‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 21 sur 131 · L ENTREE EX COMMUNAUTE · texte numérisé non relu

L ENTREE EX COMMUNAUTE

masses, et d'éviter les mille déboires auxquels il s'exposerait certainement, en essayant une fondation de ce genre en Provence ?

Le ministre de l'Intérieur avait promis à la Compagnie la reconnaissance légale et la bienveillance du roi. Des ressources suffisantes lui étaient assurées. Elle présentait les garanties d'un avenir brillant et même heureux, au double aspect de la nature et de la grâce.

Que fallait-il de plus pour se décider à accepter?

Désireux principalement de connaître la volonté divine, afin d'y conformer absolument sa conduite, l'abbé de Mazenod se mit à genoux, au pied de son crucifix, et pria longtemps.

Quand il se redressa, sa résolution était prise.

Cette abondance de biens ; cette perspective de tant de succès, un peu trop humains, selon lui ; ces avantages si nombreux, mais trop matériels aussi, lavaient effrayé, lorsqu'il avait contemplé en face la croix sanglante et dépouillée de tout..., cette humble croix de bois qui, plantée sur le Calvaire, sauva le monde.

La protection des puissants de la terre dont se prévalait la nouvelle société, ne serait-elle pas un obstacle à la protection du Ciel? Y eut-il des rois, des princes ou des ministres, pour veiller sur le berceau de l'Eglise naissante? Durant trois siècles, les empereurs ne cessèrent de la persécuter. Elle n'en fut que plus vigoureuse...

Puis, cette œuvre lui paraissait viser, de préférence, les grands centres. Il ne se regardait pas digne de figurer parmi ces « hommes si remarquables par leurs talents et leur éminente piété ». parmi ces « sujets de premier ordre ». Son héritage, à lui, c'étaient les pauvres et les déshérités : Spiritiis Domini saper me : evangelizai^e paiiperibus inisit me (i).

A la suite de ces réflexions si surnaturelles et si désintéressées, il répondit à son ardent ami que, si leur soif d'apostolat était la même, différente, néanmoins, était la portion de la vigne que le Père de famille leur confiait.

Dès lors, afin que chacun d'eux marchât librement dans la voie indiquée par sa vocation, tandis que l'abbé de Forbin-Janson organiserait les Missionnaires de France, pour convertir les villes les plus importantes du royaume, lui, se contentant d'un rôle plus efiacé, instituerait une petite société de Missionnaires de Provence, pour évangéliser, dans leur langue maternelle, les populations méridionales les plus dépourvues de secours spirituels.

(i) Luc, IV, i8.

y8 LA FONDATION

§3 L'ancien Carmel d'Jlix.

D'ordinaire, la Providence ne dévoile à ses élus ses merveilleux desseins sur eux que graduellement, dans la complexité des circonstances ménagées par son infinie sagesse.

Au moment où l'abbé de Mazenod cherchait à réunir autour de lui quelques prêtres zélés, pour se dévouer avec eux aux missions populaires, il ne songeait nullement à doter l'Eglise d'une famille religieuse. La basse opinion qu'il avait de lui-même lui défendait de prétendre au rôle sublime de fondateur. Une telle pensée lui eût paru le fruit d'un orgueil démesuré, et il l'eût repoussée avec épouvante, comme une tentation de Satan.

L'évangélisation des pauvres, cependant, ne réussirait, à son avis, qu'en proportion de la sainteté personnelle de ceux qui s'y consacreraient. Ces messagers de salut devraient donc être des hommes d'abnégation, décidés, à l'exemple des apôtres, à pratiquer, du moins dans une certaine mesure, les conseils de perfection donnés par Jésus- Christ.

Des anciens Ordres religieux, autrefois ornement de l'Eglise de France, mais détruits ou dispersés par la tourmente, il ne subsistait que le souvenir. L'empire n'avait pas été favorable à leur rétablissement, ni à leur retour. Napoléon, persécuteur du Pape et avide de domination, avait imposé le monopole universitaire de l'enseignement, pour régner en souverain, jusque sur les âmes. Son bras de fer brisa sans pitié toute initiative autre que la sienne. Les prédicateurs même étaient de très près surveillés par des nuées d'agents.

Après la période des Gent-Jours. on croyait qu'une ère de liberté brillerait sur la France. Pourtant, au milieu de cette perte presque totale de la foi et de cette allreuse corruption de mœurs, avait-on lieu d'espérer voir surgir, avant longtemps, des vocations assez nombreuses pour permettre aux anciens Ordres de repeupler leurs noviciats déserts ?

Et, s'il était si malaisé aux vieux Ordres de refleurir, ne le serait-il pas encore plus à de nouvelles Congrégations de se constituer de toutes pièces ?

Le but de l'abbé de Mazenod était donc simplement d'avoir une communauté de prêtres renonçant au ministère jtaroissial pour celui des missions.

Mais il ne voulait pas pour elle de celte approbation légale (jue sollicitait, avec tant d'empressement, l'abbé de Forbin-.IansdU. Il prc'-

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