‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 108 sur 131 · LEEDS · texte numérisé non relu

LEEDS

dans la rue sombre et solitaire, se venger de lui, et le punir d'avoir, malgré eux, arraché cette àme à l'abîme ?

Peu importe ! Son devoir est accompli. S'il faut mourir, quelle meilleure occasion que celle-là ?

Silencieux, ces hommes se rapprochent insensiblement de leur victime. Bientôt ils n'en sont plus qu'à quelques pas... Puis, ils l'entourent, et, sans proférer un seul mot, continuent à marcher avec lui.

On arrive ainsi jusqu'à l'église.

Dans la net, personne.

Tous y pénètrent... Que va-t-il se produire ? Les bourreaux ontils choisi le lieu saint pour perpétrer leur crime ?

Après quelques moments d'hésitation, l'un d'eux se penche vers le Missionnaire :

— Père, dit-il à voix basse, je voudrais me confesser, et immédiatement, car j'ai peur de mourir sans l'absolution et de tomber en enfer... Moi aussi, j'y crois !...

Quand il eut terminé, un second se présenta ;... puis, un troisième;... puis, un quatrième... et tous, jusqu'au dernier sans exception, s'agenouillèrent successivement pour obtenir le pardon de leurs fautes.

Les loups étaient devenus agneaux.

Conversion des ministres anglicans de la paroisse Saint-Sauveur.

"Etablissement de la Congrégation à Leeds.

Grandes constructions, entreprises et menées à bonne fin.

Désirant faire de Leeds un centre de l'anglicanisme auquel il prétendait infuser une nouvelle vigueur en le purifiant, le docteur Pusey y avait bâti à ses frais l'église Saint-Sauveur, dans le quartier le plus populeux, afin de démontrer, par des conversions nombreuses, la vitalité de la secte spéciale à laquelle il donnait son nom. Pour les fonctions de curé et de vicaires, il choisit avec soin, dans les universités d'Oxford et de Caml)ridge, les hommes les plus remarquables par leur science et leurs vertus.

En 1845, avait eu lieu l'ouverture, suivie d'une octave solennelle, pendant laquelle on entendit les docteurs Pusey, Keble et autres notabilités du parti des Tractaricns. Un nuage, cependant, obscurcissait l'éclat de cette fête : l'absence de celui qui, par sa présence, en aurait

tant rehaussé la pompe : le docteur Newman, à la veille d'embrasser le catholicisme.

Toute la high Chiirch d'Angleterre tenait les yeux sur ce point, dans l'attente de quelque grand résultat. Il fut grand, en elTet, mais bien différent de ce qu'on prévoyait! L'étude approfondie des écrits des Pères des premiers siècles amena les ministres de Saint-Sauveur à admettre, les uns après les autres, les dogmes enseignés par Rome. Ils les prêchèrent avec courage et convainquirent leurs auditeurs.

Pour empêcher une défection en masse, qu'il regardait comme désastreuse, le docteur Pusey accourut, en i85i.

Trop tard !...

Le presbytère était vide et le temple désert. Il n'y rencontra que le sacristain, John Atkinson, contre lequel il tourna son zèle et bientôt sa colère.

— Toi, du moins, lui dit-il, tu resteras avec nous. Tu nimiteras pas dans leur apostasie ceux en qui j'avais placé ma confiance, et qui en ont si outrageusement abusé.

— Ce ne sont pas des apostats, répondit Atkinson avec calme ; ce sont de vrais disciples de Jésus-Christ!

— Gomment ! tu oses me parler ainsi, à moi !

— Assurément.

— Tu ne vois donc pas qu'ils sont dans une erreur déplorable !

Et Pusey, afin de prouver à son interlocuteur la vérité du puséisme, déploya les ressources variées de son éloquence et de sa dialectique.

Vains efl'orts !

L'un de ces ministres de Saint-Sauveur, le docteur GrawlcV, appartenant à une famille de l'aristocratie anglaise et ancien élève de l'université d'Oxford, s'enrôla dans la Congrégation des Oblats, (ju'il édifia jusqu'à sa mort par la pratique des plus éiniiientes vertus. Atkinson ly [u'écéda, en qualité de IVère convers, et persévéra «'gaiement. Les autres furent tous très symi)athiques à nos Pères, dont ils favorisèrent l'établissement à Leeds.

Une maison religieuse, dont les membres prêcheraient comme une mission permanente, était d'autant plus nécessaire, qu'il n'y avait, dans c(^ (fuartier si populeux, aucune église calholi«|ue. et que le docteur Pusey s'installait, en personne, dans son liel' de Saint- Sauveur, pour lAclier de neutraliseï-. par son influi-nee, l'ellet produit dans lespiil des habitants par laltjuration si i-etentissante de ses cx-eoUalxjratiMirs.

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