CHAPITRE V
De retour dans la Patrie
§ 1 Jlix après la grande T^évoluNon.
Créé premier consul, Napoléon abrogea, le 26 avril 1802, les lois de proscription. Le président de Mazenod, soucieux de l'avenir de son fils, consentit à s'en séparer alors, et à le laisser rentrer en France. Eugène quitta Palerme, le 11 octobre de cette année.
La traversée fut des plus orageuses. Une épouvantable tempête désempara le navire, brisa son gouvernail, et faillit engloutir les voyageurs. Après quatorze jours seulement, on découvrit à l'horizon le vieux fort de Notre-Dame delà Garde.
Le 25 octobre, le pieux jeune homme abordait à Marseille, sans se douter que cette ville, dont il aurait à rétablir le siège épiscopal, serait, pendant près d'un demi-siècle, le théâtre de son fécond apostolat.
A Aix, il se rendit compte de l'immensité des ruines amoncelées par la Révolution : l'hôtel seigneurial dans lequel il avait vu le jour, vendu comme bien d'émigré ; l'église où les eaux du baptême avaient coulé sur son front, rasée au niveau du sol ; de nombreux couvents détruits ; la plupart des prêtres fidèles, morts en exil ou sur léchafaud ; beaucoup de paroisses déshonorées par la présence de ministres des autels qui n'avaient pas rougi d'adhérer à la Constitution civile du clergé, et de souiller leurs lèvres par le serment schismatique ; la foi éteinte chez le peuple, ou, du moins, si faible, qu'elle se traduisait rarement au dehors par des actes.
Les projets J'Eugène.
L'affreuse réalité dépassait incomparablement ce qu'on aurait pu, de loin, s'imaginer.
La tristesse d'Eugène en devint plus i)rofonde ; mais il comprit aussi ce que Dieu demandait de lui. Quel meilleur usage de sa fortune
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et de sa vie que de les consacrer au relèvement de ces ruines, et au rétablissement du rèiçne de Jésus-Christ dans les âmes qui ne le connaissaient plus ?
Dès ce moment, sa résolution fut arrêtée ; et, sans révéler encore son dessein à personne, il en prépara l'accomplissement.
Si les biens de son père avaient été en partie confisqués, ceux de sa mère restaient considérables. Elle avait même réussi, par l'entremise de l'administration départementale des Basses-Alpes, à obtenir, en retour de sa dot, le domaine et le château de Saint-Laurent, précédemment saisis par l'Etat. En outre, tout espoir n'était pas perdu de recevoir de lai'ges indemnités pécuniaires pour les biens paternels aliénés injustement.
Cet espoir ne fut pas déçu.
Au point de vue humain, Eugène était donc assuré d'une existence facile et brillante.
Les familles aristocratiques de l'antique capitale de la Provence, retournées elles aussi de l'exil, lui tirent l'accueil le plus sympathique et le plus flatteur. Sans chercher à se prévaloir de ses qualités naturelles, il plaisait par sa haute taille, ses manières distinguées, la culture de son esprit, et cet usage du grand monde qu'il avait acquis dans sa fréquentation habituelle de la société la plus choisie, à Naples et à Palerme. On était charmé de retrouver en lui les traditions de politesse de l'ancien régime. Pour tous, il était comme le trait dunion entre le passé disparu et l'avenir plein de germes de résurrection.
IndilTérent à ces succès, il ne se montrait que par devoir dans ces salons où on le réclamait sans cesse. Il ne s'y attardait que le moins possible. Fidèle au règlement qu'il s'était tracé, il partageait son temps entre les exercices de piété, l'étude et les œuvres de charité envers le prochain.
Par la piété, il posait en lui les fondements do l'éniinente sainteté qu'exige le sacerdoce ; l'étude donnerait plus de solidité à ses prédications, quand l'heure aurait sonut- poiii" lui d'annoncer aux foules les véritt's divines; par les (imvres de charité, il se l'oiiiiait ;iii\ pralicfues du zèle éclairé ([ui s'incline sui- les iiifirinitt's du coijis. |mhii' atteindre I)lus certainement les âmes.
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Commencement d'Jlpostoljt.
i\c plan de vie si austère. I']iigèiic le sui\ il a vec une exaclitiide rigoureuse, pendant les six années ipii s'é-coulèrcnt. après son rctoiir en l''raiice, jusqu'à '^nii cutrt'c au si'minairf de Saiiil-Sul|tit('. à l'ari--. II