ATHABASKA. FOXD-DU-LAC
vages de ma mission, a placé les meilleurs du côté par lequel on communiquait avec ceux sur lesquels le ministre avait jeté son dévolu. Au printemps, ils m'ont amené encore plusieurs familles de Chvu*chill, qu'ils avaient enflammées de leur ardeur pour notre sainte religion.
Ce zèle des néophytes produisit des fruits de conversion.
Un jeune homme de Churchill, malade, et sachant par eux qu'on ne peut entrer au ciel sans le baptême, les suppliait avec larmes de le lui administrer. Ne le jugeant pas en danger de mort, ils refusèrent ; mais, dès que ses forces le lui permirent, il s'empressa de franchir l'énorme distance qui le séparait de la mission de Notre-Dame des Sept-Douleurs,
Charriage de bois, au moyen de traîneau à chiens.
un millier de kilomètres environ, pour se prosterner, avec sa famille, aux genoux du prêtre, et lui demander ce grand bienfait.
— Pouvais-je, écrivait le P, GroUier, ne pas admettre au baptême des âmes aussi généreuses et aussi bien disposées ? Je n'ai pas hésité. La grâce du sacrement régénérateur est comme un aimant puissant qui sollicite ceux que Dieu a prédestinés.
Pour démontrer que la religion catholique est la vraie, les sauvages du Fond-du-Lac opposaient la vie du prêtre à celle du ministre ayant femme et enfants.
— Celui qui veut apprendre aux autres à devenir meilleurs, disaientils, doit être uniquement l'homme du Grand Esprit, et non l'homme d'une femme.
Exposé avec une rusticité, parfois violente, et une clarté d'expressions que ne gazait aucun artifice de langage, ce raisonnement touchait profondément ceux auxquels il s'adressait. Selon le mot de Tertullien, l'âme est naturellement chrétienne. Quand elle conserve sa droiture, elle s'ouvre facilement à la vérité.
A partir de ce jour, beaucoup de sauvages de Churchill n'eurent que du mépris pour le protestantisme, et désirèrent ardemment voir un Missionnaire catholique s'établir parmi eux. En attendant ce beau jour, un nouveau converti se proposa à eux, pour les instruire et présider la récitation de la prière en commun.
— Mais, dit-il, tant que j'ain-ai l'honneur de tenir la place du prêtre, je vivrai comme le prêtre, et non comme le ministre.
Et, du consentement de sa femme, il se sépara d'elle.
— Quelle confusion, écrivait le P. Grollier, pour ceux qui ont détruit le célibat, et prétendent, sans s'y soumettre, se présenter comme les envoyés de Dieu ! Voilà donc un sauvage, qui, dominé naguère par les instincts aveugles de l'animalité, se détermine spontanément, pour propager la religion et rendre heureux ses semblables, à mener une existence tout angélique !
Oui, en effet, quelle confusion pour les lâches, et quelle merveille !... Comment, devant les faits de ce genre, ne pas se rappeler les paroles du Maître, louant lui-même la foi du centenier :
— En vérité, je vous le dis, au jour des suprêmes justices, beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident, s'asseoir avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume céleste, tandis que les fils d'Israël seront jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura éternellement des pleurs et des grincements de dents. (Matth., VIII, 11.)
Gloire à Dieu qui si rapidement transforme les âmes ! Et bénis soient les Missionnaires dont le Tout-Puissant se sert, pour opérer de tels prodiges !
Les traits analogues n'étaient pas des exceptions.
— Cet automne, aux premières glaces, j'ai vu plusieurs de mes sauvages, écrivait encore le P. Grollier, le l^r juillet 1855. Ceux que j'avais distingués, l'an dernier, parmi tous les autres, ont continué à être ma joie : ils étaient fervents, comme à l'heure où je les baptisai. Des vieillards avaient fait sept jours de marche, pour venir jusqu'à moi. Si je n'avais été là, ils se seraient contentés d'envoyer leurs jeunes gens, pour traiter avec les agents de la Compagnie ; mais ils souhaitaient ardemment recevoir de nouveau la sainte communion, à laquelle je les avais admis, au printemps précédent. Ils arrivaient, affamés du pain des forts. L'un d'eux,