‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 4)Chapitre 14 sur 54 · NOTRE-DAME D ARCACHON · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME D ARCACHON

Dès 1856, il s'ouvrit à eux de ce projet ; mais Mgr de Mazenod déclina l'invitation, à cause de la multitude d'œuvres déjà acceptées par lui et qu'il devait fournir de sujets.

Le prêtre séculier, qui, après le refus des Oblats, fut nommé curé de la paroisse, ne répondit pas aux espérances de l'archevêque, ni à celles de la population. Il se jeta dans des spéculations financières, et divisa la ville en deux partis ennemis, ce qui rendit son ministère d'abord très difficile, puis, après quelques années, absolument impossible.

C'est alors que le cardinal, toujours de plus en plus satisfait des Oblats à Talence, et toujours de plus en plus affligé des embarras que lui causait Arcachon en effervescence continuelle, résolut de mettre tout en œuvre, pour réaliser le projet formé depuis longtemps.

— Son Éminence dont le zèle est connu si universellement, et dont la bienveillance pour notre Congrégation s'affirme de plus en plus, écrivait le Supérieur général, nous a appelés à ce poste important avec de si vives instances, qu'il ne nous a pas été possible de résister. Aux nombreux sanctuaires dans lesquels nous nous efforçons de glorifier notre Immaculée Mère, de nourrir la piété des fidèles et de réconcilier les pécheurs, s'ajoutera donc, désormais, celui de Notre-Dame d' Arcachon.

Au comble de ses vœux, et rassuré sur l'avenir, le cardinal installa officiellement les Oblats gardiens du sanctuaire, le 19 juin 1869. avec la mission spéciale de donner au pèlerinage traditionnel l'extension et l'éclat exigés par les circonstances.

L'extension de la piété protégerait une plage que la dissipation menaçait d'envahir. En ce lieu, maintenant, le désert n'existait plus. Une sorte de ville de villas remplaçait la solitude. Le bruit des hommes succédait aux mystères du silence. Pendant des mois, chaque année. des légions d'étrangers choisissaient comme séjour ce site incomparable. Dans le double enivrement de la richesse et de la belle nature, combien n'allaient-ils pas être exposés à faire naufrage au sein de la volupté ?...

Mieux connue et mieux honorée, la Vierge sainte les préserverait des orages du cœur, plus dangereux que ceux de l'océan. Elle sauverait les imprudents, trop peu en garde contre les entraînements de la vie mondaine.

Et puisque tant de malades venaient demander aux parfums de la forêt un air plus pur et des forces perdues, quoi de plus naturel que de ranimer en eux la confiance en Celle qu'on invoque comme la Santé des infirmes ?

Enfin, au milieu de ce conflit de tous les intérêts, de tous les rangs. de toutes les opinions, et de tant de peuples qui se rencontraient sur les bords du bassin d' Arcachon, quoi de plus urgent que d'élever bien haut

un phaxe étincelant de lumière éternelle, |»<>ur indiquer à tous les voies qui mènent à Dieu ?

Or, c'est par Marie qu'on va à Lui.

Cette acceptation par les Ôblats d'un poste hérissé alors de difficultés, fut vue de très bon œil par le clergé du dioeèse. qui les appréciait depuis près de vingt ans. Ou parlait beaucoup de leurs nombreuses missions, prêchees avec tant de fruit dans tout le département de la Gironde, et de leur succès dans l'administrai ion du sanctuaire de Talence.

La plupart des curés des principales paroisses vinrent les visiter, pour les soutenir, les encourager et les féliciter. Ainsi agirent à Leur égard plusieurs évêques. parmi lesquels, outre le cardinal Donnet toujours si dévoué pour eux. nous aimons à nommer Mgr Épivent, évoque d'Aire. Mgr Dupanloup. évêque d'Orléans, et l'illustre Mgr Mermillod.

Persuadés que plus les dangers sont pressants dans une contrée. plus les moyens de sanctification doivent être puissants, les Oblats voulurent donner au pèlerinage et au sanctuaire un éclat qui attirât l'attention des touristes, même les plus indifférents. Ils étaient convaincus de seconder ainsi les vues de l'infinie Miséricorde, qui se sert souvent de ces manifestations extérieures, pour raviver la ferveur des tièdes, ou pour exciter des pensées salutaires, dans l'esprit de ceux qui s'occupent trop exclusivement des futilités d'ici-bas.

Dans cette jeune cité, où régnaient déjà l'élégance et le luxe, pour éviter que le plaisir ne semblât à un trop grand nombre le but de la vie. ils ne cesseraient de mettre sous les yeux et de faire retentir aux oreilles l'austère recommandation du Sauveur : Cherchez d'abord le royaume des cieux !

Quelques années après l'arrivée des Oblats. le P. de Lacouture, supérieur de la communauté, décrivait en ces ternies leur champ d'action :

— Notre ministère ici est une mission permanente, et notre de\ ise Evangelizare pauperibus misit nu' se réalise parfaitement. Dieu sail toutes les misères morales qui se eaehent dans ees parages, sous le voile de l'inconnu!... La population résidante qui augmente constamment, esl formée d'éléments divers, et, selon le mot de l'Écriture, de tout.

tribu et de toute nation, ci oilllli llihll tl ilil/iiUK. Klle maiMplc dolie

encore d'homogénéité. Notre tâche i n esl d'autant plus difficile. Oc plus. parmi ceux qui la composent, ne manquenl pas les spéculateurs qui ont regardé ^rcachon comme une mine à exploiter. Chez ceux-là prédomina ut les intérêts matériels, d il^ oublienl trop souvenl {'uniijii, nécessaire. ( . n'est pas ù dire qu'ils soient hostiles, car rarement ils ne nous aver-

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tissent pas. quand un membre de leur famille est gravement malade. Dans ce milieu hétérogène, les Pères eurent la sainte joie de réhabiliter bien des unions illégitimes, et de recevoir l'abjuration de plusieurs protestants.

Afin de maintenir la piété, de la développer, et de remédier aux

misères de tout genre, ils établirent diverses Œuvres dans la paroisse.

1° L'Association de la garde d'honneur du Sacré-Cœur de Jésus.

Les réunions avaient lieu tous les premiers vendredis de ehacpie mois.

et présentèrent bientôt un caractère des plus édifiants.

2° La Congrégation des Enfants de Marie. Son but était de faciliter aux jeunes filles la persévérance dans la vertu, en cultivant dans leurs âmes la dévotion envers la Vierge Immaculée, leur Mère et leur Modèle, et en les éloignant des plaisirs dangereux. Outre les jeunes filles, beaucoup de personnes du monde assistaient à l'instruction familière et pratique (pii leur était faite, presque tous les dimanches, à l'issue des vêpres.

3° La Société des Dames de charité, et. pour les hommes, celle des Conférences de Saint-Vincent de Paul. L'une et l'autre rendirent des services considérables sous tous rapports.

Quant à la population flottante, toujours grandissante, elle continuait à se composer surtout de gens calmes. Ce qu'ouest convenu d'appeler le demi-monde, ou le monde des plaisirs ne s'y plaisait pas longtemps, et n'y revenait guère.

Au contraire, le sanctuaire de la Vierge miraculeuse, qui se prêtait si bien au recueillement, constituait un attrait de plus pour les familles étrangères, foncièrement chrétiennes. Elles étaient heureuses de s'y agenouiller souvent, et ne le quittaient pas, sans le désir d'y retourner. L'ancienne et la nouvelle chapelle formaient ainsi le centre d'un pèlerinage quotidien et ininterrompu.

La fête de l'Annonciation, toujours si chère aux marins, se célébrait avec un éclat spécial.

Dès la veille au soir, on les voyait devant l'autel, tenant en main un cierge allumé, symbole de leur foi. de leur confiance et de leur amour envers Marie.

Avec quelle ferveur ils répétaient, après le prêtre, ces invocations suppliantes :

Étoile de la Mer. guide/ le matelot sur l'abîme, et conduisez-le au port !

Cause de notre joie, consolez ceux qui pleurent ! Secours des chrétiens, protégez-nous !

De votre trône sacré, soyez toujours la Mère de la grâce et la Dispensatrice des trésors célestes !

Au point du jour, le 25 mars, la foule affluait de tous côtés. Des centaines de barques sillonnaient la rade, et déposaient sur le sable du littoral des flots de pèlerins.

Non moins ardents accouraient les bergers des landes.

Durant toute la matinée, des messes se succédaient ; et, chaque fois que commençait le saint sacrifice, la foule se renouvelait dans le sanctuaire, nombreuse et compacte.

A dix heures, les Pères, accompagnés du clergé des paroisses environnantes, se rendaient en procession vers le rivage, au son des cloches et de Y Ave maris Stella !

Là, sur un petit tertre que les lames venaient quelquefois baigner, et autour d'une croix gigantesque, se rangeaient tous les marins, non seulement de la ville d'Arcachon, mais aussi des autres localités échelonnées le long du bassin : ceux d'Ares, d' Andernos, de Guyan. de Mestras, de La Tertre, etc.

Nulle marque de respect humain, sur ces visages bronzés par le soleil et hâlés par la tempête. Lorsqu'on est exposé, comme ces hommes énergiques, à rencontrer la mort, en affrontant les vagues furieuses de l'océan sur un frêle esquif, on éprouve le besoin de se confier à Dieu, et de remettre son propre sort entre les mains de la Vierge toute-puissante.

Un prêtre leur adressait une chaleureuse allocution respectueusement écoutée ; puis, l'officiant appelait sur la grande mer qui s'agitait au loin, et sur les barques amarrées tout près, la protection du Dieu qui commande aux ouragans.

Quelle émotion attendrissante s'emparait des innombrables spectateurs de cette scène, lorsque, au milieu d'un profond silence, le bras du ministre du Seigneur s'étendait pour bénir et les barques mollement balancées par une légère houle, et les marins dont la tête découverte s'inclinait !

Des larmes coulaient de tous les yeux, car on se souvenait que beaucoup de ces rudes pêcheurs, plusieurs fois surpris par la tourmente, n'avaient dû leur salut qu'à un miracle. Bientôt ils auraient à courir encore les mêmes dangers, et ils se recommandaient à Celle dont ils avaient déjà, en maintes circonstances, expérimente le crédit auprès du Maître souverain des éléments déchaînés.

Très solennelle aussi était la fête <!<• sainte Aune, le 26 juillet : mais,

alors, comme on «'tait f;i\ orisé par la belle saison, le soir, vers quatre heur< s,

a\ ait lieu une prOi < 88%on liant it/ut . dont l'anuoner seule attirait des niultitudes, tant le speetaele était alléeliant. et même produisait une suite de fascination.

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