CHAPITRE V
Dans le sud de f Alberta
Pieds-JMoirs, Piéganes et Gens-du-Sang.
Les sauvages à la conversion desquels les Oblats travaillèrent avec succès dans les contrées dont nous venons de parler, appartenaient surtout à la nation des Cris ; mais, dans le sud de l' Alberta, habitait une nation bien diverse, celle des Pieds-Noirs, divisée en trois principales tribus : les Pieds- Noirs proprement dits, en anglais Black Foot, les Piéganes et les Gens-du-Sang.
Leurs mœurs étaient on ne peut plus mauvaises.
Une dépravation sans pareille résultait, d'abord, de leur oisiveté, car ils ne songeaient qu'à jouer et à fumer, quand ils ne chassaient pas ; or, pour les sauvages surtout, la paresse est la mère de tous les vices.
La seconde cause de leur abjection morale était leur habitude de vivre ensemble dans des camps où ils se réunissaient en grand nombre, sans autre but que celui de s'amuser le plus possible. L'agglomération de tant de personnes de différent sexe, que ne retenait aucun sentiment de religion, de pudeur et de crainte, favorisait les pires excès. Aux conversations les plus licencieuses, non seulement de la part des hommes, mais aussi de la part des femmes et des enfants, succédaient des actes tellement répréhensibles, qu'on pouvait croire que, chez tous, le sens moral était complètement éteint.
Cette corruption générale et cet amour effréné des plaisirs sensuels s'alliaient à une passion terrible : celle de la vengeance la plus implacable.
Un Pied-Noir était incapable d'oublier une injure. Fallait-il attendre des années entières pour satisfaire sa rancune, celle-ci ne diminuait en aucune façon. Sans rien laisser paraître de ses dispositions intimes, il guettait l'occasion favorable, puis, quand le moment lui semblait propice, il fondait sur sa victime, et, l'œil en feu, il se délectait en voyai le sang couler à flots, sous des blessures multipliées, qu'il tâchait de r pas rendre mortelles tout de suite, par un rallinement de cru;