FONDATION DE LA CONGREGATION DES SS. NOMS
esquisser une excuse, mais s'enfonçant de plus en plus dans son propre néant.
A la suite de cette vigoureuse direction, elle en arriva à être tellement persuadée de son indignité, qu'elle pensa que jamais on ne l'autoriserait à faire profession. Elle supplia qu'on voulût bien, du moins, l'accepter parmi les Sœurs converses.
— Avant ma conversion, disait-elle, j'ignorais la profondeur de ma misère, et j'aspirais à être la servante de Dieu. Mais, c'est un honneur que je ne mérite point. Ce sera déjà trop pour moi d'être la servante de ses servantes. Je n'attends cette faveur que de la charité.
Ses compagnes en versaient des larmes d'attendrissement.
C'était donc une rude école que celle du P. Allard. Ses élèves en spiritualité. Fondatrices de la Congrégation des Saints Noms de Jésus et de Marie, en sortirent capables de tous les dévouements.
Satisfait de tant de progrès dans les vertus de leur état, MgrBourget résolut d'ériger canoniqviement la nouvelle famille religieuse, et d'admettre à la profession les trois premières novices, auxquelles d'autres recrues s'étaient adjointes déjà. La date de cette double cérémonie si importante fut fixée au 8 décembre, fête de l' Immaculée-Conception de la Très Sainte Vierge.
Immense fut la joie de Marie-Rose et de ses compagnes. Dieu acceptait l'offrande d'elles-mêmes. Leur chère Communauté aurait, désormais, une existence officielle. Adoptée par l'Église, elle participerait à sa stabilité.
Le cœur débordant de reconnaissance, elles entrèrent en retraite pour se préparer plus parfaitement encore à leur immolation.
Une affluence extraordinaire de fidèles accourut dans l'église paroissiale de Longueuil choisie pour être le théâtre de ce grand acte. L'évêque présidait, entouré d'un clergé nombreux et des Oblats. L'autel étincelait de lumières, et le pontife avait revêtu ses plus riches ornements.
A l'évangile, on lut le Mandement épiscopal érigeant canoniquement la nouvelle Congrégation : puis, le P. Guignes prit la parole. Son discours, pieusement écouté par l'assistance, montra combien est sublime la vie de celles qui se sacrifient à Dieu et au service du prochain. Il exposa aussi combien est capital dans la société le rôle des institutrices congréganistes, aidant, par un dévouement de tous les jours, le clergé et les familles à remplir le grave devoir qui leur incombe d'élever chrétiennement les enfants.
Quand l'orateur fut descendu de chaire, le P. Allard, en chape, se dirigea vers le Pontife assis sur un siège placé devant l'autel, sur le plus haut degré.
— Monseigneur, dit-il, la Sainte Église catholique, notre Mère, demande que vous daigniez bénir et consacrer ces vierges que j'ai l'honneur de vous présenter, et les unir, par une alliance spirituelle, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Fils du Très Haut.
Dans le vaste auditoire on aurait entendu voler une mouche, tant le silence était profond. Chacun suspendait son haleine, pour ne pas perdre une syllabe de ce dialogue impressionnant.
Ému, l'évêque adressa cette question au terrible maître des novices :
— Savez-vous si elles en sont dignes ?
L'austère P. Allard, qui, plus que personne, sa^•ait à quoi s'en tenir, répondit de sa voix la plus grave :
— Autant qu'il est permis à la faiblesse humaine de s'en convaincre, je crois et j'atteste qu'elles en sont dignes.
— Deo gratias !
Après avoir interrogé, à leur tour, les futures professes, pour s'assurer qu'elles persévéraient dans leur généreux dessein, le Pontife continua la cérémonie, au milieu de l'émotion générale. Bien des larmes coulaient.
Au moment de communier, les trois Fondatrices, devant la Sainte Hostie qui allait leur être donnée, prononcèrent leurs vœux, en se servant de la même fornuile que celle qui est en usage chez les Oblats.
A la fin de la Messe, l'évêque bénit le grand crucifix destiné à chacune d'elles. C'est aussi le même que celui des Oblats. Les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie le portent, comme eux, sur la poitrine, incliné vers le cœur, et fixé par un simple cordon passé par-dessus les épaules.
En même temps, leur était présenté le livre des Constitutions.
— Observez-les soigneusement, leur dit le prélat, et elles seront votre sauvegarde pour l'éternelle vie.
Ces Constitutions étaient celles que le P. Tempier composa pour les Religieuses de Marseille, et que Mgr de Mazenod sanctionna. Mgr Bourget les approuvait aussi, et l'indiquait clairement dans son Mandement. Elles complétaient les Règles primitives du P. Allard, mais sans les modifier dans leurs lignes essentielles.
Le costume fut également le même que celui des Sœurs de Marseille.
L 'affermissement.
Dans l'après-midi, Mgr Bourget, entouré des Oblats et du curé de la paroisse, se rendit à la Chapelle des Sœurs. De sa pleine autorité,