PLATTSBURG
n'échappèrent pas, non plus, à leur salutaire influence, et plusieurs rentrèrent dans la véritable Église.
§ ^ J^edford et Dannemora.
Une trentaine de kilomètres à l'ouest de Plattsburg, sur la montagne, on comptait, dans la localité de Redford, près de quinze cents catholiques, très abandonnés auparavant. Les Pères, afin de les évangéliser, commencèrent par s'y rendre régulièrement, d'abord une fois par mois, puis à des intervalles plus rapprochés, quoiqu'ils fussent encore trop pauvres pour avoir cheval et voiture.
A chaque apparition, ils séjournaient plusieurs jours, et célébraient la Messe dans des maisons privées, où ils réunissaient les fidèles. Ils ne tardèrent pas à leur bâtir une jolie église en pierre, sous le vocable de Notre-Dame de l'Assomption. Le mérite en revient principalement au P. Sallaz, digne confrère du P. Bernard, et non moins habile. Il dota l'édifice d'une belle cloche, au son de laquelle Canadiens et Irlandais se hâtaient d'accourir.
Dans la montagne aussi, mais plus au nord, le P. Sallaz construisit une troisième église en pierre, à Dannemora, pour les fidèles des deux langues.
Désormais groupés, les catholiques de ces régions abruptes acquirent conscience d'eux-mêmes. Ils étaient fiers de leurs églises et de leurs fêtes qui émerveillaient les protestants.
— Plusieurs personnes m'ont affirmé, écrivait le P. Vandenberghe, visiteur de ces contrées, en 1866, que, sans les Oblats, probablement tous ces districts auraient été envahis par l'hérésie. Bien des motifs portent à croire que cette assertion est juste.
Incontestablement aussi le dévouement extraordinaire des Pères impressionna vivement les Américains, qui conçurent pour eux une véritable vénération. L'influence des ministres de l'Évangile y gagna, et s'exerça d'autant plus fructueusement pour la cause de Dieu et le salut des âmes.
§ 5 Burlington.
Pendant que les Oblats se dépensaient avec tant de zèle et de succès à l'occident du lac Champlain, Mgr de Goësbriand, évêque de Burlington, sur la rive orientale, les pria avec instance de se fixer dans sa ville épiscopale, pour, de là, rayonner jusqu'aux limites de son diocèse.
Cédant à ces invitations réitérées, les Oblats y formèrent inie résidence, au mois d'octobre 1854. Ils étendirent ainsi leur apostolat, de l'État de New- York à celui de Vermont.
Partout les fidèles les accueillirent avec enthousiasme comme les envoyés de Dieu, et Mgr de Goësbriand écrivait au saint Fondatevn-, le 10 novembre 1856 :
■ — Vous seriez légitimement fier, si ^'()us pouviez voir, de vos yeux, le bien que vos enfants ont accompli chez moi. Grâce à leurs soins, tout le diocèse a changé de face. Mes prêtres les aiment, les estiment et se confessent à eux.
Du Vermont les Pères s'avancèrent vers le sud-est, jusqu'à l'extrémité de l'État de Massachusetts. Leur nombre ayant augmenté, ils furent à même de fonder, quelques années après, dans l'importante ville de Lowell, au diocèse de Boston, divers établissements qui devinrent rapidement très prospères, comme nous aurons à le raconter, plus tard.
Qu'il nous suffise, dans ce chapitre, pour ne pas anticiper sur les événements, de rapporter, au sujet de leur action féconde dans les Etats- Unis de l'est, le témoignage d'un écrivain, parfaitement au courant de l'histoire religieuse de ces contrées, et d'une compétence spéciale :
« Quand l'émigration commença, dit-il. les Oblats s'empressèrent de voler au secours des Canadiens-français, multipliant les missions, exhortant partout les émigrés à se constituer, avi plus vite, en paroisses, et à bâtir des églises et des écoles, pour conserver leur religion et leur nationalité.
« Le mérite des Pères Oblats est d'autant plus grand que. durant de longues années, ils furent les seuls Missionnaires employés à cette œuvre patriotique et religieuse. Ils portèrent vaillamment le poids du jour et de la chaleur. Dans toute la Nouvelle-Angleterre, il est bien peu de centres canadiens, si même il y en a un seul, où la voix de ces apôtres zélés ne se soit fait entendre.
« Énergiquement ils ont travaillé à ranimer la foi endormie dans le cœur des émigrés, et les ont aidés, avec vm dévouement héroïque, à garder fidèlement la religion, la langue et les mœurs de leurs ancêtres (1). »
(1) PL Ilainon, S. J. Les Canadiens-français de la Nouvelle- Angleterre, in-8°, Québec, 1891, p. 367 sq.