CHAPITRE III
Le Départ pour l'Exil
Menaces Je mort centre le président Charles-Antoine de Mazenod.
La Provence s'était préparée avec une fiévreuse effervescence à choisir ses représentants aux Etats généraux de 1789.
Cédant à la pression montée des bas-fonds de la société, le ministre Necker avait soumis à l'approbation royale une mesure autorisant le tiers état à nommer, à lui seul, autant de députés que la noblesse et le clergé ensemble. Ce dispositif contenait en germe toute la révolution, car c'était assurer par avance la majorité au parti de la violence.
Fatale imprudence ! Elle coûta cher à la monarchie.
Les hommes sages, voyant les passions de la multitude s'enflammer de plus en plus à la lecture des pamphlets incendiaires répandus à profusion, craignaient que la France, loin de marcher vers la liberté, ne fût entraînée vers les pires abîmes, où s'engloutiraient sa fortune et son honneur. Dans les clubs populaires, en effet, retentissaient les discours les plus subversifs.
Non content de cette première concession à l'esprit nouveau, le ministre régla que les votes auraient lieu, non pas conformément aux anciennes coutumes propres à chaque province, suivant le désir des parlements et de la noblesse, mais dune manière identique dans toute la France, par bailliages ou sénéchaussées, c'est-à-dire par circonscriptions électorales, comme le réclamaient les démocrates (i).
Un décret subséquent avait fixé à six pour la Provence les circonscriptions, ou arrondissements électoraux : c'étaient les bailliages ou sénéchaussées d'Aix, Arles. Marseille, Draguignan, Forcalquier,
(i) Cf. Armand Breltes, Documents relatifs à la convocation des États généraux de i^8g, ouvrage publié par les soins du niinislre de riustruction publique. 3 vol. in-4°, Paris, 1904, t. I, p. 239-246.
l8 LE FONDATEUR
Toulon. Chacun de ces arrondissements avait huit députés à élire, excepté Arles qui n'en avait que sept (i).
Les notables de Provence protestèrent contre ces décisions. Elles leur paraissaient, à la lois, un péril imminent pour la patrie et une atteinte aux droits séculaires de la province, dont les privilèges étaient garantis par le pacte solennel de son annexion à la couronne sous Louis XI (2).
Ils ne voulurent donc pas acquiescer à ces innovations.
Ayant réuni, d'après les constitutions de Provence, les Etats provinciaux à Aix, dans la salle de l'hôtel de ville, ils y élurent, les 12 et i3 mars 1789, députés aux États généraux, huit des personnages les plus marquants. Parmi eux se trouvaient le président Charles-Antoine de Mazenod et le duc de Bourbon, arrière-petit-fds du grand Condé, père du duc d'Enghien que Napoléon I'^' devait faire si injustement fusiller, en 1804, dans les fossés de Vincennes (3).
Quelques semaines plus tard, les 6 et 7 avril 1789, avaient lieu les élections par bailliages, selon la teneur du décret ministériel. Par ce mode de scrutin, l'arrondissement d'Aix nomma huit autres députés : deux pour le clergé, deux pour la noblesse, quatre pour le tiers état. Parmi ces quatre primait le comte de Mirabeau, transfuge de la noblesse, qu'il haïssait jusqu'à la fureur.
Porte-f)arole du tiers, il se déchaîna avec une fougue de tribun contre les élus des États de Provence. Il attaqua leur élection, comme invalide, et en poursuivit l'annulation partons les moyens.
Le président Charles -Antoine de Mazenod fut alors envoyé à Paris par ses collègues, afin de plaider leur cause. Ses études spéciales sur les chartes relatives au droit coutumier, l'avaient désigné pour cette délicate mission. Le mémoire qu'il publia fut considéré comme un chef-d'œuvre : c'était un résumé lucide et concluant de la Constitution du pays de Provence (/J).
Le ministre et le roi en furent tellement impressionnés qu'ils résolurent d'admettre aux Etats généraux les membres des deuxdéputations : les élus d'après les anciennes coutumes et ceux en vertu tlu décret sur les bailliages.
(i) (-t. Ariiuiiid Hrcllcs, op. cit., t. 11. ji. \'\i, ôa^ô'Jj, y{^.
(2) Sur CCS privilèf!:es, voir Acliard, Di-ncrifilinn /i/.s/o/v'(/nr, iii'-ographi<iiii' rt t()p()u:raj)lii([ae de la Proornce et du (]oriil<it-}'fnaissin, \ vol. iu-'|", Aix. i^S;. t. I. p. 68.
('}) .\rcliires drpdrlftni'iilulra drs lioiii-iirx-dn-llln'nu', rriici's-\ rrliaiix «les «■Iccti«)ns, colc (-. III, lui. {ij s(|.
('4) (À'itc nirci- <lc si iiaiilr \alriii- c^l coiiscrvcc .-iiix Arclii\«"< iialiuiiairs. (!. 'to, sous lu (talc <lu 1' juillet i^Sj).