‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 2)Chapitre 57 sur 69 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le long du Fraser

§ 1 "H ope.

En l'absence de routes tracées par la main des hommes, la seule voie <[ui permîl d'atteindre les tribus les plus éloignées, vers le nord, était constituée par le Fraser, qui descend des montagnes Rocheuses, et traverse toute la Colombie. On peut le comparer aux plus grands fleuves d'Europe. Les gros navires s'avançaient, sans crainte, sur les eaux profondes de son vaste delta, certains de trouver tous les avantages d'un excellent port, au pied de la colline, sur laquelle New-Westminster s'élève en amphithéâtre.

Si ensuite on remontait ce fleuve majestueux, on avait, sous les yeux, toujours le même spectacle : de part et d'autre, forets immenses au milieu desquelles se détachaient quelques villages sauvages.

En approchant des montagnes, le courant devient plus rapide, car le lil du II cuve se resserre entre des falaises escarpées, et la déclivité du terrain s'accentue.

A ccii I trente kilomètres de New-Westminster, on rencontrait, sur la rive gauche, le fort llope, situé sur un plateau magnifique dominant le fleuve, et s'étendant jusqu'à d'autres montagnes très élancées.

Ce poste avait été ainsi nommé, Hope, espérance, parce qu'on avait pensé, vers 1861, qu'il deviendrai! l'entrepôt d'un commerce très actif avec les mines du distrid de Semilkamin et de celui d'Okanagan.

Mais ces espérances ne se réalisèrent pas, car on découvrit, plus au nord, les mines du Caribou, bien plus riches, de sorte que la foule des chercheurs de fortune se précipita dans cette direction, et Hope fut presque entièrement abandonné. On n'y voyait plus, avec quelques Chinois, que de rares blancs, persislanl à espérer contre toute espérance.

Néanmoins, il y avail toujours un village indien, et, dans les environs, se dressaient des campements sauvages.

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Au fort Hope, les Oblats possédaient une maison où le P. Grandidier avait résidé, les années précédentes. Elle servait encore de pied à terre aux Missionnaires de passage.

Le lit cIj Fraser.

(Autre vue, t. II, p. 339.

Les indigènes avaient beaucoup profité du séjour prolongé du P. Gra didier et de celui de ses confrères. Ils se faisaient remarquer par fidélité à la prière et leur attachement à la religion. Dans la plupart

de leurs villages, ils avaient bâti de modestes églises ou des chapelles que Mgr D'Herbomez visita, en détail, les unes après les autres, en 1865, peu après sa consécration épiscopale.

Hope se releva, cependant, un peu de ses ruines, et devint une petite ville habitée par les blancs, quand on eut découvert, au sein de la montagne qui la domine, au midi, des mines d'argent, qu'on supposait devoir causer, cette fois, la prospérité du pays ; nouvelle espérance qui, elle aussi, ne tarda pas à être déçue, en partie du moins.

Ces alternatives de bonne et mauvaise fortune n'empêchèrent pas les indigènes de réaliser des progrès sensibles dans la pratique des vertus solides.

Le P. Eugène Chirouse, junior, et neveu du P. Chirouse de Tulalip, écrivait, à leur sujet, quelques années plus tard :

- Nos sauvages de Ilope sont de rudes chrétiens. Chez eux, les liqueurs enivrantes sont inconnues. Pourtant, on en vend à leur porte ; mais ils résistent vaillamment. Qui leur donne la force de triompher de cette tentation ? L'Eucharistie !... Leur respect et leur amour pour le Saint Sacrement les ont rendus artistes. Sous la direction des Pères qui m'ont précédé, ils ont construit une église, objet d'admiration pour tous les blancs qui la visitent. Rien n'y manque : clocher de style gothique, maître-autel, table de communion; même des sculptures à l'intérieur, ornements délicats qui encadrent avec grâce les statues de la Sainte Vierge et de saint Joseph. Il n'y a pas jusqu'au tapis d'autel qui ne soit l'œuvre des sauvagesses.

C'était un spectacle édifiant, pendant la prédication des missions, de voir ces bons chrétiens se presser en foule, à l'église, pour entendre les instructions dont ils se montraient toujours avides, et pour adorer Notre-Seigneur, au salut solennel qu'on donnait tous les soirs. Ni la neige, ni le verglas qui couvrait et chemins et sentiers, ne pouvaient les arrêter. Tous ensemble, hommes, femmes et enfants, chantaient avec entrain les chants liturgiques : VO salutaPis hostia, le Tantum ergo, le Laudate Dôminum.

A certains moments, le silence le plus impressionnant succédait au chant de la foule. Alors, le Missionnaire, à genoux au pied de l'autel, adressait à \otre-Seigneur, exposé sur le Thabor, une prière, ou une amende honorable, on un acte de consécration, conforme, quant aux sentiments et aux expressions, à la manière de penser et de parler des sauvages : excellent, exercice pour leur apprendre à prier Notre-Seigneur, et à s'entretenir pieusement avec Lui dans l'adorable Eucharistie.

Les jours de communion, ils prenaient leurs plus beaux habits, faits a la mode européenne, et conservés soigneusement dans une cassette,

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pour cette circonstance. Dès le matin, au point du jour, ils étaient à l'église, se préparant, par de longues prières, à recevoir le pain des Anges. Durant la Messe, la ferveur redoublait, et l'on chantait des cantiques en l'honneur de la Très Sainte Eucharistie. Tous ensemble récitaient les actes avant la communion ; puis, très recueillis, ils s'avançaient en bon ordre, et s'agenouillaient pour recevoir, dans leur cœur, Celui qu'ils appelaient le Grand Chef d'en haut.

Du fort Hope, les Missionnaires rayonnaient, en toutes directions, pour apporter le bienfait de l'évangélisation aux autres campements de sauvages disséminés dans la contrée.

Un des mieux disposés était celui des Cheam, village à une trentaine de kilomètres plus bas, sur les bords du Fraser.

Dès que les messagers de Dieu étaient aperçus, une fusillade très nourrie, et répétée plusieurs fois en signe de joie intense, annonçait au loin leur arrivée. Le chef s'avançait le premier pour leur toucher respectueusement la main, et, après lui, tous ses gens.

On se serait cru dans un autre pays. Alexis, c'était le nom du chef, avait mis son fief sur un bon pied. Il se distinguait, parmi tous les camps échelonnés le long du fleuve, par ses progrès dans la civilisation : maisons à l'européenne, champs cultivés, bétail en abondance. En un mot, les habitants n'étaient pas désœuvrés, comme tant d'autres sauvages le sont naturellement.

La fille du chef, élevée à l'école des Sœurs de notre établissement de Sainte-Marie, avait ouvert une école dans le village ; habile musicienne, elle rehaussait la beauté des chants d'église par les accords de l'harmonium.

Ces sauvages, très dévots à la Sainte Vierge, qu'ils appelaient la bonne Malie, étaient fidèles à la récitation quotidienne du chapelet et de l' Angélus.

§ 2 Taie.

En amont du fort Hope, le courant est d'une extrême rapidité ; et, un peu plus loin, c'est un véritable torrent impétueux, profondément encaissé entre de hautes montagnes très escarpées, qui resserrent son lit.

On se demande comment le fleuve a pu se frayer un passage à tra vers ces masses énormes de rochers qu'il a dénudés, tandis que leurs parties supérieures, ayant conservé la terre végétale, sont couvertes

de grands cèdres d'un vert sombre, et couronnées de neiges presque perpétuelles.

De leurs divers sommets bondissent, en de multiples endroits, des cascades fougueuses qui précipitent avec fracas leurs flots écumants dans les eaux bouillonnantes du Fraser.

Une chute d'eau près de Yale.

A vingt-cinq kilomètres du fort Hope, se trouve, sur la rive droite, la petite ville de Yale adossée à une chaîne de montagnes. Elle aussi passa par drs alternatives d'espérances et de déceptions, de prospérité cl de misère.

En L865, <m reportait sur Yale les espérances fondées sur Hope, les a mires précédentes. On pensait, en effet, que cette nouvelle ville naissante sérail l'entrepôt nécessaire des marchandises de tout genre <[u mi devait expédier aux mines d'or du Caribou, récemment découvertes.

Les habitants y étaient peu nombreux, mais on ne doutait pas que leur chiffre n'augmentât sensiblement dans un avenir prochain.

Quand Mgr D'Herbomez y lit sa première visite épiscopale, à cette époque, il n'y avail encore qu'une petite église en bois, bien pauvre; mais les catholiques, quoique | eu fortunés, l'ornèrent avec goût.

Non loin (le la ville où résidaient les blancs se trouvait le village

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des Indiens. Leur église était convenable, et, durant les cérémonies, des centaines de sauvages baptisés, chrétiens convaincus, chantaient

avec entrain.

Plusieurs chefs des villages voisins accoururent pour prier l'évêque de vouloir bien les visiter aussi. Ainsi fut fait, et ces divers campements furent évangélisés avec grand profit pour les âmes. Le prélat eut la consolation de voir ces sauvages venir en foule aux instructions, puis s'approcher avec piété des sacrements.

Les Missionnaires continuèrent, les années suivantes, à semer la bonne parole dans ces contrées, où ils élargirent considérablement leur champ d'action, en atteignant de nouveaux campements. Ils devaient, pour cela, dans un pays aussi accidenté, monter, parfois, à des hauteurs vertigineuses, et longer d'effrayants abîmes, qu'on ne pouvait côtoyer sans frémir. Mais aucun danger n'arrêtait les vaillants apôtres, et Dieu se plut à bénir leurs travaux.

Rapide sur le haut Fraser.

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