A L EST DU FRASER
du sol. La vallée de l'Okariagan, en effet, n'allait pas tarder à être considérée comme le jardin de la Colombie. A mesure que leur nombre augmenta, ils y fondèrent des fermes, s'échelonnant ainsi dans un rayon de quinze à seize kilomètres. Cette distance n'empêcha pas ces chrétiens d'être assidus aux offices des dimanches et des fêtes. Ils y venaient, soit à cheval, soit en voiture.
Mais le nombre des colons continuant à croître, les distances grandirent en proportion, et il en résulta cinq centres de blancs. Les Pères les visitèrent régulièrement, et dans chacun de ces centres une église fut bâtie.
§ 2 Les Shoushouapes.
Quatre-vingts kilomètres au nord du lac Okanagan. se trouve le curieux lac Shoushouape. Il affecte la forme d'une immense pieuvre, étendant ses longs bras dans toutes les directions. Par suite de cette configuration bizarre, le contour de ses rives dépasse trois cent vingt kilomètres.
De son extrémité occidentale sort la large rivière Thompson du Sud. qui déverse ses eaux dans le Fraser, après un parcours de trois cents kilomètres environ.
Rivière Shoushouape, qui alimente le lac du même nom. lu c\n\d\. — tome iv. — 27
'lll! EN COLOMBIE BRITANNIQUE
Sur les bords du lac Shoushouape habitait une tribu de sauvages (mitant le même nom. Les Oblats les visitèrent de bonne heure, et ces premières visites ne restèrent pas sans fruit.
En L862, le P. Richard y retourna, y séjourna près de deux mois, et fut très bien accueilli par la majorité. Certains chefs, cependant, et quelques visionnaires cherchèrent, mais vainement, à entraver son action. Beaucoup d'enfants reçurent le saint baptême; l'usage de la prière en commun fut repris, et les sorciers, si nombreux dans ces contrées, perdirent de leur influence.
Le P. Richard renouvela ses visites, durant les années suivantes, et toujours avec profit pour les âmes.
En L866, Mgr D'IIerbomez y vint, fut accueilli avec tous les honneurs dus à sa dignité, mais faillit y perdre la vie, comme il le raconte luimême.
Vous savez, écrivait-il, le 12 septembre, au T. R. P. Supérieur Général, que mon vicariat nous réserve des dangers de plus d'un genre : dangers sur terre, dangers sur mer, dangers sur les fleuves, dangers dans les forêts. Dieu, néanmoins, dans sa bonté infinie, sait nous délivrer de tout mal. J'ai eu encore, récemment, une preuve de sa miséricordieuse Providence.
C'est sur le lac Shoushouape que se passa l'événement auquel Mgr D'IIerbomez fait, ici, allusion. Il se trouvait sur ce lac avec le P. Richard. Vn grand nombre de sauvages précédemment évangélisés l'accompagnaient, et plusieurs Shoushouapes étaient venus à sa rencontre, montés sur vingt à trente canots, consistant en troncs d'arbres de cinq à six mètres de long sur cinquante centimètres de large, creusés tant bien que mal. n'ayant qu'un équilibre très instable et jetés ainsi à l'eau.
L'évêque n'avait pas d'autre embarcation. Il y arbora une oriflamme avec les unit s Jésus. Marie, et, autour de lui, sur deux lignes, s'avança la flottille des sauvages qui chantaient des cantiques, sur l'air Je mets nui confiance et sur celui de X Ave Mans Stella.
Tout d'abord, le vent fut favorable, et l'on en profita ; mais, ensuite, il changea brusquement de direction et souilla en tempête. Les vagues grossissaient et menaçaient, à chaque instant, ou de briser les frêles canots, les uns contre les autres, ou de les faire chavirer, et de lancer leurs occupants au milieu des lames écumantes, avec grand danger d'être noyés.
Ce ne lut qu'avec beaucoup de peine qu'on accosta au rivage, sans autre accidenl que celui d'être trempés jusqu'aux os. En débarquant,
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on aperçut un canot submergé qui fit mieux comprendre encore à quel péril pressant on avait échappé...
Après cette tragique traversée, Mgr D'Herbomez et le P. Richard furent reçus avec de grandes démonstrations de joie, dans les divers campements, dont les chefs revendiquaient toujours l'honneur de les loger chez eux. L'hospitalité que ceux-ci leur offraient n'était pas des plus luxueuses. Elle ne présentait ni le confortable, ni même la propreté. On devait, avec indulgence, fermer les yeux sur ces détails, si importants pour des hommes civilisés, et ne voir que les louables intentions dont ces enfants des bois étaient animés.
Chefs et subordonnés se montrèrent très désireux d'entendre la parole de Dieu, et furent très assidus aux instructions. Tous, sauf de rares exceptions, renoncèrent aux liqueurs enivrantes, à la pluralité des femmes, aux jeux passionnés et superstitieux.
Malgré les efforts des ministres protestants, qui, durant les années suivantes, essayèrent de les pervertir, les Soushouapes persévérèrent dans la bonne voie, et se construisirent, eux-mêmes, des chapelles dans leurs villages.
§ 3 Au fort \amloops.
En langue indigène, le mot Kamloops signifie confluent. Il indique, en effet, l'endroit où se réunissent les deux rivières Thompson : celle du nord et celle du sud, à cent trente-cinq kilomètres à l'ouest du lac Soushouape. Un peu en aval de ce confluent, se trouve le lac Kamloops, qui a vingt-sept kilomètres de long sur une largeur de deux à trois kilomètres.
En même temps qu'ils évangélisaient les Soushouapes, les Oblats travaillèrent aussi à la conversion des sauvages habitant dans les environs du lac Kamloops et du fort du même nom. Us trouvèrent chez eux les mêmes dispositions favorables, et goûtèrent bien des consolations, en constatant leur désir de s'instruire.
Pendant plusieurs années, ils continuèrent à les visiter régulièrement, mais ce ne fut que longtemps après, en L878, qu'ils eurent la possibilité de fonder parmi eux une résidence fixe.
Cet établissement auquel fut annexée une école industrielle, acquit, dans la suite, une véritable importance.
Poussant toujours plus loin leurs excursions apostoliques, les Oblats, se dirigeant de Kamloops vers l'ouest, évangélisèrent avec succès les
sauvages fixés sur les bords de la rivière Bonaparte, affluent de la Thompson et ceux du lac Adam au nord du lac Shoushouape.
Simultanément, vers le sud, ils portaient la lumière de la foi aux Similkamins, dont les campements s'échelonnaient le long de la rivière du même nom, affluent de celle par laquelle le lac Okanagan se déverse dans la Columbia.
§ 4 Les \ootenays.
Plus de neuf cents kilomètres à l'est de New-Westminster, sur le versant occidental des montagnes Rocheuses, près des bords de la rivière Sainte-Marie, affluent de la rivière Kootenay, les Oblats, au mois de juillet 1874, fondèrent une nouvelle Mission pour l'évangélisation de la tribu des sauvages Kootenavs.
Rivière Kootenay.
Là aussi, habitaient quelques centaines de blancs et de Chinois, attirés par des mines d'or qui, bientôt épuisées, ne réalisèrent pas les espérances que, d'abord, elles avaient fait naître.
Pour évangéliser les Kootenavs, il fallait apprendre une langue abso-