PLATTSBURG
communauté de la Congrégation. Ils s'engageaient, en retour, à contribuer, selon leurs moyens, à la construction d'une église et d'un presbytère.
§ 3 Création de la paroisse.
Quoique ces promesses fussent des paroles plus que des réalités, car ces gens étaient, alors, bien pauvres, on accéda à leur désir, et le P. Bernard fut désigné pour présider à cette nouvelle entreprise.
Plattsbuig. — Église et maison des Pères.
— Un plan d'église à la main, et neuf piastres dans la poche, écrivait-il plaisamment, dix ans plus tard, je quittai Montréal, seul et avec un très léger bagage. L'accueil fut magnifique : il tenait de l'enthousiasme. Au reste, nous étions déjà de vieilles connaissances de trois mois. Au milieu de la semaine, arriva mon compagnon, le P. Sallaz, justement surnommé le Bon, tant à cause de sa grande douceur que de son sang-froid imperturbable.
Déjà les paroissiens avaient acheté un terrain, simple prairie absolument nue. A l'exemple des Oblats qui eux-mêmes s'armèrent de la bêche, tous se mirent à creuser les fondations ; puis, on bâtit. Les murs
sortaient de terre, cjuand les rigueurs de Thiver interrompirent les travaux de maçonnerie. Mais on ne resta point, pour cela, inaetif. Sur la neige congelée, on traça des chemins pour le transport des matériaux. Du matin au soir, des files de traîneaux, pesamment chargés, les parcouraient, et déversaient en tas les pierres, les briques, le bois, le plâtre et la chaux.
Au printemps de 1854, les ouvriers reprirent la truelle, et, un an après, l'église, de style ogival et aux vastes proportions, sur le modèle de celle de Montréal, était terminée. Le 29 juin, solennité de Saint-Pierre, auquel on la dédia, elle fut bénite par Mgr Guignes, en présence d'une nombreuse affluence, dans laquelle se pressaient, outre les habitants de Plattsburg, sept à huit mille personnes des environs.
D'un côté de l'église, surgit le presbytère, édifice en briques, à deux étages, long d'une vingtaine de mètres, et large de quinze ; de l'autre côté, on construisit une école, qui, sous la direction des Sœurs Grises, se peupla d'une riante jeunesse.
On constata bientôt, dans la population, ime sensible amélioration morale. Non seulement le fruit de la mission précédente se maintenait, mais il se fortifiait et s'étendait.
Les points de la discipline ecclésiastique les plus négligés jusqu'alors, avaient été le chômage des fêtes d'obligation et l'abstinence d'aliments gras, les jours maigres. Par une suggestion diabolique, les Américains protestants, plus sectaires là qu'ailleurs, tourmentaient sans cesse, sous ce rapport, les catholiques cjui dépendaient d'eux, et leur imposaient la cruelle alternative, ou de manger de la viande, ou de se contenter de pain sec. L'usage des boissons enivrantes aussi avait produit d'effroyables ravages. Les Pères attaquèrent de front ces abus (jui. peu à peu. disparurent presque entièrement.
Très impressionnante fut, dans la nouvelle église, la première communion de cent cinquante enfants ; plus imposante encore peut-être, la cérémonie au cours de laquelle cinq cents personnes, dont beaucoup d'un âge avancé, reçurent la confirmation de Mgr Mac-Closkey, évêque d'Albany, plus tard cardinal archevêque de New- York.
Des familles dispersées à de grandes distances, apprenant qu'à
Plattsburg, on pouvait, comme elles disaient, faire sa religion, plièrent
leur tente, pour venir s'y installer à demeure. Ainsi la ville s'accrut.
Les Irlandais y étaient nombreux, et les Pères s'occupèrent d'eux
aussi avec dévouement.
Mais ils ne bornèrent pas leur sollicitude aux habitants de la cité. Ils cherchèrent les brebis disséminées jusqu'à vingt lieues à la ronde, afin de leur dispenser les secours spirituels. Les hérétiques de diverses sectes