PREMIERE VISITE DE MGR DE MAZEXOD
ne comprenait la langue ! Mais cet étranger était un évêque catholique et un insigne bienfaiteur, car il était le Père de leurs Pères. Dès le premier instant, les cœurs avaient vibré, et avec quelle ardeur !
Le 4 juillet, Mgr de Mazenod bénit, à Manchester, la première pierre de l'église dont les 01)lats entreprenaient la construction, à Newton Heath. Cette cérémonie fut très solennelle et très touchante, au sein d'une population hér-étique. Sans distinction de parti, les journaux en publièrent des récits très intéressants.
Il revint à Maryvale pour une ordination. Imposer les mains à ses scolastiques était toujours pour lui une joie bien douce.
Une consolation non moins sensible fut aussi celle de baptiser plusieurs adultes ramenés à la vraie foi. Il eut ce bonheur à Aldenham et dans la plupart des localités évangélisées par nos Pères.
Par ce voyage il raflermit les œuvres déjà existantes, et prépara de futures fondations. En outre, ses paroles et ses exemples allumèrent de plus en plus, chez ses fils, un zèle inextinguible pour leur sanctification, le salut des âmes et la gloire de Dieu.
Le 27 juillet i85o, il s'embarquait à Douvres et rentrait en France.
Loiulics. - Les docks.
CIlAriTRK XII
Épreuve
§ 1 L<J malheureuse affaire J'Ashbourne.
Malgré les tâtonnements inévitables au début, lu Congrégation se développait merveilleusement en Angleterre. Elle avait déjà l'onde sept établissements, presque un par année. Fortifiant ses positions, resserrant ses cadres, augmentant le nombre de ses ouvriers évangéliques, elle s'apprêtait à combattre plus vivement Terreur et à répandre plus largement la lumière.
Les difficultés ne lui avaient pas manqué. Mais, destinée à accomplir le bien sur une plus vaste échelle, elle était réservée à une épreuve plus redoutable encore. C'est une loi générale : l'or s'épure dans le creuset, et les serviteurs de Dieu, dans la tribulation.
Jugeant pour quelque temps sa présence inutile dans les Iles Britanniques, le W Aubert avait repris, à Marseille, en iS/Jj et en 1848, ses fonctions de secrétaire.
Pendant son absence, le P. Daly. le premier par l'ancienneté, se trouva, vu les circonstances, comme le supérieur de la province naissante, (pioiqu'il n'en eût pas officiellement le titre. En correspondance suivie avec le P. Aubert et Mgr de Mazenod, il ne prenait aucune décision de quelque importance sans leur en référer et sans attendre leur avis, comme la Règle et ses vœux de religion lui en faisaient un devoir i-igom-eux.
Peu à peu. sous prétexte d'occupations absorbantes, ses lettres s'espacèrent, nonobstant les paternels reproches reçus à cet égard. Il s'habitua insensiblement à agii- par lui-nicme, d'abord dans les petites choses, puis dans les grandes, interpr«'lant trop l'acilcnicnt à sa guise 1.1 voloiiii'- présunn'-e de ses supéi-ieurs.
\ |ir'- un silence de plusieurs mois, il ciiivil à Mgr dr Ma/.cMnd. le i; a\ril iH/jM, ers lignes assez, l'-tranges :
— Je suis bien aise qu'une occasion me contraigne, en quelque sorte, à renouer notre correspondance trop longtemps interrompue. Depuis plusieurs jours, me voici lancé dans une affaire capitale pour la Congrégation. J'ai acheté, au centre de l'Angleterre, dans le diocèse de Mgr Walsh, une très belle maison, à Ashbourne, et je tâcherai par mes relations de m'en procurer, le prix... J'aurai bientôt, je pense, cette somme relativement considérable... Gomme je suis loin de vous, j'ai pris sur moi-même de conclure...
Quelle était cette somme? Le P. Daly ne le disait pas d'une manière très explicite ; certains mots laissaient simplement entendre qu'elle irait à près de cent mille francs, et peut-être davantage.
Assumer une si lourde responsabilité, sans le consentement formel de ses supérieurs majeurs, était une imprudence grave. Gomment s'exonérerait-il? X'avait-il pas, en attendant, donné une caution au vendeur pour que celui-ci lui cédât un tel immeuble? Ne serait-ce pas une hypothèque sur les propriétés de Penzance, que, pour répondre aux exigences de la loi. on avait dû mettre sur son nom personnel, jjaree qu'il était le seul sujet anglais de la Congrégation, à l'époque où on les acquit? L'église, le presbytère, l'école, divers terrains, etc., lui appartenaient légalement, quoiqu'il n'eût contribué en rien à leur achat, par ses biens de famille.
Tout cela serait-il compromis ?
Arriverait-on à temps pour résilier un contrat aussi dangereux ? Mgr de Mazenod se le demandait avec anxiété. Sans retard, il envoya le P. Aubert en Angleterre.
— Goupe. tranche dans la racine cette malencontreuse affaire, si elle est aussi mal combinée que nous le craignons, lui recommandait-il. C'est une pure folie ! mais n'oublie pas, qu'en fait de folies, les plus courtes sont les meilleures.
Ashbourne est une ville de cinq mille âmes, dans le comté de Derby, agréablement bâtie sur la Dove, affluent de la Trent, Le site plut au P. Aubert, ainsi que l'habitation, espèce de vieux château seigneurial dont le possesseur s'était ruiné. Les créanciers l'avaient vendu avec perte à un individu sans conscience, qui, pour s'en débarrasser, avant même de les solder, le revendit très cher au P. Daly. Celui-ci, leurré par des jurisconsultes qui participaient au bénéfice, n'aperçut point le traquenard.
— Quelle acquisition ! disait le P. Aubert à son compagnon, le P. Trudeau. Maison et domaine semblent magnifiques, mais...
Il y avait un mais : c'était la dette qui s'élevait bien au delà de ce
5;j4 DANS LES ILES lîlUTANMQUES
qu'on avait supposr. à Marseille. Elle montait à deux cent vini;t mille francs.
Pour garantir le [)aienient de cette somme, le P. Daly avait eu l'inconcevable légèri'té d'engager toutes les propriétés de Penzance, sans en excepter l'église.
Par surcroît de malheur, cette maison, si belle en apparence, manquait de solidité. Un architecte déclara qu'on n'en tirerait aucun parti, à moins de la reconstruire de tond en comble.
Comment la (longrégation, surchargée déjà par ses multiples œuvres de France, d'Angleterre et d'Amérique, n'aurait-elle pas désavoué un contrat l'ait en dépit du bon sens, contrairement à toutes les prescriptions de ses Constitutions?
Cette pénible allaire parut, cependant, en voie darrangeinent. Lt? vendeur avec lequel le P. Daly avait traité, n'ayant pu, au tcjups fixé, se procurer l'argent dii aux créanciers, ceux-ci lui intentèrent un procès en revendication. S'ils l'eussent gagné, leur contrat avec le premier acquéreur étant rompu pour inexécution de clause essentielle, celui intervenu postérieurement entre lui et le P. Daly serait lonil)é de plein droit. C'eût été la meilleure solution.
Le procès dura deux ans. A mesui'e qu'il se prolongeait, lespoir se rapprochait de la certitude. Tout était calme, lors de la visite canonique de Mgr de Mazenod, en Angleterre, marche triomphale sous un ciel sans nuage.
On croyait l'airaire d'Ashbourne à jamais enterrée.
Hélas!...
Le dénouement.
Au mois d'octobre i85o. le procès se terminait, enlin. Le prcuiier contrat ne fut i)as annulé; mais, l'acquéreur, pour se mettre en mesui-e de remplir ses obligations, se retourna contre le P. Daly, menaçant, en cas de refus, de saisir aussitôt toutes les propriétés de Penzance et de les aliéner à son profit. Le démon se scivail de la malice <le cet homme pour torturer les apôtres (pii lui arrachaient taul dàuies. Pendant un an et demi, les Pèi"es soulinrent la lutte. lU ne (|uittèi"ent Penzance (|u au mois daoùl iS.")u, ahaiulonnaiil MainliC'-ler au P. I)aly. forcé de rentrtM' dans les i-angs du clergé st'-culier.
Assurément celte «'pi'cuve fut douloureuse, uiais iiuii -.;iiis (h'dommagemeul. Aiileui-s. l'hori/ou s ('chiircissail «le plu'^ en plus pour la Congrt'gation. en An^lelei-ie. ( )u lui proposait d autres rondati«»ns avantag«'nse.s : conipeusatiou île la Pio\ iiicuce pour la voiillVance religieusem<'nt supportée.