CHAPITRE VI
A l'est du Fraser
§ I Sur les bords du lac Okanagan.
Dès le mois de juillet L859, les Oblats, parvenus à Ilope, s'étaient avancés, à l'est du Fraser, à une distance de plusieurs centaines de kilomètres, en traversant une chaîne secondaire de montagnes, par des sentiers à peine tracés et presque impraticables.
Quelques semaines de périlleuse chevauchée leur furent nécessaires, pour arriver en vue du lac Okanagan, belle, mais étroite pièce d'eau, s'étendant, du nord au sud, sur une longueur de cent douze kilomètres el une largeur moyenne de cinq kilomètres seulement.
Après de multiples recherches, ils choisirent, le 8 octobre 1859, pour l'établissement qu'ils se proposaient de fonder, un emplacement vers le milieu de la rive orientale du lac, à l'Anse au Sable, au bas d'une vallée des plus fertiles, en apparence. Ils élevèrent leur modeste demeure dans la plaine, contre une petite côte exposée au soleil et qui l'abriterait «lu vent. Leur chapelle fut dédiée à l' Immaculée-Conception.
La nouvelle de leur installation s'étant répandue, plusieurs familles canadiennes accoururent se fixer près d'eux.
Dans le courant de l'année suivante, leur chiffre s'accrut, car le bruit se propagea que des mines d'or venaient d'être découvertes dans les environs. Des centaines de catholiques se groupèrent ainsi bientôt autour des Pères.
Il y avait, en outre, dans un rayon relativement restreint, plus de deux nulle sauvages, non moins dégradés que ceux dont nous avons parlé dans les chapitres précédents.
Pendant les cinq ou six premiers mois, il sembla aux Missionnaires prêcher dans le désert. Malgré leurs efforts et leur bonne volonté, ils voyaient à peine quelques sauvages s'approcher d'eux ; mais, enfin, ces indigènes s'apprivoisèreni peu à peu, et, moins effarouchés, se montrèrent plus Imitables.
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En 1863, par les consolations qu'elle apportait aux messagers de l'Evangile, cette Mission semblait vouloir leur faire oublier les tristesses et les peines du passé. Leur ministère était assez fructueux parmi les sauvages les plus rapprochés. Mais les Pères voulaient atteindre aussi les plus éloignés. Comme ceux-ci ne pouvaient pas commodément venir, à cause de la distance et de la difficulté des communications, leurs apôtres, à l'exemple du divin Maître, résolurent de courir à la recherche de ces brebis perdues. Ils visitaient les diverses tribus, les unes après les autres, et restaient un certain temps auprès de chacune d'elles pour leur annoncer la parole de Dieu.
Ces tribus parlant généralement des langues absolument différentes, il fallait ajouter aux fatigues de la route le travail d'apprendre ces nombreux idiomes.
A une journée et demie de l'Anse au Sable, se trouvait la tribu du Pied du Grand Lac. A l'instigation des Missionnaires, ces Indiens s'adonnèrent à la culture, y prirent goût et y réussirent d'une manière étonnante. La vente de leurs pelleteries leur permit d'acheter des outils de tout genre : pioches, bêches, pelles, etc. En peu de temps, ils eurent des jardins dont le riant aspect charmait le regard.
Quand Mgr D'Herbomez, en L865, lit sa première visite pastorale à la Mission du lac Okanagan, la réception fut des plus solennelles. La cloche retentit an loin, et une belle procession de sauvages le conduisit à la chapelle, au chant des hymnes. Il fut agréablement surpris de leurs progrès dans la connaissance des vérités religieuses et dans la pratique des vertus. Durant les huit jours qu'il vécut parmi eux. il éprouva de grandes consolations. De même chez les autres tribus. Son passage fut comme un triomphe continuel.
Ce n'est pas à dire que tous ces sauvages fussent arrivés au sommet de la perfection. Hélas ! on ne devient point parfait, d'un seul coup. les sauvages encore moins que les autres. Mais l'influence de la religion était visible en eux : la grâce les travaillait et un bon nombre, fidèles aux inspirations de l'Esprit-Saint, pouvaient être considérés déjà comme des chrétiens excellents.
Le 1er avril 1865, le P. Durieu qui se trouvait alors à Okanagan, écrivait :
— Je ne saurais résister au désir que j'éprouve de vous faire part des bénédictions que Dieu se plaît à répandre sur nos travaux... Que de consolations je goûte, en évangélisant nos pauvres sauvages !... On se sent comme transporté à la vue de l'empressement de ces enfants des bois à venir écouter le prêtre, et en constatant le respect filial qu'ils lui témoignent. Nous leur prêchons une morale tout opposée à leurs
précédentes habitudes. Comme il doit leur en coûter, pour plier leur vieille nature sous le joug de l'Évangile!... Et, pourtant, ils s'appliquent avec courage à cette pénible réforme. Je me les représente comme de jeunes enfants qui s'essayent à marcher. De temps en temps, ils trébuchent et tombent, mais ils se relèvent aussitôt et reprennent leur marche avec plus de vigueur. Si des chrétiens qui ont été élevés, dès leur bas Age, dans la religion de leurs parents et qui demeurent à quelques pas de l'église, ont à gémir de bien des misères, y aurait-il de quoi s'étonner de quelques chutes, de la part de ces frères venus plus Lard dans la famille du Christ, et qui n'ont eu, dans leur jeunesse, d'autres instructeurs que leurs sorciers, et d'autres exemples que les débauches des anciens ?. . .
Outre les Indiens groupés autour de la Mission, ou disséminés à de grandes distances, les Pères avaient encore à diriger les blancs, Canadiens et Métis qui, venus s'établir auprès d'eux, formaient déjà une petite agglomération. Ces paroissiens menaient une conduite assez régulière, assistaient aux ollices, les dimanches et fêtes, et recevaient fréquemment les sacrements. Pour l'éducation de la jeunesse, les Oblats ouvrirent une école.
A ces premiers arrivés se joignirent ensuite quelques Français, des Allemands e1 des Anglais, attirés par la douceur du climat et la fertilité
Le lac Okanaean.