‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 2)Chapitre 38 sur 69 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Insurrection dans la Saskatchewan

§ I Mécontentement des Métis et des sauvages.

Par suite du courant d'immigration dont les flots se déversaient continuellement dans les vastes territoires du Nord-Ouest, en augmentant d'année en année, la condition des anciens maîtres du sol s'était profondément modifiée et changeait de plus en plus à leur désavantage.

Quelle différence, en effet, entre leur situation présente et celle dont leurs ancêtres et eux-mêmes avaient précédemment joui!...

Fils du désert, accoutumés, depuis leur première enfance, à une indépendance complète, qui leur permettait de parcourir, en tous sens, les prairies aux horizons sans bornes qui, toujours, fuyaient devant eux, les sauvages ne pouvaient se résigner à rester parqués, comme en demi-captivité, dans les « réserves » qu'on leur avait concédées.

Les subsides que le Gouvernement leur allouait, leur semblaient bien maigres, à côté de l'abondance que la chasse aux buffalos leur ;i\;iil constamment fournie. Ils vivaient donc dans un état de gêne et de demi-jeûne, comparable, selon eux, aux angoisses de la faim.

Se considérant comme les possesseurs légitimes du sol où ils étaient nés. niais dont s'emparaient des étrangers « aux visages pâles », ils voyaient avec rage ceux-ci s'enrichir, tandis qu'ils s'appauvrissaient, eux, chaque jour davantage.

Ainsi s'accumulaient dans leur cœur des sentiments de haine et de désespoir, capables de les pousser à toutes les extrémités.

De leur côté, les Métis partageaient ces sentiments.

Autrefois, dans ces immenses espaces, ils avaient joui avec délices d'une atmosphère de pleine liberté, trouvant, eux aussi, dans la vie nomade, qui était pour eux comme une seconde nature, leur subsistant»' quotidienne.

Eux aussi avaient été les souverains du pays. Dans leurs perpétuels voyages, ils s'arrêtaient où ils voulaient... Sans entrave ni contrainte, ils plantaient leur tente à l'endroit qui leur plaisait... Puis, ils transpor-

taient leur domicile éphémère, au gré de leur caprice, et suivant les circonstances.

Or, cette entière liberté dont ils avaient goûté les charmes enivrants, sous le gouvernement paternel de la Compagnie de la baie d'Hudson ; .. . ces chasses aimées, aux multiples péripéties, parfois tragiques, mais toujours passionnantes, et qui procuraient l'abondance dans leurs camps... tout cela avait à jamais disparu, pour faire place à un état de gène et d'humiliante pauvreté.

Il leur avait fallu devenir agriculteurs, ce qui n'était nullement dans leur goût.

Si, du moins, le Gouvernement qui s'était constitué après les troubles de 1870, dont nous avons parlé plus haut, leur avait laissé la propriété des terres qu'ils avaient déjà défrichées et améliorées, leur mécontentement, peu à peu, se serait atténué, et aurait probablement fini par disparaître, quand ils auraient profité du fruit de leurs travaux.

Mais ce Gouvernement avait mis la main sur tout le territoire, s'en était déclaré le propriétaire, et envoyait des arpenteurs pour le diviser en grands carrés, suivant la direction des degrés de longitude et de latitude, sans s'inquiéter des parties déjà occupées et possédées par les Métis.

Ceux-ci, afin d'être plus rapprochés les uns des autres, s'étaient fixés, de préférence, sur les bords des lacs et des rivières, ayant ainsi, chacun, des portions de terrain peu larges, mais très longues.

Le système d'arpentage ordonné par les autorités d'Ottawa, bouleversait tous les faits acquis, et entraînait fatalement une expropriation forcée. Il tendait à enlever aux Métis, non seulement le fruit de leurs travaux, mais même la possession de terrains qui, selon le droit des gens, leur appartenaient, à titre de premiers occupants, pour la transférer arbitrairement à des étrangers, à des inconnus qui n'y avaient aucun droit.

Mgr Taché, Mgr Grandin, le P. Leduc, son vicaire général, et d'autres Oblats s'étaient rendus, plusieurs fois, à Ottawa et à Battleford, pour soumettre aux autorités fédérales et provinciales les justes revendications des Métis, et obtenir pour eux satisfaction.^

Après des efforts persévérants et des instances réitérées pendant sept années entières, de 1878 à J 885, ils reçurent des promesses que nul. dans les cercles officiels, ne s'inquiéta de traduire en réalités.

Bien plus, le pouvoir central semblait avoir pris à tâche de porter au comble l'exaspération des Métis, en envoyant dans la Saskatchewan des fonctionnaires vicieux, dont la grossièreté, les duretés et les insolences étaient de nature à blesser les susceptibilités les moins exigeantes.

Dans ce pays neuf, où tout était à organiser, il aurait fallu plus de tact, de modération et de savoir-faire. Avec de bons procédés et des paroles sympathiques, sauvages et Métis eussent été facilement gagnés. Par hostilité de race, on les irrita, de plus en plus, au contraire, avec des maladresses, des paroles méprisantes et des procédés que, non sans mot ils. ils trouvèrent injustes.

Pour toutes ces raisons, le mécontentement devint général, et ne cessa de croître, d'année en année, jusqu'à ce qu'il arrivât au paroxysme.

§ 2 Préparatifs à la lutte(l).

Dans une forêt, entre Saint-Laurent de Saskatchewan et Prince- Albert, commencèrent à se tenir de vrais conciliabules.

Tout d'abord, les conjurés décidèrent que nul ne serait admis aux délibérations, s'il ne s'engageait par serment à garder, à leur sujet, le secret le plus absolu. La plupart prêtèrent ce serment, et ceux qui le refusèrent furent exclus.

Comme des conspirateurs, on s'enveloppait de l'ombre du mystère, et on se réunissait loin des regards indiscrets, au fond des bois.

Très soigneusement, on avait tenu les Pères à l'écart, et on ne les avait nullement consultés, comme on avait coutume de le faire, dans les choses importantes.

Plusieurs, les plus exaltés et les moins religieux, les accusaient même d'avoir cru trop facilement aux promesses fallacieuses du Gouvernement d'Ottawa.

On savait aussi que, si les Missionnaires admettaient la légitimité des revendications des Métis, puisqu'ils s'en étaient constitués les avocats en haut lieu, ils n'approuveraient certainement pas les moyens violents qu'on se proposait d'employer pour en assurer le triomphe.

A la suite de leurs conciliabules, les conjurés prirent la résolution d'aller chercher Riel dans les États-LInis, où il s'était réfugié depuis les événements de 1870, et de le rappeler comme le seul homme capable de porter remède aux maux dont ils soulTraient.

Nous nous sommes opposés énergiquement à ce projet, écrivait le P. André, mais nos remontrances ne furent pas écoutées ; nous fûmes même éconduits, parce que nous considérions comme dangereuse l'arrivée de cet homme ici.

(1) Voir la carte, p. 120.

Dans le courant du mois de juillet 1884, Riel arrivait à Saint-Laurent de la Saskatchewan. Ses compatriotes l'accueillirent avec enthousiasme comme un libérateur.

Voici le portrait que nous en trace le P. Fourmond :

- Une des premières visites de Riel a été pour moi. « Je ne veux rien entreprendre, m'a-t-il dit, que sous la direction du clergé et d'après ses conseils... » C'était la première fois que je voyais Riel. Je fus d'abord enchanté de sa conversation et de son bon esprit. J'admirai la foi qui respirait dans toutes ses paroles, la douceur qui caractérisait sa physionomie et son élocution... Cependant son visage où se peignent la bonté, l'humilité et la modestie, s'anime parfois, tout à coup, et s'enflamme d'un feu terrible, cela surtout quand on fait quelque opposition à ses idées... Les droits de sa nation sont pour lui sacrés, et il jure de les défendre jusqu'à la mort. Dans ces moments d'exaltation, ce n'est plus le même homme : son regard étincelant, l'éclat de sa voix, l'agitation de son épaisse chevelure, lui donnent un aspect effrayant.

Même impression chez le P. André, mais plus accentuée encore :

- Ma première entrevue avec Riel, dit-il, me fit comprendre immédiatement combien nous devions le tenir pour suspect. L'air mystique, le ton religieux qu'il all'ectait dans ses conversations, les dehors affables et humbles qu'il savait revêtir, tout en lui était de nature à tromper les simples et les ignorants. Nos gens le regardaient comme un héros, un génie, une sorte de prophète... Mais, sous ce masque, se cachaient un orgueil diabolique et une ambition démesurée. Dans son cœur gronde une haine sourde contre toute autorité, excepté, bien entendu, la sienne.

Ni le P. Fourmond. ni le P. André ne s'étaient trompés dans leurs pronostics.

Dès que Riel, en effet, s'aperçut que ni Mgr Grandin, ni les Missionnaires ne partageaient ses idées pour une résistance violente et le recours aux armes, le saint évêque, ses collaborateurs si dévoués aux Métis et tous les prêtres lui devinrent odieux. Il usa de toute son inlluence sur ses compatriotes pour les tourner contre leur clergé !

11 ne cessa plus de semer, dans l'esprit des pauvres Métis, la défiance contre les Missionnaires. Selon lui, ce n'étaient que des adulateurs du Gouvernement, payés pour soutenir son autorité ; donc des hommes vendus dont il fallait se méfier... des traîtres, en un mot, par conséquent des ennemis à combattre, comme les autres.

En arrivant dans la contrée, il avait commencé par agiter les esprits, dans de fréquentes réunions, faisant miroiter, aux yeux de ses partisans,

l'espérance d'un brillant avenir. A mesure que l'excitation des esprits grandissait, Uiel devenait de plus en plus provocant et menaçant dans son langage. Comme un tribun, il se suggestionnait lui-même, en soulevant les foules.

- J'eus avec lui des luttes terribles, écrivait le P. André. Alors sa colère montait à un tel degré, qu'il perdait tout empire sur lui-même. ()n aurait dit, à ces moments, un vrai maniaque, se tordant en des contorsions et dans une fureur qui le rendaient méconnaissable. Je le contredisais ouvertement devant ses gens, lui montrant l'énormité et la folie de ses projets, l'appelant un ignorant et un visionnaire qui se complaisait à des rêves et à des plans insensés. J'avertis nos chrétiens, et cela plusieurs fois devant lui, des dangers qu'il y avait à soutenir un pareil homme. Je ne me cachai pas pour allirmer que cette agitation ne pouvait finir que par la guerre..., elle attirerait sur eux toutes sortes de malheurs..., elle couvrirait le pays de ruines et de sang.

Vains efforts !

Quelques-uns, plus réfléchis, commençaient à entrevoir l'abîme dans lequel Riel allait les entraîner. D'autres, animés par l'esprit de discorde, ne songeaient qu'à soulever des tempêtes. Comme toujours, dans de semblables circonstances, des meneurs ayant l'espérance de pêcher en eau trouble, poussaient ouvertement à la révolte.

Ému enfin par les bruits de ces agitations, grossis par la renommée et par les rapports des journaux, le Gouvernement envoya un petit corps de cavalerie, pour maintenir le calme ; puis, cela n'ayant pas sulli. commanda d'arrêter Riel, cause de toute cette perturbation.

Cet, ordre, regardé comme intempestif par les uns, et comme sage par les autres, précipita les événements.

§ 3 La révolte.

Se voyant menacé, poursuivi, traqué, Riel réunit une armée en toute hâte, dans laquelle il lit entrer par la force, sous peine de mort immédiate, ceux qui hésitaient à le suivre. Puis il s'empara d'un magasin de munitions, saisit plusieurs trains chargés de farine, et envahit l'église de Batoche, pour en faire son quartier général.

C'était le IX mars ISS.').

La Providence, <pn prévoyait ce mouvement miraculeux, disait-il, avec une emphase prophétique, à ses recrues, avait préparé cette église pour vous servir de forteresse... Batoche deviendra célèbre dans l'histoire, comme le lieu béni d'où sortira l'émancipation du Nord-Ouest.

l!>8 DANS LE NORD-OUEST CANADIEN

Pour augmenter sa petite armée, Hiel y enrôla les Sioux, comme les Cris, et envoya partout du tabac pour s'attacher les autres tribus.

L'idée que les sauvages allaient se joindre aux Métis jetait, dans les esprits l'épouvante et la consternation. On voyait déjà tout le pays livré au meurtre et à la rapine... L ne guerre d'extermination commençait.

In gouvernement provisoire fut établi, à Batoche, le 19 mars, fête de saint Joseph. Riel, religieux à sa manière, l'inaugura par le pillage et la profanation de l'église.

En vrai despote et sans forme de procès, il condamnait à mort tous ceux qui, essayant de se soustraire à son autorité, refusaient de servir sous ses ordres.

Dans l'église même étaient rendues ses sentences sans appel.

Prenant une attitude de tribun, Hiel haranguait la foule... Les timides et les peureux approuvaient par leurs applaudissements, mais la terreur étreignait tous les cœurs. Personne n'osait protester contre la conduite de ce furieux qui alfectait la piété.

Avant de porter une sentence de mort, il faisait un signe de croix et récitait une prière. Puis, pour se justifier, il se mettait debout devant l'autel, et parlait, de longues heures, ne cessant d'attaquer de ses diatribes les évêques, les prêtres et même le Pape. Il affirmait la prétention de réformer l'Église catholique, qu'il appelait dédaigneusement « la Vieille Romaine ». Déjà il avait substitué au dimanche le samedi et affirmait qu'il détrônerait Léon XIII, afin de le remplacer par un autre plus digne, qu'il avait choisi.

- Dieu est avec nous, s'écriait-il. Un éclatant miracle s'accomplira en notre faveur, et notre cause triomphera, d'une façon merveilleuse, sans effusion de sang... Partout le Nord-Ouest se soulève. Battleford est dans les mains des sauvages, nos amis et nos alliés. Winnipeg est en pleine révolte. Edmonton et Saint-Albert rentrent dans le mouvement d'émancipation. Confiance ! Dieu est avec nous !

Malgré ces assurances et ces prophéties, des forces considérables se préparaient, de divers côtés, pour écraser Riel. A moins que celui-ci ne se rendît, ce qu'il ne paraissait pas disposé à faire, le sang coulerait certainement.

Il coula, en effet, dès le 26 mars.

Ce jour-là, vers deux heures de l'après-midi, commencèrent les hostilités près du lac Canard. Duck lake, entre des citoyens de Prince-Albert courant au secours de la garnison de Carlton, et une troupe de Métis et de sauvages voulant s'emparer de ce poste. Il y eut, de part et d'autre, des blessés et des morts, mais l'avantage resta aux Métis.

Riel assistait à cet engagement. Pour encourager ses hommes et les rendre comme invulnérables au milieu du danger, il tenait, élevée au-dessus d'eux, une grande croix d'Oblat qu'il avait volée au P. Touze, et avec laquelle il les bénissait.

On aurait pu croire que, profitant de ce premier succès, Riel prendrait vigoureusement l'offensive, pour devenir maître non seulement de Carlton, mais aussi de Prince- Albert, dont la population était maintenant affolée.

Un véritable homme de guerre n'aurait pas hésité... Riel n'en lit rien.

Plus visionnaire que stratège, il perdit son temps à dogmatiser.

Il répéta, d'abord, que la victoire viendrait par un éclatant miracle, sans effusion de sang.

- Ce sang n'aurait pas dû couler, vous dis-je. Qu'il n'en coule pas davantage, et nous pourrons compter sur le miracle promis. Plus merveilleux alors sera le triomphe de notre cause. Tous devront y voir manifestement la main du Très-Haut.

D'après une vision qu'il prétendait avoir eue naguère, il enseignait que seule la première personne de la Sainte Trinité était Dieu.

En conséquence, il commanda à ses subordonnés, quand ils réciteraient VAve Maria, de ne plus dire « Sainte Marie, Mère de Dieu », mais « Sainte Marie, Mère du Fils de Dieu ».

Puis, comme les Pères refusèrent de confesser et d'absoudre les adhérents à cette doctrine hérétique, il affirma avoir reçu du ciel le pouvoir de confesser, et invita ses hommes à user de son ministère.

Après s'être confessé à lui et avoir reçu un semblant d'absolution, un Métis murmura :

— Ma conscience était, tout de même, plus tranquille, quand je m'étais confessé à un prêtre!... Auparavant, je n'entreprenais jamais un voyage sans me confesser ; maintenant il faut que, sans me confesser, j'aille me battre, et, peut-être, me faire tuer.

Ce malheureux, en effet, fut tué dans un combat, peu après.

Mais, si Riel occupait inutilement son temps à des billevesées qui permettent de croire que son cerveau se détraquait, tous ses alliés ne l'imitaient pas.

L'un d'eux, encore païen et surnommé le Gros-Ours, Big Bear, chef des tribus habitant dans les environs du fort Pitt, jura de mettre à mort tous les étrangers venus dans le Nord-Ouest.

Des paroles, il ne tarda pas de passer aux actes.

A la tête de sept à huit cents sauvages, farouches autant que lui,

il marcha, en toute hâte, vers la Mission établie près du lac La (irenouille.

Grâce aux efforts des deux zélés Missionnaires (fui en étaient chargés, les IM\ Fafard et Marchand, et aux ressources qu'ils recevaient de leurs familles, cette Mission était en pleine prospérité. Son aspect riant et coquet Taisait l'admiration de tous les visiteurs. Outre l'église achevée et le presbytère avec ses dépendances, il y avait une école fréquentée par quarante élèves.

De tout cela, le Gros-Ours fit, en quelques heures, le Jeudi Saint, 1 avril, un monceau de ruines fumantes, arrosées du sang de deux mari \ rs.

Ses hommes, au moment même de l'office, entrèrent dans l'église, en costume de guerre, c'est-à-dire à peu près nus, le corps tatoué d'une manière étrange, la tête ornée de plumes et de verroteries, le visage affreusement barbouillé.

Avec des vociférations effroyables, ils intimèrent aux assistants l'ordre de se rendre immédiatement dans le camp du Gros-Ours, pour s'y constituer prisonniers et entendre leur sentence.

Terrifiés, les fidèles sortirent de l'église et marchèrent en file, à la suite des deux Pères qui s'avançaient, les premiers, récitant des prières.

A une certaine distance des maison, l'Agent du Gouvernement auprès des sauvages refusa d'aller plus loin. Aussitôt une balle l'étendit raide mort, et un autre canadien fut blessé. Le P. Fafard se précipita vers le mourant pour lui apporter les secours spirituels à ce moment suprême ; mais, tandis qu'il lui donnait l'absolution, une balle le frappa, à son tour, et le renversa inanimé.

Pendant cette fusillade, le P. Marchand, à trois cents pas de là, entendait les coups de fusil, mais, gêné par un pli de terrain, ne pouvait voir exactement ce qui se passait. On vint lui annoncer qu'il y avait des blessés, et que son confrère lui-même était mort ou agonisant.

Sans redouter le danger, le P. Marchand courut vers le théâtre du massacre, pour apporter aux victimes les secours de son ministère.

A peine avait-il l'ait quelques pas, qu'il reçut une balle au front : sa mort fut instantanée.

Après cet horrible attentat, les assassins pillèrent l'église, la sacristie, le presbytère, et, quand ils eurent pris tout ce qui leur convenait, mirent le feu à l'établissement.

Autour de ce foyer, contemplé par eux avec une joie féroce, ils organisèrent nue danse diabolique. Pour la rendre plus satanique, ils s'affublèrent des habits des deux martyrs et des ornements de l'église. On les voyait sauter, comme des énergumènes, dans une sarabande elïré-

née, revêtus, les uns d'une soutane, les autres de chasubles en drap d'or, en drap d'argent, en drap noir et de chapes de diverses couleurs. Ceux qui n'avaient pu réussir à s'emparer d'une chape ou d'une chasuble, avaient, du moins, une étole ou un manipule, une aube ou un surplis.

Fier de cet abominable exploit et persuadé que tout tremblait devant lui, le Gros-Ours envoya des émissaires au lac La Biche. Il enjoignait à tous les sauvages de l'endroit, sous peine de mort, de venir grossir ses troupes de pillards et d'assassins, assurant que, dans peu de jours, la Mission de Notre-Dame des Victoires serait, elle aussi, totalement saccagée et mise à feu et à sang.

Si ce forfait avait pu être accompli, il aurait eu des conséquences désastreuses jusqu'aux Missions de l' Extrême-Nord. Nous l'avons dit» en elfet, vu sa position géographique, l'établissement fondé par les Pères sur les bords du lac La Biche, était devenu un entrepôt général, centre d'approvisionnement pour les Missions les plus septentrionales.

Avertis du danger, les Pères et les Frères passèrent une partie des nuits à entasser, dans des cachettes creusées dans le sol, dans les caves, dans l'épaisseur des planchers, dans les étables, etc., les articles indispensables pour empêcher les Missionnaires du Nord de périr d'inanition : provisions, poudre, balles, plomb, filets pour la pêche, farine pour les hosties du saint Sacrifice, vin de messe, etc.

Cette précaution n'était pas inutile, car les sauvages des environs, prévenus par les émissaires de l'arrivée prochaine du Gros-Ours et de sa bande de forcenés, voulurent, à l'avance, s'assurer une bonne part du butin.

Ils coururent donc au fort de la Compagnie de la baie d'IIudson, situé sur la rive opposée, pour le mettre au pillage, et, avec les plus elfrayantes menaces, ordonnèrent au gardien de leur en livrer immédiatement les clefs.

Bien à contre-cœur, mais pour éviter la mort, le gardien obéit.

Aussitôt ce fut une scène indescriptible.

Hommes, femmes, enfants, tous se précipitèrent dans les magasins et dans les habitations du gardien, des commis et des employés. En moins d'un quart-d'heure, il ne resta plus une épingle : objets de commerce, comestibles de toutes sortes, fourrures, tout disparut.

Puis, pour achever leur œuvre de dévastation, ces sauvages, enivrés par leur facile succès, brisèrent non seulement les vitres, mais les portes, les fenêtres, les tables et les meubles qu'ils ne pouvaient emporter. Les chaises volaient en morceaux, sous de violents coups de hache ;

les livres, déchirés en mille pièces, étaient jetés au vent qui en emportait les feuillets dans toutes les directions.

Pour s'amuser, elles aussi, les sauvagesses, vraies mégères, à l'instar de leurs redoutables maris, et désireuses de se montrer dignes d'eux, prenaient un infernal plaisir à déchiqueter, en les tailladant avec des ciseaux, les robes et tout le linge de Mme Young, femme du gardienchef.

l'alignés de casser et de briser, mais chargés de dépouilles, les sauvages se retirèrent enfin, en disant que, dans quelques jours, quand arriveraient le Gros-Ours et sa troupe, ce serait le tour de la Mission d'être pillée, renversée de fond en comble, et réduite en cendres.

T^épression.

Entre temps, un premier contingent de soldats canadiens, remontant la vallée de la Saskatchewan, s'avançait vers Batoche.

Instruit de leur approche, Gabriel Dumont, parent et principal lieutenant de Hiel, et qui parut, en maintes circonstances, avoir de réelles aptitudes militaires, exprima, plusieurs fois, la volonté d'aller s'opposer à la marche de l'ennemi, avec un nombre suflisant de compagnons.

Excellents tireurs et connaissant parfaitement le pays, les Métis. cachés dans des plis de terrains, auraient pu harceler constamment la colonne envoyée contre eux, et lui infliger de très sérieuses pertes.

En tombant, à chaque pas, dans des embuscades, les soldats qui pénétraient pour la première fois, dans ces contrées pleines de surprises, n'auraient-ils pas été bien vite démoralisés, à la pensée qu'un ennemi insaisissable frappait sur eux des coups redoublés, puis, après le combat, se dérobait à leurs yeux ?

Cette manœuvre était certainement fort bien conçue, mais Riel ne l'approuva pas et s'y opposa même, toujours pour le même prétexte que le triomphe de sa cause paraîtrait d'autant plus miraculeux, qu'on aurait moins recouru à ces moyens trop humains, selon lui.

Pendant plus d'une semaine, Gabriel Dumont rongea son frein, rageur de voir une si belle occasion lui échapper par l'incompréhensible obstination de Riel, qui, certainement, perdait la tête. Mais, enfin, il n'y tint plus, et résolut d'agir à sa guise.

Le 2.'! avril, il quitta donc Batoche, à la tête de plusieurs centaines d'hommes bien déterminés. Dès le lendemain, il rencontra la petite armée canadienne dans un ravin, près de l'Anse-aux-Poissons, Fish

Creek, et immédiatement engagea la bataille qui dura une journée entière.

Une grêle de balles pleuvait sur les Canadiens qui eurent des morts et des blessés ; mais les troupes gouvernementales, commandées par le général Middleton, étaient plus nombreuses. En outre, elles avaient des mitrailleuses et des canons.

La lutte était par trop inégale. Malgré des prodiges de valeur, les Métis durent se retirer et rentrer à Batoche.

Cet échec fut compensé par un succès de Poundmaker, ou Faiseurd'Enelos, autre chef indien qui, lui aussi, avait levé l'étendard de la révolte.

A la tète d'une tribu de Cris, il pilla la ville de Battleford, et ravagea tout sur la rive méridionale de la Saskatchewan, faisant de nombreux prisonniers, parmi lesquels le P. Cochin. Il incendia les maisons, vola les chevaux, détruisit les églises et emporta les objets les plus précieux.

Craignant que ces bandits ne réussissent à se joindre aux forces du Gros-Ours, le colonel Otter se lança à leur poursuite, les atteignit, le 2 mars, et leur livra bataille. Elle dura de cinq heures du matin jusqu'à midi. Les Indiens se battirent si vaillamment, leurs attaques furent si violentes, leur feu si nourri et si meurtrier, que le colonel Otter, les croyant plus nombreux qu'ils n'étaient, crut prudent de se retirer. Cette victoire des rebelles prit le nom de bataille du ruisseau du Couteau-Coupé, Cut Knife Creek.

Poundmaker, plus vaillant dans la lutte qu'habile dans la stratégie, ne sut pas profiter de son succès.

Ayant donné quelques jours de repos à ses troupes, et ayant reçu du renfort, le général Middleton, auquel s'était uni le colonel Otter, s'avança vers Batoche. pour l'assiéger et s'en emparer.

Le premier assaut des troupes canadiennes, le 9 mai, fut repoussé avec pertes, et les assaillants durent se retirer.

Dissimulés dans des tranchées que Middleton ne les croyait pas capables de construire avec tant d'ingéniosité, les Métis se trouvaient à l'abri et tiraient à coups sûrs.

La bataille continua, les deux jours suivants, 10 et il mai, sans que la situation réciproque des belligérants changeât d'une façon sensible ; mais, le 12, les Métis s'aperçurent que les munitions allaient leur manquer.

Dans cette triste extrémité, ils recoururent à toutes sortes d'expédients, pour remédier à cette fatale indigence. En guise de balles, ils

glissèrent dans leurs fusils de petits morceaux de fer et même des cailloux..

Ce stratagème ne leur réussit guère, car par ces moyens leur feu perdait de sa sûreté précédente et devenait moins meurtrier, tandis que celui des troupes régulières augmentait d'intensité, et semait la mort dans leurs rangs.

Pendant quatre jours, les Métis combattirent avec courage ; mais, mal équipés, que pouvaient-ils contre une armée nombreuse, abondamment fournie des engins destructeurs inventés par la science moderne, et dirigée par des officiers de carrière, instruits et expérimentés ?

Aussi l'inévitable arriva : le 12 mai, la rébellion était définitivement écrasée, à Batoche même, où elle avait pris naissance.

Mlle avait duré presque deux mois... mais, pendant ce peu de temps, que de ruines elle avait accumulées... Sept Missions des Oblats avec leurs églises et leurs dépendances étaient complètement détruites, de fond en comble, et tous leurs objets volés... Longtemps des sauvages malpropres, païens incorrigibles, se promenèrent fièrement, affublés d'habits taillés dans des ornements précieux, pillés dans les sacristies.

Obligés d'abandonner leur quartier général et repoussés vers la rivière, les Métis, cependant, se replièrent avec habileté, et se réfugièrent dans un bois voisin. Bien qu'entourés de toutes parts, un certain nombre réussirent à s'échapper, grâce aux ténèbres de la nuit, et s'enfuirent aux Etats-Unis.

D'autres, moins heureux, durent se rendre, sans condition, au général vainqueur.

Dans ce nombre fut Riel lui-même, qui, assure-t-on, aurait pu s'échapper, s'il l'avait voulu, mais qui préféra se livrer. Qu'y a-t-il de vrai dans cette assertion ? Nul, à cette heure, ne pourrait le dire.

Ayant appris la défaite définitive de Riel, Poundmaker, le 23 mai, envoya, de I >;i t tleford, son prisonnier, le P. Cochin, au colonel Otter, avec une lettre pour traiter des conditions de paix.

Revenu à Battleford, deux jours après, le Père apportait à Poundmaker et aux autres sauvages un message du général Middleton, leur enjoignant de se rendre sans conditions. La réponse était dure, et Poundmaker hésita, «pielifue temps, à se soumettre, se rappelant ses succès dans la bataille de Cut Knife Creek.

Mais les instances du P. Cochin, qui avait acquis de l'influence sur lui. finirent par le décider. Il céda à ses sages conseils, et, avec les principaux de ses compagnons, vint, le 26 mai, déposer une grande quantité d'armes à feu entre les mains du général.

Poundmaker, prisonnier à son tour, montra, dans sa captivité, autant de dignité, qu'il avait montré de bravoure dans les combats.

Quoique païen encore, il avait subi la salutaire influence du prêtre. et était beaucoup moins perverti que le Gros-Ours.

Celui-ci tint plus longtemps la campagne. Il s'était cantonné dans le fort Pitt, dont il s'était emparé. L'approche des troupes canadiennes l'empêcha de réaliser son projet d'excursion vers le lac La Biche, et ainsi les Missions de PExtrême-Nord furent à l'abri de ses déprédations.

Quand il apprit la déconfiture totale des autres rebelles, il comprit que toutes les forces canadiennes allaient se tourner contre lui. Dans l'impossibilité de lutter contre tant d'ennemis, et ne se voyant plus en sûreté, même derrière les palissades du fort Pitt. qui n'auraient pas résisté longtemps aux boulets de canon, il prit le parti de s'enfuir : mais il fut capturé, près de Carlton, le 2 juillet.

Le Nord-Ouest fut ainsi délivré de ce redoutable bandit.

§ 5 Action pacificatrice des Oblats.

N'ayant pu empêcher le conflit, les Oblats firent tout ce qui dépendait d'eux pour le circonscrire, lui enlever tout moyen de s'étendre, et en atténuer les douloureuses suites.

A Saint- Albert. Mgr Grandin et le P. Lestanc ne cessèrent, depuis le commencement des troubles, de prêcher la paix et de s'efforcer de maintenir la tranquillité parmi les Métis et les sauvages de cette région. Ils y réussirent.

Au lac Froid, le P. Le Gofî resta, pendant plusieurs semaines, sous une menace de mort, de la part des sauvages de cet endroit, parce qu'il leur avait conseillé, et même prescrit, de ne point prendre les armes. Finalement ils l'amenèrent prisonnier.

De même le P. Paquette, au lac Maskeg, à une vingtaine de kilomètres au nord de Carlton. Pour avoir tâché de déjouer les desseins des insurgés, il s'exposa à leur ressentiment, et longtemps sa vie fut en danger.

Le P. André s'attira l'inimitié de Riel et de ses partisans, pour avoir constamment cherché à apaiser les esprits. On voulut s'emparer de lui pour lui fermer la bouche ; peu s'en fallut qu'on ne le mît à mort.

A Batoche, le P. Fourmond, pour le même motif, fut. pendant toute la durée des hostilités, le prisonnier de Riel qui lui défendit de i

euler, sans son autorisation expresse, même pour les besoins du saint ministère.

Avec le P. Lourmond, d'autres Pères furent retenus prisonniers par Riel, qui craignait leur inlluence auprès des Métis. Ce furent le P. Végreville, le P. Touze et le P. Moulin qui reçut, des insurgés, un coup de feu dans la jambe.

Entre Hdmontoii et Calgary, le P. Scollen connut journellement, pendant deux mois entiers, le danger d'être tué, parce qu'il s'efforçait de calmer les sauvages de ce district.

Le P. Cochin, nous l'avons déjà indiqué, fut, pendant plusieurs semaines, prisonnier de Poundmaker. Ce fut à son influence que les blancs, gardés en captivité comme lui, durent, pour une grande part, de n'avoir pas été mis à mort.

Le P. Leduc, vicaire général de Mgr Grandin, s'attira l'inimitié personnelle des partisans de Riel, pour n'avoir négligé aucune occasion de dénoncer la révolte comme une coupable folie, et d'avoir représenté Riel sous son vrai jour à ceux qui montraient de la sympathie pour lui.

Enfin le P. Lacombe s'acquit un titre nouveau à la reconnaissance éternelle du Canada, en maintenant dans la tranquillité les six mille Pieds-Noirs établis au sud de Calgary. Ce fut là un service incalculable rendu à la cause de l'ordre. Si cette tribu puissante et essentiellement belliqueuse s'était jetée dans la mêlée, son entrée dans la lice aurait été le signal d'un soulèvement général, parmi les sauvages du Nord-Ouest. Combien aurait duré alors cette révolte générale? Que de ruines n'aurait-elle pas amoncelées partout ? Que d'incendies allumés par ces hordes farouches ! Que d'atrocités commises ! Que de torrents de sang versé !...

I n auteur protestant le reconnaît, en termes formels, dans l'ouvrage qu'il a consacré à l'histoire du Nord-Ouest Américain.

- Si les Indiens de l'ouest, dit-il, s'étaient joints à leurs frères de l'est et du nord, on aurait eu des événements autrement sérieux à enregistrer, car les Pieds-Noirs, les Piéganes, les Gens-du-Sang et les >;nris étaient connus pour les tribus les plus batailleuses et les plus cruelles des plaines. Les visites réitérées du P. Lacombe à toutes les réserves sauvages, sa diplomatie chrétienne, son amitié intime pour Pied-de-Corbeau et autres chefs redoutables les maintinrent dans une stricte neutralité, et furent, à n'en pas douter, la cause principale de leur inaction. On ne peut songer, sans frémir, à ce que serait devenu tout le pays, si ces formidables tribus s'étaient unies aux insurgés (f).

(lj Begg, History of the North-West, 3 in-8°, Toronto, 1894, t. III, p. 237.

Le Gouvernement d'Ottawa était également très inquiet au sujet de la détermination que prendraient les Pieds-Noirs, détermination qui pouvait entraîner les conséquences les plus terribles.

Quand arriva le télégramme du P. Lacombe annonçant que les Pieds- Noirs, Cens-du-Sang, Piéganes et autres se rangeaient du côté de la paix, le Parlement était en séance, et délibérait sur les moyens à prendre pour porter remède à la situation.

Interrompant l'orateur, le président réclama le silence, pour faire, disait-il, une communication urgente de la plus grave importance.

Au milieu de la plus vive attention, il lut le télégramme qu'il venait de recevoir. Aussitôt tous se levèrent, en signe de joie intense, et un tonnerre d'applaudissements éclata dans l'assemblée. Unanimement, on acclama le P. Lacombe comme un bienfaiteur public, digne de tous les honneurs et des plus magnifiques récompenses.

Quoiqu'ils eussent tant souffert eux-mêmes, dans leurs personnes et dans leurs biens, de la folle rébellion des Métis et des sauvages, les Oblats, ministres d'un Dieu crucifié qui, sur la croix, pria pour ses bourreaux, usèrent de leur influence, pour obtenir du Gouvernement qu'il fût clément envers les vaincus prisonniers, plus égarés que coupables.

Mgr Grandin, Mgr Taché, plusieurs Pères adressèrent, en ce sens, des pétitions à Ottawa.

Principal auteur de la révolte, Kiel, fut néanmoins condamné à mort, le J8 septembre, après un procès qui dura deux mois. Malgré un grand nombre de protestations de la population indignée de ce verdict, il fut exécuté, le 16 novembre 1885.

Ce pauvre Riel avait donné tant de preuves de dérangement cérébral que, d'après les médecins spécialistes chargés de l'examiner sur ce point, il méritait moins d'être pendu qu'enfermé dans un asile d'aliénés ; mais les passions politiques l'emportèrent sur la justice.

Sa fin fut profondément chrétienne. Le P. André, qu'il avait auparavant condamné à mort durant son règne éphémère, resta plusieurs semaines avec lui, dans la prison, pour le soutenir au milieu de l'épreuve, et le préparer à paraître devant Dieu.

Écoutant les charitables exhortations du prêtre, le malheureux rentra en lui-même, reconnut ses erreurs, regretta ses fautes, et demanda humblement pardon du scandale donné.

Au moment de la suprême expiation, sa piété fut telle, qu'elle attendrit tous les assistants et jusqu'au bourreau chargé de lui passer le nœud fatal.

Si les démarches des Oblats ne réussirent pas à préserver Riel du dernier supplice, elles eurent un meilleur résultat pour les autres prisonniers, dont ils obtinrent l'élargissement, après quelques mois de détention.

Rendus à la liberté, ces révoltés convertis baisaient les mains de leurs bienfaiteurs, et ne savaient comment leur témoigner leur reconnaissance.

§ 6 Sanguis martyrum, semen christianorum.

Les PP. Fafard et Marchand étaient tombés martyrs de la charité, à cause de leur empressement à porter aux blessés les secours spirituels.

Huit de leurs meurtriers furent condamnés à mort, mais, instruits par le P. Cochin et le P. Bigonesse, ils reçurent le baptême, et embrassèrent la vraie foi.

Poundmaker, sorti de prison, grâce à l'intervention spéciale du I'. Lacombe, se repentit également, et, le 18 février 1886, fut régénéré dans les eaux du baptême, avec vingt-huit autres sauvages de sa tribu.

Le Gros-Ours lui-même, retenu un peu plus longtemps en prison à cause de ses méfaits, mais délivré ensuite, le 5 février 1887, à la requête des Pères, n'échappa point à l'influence de la grâce que lui avait attirée la pieuse intercession de ses victimes, priant pour lui dans le ciel.

Lui aussi, par la conversion et le baptême, il devint enfant de Dieu et de la véritable Église, qui seule est, pour les hommes, l'Arche du salut éternel.

Ainsi, une fois de plus, la parole de Tertullien se réalisait : — Le sang des martyrs est une semence de chrétiens !...

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