CHAPITRE VI
Notre-Dame du Laus
§ 1 "La Bernadette du XV!!'^ siècle.
A une dizaine de kilomètres au sud-est de la ville de Gap, s'allonge, sinueuse, une étroite vallée, encadrée au nord et à l'ouest par un deini-eercle de montagnes. Leurs cimes pierreuses, aux crêtes aiguës, sont profondément taillées. On dirait d'immenses ruines accumulées par un épouvantable cataclysme. Elles abritent le paysage contre les vents de l'aquilon, mais rendent son aspect sévère.
Leurs flancs sont afli-eusement ravinés. Sur les pentes abruptes, l'œil aperçoit d'innombrables lits de torrents. Par là, au temps des grandes pluies ou de la fonte des neiges, se précipitent d'énormes masses d'eaux, cascades mugissantes et superbes, mais aussi fléaux dévastateui's. entraînant dans leur chute la terre vésgétale et toutes sortes de détritus.
Puis, ces rivières furibondes tarissent presque subitement, et, pendant la majeure partie de l'année, sont complètement à sec.
Au bas, les éboulis, amoncelés en mille endroits, ressemblent à de gigantesques tas de cendres volcaniques grisâtres, de cinquante à quatre-vingts mètres d'élévation. Détachés des roches schisteuses, une multitude de fragments aux reflets noirs ou violacés, coinnie ceux di' l'ardoise, achèvent de jeter une teinte lugubre sur ce sombre tableau.
Fi'appé de cette désolante aridité, un voyageur ne i)ut s'empéclitMd'en exprimer sa surprise.
— Il n'y a donc ]>as d'eau dans ce jiays? deniaiida-t-il très étonné-.
— l'ardijM. Monsieur ! il y en a (|uand il pk'ul.
— .Sans doute ! Je pense bien ! M. (!<• la l'absse neùl pas mieux dit. Mais, après ?