‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 2)Chapitre 33 sur 69 · AU NORD DE L ALBERTA · texte numérisé non relu

AU NORD DE L ALBERTA

- En vérité, ce site est charmant : je le choisis pour une Mission nouvelle, et, en l'honneur de votre patron, je l'appelle Saint-Albert.

Puis, plantant dans la neige son bâton de voyageur, il ajouta :

— Ici même, construisez la chapelle.

A cet endroit, quelques mois après, se dressait l'autel d'une modeste église qui serait, plus tard, cathédrale.

Autour de la chapelle et du presbytère, une vingtaine de familles métisses, attirées par la fertilité du sol. commencèrent à se grouper,

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Saint-Albert. — Cathédrale construite en 1870. (Autre vue de Saint-Albert, dans le t. II, p. 208.)

durant l'été de 1861. Ce chiffre augmenta insensiblement, et la ville grandissante de Saint-Albert acquit, clans la suite, assez de notoriété, pour donner son nom à toute la province de l'Alberta.

Là, Mgr Grandin établit son siège épiscopal, quand, le 22 septembre 1868, de coadjuteur de l'évêque'de Saint-Boniface, il fut devenu vicaire

apostolique. Ce point, en effet, était plus central que l'Ile-à-la-Crosse, où il avait résidé jusqu'alors.

Trois ans plus tard, le 27 octobre 1871, il était nommé évêque de Saint-Albert.

A cause de l'augmentation de la population, la première chapelle devint bientôt trop étroite. On dut songer à en construire une autre, et plus grande et plus digne de sa destination.

Cette cathédrale, toute en bois et en forme de croix latine, avait des proportions harmonieuses. Quoique non entièrement encore ornée, en 1874, elle faisait déjà l'admiration non seulement des sauvages, mais aussi des Métis, qui accouraient, quelquefois, de plusieurs journées de marche pour la visiter. Elle leur paraissait un chef-d'œuvre, car ils n'avaient jamais rien vu de semblable.

Terminée, elle coûta plus de soixante mille francs, somme considérable pour l'époque, et pour ces régions si reculées, privées de communications faciles.

En arrivant de l'est du Canada, les voyageurs, quels qu'ils fussent, é1 aient eux-mêmes fort étonnés de trouver un tel édifice, à une si grande distance. Ce n'était pas, cependant, un monument de vastes dimensions : mais c'était ce qu'il y avait de mieux, alors, en ce genre, dans les immenses territoires du Nord-Ouest.

auprès de la cathédrale s'élevèrent successivement une école pour de nombreux enfants, un orphelinat, un hôpital et un couvent pour les Sœurs Grises de Montréal, qui se dévouaient à l'éducation de la jeunesse et aux œuvres de charité.

I)ans les environs de Saint-Albert, étaient trois autres écoles catholiques.

De Sainl -Albert dépendaient plusieurs postes secondaires, dont quelques-uns étaient éloignés de plusieurs journées de marche. C'étaient le lac Lanone, le fort Saskatchewan, Morinwille, la Rivière- Qui-Barre, Stony plain, Hobbema, etc. Le plus reculé était le fort Jasper, dans les montagnes Rocheuses, à plus de trois cents kilomètres de distance.

§ 5 Saint-Paul des Cris.

Fondée en L865, sur la rive gauche de la Saskatchewan du nord, près du lac La Selle, Saddle lake, à cent quatre-vingts kilomètres au nordrsi d'Edmonton, cette Mission fut fréquentée, dès l'origine, par un grand nombre «le Cris, donl la plupart étaient encore infidèles.

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Les Pères les convertirent ; puis, afin de les arracher aux dangers et aux misères de la vie nomade, leur apprirent l'agriculture.

§ 6 Tort Pitt (1).

Presque à égale distance de Carlton et d'Edmonton, mais à plus de quatre cents kilomètres de l'un et de l'autre, se trouvait le fort Pitt.

Dès 1854, les Pères le visitèrent, de temps en temps, et eurent beaucoup à lutter contre des employés subalternes de la Compagnie de la baie d'Hudson, qui, achetant à vil prix, au moyen de quelques litres d! eau-de-feu, les fourrures les plus précieuses, non seulement faisaient un grand tort matériel aux sauvages, mais, en favorisant ainsi leur penchant si vif pour les liqueurs enivrantes, les maintenaient dans un état de dégradation effroyable. L'ivrognerie les conduisait par une pente fatale aux pires excès : le vol, le meurtre, les pratiques les plus abominables du paganisme et l'immoralité la plus éhontée.

Touchés de pitié, les Oblats résolurent de ne rien négliger pour restreindre et abolir, si c'était possible, la coutume, chère aux gens sans conscience, de s'enrichir aux dépens de ces infortunés, dont on détruisait la santé physique, en même temps qu'on les plongeait davantage dans l'abîme des vices les plus dégoûtants.

Cependant, à cause de leur petit nombre et de l'immensité des distances, les Pères, pendant plusieurs années, ne purent faire que des apparitions temporaires dans ce poste qu'ils auraient tant voulu évangéliser complètement.

Ce n'est qu'en 1875, qu'il leur fut possible de s'y installer à demeure.

Trois ans après, le P. Lestanc écrivait : - La Mission du fort Pitt a déjà obtenu d'assez beaux résultats, pour nous autoriser à croire qu'elle est bénie de Dieu... C'est un lieu de passage pour des milliers de Cris. Cn y voit surgir continuellement de nouvelles loges de sauvages. Plus de la moitié de ces pauvres geng étaient infidèles à notre arrivée. Aujourd'hui, bon nombre sont baptisés, et déjà le changement est grand dans les mœurs.

Au point de vue matériel, l'installation des pasteurs de ces brebis perdues était des plus précaires. 1 ne misérable cabane de dix mètres de long sur sept de large, simple hutte, ouverte à tous les vents, servait . à la fois, d'église, de dortoir, de cuisine, de salle de réception, de salle d'exercices etc.

(1) Voir la carte p. 120.

Une petite alcôve noire, de deux mètres de large sur un mètre et demi de profondeur, était le palais de la divine Eucharistie. L'unique appartement qui restait, abritait trois Pères et un Frère convers.

De la Mission du l'ort l'itt dépendaient plusieurs autres.

L'une des plus importantes était celle qui fut fondée près du lac d'Oignon, Onion lake, à la distance d'une vingtaine de kilomètres, dans la direction du nord-ouest. Elle fut dédiée à Notre-Dame du Rosaire, et donna bien des consolations aux vaillants apôtres.

Notons également la Mission établie près du lac la Grenouille, Frog lake, pièce d'eau profondément encaissée entre deux plateaux, à trente kilomètres au nord-ouest du lac d'Oignon. Là, également, les Pères réussirent à fixer, d'une façon stable, un certain nombre de Cris initiés par eux à l'agriculture, et qui, renonçant à la vie nomade si pleine, autrefois, d'attraits pour eux, s'étaient construit des maisonnettes autour de ce joli petit lac.

Parmi les Missions secondaires dépendant du fort Pitt, signalons aussi celle du lac En-Long, dédiée à saint Charles, et celle du lac des Roches, dédiée au bon Larron.

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