‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 107 sur 131 · CHAPITRE XIII Leeds · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII Leeds

Mission et choléra.

Par son importance croissante, Leeds a presque complètement éclipsé la ville d'York, capitale du comté de ce nom, dans lequel elle se trouve. Sa population comprenait déjà plus de deux cent mille âmes, quand, pendant l'automne de 1849, les Oblats y prêchèrent une mission restée célèbre. Un terrible auxiliaire, le choléra, s'unit à eux, pour en assurer le succès. Il y eut jusqu'à quatre cents moi*ts par semaine. Aux exercices ordinaires les Pères durent ajouter la visite des malades et l'administration des derniers sacrements. Jour et nuit, une foule tremblante assiégeait les confessionnaux. Beaucoup de protestants abjurèrent leurs erreurs. Plusieurs centaines de catholiques, hommes et femmes, âgés de plus de cinquante ans, reçurent pour la première fois la sainte Eucharistie. Le nombre des autres communiants se chiffra par milliers. Cette vaste paroisse fut entièrement régénérée.

Mais aussi quel travail pour les Missionnaires ! Ils ne quittaient la chaire ou le confessionnal que pour voler au chevet des mourants.

Quelques jours avant la clôture, le P. Noble fut appelé auprès d'une agonisante, dont le mari, jeune homme de trente ans, se vantait de ne croire ni à Dieu, ni à diable.

— Pas de comédie chez moi, s'éiria-t-il, en tâchant d'arrêter le Père sur le seuil. A quoi cela sert-il ?... 11 n'y a pas d'enfer !... L'enfer est une invention des prêtres romains !

— Puisque votre femme le veut, accordez-lui cette satisfaction... Xons ne pouvez pas la guérir, laissez-la, au moins, mourir en paix Elle souffre assez pour que vous ne lui refusiez pas cette consolation suprême.

Ce raisonnement et quelques autres présentés avec fermeté, finirent par convaincre le récalcitrant.

Son ministère achevé, le Père, au moment de sortir, se tourna vers le mari, et, le regardant fixement, lui dit :

' — Vous agiriez sagement, en imitant votre femme, et en vous réconciliant, vous aussi, avec Dieu... Pas plus qu'un autre, vous nètes sûr de vivre encore, demain matin.

Un ricanement sardonique fut la seule réponse.

Ce même jour, à onze heures du soir, le P. Noble était encore au confessionnal, quand on vint le chercher en toute hâte, précisément pour cet homme qui lavait si mal accueilli, peu auparavant, et se tordait en proie aux plus atroces douleurs. Les compagnons d'incrédulité de ce malheureux montaient la garde devant son lit, pour écarter le prêtre, à leur tour, comme il avait essayé, lui-même, de l'empêcher de confesser sa femme mourante.

— Que venez-vous tenter ici ? crièrent-ils au Missionnaire. John ne croit à rien.

— Mais il m'a fait appeler !

— Non! non! C'est une voisine, une bigote, une papiste ensorcelée par vous qui vous a averti ; mais lui ne veut pas de vos mômeries absurdes ;... il est trop intelligent !...

— J'entrerai, tout de même !

— Vous n'entrerez pas ! Il n'y a pas d'enfer ! Aucun de nous n'est assez sot pour le craindre ; ni lui, non plus.

Des hurlements de démoniaques en furie s'échappaient des lèvres de ces suppôts de Satan. Mais, par-dessus le tapage, dominaient les appels désespérés du malade, qui criait d'une voix exprimant la plus profonde terreur :

— I am g'oing into hellî... Je tombe en enfer!... Père, Père, venez à mon secours, je vous en supplie. C'est moi qui vous ai demandé, et (jui vous demande encore ! Venez ! venez vite me confesser. It is a horrible thing to die !... C'est horrible de mourir ainsi ! Ne les écoutez pas ! Je crois à l'enfer !... Je crois à tout ce qu'enseigne l'j^lglisc catholique ! Pour l'amour de Dieu, confessez-moi.

Jeune et vigoureux, le 1*. Noble redouble d'ellorts. \\n jouant des coudes, il réussit, enfin, à s'ouvrir un passage jusipi'au moril)ond. Il le confesse et lui rend la paix de la conscience, (^uehpies instants après, il i-eeoil son dernier soupir, et rei)rend le chemin de l'église.

(^uel n'est pas son élonncment, en conslalanl (|ue les energumènes, ses ennemis, le suivent dans les ténèbres! Vont-ils, maintenant.

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