L APPROBATION PONTIFICALE
combien surnaturelle était sa vocation de Missionnaire des pauvres, avait permis que les propositions les plus avantageuses lui eussent déjà été faites, en bien des circonstances. Toujours le P. de Mazenod avait refusé. Cette fois encore, il n'hésita point.
Tout en exprimant au Souverain Pontife sa gratitude profonde, il lui demanda instamment l'autorisation de ne pas accepter. Sa mission était en France. II se devait à l'œuvre qu'il avait établie.
Raison trop juste pour n'être pas agréée. Léon XII comprit qu'en éloignant le Fondateur du berceau de sa famille religieuse, il aurait détruit d'une main ce qu'il avait édifié de l'autre, en signant les Lettres apostoliques d'approbation. Il ne put, cependant, s'empêcher d'exprimer ses regrets auprès de ses intimes, en louant devant eux le généreux désintéressement de celui dont il avait conçu une si haute idée.
C'est par les plus éminents dignitaires de la cour romaine que l'on apprit, avec certitude, ce qui s'était passé à ce sujet, entre le chef de l'Eglise et le Fondateur des Oblats. Le P. de Mazenod était trop modeste pour en parler lui-même. A peine y fit-il une allusion, bien voilée, dans sa lettre écrite au P. Tempier, à la veille de quittei Rome :
— Si vous aviez vu le Pape dans cette audience, vous en auriez pleuré de sensibilité... Avec quelle bonté il m'entretenait des choses les plus secrètes... Il serait par trop long de vous raconter tout ce qui fut dit... // est même des choses que je me garderais bien d'écrire, quoiqu'il en résultât la preuve évidente de la confiance que le Saint- Père coulait bien me témoigner... Contentez-vous, pour le moment, de savoir qu'il a consenti à être le protecteur de la Congrégation.
A son retour en France, pressé de questions par ses enfants mis en éveil par une parole qui lui était échappée, il fit une demi-confidence, mais comme malgré lui. Elle ne sortit pas d'un cercle très restreint, et le souvenir s'en serait efTacé, sans les affirmations il'un des personnages les plus élevés de la cour pontificale.
En 1845, près de vingt ans plus tard, Mgr Jeancard, alors vicaire général de Mgr de Mazenod, se trouvant à Rome, causait avec le cardinal Orioli, l'un des membres les plus distingués du Sacré-Collège.
— \ons paraissez professer une grande vénération pour votre évêque, lui dit ce prince de l'Eglise, et, cependant, il a autrefois nettement désobéi au Pape.
En entendant cette accusation, le grand vicaire manifesta sa profonde surprise.
— Oui! il a désobéi au Pape Léon Wl, et c'est Léon XII lui-
200 LA KO.NDATIOX
même qui me la appris. Sa Sainteté voulait le créer cardinal, et Mgr de Mazenod a refusé. Il a préféré porter en France son dévouement plutôt que de le consacrer, à Rome, au service du Saint-Siège.
— Mais le Saint-Père a daigné agréer ses raisons ? répondit le vicaire général, rassuré par cette explication.
— Oui, et il a rendu justice à sa générosité. Aussi retenez mes paroles comme un éloge pour votre digne évèque.
§ 7 Le Quatrième Chapitre général.
A peine en France, le P. de Mazenod convoqua le Chapitre général, dont l'ouverture eut lieu le lo juillet 182G.
Le but spécial de cette réunion était la promulgation des Lettres apostoliques ai:)prouvant les Règles de l'Institut, et érigeant canoniquement, en corps religieux reconnu par rFglise, la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée.
Le Fondateur présenta au Chapitre l'exemplaire approuvé par Léon XII. Après la lecture du document officiel, il adressa une touchante exhortation aux capitulants, pour les engager à une fidélité plus exacte encore dans l'observation de ce code de perfection que Dieu lui-même leur donnait, par les mains de son Vicaire ici -bas.
Tous, partageant son émotion, répondirent, dune voix entrecoupée par les sanglots, que leur attachement inviolable à ces Constitutions serait une preuve, chaque jour renouvelée, de leur reconnaissance.
Ils lui demandèrent ensuite d'écrire au Souverain Pontife, au nom du (Ihapitre, pour lui exprimer la gratitude de la Congrégation entière, et l'assurer de leur inébranlable résolution à persévérer jusqu'à la mort dans la pratique de ces Règles que Sa Sainteté avait daigné si paternellement approuver.
On décida aussi que, chaque année, à pcrpétnité. lannivorsaire du 17 février serait célébré solennellement.
La fondalinii de la Congrégation des Oblats de Marit> Immaculée était, par la grâce de Dieu et la volonté de son Aicaire infaillible, un fait accompli. Désormais, la nouvelh' Société avait sa place iiiar<|iiéc dans i'I-lglise.
Animi-e d'une vie surnaturelle plus abondante, elle allait se di'-velo[)pcr mei'vcilleusement. à travers la Fi-ance et le monde.