‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 2)Chapitre 24 sur 69 · ÉVANGÉLISATION DES SAUTEUX · texte numérisé non relu

ÉVANGÉLISATION DES SAUTEUX

de s'y arrêter. Il en résulta un village, puis, plus tard, une petite cité, qui grandit, elle aussi, et que, par reconnaissance pour le P. Camper, on appela Camperville, nom qu'elle porte encore sur les cartes géographiques actuelles.

Ce qui attira, de plus en plus, en cet endroit, les sauvages nomades et aussi les Métis, c'était la facilité de l'existence offerte par un lac très poissonneux, et, surtout, la présence d'une école, dont ils voulaient faire bénéficier leurs enfants.

Païennes, ou indifférentes, à leur arrivée, ces familles ne cachaient pas, cependant, leur intention de se convertir au catholicisme, et commençaient par faire baptiser leur nombreuse progéniture.

§ 3 Sainte-T\ose du Lac (Lac Dauphin.)

In autre centre de population se forma à l'ouest du lac Manitoba, et au sud-est du petit lac Dauphin, dans la vallée de la Turtle river, appelée, par les uns, rivière aux tourtes, ou tourterelles, et, par les autres, rivière aux tortues, le mot anglais turtle ayant ces deux significations.

Il fut, d'abord, composé de Métis, auxquels s'adjoignirent ensuite des colons blancs, franco-canadiens, et même des Européens, venus de la France, de l'Irlande et de l'Ecosse.

C'est de la station d'Ebb and Flow, lac du Flux et Reflux, que les Oblats avaient commencé par porter à cette région les secours religieux. Us y bâtirent ensuite une belle église et 'une école, en rapport avec l'importance de la population.

Grâce à leur zèle, fut créée, là, une paroisse qu'ils appelèrent Sainte- Rose du Lac, et qui prit, dans la suite, de notables développements.

§ 4 Tort Alexandre (Lac. Winnipeg.)

Magnifique pièce d'eau, le lac Winnipeg a près de quatre cent cinquante kilomètres de long, et, parfois, jusqu'à quatre-vingt-seize de large.

Quoiqu'il ait eu, autrefois, une surface triple, ou quadruple, on voit, par ces chiffres, qu'il a encore une étendue fort convenable : elle équivaut à quarante-trois fois celle du lac de Genève.

A l'est, ses bords sont formés par des rochers granitiques ; à l'ouest, par des couches de calcaire et des bancs de sable ; mais, à cause de son peu de profondeur, ses eaux ne sont pas limpides : de là, son nom de Winnipeg, qui, en algonquin, signifie eau bourbeuse et sale.

Il reçoit des cours d'eau très importants, entre autres : au sud, la rivière Rouge ; au nord-ouest, la Saskatchewan ; au nord-est, vis-à-vis de l'embouchure de celle-ci, par une sorte de symétrie, la rivière Winnipeg, qui est comme scindée en deux branches, venant à la rencontre l'une de l'autre, pour mêler leurs ondes dans cette mer intérieure.

Fort belle rivière, la AVinnipeg, longue de sept à huit cents kilomètres, traverse le lac La Pluie et le lac des Bois, reçoit ensuite, à droite, la rivière aux Anglais, et présente sur son parcours une foule de rapides, se terminant en chutes et en cascades. Ils sont si nombreux, en certains endroits, qu'on l'appelle, alors, rivière Blanche, car ils s'y succèdent, si rapprochés les uns des autres, que, sur de grandes distances, l'eau est- partout écumante.

Près de l'embouchure de la rivière Winnipeg, à cent trente kilomètres environ au nord-est de Saint-Boniface, s'élève le fort Alexandre, d'où l'on a une vue splendide sur l'immense lac.

Les Oblats qui l'avaient visité, peu après leur arrivée, y retournèrent, et y fondèrent un établissement, vers 1865, pour évangéliser les Sauteux de cette région, jusqu'au lac des Bois, la rivière La Pluie et la rivière aux Anglais.

Dix ans plus tard, beaucoup de ces sauvages étaient devenus profondément chrétiens. Les Pères leur bâtirent une belle église, avec une école.

\enora ou "Portage du T\at (Lac des Bois).

Long de plus de cent kilomètres et large de cinquante à soixante, le lac des Bois, Lake of ihe Woods, renferme plusieurs milliers d'îles : dix-mille, assure-t-on, grandes et petites, couvertes de forêts de cèdres, de trembles, d'épinettes et de sapins ; innombrables bouquets de verdure, émergeanl des eaux.

A chaque instant, l'aspect du paysage change. Entre ces îles, des passages, tantôt larges, tantôt étroits, mais irréguliers et très pittoresques, constituent, par leurs gracieux méandres, un inextricable labyrinthe, dans lequel <>n pourrait très facilement s'égarer, si on n'avait un guide expérimenté et. un habile pilote.

Nous n'oublierons jamais l'excursion que nous y fîmes, nous-même,

EVANGELISATION DES SAUTEUX

au mois d'août 1912, sur le coquet petit bateau à vapeur de notre maison de Kenora. C'est un de nos plus charmants souvenirs de notre long et si instructif voyage dans le Nord-Ouest Américain.

A l'extrémité septentrionale de ce remarquable lac des Bois, la rivière Winnipeg, par laquelle il se décharge, forme des cascades mugissantes, en se précipitant sur un lit de rochers.

C'est un endroit délicieux, et, à notre époque, le rendez-vous des promeneurs pendant la belle saison.

On y vient même de la ville de Winnipeg, quoiqu'elle soit éloignée de plus de deux cents kilomètres, distance qu'en chemin de fer on parcourt actuellement en quelques heures.

Le nom, si curieux, de Portage du Rat, ou Portage aux Rats, fut donné à ce lieu par les sauvages, qui, ne pouvant descendre en canot ers rapides dangereux, et obligés de faire « portage », trouvèrent établis aux enviions une multitude de rats musqués, qui avaient élu domicile dans les grandes herbes et les joncs des marais voisins, où ils s'étaient construits des habitations sphériques, assez semblables à celles des castors.

De bonne heure, les Oblats visitèrent cette localité, et y bâtirent une chapelle sous le vocable de Notre-Dame du Portage. Suivant

Kenora. (Portage du Rat.) — Église et maison des Pères.

leur pratique constante, ils y ajoutèrent une école, fréquentée par soixante-dix enfants, chiffre qui, dans la suite, monta à cent soixante. Ce développement les amena à créer trois autres écoles dans ce district. Diverses compagnies, en effet, ne tardèrent pas à exploiter les forets de cette région, même sur une grande échelle. Elles y construisirent de nombreuses scieries mécaniques, en vue du commerce des bois qui,, en peu de temps, devint considérable.

La première chapelle fut remplacée par une belle église en pierres, eontiguë à la maison des Pères, avec une magnifique tour en granit rouge et gris : le tout sur un petit monticule qui domine le lac et les cascades, près de la gare actuelle et importante du chemin de fer Canadian Pacific.

De là, les Pères entreprenaient, vers le nord, l'est et le sud, des courses dans un rayon d'une centaine de kilomètres, faisant ainsi, de leur établissement du Portage du Rat, un véritable centre de missions indigènes. Ils s'avançaient jusqu'à des stations fort éloignées, telles que Keewatin, Déception, Rottland, et celles du lac Seul, de la baie Vermillon, de la rivière de l'Aigle, du lac des Fleurs, des détroits du Foin, etc. Aucune fatigue ne les arrêtait, quand il s'agissait de jeter la bonne semence de l'Evangile, au milieu des tribus infidèles, plongées dans les ténèbres des plus grossières erreurs.

Le courant ininterrompu de l'immigration détermina, au Portage du Rat, l'éclosion d'une petite ville, qu'on appela Kenora. Elle prit, peu à peu, une réelle importance, de sorte que la Congrégation y possède, de nos jours, un établissement des plus agréables et des plus intéressants.

§ 6 Tort Trances ("Lac "La 'Pluie).

Parmi les postes visités, dès l'origine, par les Pères de la résidence de Kenora, il nous faut donner une mention spéciale à celui de fort Fiances, situé près de l'endroit où commence la rivière La Pluie, qui fait communiquer le lac de ce nom avec celui des Bois, à plus de cent cinquante kilomètres au sud-est du Portage du Rat.

En été, le voyage était facile : on pouvait le faire en canot ; mais, «■ii hiver, le lac et la rivière étant glacés, on ne pouvait y aller qu'en traîneau à chiens, ou bien à cheval. Comme on devait souvent s'écarter des chemins battus, pour visiter les groupes isolés, on était dans la nécessité de chausser les raquettes, et de faire à pied une grande partie du trajet. La nuit venue, quand on sentait tous ses membres transis.

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