‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 36 sur 83 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Sous le cercle polaire

Projet de revanche du ministre anglican.

Désespérant d'obtenir un résultat quelconque, au fort Simpson et au fort des Liards, l'archidiacre hérétique forma le dessein d'aller dogmatiser au fort Good Hope, situé sur le Mackenzie, à plus de sept cents kilomètres vers le nord.

Assurément, si cette entreprise hardie n'avait eu d'autre but que la gloire de Dieu et le salut des âmes, elle aurait excité, à juste titre, l'admiration. Mais le vrai zèle ne va pas sans l'oubli de soi. C'est une flamme dévorante et sanctifiante qui consume tout ce qu'il y a d'humain dans un cœur. La persévérance dans une résolution, l'activité et l'énergie dépensées au service d'une cause, ne méritent pas ce beau nom, si elles procèdent du dépit, ou d'un motif naturel peu avouable.

Un des protestants les plus distingués du Canada le remarqua luimême, et ne cacha pas ses sentiments à Mgr Taché.

— Ce qui l'inspire, lui disait-il, en parlant de M. Hunter, ce n'est pas le zèle, mais le désir de vous faire de l'opposition : There is no zeal in that man ; his going there is nothing but the fact of a mère spirit oj opposition towards you.

Le théâtre de cette nouvelle lutte était habilement choisi. Non seulement le poste de Good Hope avait une importance spéciale, vu le nombre considérable de sauvages qui s'y réunissaient, mais il constituait la dernière étape vers la mer glaciale, et, par suite, jalonnait la route la plus directe, pour pénétrer chez les Loucheux et chez les Esquimaux. La possession de cette place était donc le gage assuré de conquêtes beaucoup plus étendues.

— Par le fort Good Hope, écrivait le P. Grollier, nous tiendrons toutes les tribus du Nord ; mais ceux d'entre nous qui s'y rendront, auront à apprendre deux nouvelles langues, complètement différentes de l'esclave et du montagnais.

Les Esquimaux habitaient sur les rives de l'océan Arctique, à l'est

du Maekcnzic. Us avaient la sinsulièrc coutuiiu' de se percer le bas des joues, à droite et à gauche de la bouche, jjour y introduire des osselets, ou de petites pierres rondes, blanches ou bleues, en guise de bijoux.

Outre leur extrême débordement de mœurs qui apporterait un grand obstacle à leur conversion, on aurait à compter avec leur esprit excessivement soupçonneux, D"une profonde duplicité, prompts à la colère et à la vengeance, très cruels, orgueilleux, voleurs de profession, car le larcin, loin de leur paraître un crime, leur semblait une prouesse, ils étaient regardés, par certains traiteurs, comme le rebut de l'espèce humaine : most répulsive of the human species.

A l'ouest du Mackenzie, vers le Yukon et l'Alaska, résidaient les Loucheux, ainsi appelés, parce que la plupart étaient affectés de strabisme. Perpétuellement en guerre avec les Esquimaux, ils en massacraient le plus qu'ils pouvaient surprendre. Les jjarents de ceux-ci ne tardaient pas à redemander. a\'ee usure, dent pour dent, œil pour œil. et tête pour tête.

Depuis longtemps, pressé par son zèle ardent, le P. Grollier souhaitait s'élancer vers ces contrées lointaines. 11 n'aurait pas voulu que les ministres de l'erreur y parussent avant les apôtres de la vérité. Les projets de M. Hunter furent pour lui un stimulant de plus.

Fidèle à la tactique qui lui avait si bien réussi au ford des Liards, il envoya devant lui des émissaires sûrs, pour lui préparer les voies.

— J'ai déjà vu des sauvages de Good Hope, écrivait-il, le 15 mars 1859, à Mgr de Mazenod. Tous m'ont promis de parler de telle sorte aux hommes de leur tribu, que nul d'entre eux ne ferait cas de l'archidiacre. Celui-ci, d'ailleurs, commence à dire que sa tâche est terminée. Il ne s'était engagé que pour un an. Après une apparition à Good Hope, dans le but de choisir un emplacement aux constructions qu'il médite, il reviendra au fort Simpson, et, de là, s'embarquera pour la Rivière-Rouge. 11 ne se soucie pas de rester davantage au milieu de ces sauvages qu'il méprise, et qui l'ont si mal accueilli. Malheureusement l'apostolat protestant est un métier largement rétribué, surtout dans ces régions. Les Sociétés évangéliques, instituées pour la propagation de l'anglicanisme, donnent de l'or à pleines mains. Sans trop de peine, les ministres trouvent ainsi un moyen d'existence pour eux et pour leur famille. Or, distribuer des Bibles et baptiser quelques païens, sans même prendre le soin de les instruire des vérités indispensables, n'est pas chose bien difficile. Pour ces motifs, quoique les sauvages ne veuillent point de leur religion, les ministres ne se rebutent pas. Peu leur importe le nombre de ces conversions, plus ou moins sincères, pourvu que leur traitement arrive régulièrement. M. Hunter ayant achevé son magot, se dispose à partir ; mais deux autres

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vont venir le remplacer, et deux maîtres d'école les accompagnent. Il est donc essentiel de ne pas se laisser devancer : la victoire sera au premier occupant. Puissions-nous, en portant le flambeau de la Foi jusqu'aux extrémités du monde, et en conquérant à l'Église ces tribus nombreuses que nul prêtre catholique n'a encore visitées, réaliser les paroles du Prophète : Viderunt omnes termini terrœ salutare Dei nostri !

A la fin de cette lettre, le P. Grollier ajoutait les considérations suivantes :

— Un mhiistre protestant à Good Hope ! Oh ! non ! Ce poste a quelque chose de si attrayant pour nous ! Il est si reculé dans le nord que, pendant trente-cinq jours, en été, le soleil ne s'y couche point ; mais, pendant bien plus de temps encore, la nuit n'existe presque pas, car elle n'est, avant et après cette période, qu'un long crépuscule lumineux. Si nous y allions, notre chère Congrégation aurait la gloire d'avoir fait saluer, la première, la croix par cet astre, alors sans déclin. Ces jours sans nuit ne sont-ils pas un peu l'image du ciel éclairé par l'éternel Soleil ?... Nous planterons, sur ces contrées étranges, le signe auguste de notre Rédemption. La croix radievise, brillant d'une lumière supérieure, éclairera ces peuplades intortunées, et leur apprendi-a l'amour ineffable du divin Sauveur pour les hommes.

§ 2 Y ers le pôle.

Au mois de juin 1859. le prétendu archidiacre anglican visita Good Hope, dans l'espoir d'y asseoir les bases d'un établissement futur. Les sauvages l'accueillirent si mal, qu'il n'eut aucune envie d'y prolonger son séjour. Honteux d'un si piteux échec, il partit, bien résolu à ne plus revenir.

Pour se venger, il emportait une suj^plique adressée au Gouverneur général de la Compagnie de la baie dHudson, et signée par quelques-uns des agents les plus hauts placés du district du Mackenzie. Pleine de fiel, cette pièce haineuse réclamait l'éloignement absolu des « papistes romains ». Elle n'eut aucun effet. Le Gouverneur comprenait, de plus en plus, combien la Compagnie elle-même gagnait à l'évangélisation des sauvages. Leur moralisation favorisait ses intérêts.

Sans s'inquiéter de cette flèche de Parthe lancée sur lui par le prédicant en déroute, et avant même de savoir le résultat de cette manœuvre de la dernière heure, le P. Grollier, au mois d'août de cette même année, s'embarqua pour Good Hope, avec l'intention de s'y instaUer, fermement résolu à annoncer, de là, l'Évangile jusqu'aux plus lointains confins du monde habité.

11 ne devait pas en retourner. Cinq ans plus tard, il mourrait, jeune encore, épuisé par les fatigues, les souffrances et les privations. Mais il aurait creusé un sillon profond, à travers les régions arctiques, et jeté une semence surnaturelle qui produirait des fruits abondants de salut.

Toujours avide de nouvelles conquêtes, le P. Grollier laissait à d'autres le soin de continuer les œuvres qu'il a^'ait commencées. Dès qu'elles paraissaient fondées assez solidement, il allait, ailleurs, en établir d'autres. Le nord l'attirait. On peut le considérer non seulement comme un soldat d'avant-garde, dans l'armée de l'apostolat, mais aussi comme un éclaireur envoyé au loin pour explorer le terrain, et indiquer le chemin à suivre.

Muni d'une autorisation que Mgr Taché lui avait obtenue du Gouverneur général, il vit ceux mêmes qui avaient signé, contre lui et ses confrères, la supplique demandant leur expulsion, contraints de lui donner passage sur les canots de la Compagnie, et de le recevoir, durant l'hiver, au fort Good Hope.

Avec ses détracteurs, obligés d'être polis à son égard, il descendit le Mackenzie, si majestueux, que les tribus échelonnées le long de son cours, ont, pour le désigner, malgré la diversité de leurs idiomes, une expression synonyme : le fleuve aux rives géantes.

Quelquefois, ses eaux semblent dormir comme dans un large bassin, aux endroits où il s'évase ; d'autres fois, elles se précipitent, fougueuses et indomptables, avec une vitesse de quinze à vingt kilomètres à l'heure. C'est lorsque, renfermées entre de gigantesques murs de rochers presque perpendiculaires, hauts de cent à cent cinquante mètres, et plus encore, ses ondes tumultueuses s'entassent, se pressent, et se refoulent.

D'une largeur moyenne de deux à quatre kilomètres, il en a de six à huit, dans certaines de ses expansions ; une vingtaine, à la tête de son delta ; et plus de quatre-vingts, à son estuaire.

Le Mackenzie n'a pas, à proprement parler, de rapides. Les cinq ou six qui s'y rencontrent, se réduisent à de simples accélérations de courant qui offrent peu de danger, ou qui laissent toujours des parties relativement calmes et navigables. Mais, obstrué de glaces, de la mi-octobre à la fin de juin, ou au commencement de juillet, il ne peut malheureusement, malgré l'énorme masse de ses eaux, féconder les contrées qu'il traverse.

Dans ce sol qu'il ravine depuis tant de siècles, il s'est creusé un lit profond. On en juge non seulement par la hauteur actuelle des falaises calcaires qui l'enserrent, et qu'il ronge sans cesse, mais aussi par une suite de trois ou quatre terrasses parallèles qui, étagées en retrait, indiquent combien considérable était sa largeur primitive. On voit aussi que son niveau est, maintenant, de cent à cent cinquante mètres plus

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bas qu'autrefois ; et, cependant, en bien des points, la sonde accuse de cinquante à soixante mètres d'eau.

Quoique ses rives soient pittoresques, elles sont loin d'avoir un aspect enchanteur. La végétation est rachitique, espacée, peu fournie d'espèces différentes. Pour gazon, des mousses et des lichens appelés pain de Caribou. Au delà, dans les forêts, de part et d'autre, ne croissent que le sapin blanc, ou épinette, le pin rouge, le bouleau dont l'écorce est si utile aux sauvages, le tremble, le peuplier-liard, l'aune et le saule ; mais leur développement est tellement arrêté par l'âpreté du climat,

Les < Remparts « du Matkeazie.

qu'ils atteignent à peine une taille de six mètres, et souvent moins encore. Ils sont, alors, plutôt des arbustes que des arbres.

Puis, à mesure qu'on s'avance vers le nord, leurs dimensions diminuent, de plus en plus, et ils se confondent avec les broussailles des steppes arctiques, ou même finissent par disparaître complètement. Le pin rouge ne se trouve que jusqu'au soixante-troisième degré de latitude ; le peuplierliard, jusqu'au soixante-cinquième ; le bouleau et le sapin, jusqu'au soixante-huitième. Le saule est plus résistant : on l'aperçoit jusqu'au delta du Mackenzie.

Chose étrange ! En de nonibreux endroits de ces latitudes reculées, le feu couve constamment sous la glace, et parfois fait irruption au dehors.

Sur des étendues de quatre à cinq kilomètres, affleurent des mines de schistes bitumineux en combustion.

Là, s'élèvent de nombreux monticules d'une terre meuble et grise, mais chaude, labourée de fissures, ou percée de crevasses. Il en sort, par intermittence, des flammes jaunâtres, de vingt à trente centimètres de haut, ou des tourbillons d'une fumée bleuâtre, accompagnée d'une odeur pénétrante, analogue à celle du pétrole.

Nul doute qu'il n'y ait, là, dans des cavités souterraines, d'immenses réservoirs du précieux liquide, qui brûle, depuis des siècles, sans que personne en ait encore tiré parti.

Un peu avant d'arriver à Good Hope, le voyageur doit franchir les « Remparts ». On appelle ainsi des falaises verticales, de trente à cinquante mètres de hauteur, dont les assises de calcaires et de grès se superposent horizontalement, bordant le fleu\'e, de côté et d'autre, sur une longueur de plusieurs kilomètres.

Les agents atmosphériques les ont taillés, déchiquetés, creusés et percés de la manière la plus bizarre.

Parfois, on dirait de véritables citadelles, avec leurs angles saillants et rentrants, leurs contreforts, leurs bastions et leurs redoutes à meurtrières et à créneaux. Il ne leur manque que des fusils, ou des canons, pour constituer des positions inexpugnables.

Plus loin, on croirait voir les ruines colossales de cpielque château moyenâgeux, ou de cathédrales monumentales, ornées de niches, attendant leurs statues.

Dans les anfractuosités du sommet, les aigles établissent leurs repaires, et, aux étages inférieurs, des légions d'hirondelles suspendent leurs nids.

Entre ces mui-ailles cyclopéennes, surtout quand elles se rapprochent, l'écho est si multiplié et si retentissant, que la moindre détonation d'arme à feu y produit l'effet du tonnerre.

Telle est la majestueuse avenue, au bout de laquelle on découvre, sur la rive du fleuve, en face de l'île Manitou, le fort Good Hope. 11 est situé au delà du soixante-sixième degré de latitude nord, près du cercle polaire, à seize cents kilomètres au nord du Grand Lac des Esclaves, et à quatre mille huit cents de Winnipeg.

§3 Le climat de l'extrême NorJ.

Si, dans ces contrées lointaines, l'été, avec son soleil si longtemps sur l'horizon, n'est pas dépourvu d'un certain charme, l'hiver, avec sa nuit qui dure depuis le 30 novembre jusqu'au 13 janvier, c'est-à-dire

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pendant un mois et demi, est excessi\ement rigoureux. Le mercure gèle, de bonne heure, dans les éprouvettes,et,pour se rendre compte del'extraordinaire abaissement de la température, il faut se servir du thermomètre à alcool.

Quoique construit dans un site abrité contre les vents du nord, le fort Good Hope est fréquemment exposé à des froids de cinquante degrés centigrades au-dessous de zéro. Dans le voisinage, on enregistre des froids de cinquante-cinq à cinquante-six degrés, et, un peu plus au nord, au fort Anderson, par exemple, de soixante à soixante-cinq.

Dix mois après son arrivée à Good Hope, le P. GroUier écrivait à Mgr de Mazenod, le 20 mai 1 860 :

— Chacun ici est d'avis que, cette année, l'hiver a été bien doux. Nous n'avons eu que quarante-huit degrés centigrades au-dessous de zéro. Penserait-on, à Marseille, que c'est peu ?...

— Ce froid terrible, disait plus tard un des Missionnaires, est plus redoutable que le loup affamé des steppes, ou l'ours gris des montagnes. Si vous n'êtes constamment sur vos gardes, il vous saisit, à votre insu, pour vous mordre profondément, et vous faire des blessures mortelles.

Pendant plus des trois quarts de l'année, la neige recouvre tout, de sa teinte uniforme. Les arbres grêles en sont chargés, et plient sous le fardeau, comme des vieillards sous le poids de l'âge ; beaucoup éclatent, et se fendent, de haut en bas, avec un bruit retentissant.

Les nombreux lacs de ces contrées sont pris par les glaces près de onze mois, ou mieux, ils n'en sont jamais complètement débarrassés, car la débâcle, survenant à la mi-juillet, se prolonge jusqu'en août, et n'est pas terminée, lorsque se forment les nouvelles glaces d'automne.

A cette latitude, le printemps est inconnu, car les saisons intermédiaires n'existent pas. L'été se réduit donc à peu de chose. Dans les derniers jours de mai, il neige encore abondamment, et tout est glacé. On ne saurait prétendre, comme ailleurs, que ce mois soit des plus agréables. En août, déjà, les feuilles tombent ; en septembre, il neige ; et, en octobre, les rivières sont gelées, malgré l'impétuosité de leur cours.

Si l'on se rapproche davantage de la mer Glaciale, où flottent perpétuellement des montagnes de glace, l'été n'est plus que de quelques jours, souvent très frais.

Sous les morsures d'un froid de quarante à quarante-cinq degrés, la voûte de glace de trois à quatre mètres d'épaisseur qui recouvre les lacs, forcée à se dilater, se fendille et se déchire bruyamment. Des crevasses, longues, anguleuses et irrégulièrement ramifiées, apparaissent. Par ces ouvertures les eaux inférieures bondissent, mais ne tardent pas

à se congeler, déterminant à la surface une série de plissements glacés.

Mais, quand le froid, toujours de plus en plus pénétrant, descend à des températures de cinquante à cinquante-cinq degrés et même soixante, la dilatation croissante exerce une pression formidable à l'intérieur de la masse glaciaire. Il en résulte non de simples lézardes, si vastes soientelles, mais des dislocations profondes : crevasses gigantesques, dont les bords, en s'écartant, sous l'effort d'une poussée violente, se soulèvent de plusieurs mètres, souvent de six à sept, et même de huit.

Ainsi, se constituent subitement, à la surface du lac rigide, de vraies chaînes de collines de glace, très difficiles à franchir, soit à cause de leurs dimensions, soit à cause de leur structure singulière. Si l'un des versants (celui qui était l'ancienne surface du lac) ne présente qu'une inclinaison moyenne, avec des rugosités où le pied peut se poser, l'autre (celui qui correspond à la faille) affecte une forme rectiligne et presque verticale : obstacle d'autant plus insurmontable, que ces deux faces perpendiculaires se regardent.

Avant de trouver un col, ou une passe, il faut errer des heures entières; et, parfois, on n'a d'autre moyen, pour sortir de là, que de s'ouvrir un chemin à coups de hache.

Le voyageur n'est jamais sûr de ne pas rencontrer ce dédale d'éminences glacées et taillées à pie. Pour leur érection, en effet, ni des mois, ni des semaines, ne sont requises : il suffit d'un jour, ou d'une nuit, même de quelques heures, tant le phénomène survient brusquement et comme instantanément. Il se renouvelle ensuiti-, diverses fois, ou s'accentue par poussées successives.

Ces plissements, brisements et ruptures ne s'observent pas seulement au large, par suite des soulèvements de la voûte glaciaire ; mais, aussi, près des côtes, où les falaises granitiques opposent plus immédiatement leur résistance à la dilatation de la glace.

On voit, là, un amoncellement d'énormes glaçons accumulés dans une confusion des plus inexprimables. C'est l'image d'un épouvantable chaos, témoignage des gigantesques combats que se livrent, entre elles, les forces indomptées de cette nature terrible et sauvage. La marche est extrêmement pénible entre ces rochers de glace, renversés les uns sur les autres, hérissés, en tous sens, de pointes aiguës et d'arêtes tranchantes.

Quand, durant la longue })ériode hivernale, la lune pâle, ou un jour douteux répand seulement quelques lueurs blafardes sur ces paysages désolés, alors ces vastes déserts de l'Extrême Nord apparaissent dans toute leur sublime horreur.

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Souvent aussi, au milieu de la nuit profonde, le ciel s'empourpre de resplendissantes clartés. Les aurores boréales, très fréquentes à ces hautes latitudes, s'y épanouissent dans une magnificence et une variété qui défient toute description.

Tantôt ce sont des zones d'or parallèles, en forme d'arcs immenses, étendant leur lumière vacillante de l'est à l'ouest, comme pour entourer le pôle magnétique d'une radieuse couronne.

Tantôt ce sont des aigrettes innombrables, se jouant dans l'atmosphère, comme une armée de feux follets ; ou bien des draperies flottantes

Passage d'une chaîne de collines de glace sur l'un des lacs de l'Extrême-Nord. En arrière, au second plan, à gauche, une vraie montagne de glace.

et mouvantes : festons, guipures, dentelles, franges que l'on dirait agitées par le vent.

D'autres fois, ce sont des nuées sanglantes illuminant le ciel entier, puis se divisant et se subdivisant en coupoles et en dômes phosphorescents, en jets de flamme partant de tous les points de l'horizon, pour converger vers le zénith : guirlandes de fleurs rutilantes ; bouquets de rayons frémissants, s'élargissant en éventail ; serpents livides, aux reflets chatoyants, glissant en ondulations tortueuses dans les abîmes de l'espace ; rubans multicolores, toujours en mouvement, s'enroulant, les uns sur les autres, et se séparant sans cesse pour se réunir de nouveau, en s'entremêlant de mille et mille façons différentes.

Et tout cela se déplace, danse, sautille, court, se cache, s'efface, pour reparaître bientôt, passant alternativement du blanc au rouge, au violet, au jaune, au vert, par toutes les nuances intermédiaires en nombre inflni !...

Lumière si vive qu'elle égale en éclat celle de la lune, et, en même temps, si diaphane qu'on aperçoit très distinctement les étoiles à travers.

Parfois ces météores paraissent si bas que les Indiens leur décochent des flèches, qui, prétendent-ils, redescendent échauffées par les flammes qu'elles ont traversées dans leur course rapide. Erreur évidemment, ou mensonge.

Mais une particularité à signaler, car elle a son importance scientifique, c'est que, par une atmosphère froide et sèche, les aurores boréales sont accompagnées d'un bruissement singulièrement intense, comme le sifflement du vent dans les cordages d'un navire. Les auteurs qui, ex professa, traitent des aurores boréales, nient ou taisent cette particularité, ou la présentent comme hypothétique. Que de fois, pourtant, elle a été constatée par nos Missionnaires qui, en cette occasion, comme en plusieurs autres, quoique travaillant principalement au salut des âmes abandonnées, ont apporté un précieux concours aux recherches scientifiques, et ont contribué à fixer certains points discutés entre savants.

Ce bruissement est bien une confirmation de la théorie qui assigne une origine électrique à ces phénomènes, les plus beaux qu'il soit accordé à l'homme de contempler ici-bas. N'est-il pas le résultat de la résistance opposée par l'air aux radiations électro-magnétiques, qui se dégagent de la terre, dans le voisinage du pôle, et causent ces splendidcs illuminations ?

Dans cet ordre d'idées, notons les constatations faites par nos Missionnaires, au sujet des effets du mirage, non moins surprenants dans ces régions de l'Extrême Nord que dans les déserts du Sahara, avix sables surchauffés.

Lorsque, après la longue miit, le soleil ^^erse inie claire lumière sur les plaines neigeuses, ou à la surface des lacs glacés, on découvre devant soi, tout près, ce semble, des paysages fantastiques.

On s'imagine pouvoir arriver vite à des places de campement, ou à des îles boisées que l'on aperçoit très distinctement à peu de distance. On les touche presque du doigt ; mais elles reculent, à mesure qu'on avance. Elles finissent par disparaître complètement, ou. du moins, on ne les atteint que fort longtemps après.

Les auteurs qui ont parlé des mirages dans les contrées septentrionales, n'ont enregistré, en général, que ceux qui ont lieu' sur la mer redevenue liquide, mais non ceux qui se produisent, en hiver, siu- les champs de neige, ou sur les grands lacs glacés.

En ce point encore, les savants en chambre, si fiers de leurs connaissances incomplètes, auraient trouvé avantage à consulter les Mission-

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naires. L'apostolat, qui peuple le ciel d'âmes régénérées, peut fournir à la terre des renseignements précieux pour le progrès des sciences humaines. Il est évidemment plus commode, mais aussi moins instructif, de disserter tranquillement, au coin du feu, les pantoufles aux pieds.

Si l'on sort, par des températures de quarante à cinquante degrés centigrades au-dessous de zéro, la respiration de\'ient sifflante. La barbe, sous l'haleine tiède, se couvre de givre et même de glaçons, au point de ne faire avec eux qu'une masse compacte. On a bien de la peine à se débarrasser de ce fardeau. Rarement, on y réussit sans s'écorcher douloureusement le visage, et laisser quelques poils à la bataille. Il se forme aussi, parfois, de ces malencontreux glaçons sur les sourcils et les cils.

La buée chaude qui s'échappe du corps des animaux, se condense, et les enveloppe, comme d'un brouillard opaque. Ce nuage à fleur de terre, derrière un bloc de glace, ou dans la broussaille, trahit le gros gibier, ours, renne ou caribou, qui se cache, et met en éveil le chasseur.

On l'observe aussi autour des chevaux dont on se sert pour les voyages, sous les latitudes un peu inférieures, par exemple dans la vallée de la rivière La Paix. Dès qu'ils trottent, par des froids de quarante à cinquante degrés, leur respiration et leur sueur produisent des torrents de Aa])eur, qui se changent en épais brouillard, dans lequel ils disparaissent, et qui les accompagne sans plus les quitter.

Par ces froids cuisants, les phénomènes de mimétisme prennent des proportions qu'ils n'ont nulle part ailleurs. L'harmonie des couleurs entre le pelage des animaux et le milieu ambiant, steppes glacées et plaines de neige, est extrêmement remarquable.

Non seulement, il y a, là, les ours blancs des zones arctiques, mais aussi des légions de loups blancs, lièvres blancs, lapins blancs, chèvres blanches, belettes blanches, perdrix blanches, etc.

Un peu plus bas, on rencontre aussi les bœufs blancs, les moutons blancs, les moineaux blancs et les roitelets blancs. Il est fâcheux que les merles ne puissent, eux aussi, supporter de telles températures, car, alors, on trouverait, dans ces régions septentrionales, les introuvables merles blancs.

Quoique, de ce mimétisme si généralisé, on ne puisse tirer aucune preuve en faveur d'un antiscientifique transformisme des espèces, on ne saurait s'empêcher d'y admirer une attention de la Providence qui, par lui, donne à ces multitudes d'êtres un moyen de se dérober plus facilement à la vue de leurs ennemis.

De plus, les grands froids n'empêchent pas la faune d'être extraordinairemcnt abondante. Le Créateur a façonné ces animaux de manière

qur, non sculcintnt ils résistent aux rigueurs de pareils climats, mais ils y pullulent en nombre invraisemblable.

On constate, là aussi, de quelle merveilleuse élasticité Dieu a doté l'organisme humain. Par l'accoutumance le corps en arrive à acquérir une sorte d'insensibilité pour ce froid, dont on ne peut se faire, ailleurs, aucune idée. Vêtus légèrement, les sauvages, nés dans ces contrées, supportent, sans en être fort incommodés, des froids de trente, quarante et même cinquante degrés centigrades.

A l'exception des Esquimaux, qui, sur les rivages de la mer Arctique, se construisent des maisons de neige, les autres sauvages, durant ces rudes hivers, habitent dans des huttes de feuillage, ou sous des tentes que soutiennent quelques pieux fixés au sol. Une large ouverture est réservée, en haut, pour le passage de la fumée.

Dans ces demeures rudimentaires, la bise glacée entre comme chez elle. Les indigènes y allument du feu, c'est vrai ; mais, dans ces conditions, et quand la température est si basse, le rayonnement du foyer ne s'étend guère. Il faut être tout près pour en sentir l'influence : alors, on grille d'un côté, et l'on gèle de l'autre.

Par un phénomène des plus curieux, à ces hautes latitudes, tout être vivant se transforme en machine électrique, source inépuisable d'étincelles crépitantes. Il s'en dégage, par simple contact, des animaux à fourrures, des bêtes à laine, des couvertures faites avec leurs dépouilles, et même de la ehe\'elm-e et de la barbe, quand on y passe la main.

— Le soir, au moment du repos, écrivait l'un des premiers compagnons du P. Grollier, nous ne pouvons nous envelopper dans nos robes de peau de caribou, d'orignal, ou de marmotte, ni seulement nous glisser dans une couverture, sans qu'il en jaillisse un véritable feu d'artifice. Et cela se reproduit, à toute heure du jour et de la nuit, dans une foule de circonstances. Dès qu'on touche un objet de ce genre, il s'illumine ou pétille. La soie, k' (hnct. les plumes s'attachent à nos doigts, comme s'ils étaient enduits de glu ; les copeaux d'une planche que nous rabotons, se collent à cet instrument ; la feuille de papier sur laquelle on a effacé avec la gomme quelques lignes tracées au crayon, se précipite sur la main qui se présente à elle... Et que d'autres singularités !... Un coup de fusil tiré près de vous, ne fait pas plus de bruit qu'un casse-noisette, dont vous vous serviriez à table. Mais, par contre, vous percevez le craquement de la neige gelée, sous les racpiettes de quelques hommes marchant à huit ou dix kilomètres au loin ; vous distinguez le tintement des grelots de leurs chiens ; le claquement des fouets ; les conversations même. Vous pensez qu'ils sont tout proches, et qu'ils arriveront bientôt.

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Détrompez-vous ! les heures s'écouleront, avant que vous puissiez les voir de vos yeux, aussi clairement que vous les entendez de vos oreilles ! Quel étrange pays !... Pays de mystères et de merveilles !...

Merveilles, en effet ! Elles abondent. Quand les aurores boréales s'évanouissent, c'est la lune qui se montre. Durant l'hiver, elle reste des semaines ou des mois au-dessus de l'horizon, et, ne se couchant plus, transforme en jours les longues nuits du solstice.

Bien plus, souvent elle se multiplie, par le phénomène si curieux des parasélènes, ou lunes secondaires. Elles apparaissent dans les brouillards transparents qui retombent en millions de petits cristaux de glace, prismes minuscules, à travers lesquels se décompose la lumière.

Autour de notre satellite se dessine un immense cercle coloré, accompagné bientôt de plusieurs autres qui touchent celui-ci en divers points. Puis, avix extrémités de ses diamètres, se coupant à angles droits, des clartés se montrent. D'abord pâles, elles s'accentuent, grandissent, et reproduisent, enfin, l'image de l'astre lui-même, en projetant des rayons vers lui.

Il y a ainsi, dans le ciel, plusieurs lunes. Le même phénomène, pendant les jours froids, fait apparaître plusieurs soleils, aux yeux ravis du spectateur.

Halos, parhélies, couronnes colorées, colonnes lumineuses, parasélènes, aurores boréales aux formes multiples, etc., ne sont guère, sous d'autres climats, que des exceptions. Au contraire, presque quotidiens dans le voisinage du pôle, ils y acquièrent une intensité surprenante.

Si, dans ces contrées désolées, le paysage est morne, le firmament brille d'un éclat inconnu, ailleurs.

Dieu semble avoir voulu, par les splendeurs du ciel, y compenser les tristesses de la terre.

§ 4 Good Jiope. — J^otre-Dame de Bonne-Espérance.

Construit, d'abord, in\ peu au delà du cercle polaire, sous 67028' de latitude, le fort Good Hope, détruit par une inondation, fut reporté un peu en deçà, par 66o20\ sur l'île Manitou. Une seconde fois, les eaux du Mackenzie le renversèrent, en 1836, et la Compagnie, pour le mettre complètement à l'abri de telles catastrophes, crut préférable de le réédifier sur la terre ferme, en face de cette même île. C'est là qu'il se trouvait, lorsque le P. Grollier y arriva, le 31 août 1859.

Suivant son habitude, bien digne d'un Oblat de Marie Immaculée, il s'empressa de consacrer à sa céleste Mère cette Mission qu'il venait fonder si loin de tout pays civilisé.

Le nom anglais, Good Hope, lui suggéra le vocable à choisir. Il l'appela donc Notre-Dame de Bonne-Espérance. Ce titre n'exprimait-il pas exactement le motif qui lui avait fait entreprendre un si long voyage : le désir ardent de conquérir à Jésus-Christ ces régions jusqu'aux rivages de la mer Glaciale ? Les commerçants, fondateurs de ce poste si reculé, l'avaient nommé Good Hope, dans l'espoir d'y trouver la fortune. A son tour, le Missionnaire l'appelait Notre-Dame de Bonne-Espérance, dans l'espoir de procurer à une foule d'âmes la lumière éternelle, dont l'Immaculée Vierge est la Mère : /Eterni Luminis Mater.

— Me voici, écrivait -il, m média inimicorum. Cousin de l'archidiacre, le chef du poste est un de ceux qui ont signé le plus volontiers la supplique demandant d'écarter, à tout jamais, du district du Mackenzie, les prêtres catholiques. Mais, par ordre du Gouv^'rneur général, il doit me donner l'hospitalité et m'entourcr de prévenances. Il s'acquitte de ce double devoir en homme obligé d'obéir. Pourtant, je l'avoue, il est très correct, extérieurement, du moins ; et. par fierté britannique, autant que par nécessité, il tâche de ne rien laisser paraître de son mécontentement.

Très mortifié, le P. Grollier vivait pauvrement, mais se dépensait sans compter. Dieu voulut, plusieurs fois, en intervenant, récompenser son dévouement et féconder son zèle. Des faits inystérieux, qu'on ne pouvait confondre avec de simples coïncidences, impressionnèrent profondément les sauvages, et donnèrent une singulière puissance à sa parole.

Un des principaux parmi les Loucheux, après avoir paru se convertir, voyant qu'il n'obtenait point, par cet acte, les avantages matériels qu'il en attendait, résolut de se venger. Il ordonna donc, à tous ceux qui dépendaient de lui, de travailler, le dimanche, comme les autres jours.

— Quant à moi, s'écria-t-il, en colère, je n'irai plus voir la Robe noire, à moins qu'on ne m'y traîne par force. ]Mais qui donc pourrait m'y traîner, moi, le plus robuste de vous tous, et votre maître ?...

Peu de jours après, à la chasse, il glissa sur un arbre abattu et n'ayant plus à la place des branches que des tronçons taillés en biseau. Ces arêtes aiguës lui déchirèrent les jambes, et s'enfoncèrent dans sa poitrine. Ses compagnons se précipitèrent pour lui porter secours, et, quand ils eurent pansé sommairement ses larges blessures d'où le sang jaillissait à flots, le traînèrent jusqu'au P. GrolHer.

De longtemps, l'infirme ne put marcher, et il resta estropié jusqu'à sa mort.

— Pendant son interminable convalescence, je lui ai parlé à mon

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aise des justices de Dieu, écrivait le Missionnaire. La leçon était dure, mais il l'a comprise. Il m'a fait, pour l'avenir, mille ]:)romesses autrement sincères que les précédentes.

Un sauvage avait consenti à renvoyer l'ime de ses deux femmes ; puis, il le regretta ; mais celle-ci, décidée à s'amender, s'enfuit très loin, pour se soustraire à ses poursuites. L'ex-bigame, au comble de la fureur, proféra de terribles menaces contre le prêtre, qu'il accusait d'être la cause de ses déboires.

Quelques semaines après, la main de Dieu s'appesantissait sur lui. Son fils aîné, le seul capable de soutenir sa famille, disparaissait, sans qu'on ait jamais pu savoir ce qu'il était devenu.

Inconsolable, l'infortuné vint se jeter aux pieds du ministre du pardon, et confessa ses crimes, avec les marques les plus évidentes d'un réel repentir.

— C'est, maintenant, l'un de mes meilleurs chrétiens, écrivait le P. Grollier. tant il a été sensible à la perte de ce fils chéri.

Nous avons eu déjà l'occasion, en effet, de le remarquer. Avant leur conversion, beaucoup de sauvages du Nord-Ouest avaient l'odieuse habitude d'étouffer la plupart des petites filles, à leur naissance. Ces innocentes créatures ne comptaient pas, à leurs yeux. Seuls, les garçons avaient droit à l'existence, car ils devaient être, un jour, des chasseurs. En détruisant ces coutumes abominables, le catholicisme fut, une fois de plus, pour la femme, un principe de vie et de régénération sociale.

Les sauvagesses elles-mêmes partageaient cette aberration.

— Comment as-tu eu le triste courage de tuer le fruit de tes entrailles? disait le Missionnaire à une mère coupable d'infanticide.

— Oh ! répondit-elle, très étonnée du reproche, et en manière d'excuse ; ce n'était pas un garçon ; ce n'était tju'une petite fille !... Quelle faute y a-t-il ?...

Dans leurs maladies, les sauvages se hâtaient de recourir aux sorciers, jongleurs, ou « faiseurs de médecines ». Le P. Grollier le levir défendit. Quelques-uns, cependant, ne voulurent pas renoncer à ces pratiques superstitieuses. Or, à partir du jour où la défense fut promulguée, presque tous ceux qui s'adressèrent aux jongleurs, moururent rapidement, même ceux qui paraissaient n'avoir que de légères indispositions.

Plusieurs sorciers aussi succombèrent aux atteintes d'un mal mystérieux. L'un d'eux, par exemple, après avoir accompli ses rites diaboliques, sentit une douleur à la main, qui s'enfla aussitôt. L'enflure se propagea vite dans tout le corps. Quatre jours après, il n'était ])lus de ce monde.

Un autre vit son fusil lui éclater sous le visage, perdit plusieurs doigts, et demeura infirme.

En présence d'une foule de faits de ce genre, les sauvages comprirent que la meilleure « médecine » était celle de Dieu.

— Ne vois-tu pas que ton fils est de plus en plus souffrant, disait une sauvagesse à une autre qui s'adressait à un jongleur. Le mien aussi me donnait beaucoup d'inquiétude ; mais, trois soirs de suite, j'ai récité le chapelet pour lui, et, le quatrième jour, il a été complètement guéri.

— Nous prions presque constamment pour notre malade, disait un sauvage. Quand nous sommes fatigués, nous plaçons sous sa tête le livre de la prière, et ses douleurs s'apaisent. Elles recommencent, au contraire, si nous le retirons.

— Ton petit enfant est bien sage, disait, un jour, le P. Grollier à une sauvagesse. Je ne le vois jamais pleurer.

— Ce n'est pas étonnant, répondit-elle. Tu l'as baptisé si jeune ! tu l'as fait si bon, qu'il ne pleure plus !

D'autres affirmaient que leurs nourrissons, longtemps malades avant la réception du baptême, avaient été subitement guéris par l'onde régénératrice.

— Ces traits vous prouvent, écrivait le P. Grollier àMgr de Mazenod, que Dieu n'abandonne pas vos Oblats, et que, même dans ces contrées si reculées, ils peuvent s'appliquer les paroles de nos Saints Livres : Dominus a dextris mets. Oui ! le Seigneur est avec nous. Ses desseins de miséricorde se révèlent, de plus en plus, en faveur de ces pauvres peuplades de l'Extrême Nord. Ainsi Dieu a partout ses élus. Cette première moisson sera, je l'espère, le précieux levain qui fera, un jour, fermenter toute la masse.

Parfois, le P. Grollier montrait à ses chrétiens le portrait du Vénéré Fondateur, en leur disant :

— Voici celui qui a eu la charité de vous envoyer ses fils, pour vous enseigner la praticpie de la vertu et le chemin du ciel.

— Oh ! s'écriaient-ils, alors. Écris-lui, de notre part, pour le remercier et le supplier d'en envoyer d'autres, afin que les infortunés qui n'ont pas eu le même bonheur que nous, reçoivent, à leur tour, les messagers du Grand Esprit.

Au mois de mai 1861, le P. Grollier pouvait écrire ces lignes au Supérieur général :

— Tous nos sauvages veulent, maintenant, appartenir à notre

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sainte religion. Ce n'est pas à dire que tous en observent les commandements, comme ils le devraient. Hélas ! le cœur humain est partout le même, avec ses passions et ses inconséquences. La lutte entre l'esprit et la chair se retrouve, ici comme ailleurs, et plus encore peut-être. Mais, du moins, il y a une différence essentielle entre les sauvages de nos missions et les habitants des contrées qui se flattent d'être civilisées : c'est qu'il n'y a pas ici de ces petits et ridicules philosophes qui dédaignent la religion, comme indigne de leur raison superbe, et qui ne se soucient pas, au dernier instant, de rentrer en grâce avec Dieu. Nos gens, tout sauvages qu'on les appelle, n'en sont pas descendus à ce degré d'orgueilleuse folie. Quelques-uns, je n'en disconviens pas, continuent à mal vivre, et n'ont pas le courage de briser les liens qui les attachent au vice ; mais, même au milieu de leurs plus grands égarements, ils respectent la religion. Nul ne la croit inutile, et, si la mort les guette, ils s'empressent de réclamer le prêtre, soit pour lui demander le baptême, ou, s'ils l'ont déjà reçu, pour lui faire une confession, où ils se gardent bien de cacher aucvnie faute. Bien plus, sont-ils trop loin pour que le prêtre ait le temps d'arriver, ils ne craignent pas de s'imposer les plus douloureuses pénitences pour suppléer au sacrement.

Voici, à ce propos, un fait des plus curieux.

Un jeune homme, sur le point de mourir, se désolait à la pensée qu'il était trop éloigné de la mission, pour y être transporté. Il n'avait auprès de lui que sa vieille mère et un frère aveugle. L'un et l'autre n'ayant jamais encore rencontré le prêtre, ignoraient la formule de l'ondoiement.

— Ah ! s'écria le moribond en s'adressant à son frère, je n'ai plus que peu d'instants à vivre, et l'on ne peut aller au ciel sans être baptisé. Oh ! comme je voudrais l'être !... Mais tu ne sais pas, toi, comment on baptise. Dieu, cependant, voit mon désir, et il aura pitié de moi, j'espère. Mais, afin qu'il me pardonne mes péchés, rends-moi un service, je te prie. La maladie me cause beaucoup de souffrances, mais ce n'est pas assez. Prends le fouet, et frappe sur moi, tant que tu pourras.

L'aveugle aimait bien son frère, et il eût voulu lui éviter la moindre douleur. Mais aussi, comment ne pas lui ouvrir les portes du ciel, si cela était en son pouvoir ?

Il s'arma donc du fouet, et, l'amour fraternel centuplant ses forces, il administra à l'agonisant le plus formidable baptême de pénitence qu'on puisse imaginer.

— Ce sera, pensait -il, le baptême du sang.

Lui-même, plus tard, raconta la chose au prêtre émerveillé.

— Requiescat in pace ! répondit le Père tout ému.

Mission de Sainte-Thérèse au fort JNorman.

Près de l'endroit où le déversoir du Grand Lac des Ours se jette dans le Mackenzic, se ti'ouve le fort Norman. En allant, pour la première fois, à Good Hope, le P. Grollier salua ce poste, au passage, mais sans pouvoir s'y arrêter plus d'un jour. Il y baptisa, néanmoins, une dizaine d'enfants et le confia à la protection de la séraphique sainte Thérèse, dans l'espérance d'y fonder bientôt une mission.

miu.*

Enchevêtrement de blocs de glace, à lépociue de la débâcle, sur un affuent du Mackenzie. — La présence de la femme sauvage, accompagnée de sa fille, donne, par comparaison, une idée de la dimension des blocs. On voit, en outre, que, les rives étant déjà débarrassées, les blocs ne sont que dans le lit de la rivière ; mais la plupart sont cachés par la déclivité du terrain, la berge étant, en cet endroit, très élevée.

Durant l'été de 1860. il vint y demeurer deux mois, du 5 luin au 30 juillet.

En débarquant, après un voyage de deux à trois cents kilomètres sur le fleuve, il constata douloureusement que le successeur de M. Hunter au fort Simpson, moins que lui retenu par les glaces, avait déjà pris possession du terrain. C'était un ex-maître d'école à la Ri\ière- Rouge, et un ex-palefrenier en Angleterre, auquel on avait promis la dignité et les gros émoluments d'archidiacre (cinq cents livres sterling, ou douze mille cinq cents francs), à la condition de réussir mieux ([ue son prédécesseur.

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Ce nouvel apôtre ne possédait pas grand talent ; mais le désir de s'enrichir le rendait capable de tout oser.

— Le prêtre catholique ne viendra pas, avait-il dit aux sauvages. Moi seul suis autorisé par le Gouverneur à prêcher. Du reste, les deux religions sont également bonnes. Profitez donc de ma présence, et laissezmoi vous baptiser.

Pour donner plus (rcfficaeité à sa pai-ole, il distribua largement du tabac à ceux qui prêtaient une oreille attentive à ses discours.

Comme l'on sut bientôt que ses prétendus convertis entraient dans sa secte, alléchés par l'espérance de pouvoir indéfiniment bourrer leurs pipes, les Anglais eux-mêmes, dégoûtés d'un pareil procédé, appelèrent ces étranges néophytes les tobacco-christians, ou « chrétiens pour du tabac ».

Beaucoup de sau\'ages du fort Norman, eei)endant, résistèrent à ces grossières sollicitations. Aidé de son vicaire et de son interprète (car il ne savait pas la langue du pays), il en traîna plusieurs dans le lieu de réunion, où de\'ait s'accomplir la cérémonie sacrilège, et les baptisa de force, sans prendre la peine de les instruire, ou d'exiger la pratique d'aucune vertu, même des plus essentielles.

— Inutile de nous baptiser, criaient plusieurs d'entre eux, jeunes gens aux mœurs légères. Nous ne sommes pas mariés, et nous n'avons pas l'intention de vivre plus régulièrement après ton baptême.

— Je ne vous demande pas cela. Laissez-moi vous baptiser, et vous aurez du tabac à volonté.

A ces faciles triomphes, il comptait bien ajouter de nouvelles conquêtes.

L'arrivée du P. Grollier déjoua ses calculs, en prouvant aux sauvages qu'on les avait trompés, quand on leur assurait qu'il ne viendrait pas. Indignés d'une telle duplicité, Peaux-de-Lièvres et Plats-Côtés-de- Chiens refusèrent d'écouter davantage le faux pasteur, dont l'influence, à partir de ce jour, diminua sensiblement.

— Si j'a^•ais voulu imiter sa précipitation, et conférer le baptême à tous ceux qui me le demandaient, écrivait le P. Grollier, j'aurais, à l'heure même, baptisé plusieurs centaines d'adultes. Mais nous n'allons pas si vite en besogne. Avant d'être admis au sacrement de la régénération, il faut bien connaître les vérités de notre religion sainte, changer de vie et promettre sérieusement de persévérer dans le droit chemin. Je me suis donc contenté de baptiser, d'abord, les petits enfants : ceux-là sont des anges. Lui a baptisé quinze gros démons.

Cette expression n'a rien d'exagéré. Parmi les néo-convertis du ministre, ou tabacco-christians, gaillards prêts à vendre leur âme pour

un paquet de tabac, s'en trouvait un que l'on désiiriiait par le terme caractéristique de Vieux mangeur (Vhomnics. tant il en axait tué et dévoré, durant sa longue existence.

Pour une dose de tabac supplémentaire, ce farouche cannibale avait voulu faire baptiser son dernier-né ; mais son intrépide femme, qui attendait le prêtre catholique, montra une telle vigueur fpi'il fut impossible de lui arracher son enfant. Dans les secrets desseins de Dieu, ce petit ange devait être l'instrument de la conversion du vieil anthropophage.

Dès l'arrivée du Missionnaire, le ministre s'était efforcé, en vain, de faire partir ses tobacco-christians, craignant pour leur persévérance dans sa secte, lorsque les paroles du véritable messager de Dieu auraient retenti à leurs oreilles. Ses prévisions étaient justes, car la plupart ne tardèrent pas à être ébranlés.

— C'est par ignorance, disaient-ils au P. GroUier, que nous nous sommes laissé baptiser. Nous nous repentons de notre faute. Admetsnous à ta prière : nous savons, maintenant, qu'elle est la seule bonne.

Pour les éprouver, le Père ne s'empressa pas d'acquiescer à leur requête.

— Je ne vous recherche pas, répondit-il froidement. Si votre demande est sincère, je ne refuse pas de vous pardonner, quand vous aurez réparé ce scandale ; mais, si elle ne l'est pas, restez avec le ministre.

— Non, non ! Nous vovilons la vraie prière !... la vraie !... ■ — Mais je n'ai pas de tabac à vous donner.

— Tu donnes bien davantage, toi ! tu donnes le ciel !

Le désarroi jeté dans son troupeau affligeait d'autant plus l'archidiacre, que, sur ces entrefaites, il dut quitter momentanément la place, pour aller, jusqu'au lac des Esclaves, à la rencontre de sa femme et de ses enfants qui lui arrivaient de la Rivière-Rouge.

Que voulez-vous ? Pour être prédicant, on n'en est pas moins marié ! On se doit donc aussi à sa chère moitié, et à sa progéniture. Les âmes \'iennent après. Saint Paul ne l'a-t-il pas déclaré ? Qui sine uxore est, sollicitus est quœ Domini sunt, quomodo placent Deo. Qui autem cum uxore est, sollicitus est quœ sunt mundi, quomodn placeat uxori, et divisus est. (I Cor., VII, 32-33.)

Un des plus obstinés était le vieux Mangeur tl'honunes. Toutes les tentatives furent inutiles : mais sa femme déploya tant de bonne volonté pour s'instruire, et tant de zèle pour communiquer aux autres la vérité,

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qu'elle mérita d'être, une des premières, admise à la grâce du baptême.

Voyant solidement assis les fondements de la mission de Sainte- Thérèse, le P. Grollier alla faire un court séjour au fort Simpson, où il eut la consolation de rencontrer le P. Gascon, son confrère.

Trois semaines après, il débarquait, pour la seconde fois, au fort Norman.

Sur le rivage, tous les sauvages étaient réunis pour le recevoir. L'un surtout, plus empressé que les autres, s'était avancé dans l'eau, tant qu'il avait pu, afin d'être le premier à toucher la main du Missionnaire.

Quel ne fut pas l'étonnement du P. Grollier, en reconnaissant en lui le vieux Mangeur d'hommes, le visage radieux, comme s'il avait une excellente nouvelle à lui annoncer.

— Je suis à toi, s'écria-t-il, en lui saisissant la main avec transport. Je ne fais plus cas de la prière de l'anglais, et je me moque de son tabac. Donne-moi une croix, afin que je la place sur ma poitrine. Elle y restera sans cesse, et attestera publiquement que je t'appartiens, désormais.

Surpris au delà de toute expression, le bon P. Grollier n'en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles. La joie, cependant, envahissait son âme, et il se demandait quelle était la cause d'un changement si inespéré.

— Viens dans ma loge, reprit le vieux prodigue : viens, et tu verras. De plus en plus étonné, le P. Grollier le suivit. A peine fut-il entré,

que la mère fit mettre à genoux son petit enfant de quatre ans, afin qu'il récitât le N outra yaké Shinday (Notre Père qui êtes aux cieux) et le Netta yenishidhet Mari (Je vous salue, Marie).

— Il s'en est tiré à merveille, écrivait le P. Grollier. Après l'avoir vu joindre avec tant de ferveur ses mains innocentes, et réciter si parfaitement ses prières, je n'ai pas eu besoin d'autre explication. Ce cher petit ange a obtenu de Dieu que son loup de père devînt agneau.

Sur les bords de l'Océan Glacial. — Scènes de cannibalisme.

Mission du Saint-'Nom-de-Marie.

A la fin de Tété, le P. Grollier s'avança à plusieurs centaines de kilomètres, au nord de Good Hope, dans le but de porter l'Évangile jusqu'aux extrêmes confins de la terre habitée.

Arrivé au delta du Mackenzie, il pénétra dans la large rivière Peel, le dernier de ses affluents, à gauche, dont les nombreux bras s'enchevêtrent tellement avec ceux du grand fleuve, que le coin-ant y éprouve des va-etvient continuels. Le tout forme un ensemble de chenaux presque inextri-

cable, enserrant une multitude d'îles et d'îlots, qui se succèdent jusqu'à l'Océan Glacial,

Sur la rivière Peel, entre le soixante-septième et le soixante-huitième degrés de latitude, et bien au delà du cercle polaire, se trouve le fort Mac Pherson, dans les environs duquel Esquimaux et Loucheux, toujours en guerre, se livraient des combats fréquents.

Par ses prédications, le vaillant Missionnaire réussit à calmer leurs esprits ulcérés. Le 14 septembre 1860, fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, tous les sauvages ayant assisté à la Messe, les deux chefs s'approchèrent de l'autel, pour se réconcilier publiquement. Ils joignirent leurs mains dans celles du prêtre.

— Quelle n'était pas ma joie ! écrivait le fervent Oblat. La croix était le trait d'union entre moi, enfant de la Méditerranée, et les habitants des plages glacées de la mer polaire. La croix avait franchi cette distance immense. Elle dominait a mari usque ad mare. iVussi. ayant donné au chef des Esquimaux, en souvenir de ce beau jour, une grande image du Sauveur crucifié, j'écrivis au bas ces mots de la prophétie qui s'accomplissait à cette heure : Viderunt omnes termini terrœ salutare Dei nostri... Les nouveaux convertis ont emporté avec eux des croix, qui sont devenues vm objet d'ambition pour tous. Les habitants des plages les plus reculées se sont défaits de ce qu'ils avaient de plus cher, pour les obtenir de ceux qui, plus heureux, avaient vu le prêtre. Maintenant donc, la croix se trouve tout le long de la mer Glaciale. Je ne doute pas qu'elle soit parvenue, à l'ouest, jusqu'au détroit de Bering, et jusqu'à l'Alaska, à travers les forêts de l'Amérique russe. Si Dieu me prête vie, je me propose d'aller bientôt moi-même au Yukon.

A son retour, plusieurs de ses néophytes l'accompagnèrent jusqu'à Good Hoye, dans leurs barques légères en peau de baleine. Pour la première fois, un apôtre employait ce mode curieux de locomotion.

Parmi ces convertis, plus d'un a^•ait mangé de la chair humaine.

— Que de larmes a versées devant moi une sauvagesse, toutes les fois qu'elle m'a raconté sa lugubre histoire, écrivait encore le P. Grollier. Cette femme a été anthropophage. Elle a aidé elle-même à tuer les victimes destinées à ces affreux repas ! Elle-même a dépecé, de ses mains, les membres sanglants, et les a fait cuire. La horde de sauvages à laquelle aj^partenait sa famille, ayant manqué de vivres, une partie de l'hiver, faisait la guerre à l'homme, pour avoir de la chair fraîche. Avec ses parents, elle avait massacré et dévoré ceux qui furent impuissants à résister aux coups. Et c'est cette mégère que la grâce de Dieu a étonnamment transformée !... Rarement j'ai vu, dans une sauvagesse, autant d'amour pour

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notre religion. J'en suis stupéfait, en songeant à ce qu'elle fut !... Oh ! ineffable puissance de la Croix !... Et cette criminelle est sérieusement convertie ! Je ne puis en doviter ! Quel zèle pour communiquer aux autres le don du ciel qu'elle a reçu !... Elle veut être apôtre !... En répandant sur son front l'onde régénératrice, je l'ai appelée Madeleine. Comme de cette illustre pénitente, son homonyme, il sera vrai de dire d'elle : Beaucoup de péchés lui sont pardonnes, parce (pi'elle a beaucouji aime !

Cette mission du fort Mac Pherson, sur la rivière Peel, fut dédiée au Saint-Nom-de-Marie. Le P. Grollier y retourna, l'année suivante, pour confirmer le bien déjà si heureusement commencé. Peu après, le P. Séguin y vint aussi, et poussa même ses excursions apostoliques jusqu'au fort Yukon.

Campement de sauvages dans la neige.

Quelques menues branches sur le sol glacé servent de lit.

En arrière, le traîneau et les chiens.

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