FONDATION' DE LA CONGREGATION DES SS. NOMS
devant la Communauté réunie, les professes n'étant pas encore assez nombreuses pour procéder à une élection régulière, il nomma la Sœur Marie-Rose Supérieure.
Cet acte épiscopal fut pour celle-ci un coup de foudre. Jusqu'à ce jour, par l'ordre même de l'évêque, d'accord en cela avec le P. Allard, elle n'avait rempli que les fonctions de portière.
Dieu se plaît à exalter les humbles ! Celle qui n'avait ambitionné que d'être la servante de ses servantes, était élevée sur le pinacle. Elle ne \àt dans ce choix, immérité, pensait-elle, qu'un motif de plus de travailler à sa sanctification, pour mieux assurer celle des autres. Elle rechercha, plus encore que par le passé, s'il était possible, les occasions d'être humiliée.
Quoique Supérieure, elle n'en continua pas moins à suivre avec les novices les conférences du P. Allard, suppliant celui-ci de ne point la ménager. Requête superflue ! Maître Conrad de Longueuil n'avait pas abdiqué ses droits. Il ne se fût pas arrêté, un instant, à demander cette permission, et, le cas échéant, il l'eût prise, sans qu'on la lui dt)nnât.
Tandis que croissait la ferveur des Religieuses, et que les postulantes affluaient, augmentait le nombre de leurs élèves. A la fin de la première année scolaire, leur maison en avait déjà plus de cent, ])armi lesquelles cinquante pensionnaires.
A la rentrée suivante, au mois de septembre 1845, le chiffre des pensionnaires montait à quatre-vingts, et plusieurs autres s'annonçaient. Les conférences pédagogiques du P. Allard produisaient leurs fruits, et la confiance des familles allait, de plus en plus, aux nouvelles institutrices. D'ailleurs, le maître des novices, transformé en censeur, ne dédaignait pas de parcourir fréquemment les classes, interrogeant les élèves, examinant les cahiers, distribuant d'une main prodigue les blâmes, et moins largement les éloges. Il assistait aux assemblées générales de chaque mois, où étaient lues publiquement les notes, et les soulignait de ses commentaires redoutés.
Les villes voisines envièrent Longueuil, et demandèrent à posséder dans leurs murs des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie.
Bien corrigé de ses préventions, le frère de la Fondatrice, M. Théophile Durocher, curé de Belœil, lui proposa un établissement dans sa paroisse, s'engageant à faire tous les frais d'installation. Une colonie de Sœurs s'y rendit, au mois de novembre 1846. L'année suivante, deux nouvelles maisons s'ouvrirent : à Saint-Timothée et à Saint-Lin.
Notre but n'étant pas d'écrire l'histoire de la Congrégation des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, nous terminerons, là, ce
chapitre. Nous avons voulu simplement montrer la part prépondérante que prirent à sa fondation les Oblats et surtout le P. Allard. Maintes fois, dans les Chroniques de leur Institut, les Sœurs ont exprimé leur gratitude envers celui auquel elles devaient tant, et que, malgré sa rudesse, elles vénéraient comme un saint.
— Il fut, disent-elles, pour notre Congrégation une véritable providence, en veillant sur son berceau avec une sollicitude de mère, en soutenant ses premiers pas, en la formant aux exercices spirituels et à l'instruction des jeunes filles,., en lui connnuniquant cet esprit d'obéissance et d'humilité, source de forces dans les épreuves... Impossible de noter tout ce qu'il a fait ; mais les Sœurs seront des Annales vivantes qui, en transmettant à celles qui leur succéderont les méthodes reçues de lui et les connaissances acquises à son école, rediront d'âge en âge l'habileté, la patience et le dévouement de ce Maître que nous regrettons.
Écrit peu après le départ du P. Allard, ce témoignage fut souvent réitéré.
Trente ans plus tard, la quatrième Supérieure générale, la Mère Marie- Stanislas, le confirmait encore par ces paroles :
— Ah ! le P. Allard ! que nous l'aimions, malgré sa sévérité. Il était vigilant, énergique ; il exigeait beaucoup de nous ; mais on sentait qu'il avait à cœur la gloire de Dieu et nos intérêts les plus chers... Sans lui, que serions-nous devenues ? Pour nous former à l'enseignement et aux vertus religieuses, il n'épargna ni son temps, ni ses forces, ni les conseils, ni les encouragements.
- — Il fut l'âme de notre Congrégation, affirmait récemment encore une voix autorisée : he zvas the soûl of the Congrégation (1).
Lorsque, en 1874, le P. Allard, depuis vingt-deux ans évêque de Samarie et vicaire apostolique de Natal, se retira à Rome, avec le titre d'archevêque de Taron et de Consulteur de la Propagande, il devint, jusqu'à sa mort, pendant une quinzaine d'années, l'intermédiaire officieux et influent de la Congrégation des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie auprès du Saint-Siège, charge que les Procureurs généraux des Oblats ont continué à remplir après lui.
(1) Cf. Motlicr Muiji Rose, Fouiidrcss aiul firsi Si(/>en'or General of the Sisiers of the Holy Namcs af Jcsi4f< (tttd Mari/, hy ;i iiuinber of tlu- t'onimunity, ■with a préface by the Right Révérend Edm. .J. O'Dea", D. D., Bishop of Seattle, in-S», Montréal, 1911.