‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphères (volume 5)Chapitre 73 sur 83 · DURBAN · texte numérisé non relu

DURBAN

Christ vous appelle : CJl^avez-^-ous à craindre ? De pécher, si vous n'obéissez pas sans le moindre délai. Partez donc, aussitôt ma lettre reçue. Votre Mission souffre. On me presse, à Rome : tout retard vous est imputable...

Pour décider le P. Allard, il n'avait fallu rien moins que l'intervention personnelle du Pape. Ainsi ce modèle d'obéissance dans les plus menus détails, celui qvi'on accusait (et parfois non sans motif, ce semble) d'être trop méticuleux, trop rigide, trop sévère, trojj peu indulgent pour ceux qui tardaient un peu à conformer leur volonté aux simples désirs des Supérieurs, avait, cette fois, dans une circonstance si grave, multiplié ses efforts pour écarter de lui une obédience... Mais c'était pour l'épiscopat, et, sur ce point spécial, beaucoup de saints lui ont donné l'exemple. On ne saurait donc trop l'incriminer.

Comme eux, il reconnut la volonté de Dieu dans celle de ses représentants. Il courba le front, et. comptant sur le secours du Ciel, s'embarqua pour l'Europe.

Le dimanche, 13 juillet, il fut sacré, dans la cathédrale de Marseille, par Mgr de Mazenod, assisté de Mgr Guibert et de Mgr Wicart. Une foule immense de fidèles, un grand nombre de prêtres, les magistrats de la ville et du dépaj-tement, préfet en tête, assistaient à l'imposante cérémonie.

Premiers travaux. Le P. Sabon.

Après un voyage en Angleterre et un séjour de quelques semaines à Londres, pour y régler, auprès des autorités britanniques, les affaires de sa Mission, Mgr Allard, accompagné de plusieurs Pères et Frères Oblats, partit de Marseille, le 13 novembre. Il arriva au Cap de Bonne-Espérance, le 19 janvier 1852, et à Port-Natal, le 15 mars. Cette traversée de quatre mois sembla très longue, et nul incident notable n'en interrompit la monotonie.

Dans l'hémisphère austral, le milieu de mars termine la saison de l'été. Au heu de voir, comme en France, à l'automne, les montagnes et les plaines commençant à se dépouiller de leur verdure, les voyageurs furent charmés de contempler de gracieuses collines et de riants coteaux aussi richement parés que les plus belles campagnes de Provence, au mois de juin.

Leur prise de possession de cette terre, dans laquelle ils venaient jeter la semence évangéhque, fut sans démonstration aucune. Ils gagnèrent le rivage en canot, louèrent une modeste maison, et improvisèrent un oratoire dans une des salles.

Fondée en 1835, sur le bord de Port-Natal, la ville de Durban, ainsi

nommée en l'honneur de Sir Benjamin d'Urban, alors gouverneur de la colonie du Cap, n'avait, en 1852, que deux mille habitants. En cherchant bien, les Pères n'y découvrirent qu'une centaine de catholiques : colons, émigrants et soldats de la garnison. Siu- ce chiffre, ime vingtaine seulement parlaient un peu le français.

Dans leur chapelle provisoire ils donnèrent, en anglais, pendant deux semaines, les exercices d'une mission. Les fidèles montrèrent de l'empressement à s'y rendre. Quelques-uns s'approchèrent des sacrements, et d'autres s'y disposèrent.

Tous conçurent le désir de posséder une église convenable, car ils se sentaient humiliés, en face des protestants, dont chaque secte avait son lieu de réunion. Une souscription fut ouverte, mais ne produisit, d'abord, qu'un faible résultat, à cause de la pauvreté de la plupart. Mgr Allard y ajouta mille francs, promettant de doubler cette somme, l'année suivante. En outre, il obtint du gouverneur un terrain pour le futur édifice.

Chargé spécialement de cette œu^TC, le P. Sabon institua un comité de dames pour la décoration de l'autel, l'exécution des chants religieux durant les offices, et la quête à domicile chez les habitants, sans distinction d'opinions. Repoussées par les uns, elles furent bien accueillies par d'autres, et reçurent des cotisations, même de l'île Bourbon et de l'île Maurice.

Grâce à ces divers secours, on crut, au mois de mars 1853, pouvoir jeter les fondements.

Plusieurs protestants de l'endroit, particulièrement hostiles, se plaignirent, alors, hautement que le gouvernevir eût donné un terrain, pour ce qu'ils appelaient avec mépris une citadelle du papisme. Les journaux publièrent des articles violents, allant jusqu'à affirmer que, pour des raisons d'intérêt général, la ville ne tarderait pas à en déposséder les catholiques. On resta sourd à leurs menaces, et l'on poussa les travaux avec tant d'activité, que la chapelle, terminée en deux mois, fut inaugurée solennellement, le 24 juillet.

Certes, ce n'était pas une basilique monumentale ; mais on n'en fut pas moins heureux et fier.

A cette première concession, le gouverneur en joignit une autre : celle d'un terrain pour le cimetière.

Malgré l'opposition des dissidents, le bien continua et se développa. Non seulement le P. Sabon affermit les catholiques dans la foi, mais il exerça son zèle auprès des hérétiques, et reçut plusieurs abjurations. En même temps, il évangélisait les marins de toute nation, qui abondaient à Durban.

Peu à peu le nombre de ses ouailles augmenta par l'effet de son

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