DE RETOUR DAXS LA PATRIE
continua aussi, et en y ajoutant encore, les mortifications auxquelles il s'était livré depuis si longtemps déjà. Les jeûnes, les disciplines, le coucher sur la dure, les cilices, les chaînes et bracelets de fer, lui devinrent de plus en plus familiers. En Carême, il se contentait d'un seul repas par jour, ne prenant, le soir, qu'un peu de pain et d'eau.
Son bonheur était de visiter les pauvres à domicile, et de leur porter, avec des secours en argent, ces paroles qui réconfortent et ramènent à Dieu les âmes ulcérées par les privations et les souffrances. Devançant de trente ans l'institution des Conférences de Saint-Vincent de Paul, il allait de mansarde en mansarde, soignant les malades, pansant leurs plaies, arrangeant leur lit misérable, balayant leur fétide réduit.
Pour le même motif, il se rendait, plusieurs fois la semaine, dans les hôpitaux et les prisons.
Les condamnés à mort surtout étaient l'objet de sa sollicitude. Il ne négligeait aucune industrie pour leur persuader de rentrer en euxmêmes, et de se mettre en paix avec Dieu. Ordinairement, il passait avec eux la nuit qui précédait leur supplice, multipliant ses exhortations et ses prières. En face de léchafaud, il entrouvrait devant eux les radieuses perspectives du pardon éternel.
Les enfants de la campagne, alors si abandonnés, eurent également en lui leur apôtre. Chaque dimanche, il les catéchisait dans quelqu'une des chapelles rurales des environs d'Aix. Aux approches de la premier e communion, il les réunissait très souvent, afin de les préparer à la réception de leur Dieu.
Dans la ville même, il entreprit d'instruire des vérités de la foi les plus délaissés : petits ramoneurs, petits mendiants, décrotteurs et autres. Il préluda ainsi, longtemps à l'avance, à ce qu'on appela dans la suite l'Œuvre des petits Savoyards. Après les avoir disposés à la première communion, il les accompagnait à la sainte Table. Outre les secours spirituels, il leur procurait du pain et des vêtements, ayant pour eux, dans les maladies, les attentions délicates dune mère. Aussi ces pauvres enfants, touchés d'être l'objet d'un tel dévouement de la part d'un gentilhomme, s'attachaient à lui par les liens indissolubles de l'alfection et de la reconnaissance.
Cette conduite de M. de Mazenod fut jugée, d'abord, avec malveillance. Beaucoup, comme il arrive en semblables circonstances, l'avaient critiqué, censuré et tourné en ridicule.
— C'est un zèle exagéré, disait-on ; une sorte de mysticisme ; mais c'est un feu de paille. "Vous verrez, cela ne durera pas.
Gela dura pourtant.
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Le fils de l'ancien président ne s'était nullement ému de ces railleries. Il avait persisté à marcher droit son chemin, sans forfanterie vaine, mais sans défaillance aucune.
Quand on eut constaté sa persévérance dans cette vie d'abnégation héroïque, on cessa de le blâmer. Son éclatante vertu imposait le respect. Bientôt ce fut l'admiration.
Dans les salons aristocratiques, où ses relations de famille le forçaient à paraître plus fréquemment qu'il ne l'aurait voulu, il se trouvait, bien des fois, en présence de prétendus esprits forts attaquant la religion au nom de la raison humaine. Trop de gens instruits se piquaient d'être les disciples de Voltaire et de Rousseau. C'était là une conséquence du philosophisme du XYin*^ siècle, qui avait causé la Révolution et troublé tant d'intelligences.
A ces orgueilleux, libérés, affirmaient-ils, des préjugés dogmatiques, Eugène de Mazenod se manifesta apôtre et controversiste. Afin de réfuter victorieusement leurs sophismes, il lut et approfondit tous les apologistes de ce temps. Cette étude sérieuse de leurs ouvrages le transforma en lutteur redoutable. Il ne provoquait pas lui-même ses adversaires, mais jamais il ne refusait le combat.
Presque chaque soir, il avait à soutenir une discussion de ce genre. Toujours poli envers les personnes, il était sans pitié pour les fausses doctrines. Une sainte indignation s'emparait de lui, quand il entendait proférer une assertion injurieuse à ses croyances. Il n'en devenait que plus pressant dans l'argumentation. Ces polémiques animées ne finissaient pas sans que quelque rayon de pure lumière eût percé les ténèbres accumulées par tant d'erreurs.
Ojfres brillantes du Ministre de l'Intérieur.
Pendant l'été de iSo."), Eugène alla à Paris solliciter des pt)uvuii's publics, pour lui et sa tante, la marcjuisc de Piorrefeu. la restitution des biens confisqués, ou, à leur dél'aut, une cctmponsatioii ('(luivalonte.
Le succès couronna ses négociations. Sa situation matéi-ielie, enviable déjà, s'améliorait donc sensiblement. Il recul, en outre, îles propositions très flatteuses, propres à séduire tout homme moins que lui détaché des choses d'ici-bas.
Un des ])rincipaux amis tle son père, le célèbre Portails, jouissant alors de l'entière conliance de l'empereur, était ministre de llntcrieur et des (Cultes. Les deux |in'-si(lenls Charles-. \nloinr cl ( '.Iiarh's-AIexamlre de Mazenod avaient encoui-airi- ses di'lmls d'avocal. Ilnireux d'avoir