étonné de voir nos enfants sauvages lire passablement en français... Et si vous les entendiez chanter avec ensemble, soit la messe des Anges, soit la messe Royale, ou bien des cantiques en sauteux et en français, même des antiennes et des psaumes en latin, vous seriez émerveillé!... Je n'ai pas besoin de vous dire combien le progrès de nos iidèles, éloignés à de telles distances, réjouit le cœur du Missionnaire. Ils lui font oublier et compter pour rien la rigueur du froid, les campements à la belle étoile, et les marches forcées de plusieurs centaines de kilomètres, au pas d<- course, à la suite des chiens qui tirent le traîneau, chargé de son bagage.

JVotre-Dame des Sept-Douleurs.

(Baie des Canards et rivière aux Épinettes.)

Quoique tant de postes divers fussent régulièrement visités par les Pères de Saint-Laurent, celui de la baie des Canards, fondé autrefois par le P. Bermoncl, n'était pas négligé.

C'était, au contraire, un de ceux auxquels ils se consacraient spécialement.

En 1864, un mouvement de conversion s'y dessina. Les Pères eurent le bonheur de baptiser quelques adultes, et Mgr Taché vint donner la confirmation à vingt-deux d'entre eux.

Chaque année, les infatigables Missionnaires y passèrent une partie de l'hiver, recueillant, chaque fois, de nouveaux fruits de conversion.

En 1869, ils y élevèrent une nouvelle chapelle plus spacieuse, car celle qu'ils avaient bâtie, huit ans auparavant, était insuffisante, et, d'ailleurs, tombait en ruines.

Un sauvage catholique de la baie des Canards, Jean-Baptiste Napakisit, leur servait ordinairement de guide dans leur courses à travers les forets, les marécages et les fondrières.

L'année du Jubilé, en 1875, les habitants du lieu voulurent le choisir pour chef.

Après bien des hésitations, il accepta, dans l'espoir que, si le Gouvernement agréait sa nomination, il verrait se réaliser le plus ardent de ses désirs : entendre plus souvent parler de Jésus-Christ, et procurer à ses enfants et à ceux des autres le bienfait dune éducation chrétienne.

C'étaient, là, certainement de fort beaux sentiments, et il serait à souhaiter que tous les élus du suffrage universel, dans nos pays civilisés, députés, maires et sénateurs, eussent un idéal aussi élevé.

Le nombre des Pères ayant augmenté, il fut, enfin, possible de constituer un établissement i\xe, près de la baie des Canards, à l'embouchure de la rivière aux Épinettes, Pine river, qui se jette dans le lac Winnipegosis. L'église que les Oblats y bâtirent, lut dédiée à Notre-Dame des Sept-Douleurs. Ils y fondèrent aussi une école, ainsi qu'au poste ilr la l'oule d'eau.

C'est de là, désormais, que furent, desservies les autres stations situées plus au nord, comme celles du lac du Cygne, de la rivière Plate, etc.

Une agglomération s'y forma, et augmenta peu à peu. En outre, plusieurs familles indiennes, venant des plaines de l'ouest, résolurent

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