SAINT-ULRICH (ALSACE-LORRAINE
la faveur obtenue, on s'empressait d'aller remercier le céleste protecteur. Il en fut ainsi, tant qu'il y eut des chapelains attitrés pour desservir le pèlerinage ; mais, à l'époque de la grande Révolution, les couvents du voisinage ayant été détruits, les chapelains manquèrent, et les fidèles ne vinrent que de plus en plus rarement visiter le sanctuaire autrefois si vénéré.
En 1850, Mgr Menjaud, évêque de Nancy, diocèse duquel ce territoire dépendait avant l'annexion de l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne, fit construire, à côté de l'oratoire, une belle et vaste maison, à quatre étages, sur larges caves voûtées. A cette magnifique habitation touchait une propriété de deux hectares, comprenant jardins, pelouses et terres arables.
Le but du prélat était de fournir une résidence commode aux membres de son clergé, obligés par l'âge ou les infirmités à renoncer à l'exercice fatigant du saint ministère dans les paroisses, mais dont quelques-uns, tout en jouissant d'une retraite agréable dans un climat salubre, pourraient encore se rendre utiles aux pèlerins, et les attirer par leur présence.
Vains espoirs ! Malgré les charmes du paysage, la solitude pesait à ces habitués de la vie active. Les premiers arrivés en partirent bientôt, et n'eurent pas de successeurs. Nul ne s'étonnera que le pèlerinage souffrît de cet abandon.... Longtemps, on se demanda s'il reprendrait jamais son antique splendeur.
Cet état de choses persista, quand, après la guerre de 1870, la Lorraine ayant été violemment arrachée à la France, le territoire de Saint-Ulrich passa du diocèse de Xancy à celui de Metz.
On sait combien l'évêque de cette ville, Mgr Dupont des Loges, breton d'origine, resta, de cœur, attaché à la France. Il refusa Tordre de la Couronne de fer que l'empereur lui offrit, tandis qu'il porta ostensiblement la décoration de la Légion d'honneur. Député au Reichstag, il siégeait à la tête des protestataires. Néanmoins, par ses vertus et sa dignité, il gagna l'estime et l'admiration de ses ennemis, à tel point que, lorsque le général baron de Mantcuffel, gouverneur de l'Alsace-Lorraine, venait à Metz, sa première visite était, chaque fois, pour l'évêque, auquel il prodiguait les marques de respect et de sympathie.
A l'annonce des décrets d'expulsion projetés par le cabinet de M. Jules Ferry, Mgr Dupont des Loges, pour témoigner aux Oblats sa gratitude du bien qu'ils avaient accompli dans son diocèse par leurs prédications, et, en même temps, pour conserver à ses ouailles des apôtres dont il appréciait le zèle, leur proposa, le 10 août 1880, de se réfugier à Saint-Ulrich.
EXPANSION AU DEHORS A LA SUITE DES EXPULSIONS
— Je serai extrêmement heureux, ajoutait-il, de pouvoir ainsi donner l'hospitalité aux exilés, et le pèlerinage, ressuscité par vos soins, deviendra plus cher à mon cœur, quand vous en serez constitués les gardiens.
Malgré les proscriptions, non encore abrogées, du Kulturkampf qui avait chassé tous les Ordres religieux du territoire de l'empire, Mgr Dupont
Saint-Ulrich.
Résidence des Pères.
des Loges, grâce à l'influence qu'il exerçait sur le général de Manteuffel, obtint, pour l'établissement des Oblats à Saint-Ulrich, l'autorisation
officielle.
Ils s'v installèrent, le 15 novembre 1880.
J^ésurrection du pèlerinage el travaux apostoliques.
L'ouvrage ne manquai! pus. sous tous rapports.
Au point de vue matériel, d'abord, les Oblats opérèrent d'heureuses améliorai ions, [lsrestaurèrenl les murs de la construction, <|ui. abandonnée depuis longtemps, présentait !<• spectacle du délabrement le plus complet. Puis, ils embellirent la chapelle, y érigèrent des autels, des confessionnaux, un chemin <!<• croix, etc..
SAINT-ULRICH (aLSACE-LORRAIXE)
Simultanément, ils s'occupaient du temple spirituel, en convoquant les pèlerins, qui, sûrs maintenant de trouver des confesseurs, reprirent le chemin du sanctuaire. Les groupes arrivaient, chaque jour, de plus en plus nombreux. Mais, en certaines circonstances surtout, comme les lundis de Pâques et de la Pentecôte, le 4 juillet, fête de saint Ulrich, et le 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, ils accouraient en foule, et on les comptait par milliers.
Saint-Ulrich.
Allée conduisant à la résidence des Pères.
La chapelle étant trop petite, alors, la grand'messe se célébrait en plein air. Au fond d'une belle allée de marronniers, les Pères dressaient, sous une tente, un reposoir aussi grandiose que possible. Les branches des arbres formaient une voûte majestueuse, au-dessus des assistants, qui gardaient de ces réunions émouvantes un impérissable souvenir. Ils ne s'éloignaient de ces lieux bénis qu'avec le désir d'y retourner.
Dans le diocèse et les régions circonvoisines, l'apostolat des Pères n'était pas moins actif : missions ; adorations perpétuelles ; retraites de séminaires, de pensionnats, de collèges, d'orphelinats, de patronages d'ouvriers, de congrégations, de communautés religieuses ; octaves des morts, triduums, etc., etc. Ils étaient presque constamment sur la brèche.
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Les prédications que les Oblats donnèrent si souvent, à l'occasion de l'Adoration du Saint-Sacrement, méritent une mention spéciale. Ces solennités des Quarante-Heures duraient bien réellement trois jours. Elles ne revenaient, pour chaque paroisse, que tous les cinq ou six ans ; mais elles revêtaient, alors, un caractère d'incomparable splendeur. C'étaient des fêtes chômées pour la paroisse, car tout travail était suspendu ; et, comme les curés les faisaient précéder d'une retraite préparatoire d'une semaine, elles équivalaient à une petite mission. C'était pour la paroisse une occasion de rénovation spirituelle. Tous les habitants, en général, se confessaient et communiaient.
Sous le rapport de l'apostolat, en allemand et en français, le sanctuaire de Saint-Ulrich offrait un vaste champ d'action. Situé dans le diocèse de Metz, il se trouvait au seuil des importants diocèses de Strasbourg et de Nancy, tout proche également du Palatinat et de la Prusse rhénane.
Hiver comme été, printemps comme automne, les Pères étaient constamment en course. Labeur écrasant, mais plein d'ineffables consolations.
Chassés de leur patrie par les décrets d'expulsion, les Oblats allaient ainsi, sur toutes les routes où la persécution les poussait, répandre la bonne semence et travailler pour la gloire de Dieu, le salut des âmes... et l'honneur de la France.
Parmi les premiers, envoyés à Saint-Ulrich, signalons les Pères Bach, Dru, Mauss, Léglise, Belner, Henn et Hess. Avec eux, leur rendant les plus grands services pour la partie matérielle, se dévouèrent les Frères convers Dreyer, Kieger, Schmalz et Spat.