‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 55 sur 131 · CHAPITRE \n · texte numérisé non relu

CHAPITRE \n

Persécutions administratives inspirées par le rigorisme janséniste

Z//J foyer de jansénisme.

En toutes circonstances, le Fondateur des Oblats attestait hautement sa foi au dogme de l'infaillibilité pontificale, considérée, alors, comme une simple opinion que personne, en France, n'eût osé soutenir publiquement. Quant à lui, non seulement illenseignait, mais il voulait que ses religieux en devinssent aussi les défenseurs convaincus, et prissent pour unique règle, soit dans les croyances, soit dans l'exercice du saint ministère, les indications du Vatican, même quand elles ne sont point décisions ex cathedra.

Citons, à ce propos, un exemple qui présente un cachet particulier d'actualité, après les récents décrets de Pie X, sur la communion des enfants.

Quatre-vingts ans avant que le Souverain Pontife n'étendît cette mesure salutaire au monde entier, le P. de Mazenod avait inséré, dans VOrdo de i833 poui' le diocèse de Marseille, un Monitiini à ce sujet. Il y spécifiait qu'on n"a pas le droit de fixer un âge précis poui* l'admission des enfants à la première Communion : mais, dès (pie ceux-ci ont acquis une connaissance suffisante pour distinguer le pain des Anges du pain ordinaire, on doit les préparer et les inviter à s'asseoir le plus proinptement possible à la Table eucharistique.

Ce texte est trop important pour que nous ne le l'apportions ])as ici.

Curn ex decreto Sacrœ Synodi Lalerarwnsis I\\ o/nnis ii/rinstfnc sexusjidelis, cuni ad annos discretionis porvriwril . siiscipcrc rciwrenter. ad minus in Pascha, Corpus Doniini tcucnlur; <-('r/issini(' constat mi.t.am iiuu; s.vcu.K coMMi-Mo.M .i-n'ATKM pnrcisc <issi^nari possr. l't <juid t'iiini f/ui a'tntis sinr uiideriino unno, vol cliarn antca discrctitmis su f /icirntis capax invcnirelnr. al) iuiplcndo pr<r('('pti) tain salut i frro, arcerctur? Cai'cant rrfro l'arochi et Hrclorcs. iwcnon ipsi (Jon/'essarii. m: ckutam .-i:t\ ri:M prinur /inrroruui /lurllarium'c ronununioni assifrucnt ; curent

aiitem ut hanc gregis dominici tam pretiosam partem quam citissime doceant dijiidicai'e Corpus Domini, et rite dispositos ad Agni nuptias invitent (i).

Il fallait un vrai com^age, à cette époque, pour professer une telle doctrine et en presser l'application.

Gomme leur Supérieur g-énéral, les Oblats se constituèrent les champions de ce que l'on appelait, alors, non sans quelque mépris, les idées italiennes.

Les diocèses de Digne et de Gap, où ils évangélisèrent tant de paroisses, étaient, cependant, encore l'un des foyers les plus irréductibles du jansénisme. Là, un siècle auparavant, avait dogmatisé le trop fameux Soanen, évêque de Senez, l'antique Sanitium des Romains, aujourd'hui simple chef-lieu de canton dé l'arrondissement de Gastellane. De ce fougueux janséniste cette petite ville reçut une trop retentissante et triste célébrité. En 1717, il fut un des quatre signataires qui, de la bulle Unigenitus, appelèrent au futur concile. Persévérant dans cette voie de la révolte, il publia, en 1726, une instruction pastorale attaquant le formulaire d'Alexandre \\\, et se déclarant nettement pour le livre des Réflexions morales de Quesnel. Malheureusement ses partisans dans le clergé furent nombreux. Le voisinage de l'hérésie n'est jamais inoffensif, surtout quand elle vient de ceux qui, par vocation, devraient être la lumière du monde.

Quand les Oblats commencèrent à prêcher leurs missions dans les Basses et Hautes- Alpes, ce ferment mauvais était loin d'avoir disparu. Ses ravages, au contraire, continuaient à s'exercer au grand détriment des âmes, exposées à se perdre éternellement.

Sauf de très rares exceptions, le clergé s'en tenait au rigorisme outré du jansénisme dans l'application des principes de la théologie morale, et gardait une teinte très accentuée de gallicanisme, pour tout ce qui concerne les relations des fidèles avec le centre de la catholicité.

Si des pécheurs, touchés par la grâce et repentants de leurs fautes, demandaient à se réconcilier avec Dieu, on leur imposait de très dures conditions. Avant de recevoir l'absolution sacramentelle, ils devaient se soumettre à de très longues épreuves, jugées indispensables pour qu'on pût s'assurer de leur ferme propos.

Gombien qui, chose incroyable ! ayant commencé leur confession depuis cinq et même huit ans, la renouvelaient, chaque année, ou

(i) Cf. Décréta III. et R. iî. D. D. Caroli-Fort. De Mazenod, episcopi massiliensis, in-8°, Marseille, i833, \). 5-G. Ces décrets, pronuilguts au nom de Mi;r Charles- Fortuné de Mazenod, étaient, de l'avis de tous, l'œuvre de son neveu, qui, en réalité, administrait le diocèse, l'oncle ayant plus de quatre-vingt-trois ans.

26o I. EXTENSION EN FRANCE

chaque mois, et n'obtenaient pas l'absolution, même au temps pascal ! Et ces faits se produisaient, non seulement dans les paroisses, mais aussi dans les collèges ecclésiastiques et les petits séminaires!...

S'en étonnera-t-on ? La plupart, eflVavés et découragés par taiil d'obstacles accumulés devant leur bonne volonté, ne se conlessaient plus. La terreur glaçait les âmes ; les cœurs se fermaient à l'amour. Si quelques-uns, par habitude ou convenance, s'approchaient, parfois, des saci'ements, c'était pour entasser sacrilèges sur sacrilèges, car, dans la méthode suivie par les directeurs de leurs consciences, rien qui favorisât leurs pénibles aveux.

Ces guides aveugles parlaient constamment de la justice inexorable du Seigneur ; jamais de ses miséricordes. La peur ! toujours la peur ! voilà quel était, d'après eux, le grand levier.

Afin de purifier les âmes, rien de si efficace, pensaient-ils. que de leur rendre presque impossible le Ijain salutaire de la pénitence, institué, cependant, pour les laver de leurs souillures. Rien de mieux, surtout, que de les écarter le plus possible de l'Eucharistie, source inépuisable de grâces et de vie surnaturelle. Ne faudrait-il pas, pour communier dignement, une pureté supérieure à celle des anges? Et, à leur profonde stupéfaction, ils ne trouvaient point parmi les hommes cette perfection éminente que les anges eux-mêmes ne possèdent pas !

La sainte Table était donc désertée, plus encore que le Tribunal de la pénitence.

Si les confesseurs encourageaient peu les pénitents, les évéques encourageaient moins encore les confesseurs. Comme si ce n'était pas assez de tout ce rigorisme pour paralyser l'action des prêtres et annihiler en pratique la puissance immense que leur a donnée Jésus-Christ, les évéques resserraient soigneusement la juridiction par une iiiullitude de cas réservés. Ces l'cstrictions de tous genres constituaient «omme un étau, entre les branches duquel il était à peu [)rès im[tossil)le de se mouvoir.

Leur nombre toujours croissant, joint à l'inexactitude des termes dont on se servait pour les ex[)rimer. rendait incertains les pouvoirs octroyés i»ar la munificence épiscopale. Il fallait, à chaque instant, s'arrêter, réfléchir, discutei", subliliseï-. pour aboutir finalement au df)ute : vi-ai dédale à travers lequel les plus habiles si' [)erdaient. tandis (jue le démon continuait tranquillement à pêcher en eau trouble.

"Les principes de Mgr Miollis en théologie morale.

C'était, cependant, un saint, ce Mgr Miollis. dont nous avons déjà parlé.

Sa promotion au siège de Digne, si humaine qu'elle parût dans ses causes visibles, avait fait, néanmoins, ressortir davantage son incontestable vertu et le coté surnaturel de son caractère.

Son frère, général de division, avait obtenu, en i8o5, le commandement des troupes françaises dans le nord de l'Italie. Quatre ans plus tard, il devait tristement s'illustrer, en conduisant à Rome le corps d'expédition chargé de détrôner Pie VII.

Depuis longtemps, Napoléon le savait capable de tout pour lui plaire. Aussi lui accorda-t-il de nombreuses faveurs, non seulement pour lui, mais pour les membres de sa famille.

Un jour, il lui dit :

— As-tu quelque parent, qui n'ait rien reçu de moi ?

— Oui, sire !

— Qui donc ?

— J'ai encore un frère. Il est curé : mais si peu intelligent et si peu instruit, que je ne sais vraiment pas ce qu'on pourrait en faire !...

— J'en ferai un évêque, repartit l'empereur.

Napoléon était sans scrupule sur le choix des sujets qu'il présentait pour l'épiscopat. Dans les propositions qu'il adressait au Souverain Pontife, il ne s'inquiétait nullement des intérêts de l'Eglise. Ce qui le préoccupait uniquement, c'était le succès de sa politique.

Dans le courant du mois de septembre i8o5, labbé Miollis eut donc communication officielle d'un décret impérial le nommant à l'évêché de Digne, alors très considérable, car il comprenait les deux départements des Basses et Hautes- Alpes.

Cette élévation inattendue surprit chacun, et l'étonna lui-même plus que personne. Prêtre vertueux, il était trop persuadé de son infériorité intellectuelle, pour ne pas sentir que l'épiscopat serait pour lui un fardeau tro[) pesant.

Très perplexe, et ne voulant pas perdre son âme en assumant cette lourde responsabilité, si Dieu ne l'y appelait i>as, il résolut d'aller consulter M. Emery, supérieur général de Saint-Sulpice.

Après l'avoir écouté quelques instants, le vénérable vieillard, reconnaissant en lui un homme dont l'incapacité lui semblait notoire, répondit avec une vivacité qui n'était pas dans ses habitudes :

— Oh ! non. Monsieur l'abbé ! non, non ! n'acceptez [)as !

262 l'extension en fuance

— Très bien, Monsieur le Supérieur ; dans ce cas, je refuse. Le visiteur remercia i)oliment. salua et partit.

Frappé de l'humilité avec laquelle ce bon prêtre venait d'acquiescer si ])romptement à cette sentence, que d'autres auraient repoussée avec indignation, M. Einery ne put s'empêcher de l'opposer, dans sa pensée, à l'orgueil et à l'ambition de tant de candidats si peu recommandables, qui encombraient les antichambres ministérielles, pour arrachera l'empereur, à force de servilisme, une nomination à quelque évêché vacant.

Ce prêtre simple, mais certainement vertueux, n'accomplirait-il pas plus de bien, auprès des populations des montagnes, que ces intrigants, plus érudits, mais moins animés que lui de l'esprit ecclésiastique ?

Se ravisant aussitôt, M. Émery se leva précipitamment, et courut à la poursuite de l'abbé MioUis.

Celui-ci, descendu jusqu'au rez-de-chaussée, avait déjà le pied sur le seuil de la porte de sortie.

Du haut de l'escalier, M. Émery lui cria :

— Acceptez, Monsieur l'abbé ! acceptez !

— Très bien, Monsieur le Supérieur ; dans ce cas, j'accepte. Ainsi fut fait.

Sacré à Paris, dans la chapelle des Missions Etrangères, le i3 avril i8o6, par le cardinal Gaprara, légat du Pape, il prit possession de son siège, le i*"' juin de la même année.

Evêque, il ne changea rien à ses habitudes : simple, familier, charitable, original, rustique même dans son langage et ses manières, il eut vite gagné le cœur des gens de la montagne. Sa bonté y resta proverbiale.

Mais, malgré ses vertus [»atriarcales. il nélait pas lioiniiu' de doctrine. Or, pour un évêque, c'est une lacune infiniment regrettable. Rien n'y supplée.

L'évêque est pasteur. Il doit guider son troupeau dans le chemin de la vérité, sous la claire lumière de Dieu. Comment oublier les terribles paroles de l'I'lvangile : « Si un aveugle coiuliiil un autre aveugle, ils tombc^nt tous deux dans l'abime ! »

La piété nt' remplace pas la science, sauf de liés rai-es exceptions nn-nagées par le Seigneur, afin de inanil'ester extraordinaircnn'iit ]pai' des miracles la puissance de son bras. Mais, en dtdiors de c»'s pt'odiges de la grAce. les saints (|ui ont cliarge dànies. s'ils se trompent, sont d autant pins i-edoulables, que leui" pieti- conlere plus dauloiite à leurs

erreurs. Il en résulte pour leurs ouailles un plus grand danger de s'égarer.

Mgr Miollis donc manquait de cette qualité maîtresse qui lui eût été nécessaire pour corriger les idées fausses dont son clergé était imbu. Incapable de réformer ses prêtres sur ce point si important, il subit plutôt leur influence et adopta leurs principes. Lui-même, d'ailleurs, n'avait-il pas grandi dans ce milieu.

D'une générosité sans pareille pour les pauvres qui lui demandaient l'aumône, il usait, à l'égard des pécheurs, de toutes les rigueurs inflexibles du jansénisme gallican;... et, cela, avec les intentions les plus droites;... pour les intérêts éternels de ces malheureux;... pour assurer, disait-il, la solidité de leur conversion.

Gomme il était personnellement très vertueux, et qu'il croyait bien agir, rien ne pouvait le détourner de ces pratiques funestes, qui réjouissaient l'infernal ennemi des âmes, et fermaient le ciel à tant de chrétiens. Il apportait à l'application de cette méthode désastreuse la même ténacité et l'invincible persévérance qu'il eût mises à combattre les scandales les plus révoltants.

Ami des Oblats et leur protecteur, il gêna l'exercice de leur ministère, beaucoup plus que ne le firent jamais les impies et les libertins, irrités par leurs prédications.

Il ne leur accordait que des pouvoirs très restreints, même et surtout pour la confession des hommes. Ces pouvoirs, en outre, n'étaient pas pour toute la durée de la mission, mais pour quelques jours seulement. Il fallait que les grâces de conversion vinssent du ciel au moment prescrit par l'évêque. Si elles arrivaient avant, ou après, et que les pécheurs demandassent avec larmes à se confesser, c'était tant pis pour eux : ils ne trouvaient plus de confesseurs ; ou, du moins, les Missionnaires qui étaient là, n'avaient plus la faculté de les entendre. Seul le curé pouvait les absoudre.

Mais, combien qui, pour mille raisons, ne voulaient pas s'adresser au curé de leur paroisse, dont ils connaissaient les défauts ! N'importe, c'est au curé qu'il fallait aller. La plupart ne pouvaient s'y résoudre, et les fruits de la mission étaient perdus en majeure partie.

Tout saint qu'il était, cet évêque n'avait jamais ni coini)ris, ni admis une des vérités les plus fondamentales en spiritualité, à savoir que la liberté du pénitent dans le choix du confesseur est de première nécessité pour le salut des âmes. Telle fut toujours la règle, d'après les traditions de l'Kglise romaine. Le prélat ignorait ces traditions ; mais, les eùt-il connues, il n'en aurait tenu aucun compte. L'église gallicane n'avait-elle pas le droit de s'en afli*aiichir ?

264 l'extension en FRANCE

A ces coutumes si sages il préférait, de beaucoui). l'emploi de moyens bizarres, ridicules même. Quand, par exemple, il confia aux Oblats le soin de donner la mission dans sa cathédrale, il leur commanda de suivre la procession d'ouverture, les yeux constamment baissés et les bras croisés sur la poitrine.

— Ainsi, leur disait-il. vous inspirerez à toute la ville une haute idée de votre sainteté, et vous assurerez le succès de vos prédications.

Malgré l'étrangeté de l'ordre, ils s'y conformèrent pour ne pas contrarier inutilement un vieillard de soixante-seize ans. Us lutteraient pour des matières plus essentielles.

§ 3 "Le dédale des cas réservés.

L'occasionne tarda pas.

Le prélat leur avait indiqué une paroisse à évangéliser. Après une longue chevauchée à travers les Alpes, ils y arrivent, accablés de fatigue, peu avant le moment fixé pour l'ouverture. Parfaitement accueillis par le curé, ils reçoivent de lui leurs feuilles de pouvoirs, expédiées par l'évèché sous pli cacheté.

Ces feuilles contenaient une multitude de réserves, affectant des cas se rencontrant très souvent au cours des travaux apostoliques. Les Missionnaires devaient renvoyer à d'autres confesseurs les buveurs, danseurs, danseuses, habitudinaires, usuriers, ceux qui prêtaient à intérêt, quel que fût le taux, etc., etc.

Comprenant, par un simple regard, combien ces restrictions étaient humiliantes poin* eux et décourageantes pour les pécheurs qu'elles obligeaient à de pénibles démarches, le V. (luibert, sadressant au curé, lui dit :

— Nous ne sommes pas venus ici pour confesser les dévotes. Puisqu'on nous refuse les pécheurs, notre ministère est inutile, et la mission est terminée. Faites seller nos chevaux. Nous reparlons à l'instant.

Les cloches, cependant, avaient déjà sonné l'exercice du soir. De tous cùtt's. la population se ren<lait à léglise. Ia* curé se désole. Quelle allaire, si les Missionnaires s'en vont si pi'écipilammenl. après qu'on les a déjà apei'vus ! (hie tic jugiMncnls léiui'raircs ! VX (pic de conmicntaires malvcillanls pour lui!... ( )n racciiscra tl'i'lrc la caust' de rr d<''parl int('mi)estif... VA pour qu(d molif a-t-il lionteusenicnt cliass»' les prédicateurs? .. .lalousic ?... A varice ".'... (Jiie sais-je ?... L'imagination est vive, même <lans les Alpes.

In clicval <"<t srllt- ; mais (•"«•si pour le \ieaire.

En toute hâte le curé le dépèche à Digne, réclamer une extension de pouvoirs en laveur des Missionnaires. Ceux-ci promettent d'attendre jusqu'à son retour. Mais si la réponse est négative, ils seront inflexibles dans leur résolution. Ils laisseront le pays aussitôt, et la mission n'aura jjas lieu.

Le vicaire s'élance avec la rapidité de la flèche, et galope toute la nuit. A l'aurore, il arpente les rues de Digne. Mgr Miollis était encore au lit. Le prêtre insiste, néanmoins, pour le voir. Ce n'est pas sans peine qu'il obtient que la porte sentre-bâille. Après quelques phrases d'excuses sur le dérangement infligé bien involontairement à Sa Grandeur, à cette heure matinale, il expose sa requête.

Du fond de l'alcôve, une voix irritée, lui ci'ie :

— Qiiod scripsi, scripsi ! Non, non ! Il n'y a rien à changer aux mesures si sages que j'ai prises.

— Mais, Monseigneur. . .

— Non, non ! vous dis-je. Je trouve fort mal que vous insistiez ! Un jeune prêtre comme vous doit respecter davantage les prescrij)tions de son évêque.

Le refus était trop catégorique, pour que de nouvelles supplications eussent chance d'être exaucées.

Tristement, le messager déconfit descendait l'escalier de la maison épiscopale, quand il croisa un grand vicaire. Il lui raconte sa mésaventure et le cruel embarras du curé,

— Quoi ! ce n'est que cela? répond le dignitaire en souriant. Dites aux Missionnaires que je leur accorde les pouvoirs les plus étendus. Qu'ils confessent à leur aise, et fassent tout le bien possible.

Les canonistes se demanderont probablement ce que valait la décision d'un vicaire général conférant des pouvoirs quil savait refusés formellement par son évêque.

C'est un exemple, entre mille, des pieuses tracasseries suscitées par un vieillard, qui croyait faire chose très agréable à Dieu, en multipliant les obstacles devant les pécheurs désireux de s'amender.

Dans une autre circonstance, ce fut bien pire encore.

Les feuilles de pouvoirs portaient, d'abord, la défense absolue de confesser les habitants des paroisses environnantes, (jui assistei-aient aux exercices.

— On les renverra, commandait l'évêqne, à leurs curés respectifs. C'est le moyen de faire taire les prêtres voisins d'un lieu où se donne une mission, se plaignant sans cesse que les Missionnaires reçoivent tout, et absolvent tout, sans o^ard aux vrais principes.

266 l'extension en FRANCE

Ces « vrais principes » invoqués par les curés jansénistes, exigeaient qu'il s'écoulât plusieurs mois, au moins, entre le moment où un ])écheur avouait ses fautes, et celui où on lui conférait l'absolution. Il ne fallait rien moins que celte longue épreuve pour tranquilliser la conscience île ces rigoristes, quand ils se décidaient, après d'interminables hésitations, à prononcer, enfin, le Ego te absolvo ! Jamais avare ne soupira davantage avant de se dessaisir d'un trésor.

Les missions ne durant que quelques semaines, les prédicateurs, d'après ces « vrais principes », ne devaient évidemment absoudre aucun des pécheurs qu'ils convertissaient, mais laisser ce soin « aux curés respectifs », longtemps après leur départ.

Autant valait installer le diable au confessionnal, pendant et après les missions. On serait bien sur, alors, que l'absolution ne serait pas prodiguée ! loin de là !

Tels étaient les « vrais principes », dont les Missionnaires avaient l'inconcevable hardiesse de s'écarter. Aussi le saint Mgr Miollis, gardien incorruptible de la saine morale, ne manquait-il pas de les leur rappeler. A la mission dont nous parlons, il leur expédia des feuilles de pouvoirs « très étendus », affirmait-il, mais exceptant les danseurs, danseuses, buveurs, contrebandiers, fraudeurs d'imi)ôts, récidivistes, consuétudinaires, usuriers, ceux surtout cjui n'avaient [)as fait leurs pàques, et qui, d'après les prescriptions conciliaires interprétées à la façon janséniste, n'avaient le droit de se confesser qu'à leurs propres curés, etc., etc.

Comme l'observait si justement le P. Guibert. il ne restait aux Missionnaires que les dévotes... et encore !... Ce devaient être des oiseaux rares, vu que la fréquentation des sacrements était chose inou'ie dans ces contrées.

En outre, ces fameuses feuilles de pouvoirs, après avoir énuiiiéré une multitude de cas réservés. [)osaient deux et cd'tera. qui laissaient dans le vague le plus absolu au sujet des limites de la juridiclion. ces deux et c(Ptera ne désignant pas plus nettement les classes de pécheurs auxquels ils s'ap[)liquaient. dans la pensée de l'évètjue.

La conclusion de cet écrit remarquable était digne des piiulcntes mesures qu'il énonçait :

— IJénissez le Père des miséricordes de ce (]u'il m'a inspiré de restreimlrc ainsi vos pouvoirs, afin «U' vous allig«'r le lardcau duiii' l<;iir(lc r<'S|t<)nsabiliti''.

1 )c la part d'un tout autre personnage, cette phras«> aurait jiaru <1 une sanglante ironie ; uiais jamais s«-ntiuu-nt »le ce genre n'entra dans 1 esprit ilu (i<'li(iiinaire vieillard. Ces règletnents s»' distinguaient. sel«»n

lui, par une incontestable sagesse, fruit d'une longue expérience et de mûres réflexions.

Arrivées plusieurs jours après l'ouverture des exercices, ces feuilles officielles neutralisaient complètement une lettre précédente renfermant les plus mirifiques promesses. Comptant sur ces assurances, les Missionnaires s'étaient mis au travail, pleins d'ardeur. Déjà un élan extra<jrdinaire se produisait, et tout marchait à merveille.

Les populations des paroisses environnantes accouraient de deux à trois lieues à la ronde, curés en tète. Les confessionnaux étaient assiégés du matin au soir. Après avoir commencé des centaines de confessions, les Missionnaires allaient être contraints de déclarer à ces pécheurs repentants, quand ils reviendraient pour recevoir l'absolution, que leurs pouvoirs leur étaient pratiquement enlevés, et que les confessions devaient être renouvelées devant « les curés respectifs ».

Le P. Guibert répondit à lévêque que les Missionnaires bénissaient certainement le Père des miséricordes de leur avoir ainsi allégé le fardeau d'une si lourde responsabilité, mais qu'ils gémissaient profondément sur le sort de tant de malheureux, qui se seraient confessés, et qui ne se confesseraient pas, vu leur répugnance invincible à faire à leurs curés, qu'ils connaissaient de trop près, une confession remontant à dix, quinze et vingt ans en arrière.

De leur côté, ces prêtres n'étaient pas sans inquiétude... Ils craignaient que le peuple ne se soulevât contre eux, les accusant d'avoir eux-mêmes provoqué ce retrait de pouvoirs.

Un des leurs est envoyé à Digne : il revient, sans avoir rien obtenu. Le curé-doyen se décide, alors, à se mettre en route.

Du plus loin que l'évêque l'aperçoit, devinant le motif qui l'amène, il lui crie :

— Inutile, mon cher curé ! inutile ! Ce qui est écrit, est écrit ! Relatant ces événements à son Supérieur général, le P. Guibert

disait :

— Cette fois, le diable a triomphé !... Que de pécheurs étaient en voie de conversion!... Depuis la mission que vous avez donnée dans les environs, il y a plusieurs anuées, les danses, même dans cette paroisse, étaient complètement abolies. Cette année seulement, grâce à l'extrême sévérité des prêtres, il y avait eu une débâcle... Mais ces pauvres gens étaient bien repentants. Ils versaient des larmes amères, étaient disposés à ne plus retourner à ces divertissements coupables, et notre mission aurait, sans doute, réparé la brèche que le démon venait de faire... Mais la sng-esse de l'évêque s'y est opposée !...

Dans l'occurrence, cette transcendante sagesse de l'évêque avait quelque peu été inspirée par les prêtres des environs.

Voici, en ellet, le plan de bataille élaboré par les rusés stratégistes de l'endroit :

— Ne confessons pas ces danseurs et danseuses ; empêchons également les Missionnaires de les confesser : ils seront bien obligés de se convertir !

Moins aveuglés par le rigorisme janséniste, ces faux docteui's eussent raisonné fort dideremment :

— La mission avait détruit la danse. Après plusieurs années ilamélioration, l'abus ayant recommencé, recourons au même moyen pour la détruire encore.

Lévêque n'avait que trop écouté ces prêtres. II avait spécifié que l'absolution des danseurs et danseuses était un cas réservé à leurs curés respectifs. Ces criminels ne pourraient même pas aller se confesser aux curés voisins. Seul leur propre pasteur avait qualité pour les absoudre.

— Avec les meilleures intentions du monde, ce bon évêque fait beaucoup rire le diable, écrivait le P. Guil)ert. Je vous assure ([ue, Tannée prochaine, les bals seront brillants. Si, au moins, il avait accordé une exception pour ceux qui sont dans riuil)ituile du sacrilège, et qui voulaient profiter des confesseurs extraordinaires que la Providence leur envoyait !...

L'évêque avait signifié aussi que ces pouvoirs, déjà si restreints, ne s'étendaient, cependant, qu'aux habitants et r/om/c//?Vs dans la paroisse.

— Nous avons, concluait le P. Guibert, des personnes étrangères qui passent six mois ici, comme domesticiues ; d'autres d'ici vont passer six mois dehors. Ces gens-là sont-ils domiciliés?... et autres cas semblal)les !... C'est pitoyable ! Il n'est i>as permis d'ignorer ce ]>rincipe de théologie que la juridiction alfccte le confesseur, et non le pénitent. Ici. les choses vont en sens inverse !... Il inc larde de (luillcr ee p:iys d'où le sens commun est exilé !... (^eltc aniié-e, les danses nont [las beau jeu. Dans le diocèse de Ga[), il s'est i-encontré des curés tirant des coups de fusil sur les masijues et brisant les violons. Dans celui de Digne, on lance des foudres non moins formidables... Si. i anm»' prochaine, on danse encore. <e ne sera pas la faute des piètres, ni des

<'vê(|ues...

Le plaidoyer du P. Guihcrt.

A la clôture <Ie <-ette mission épi(jue. le V. (iuiltcrl eiixuva un r;i[»port a Mgr- Miollis. eu son nom cl en c«'lui de ses confrères. Il lui

exposa le succès qu'avait eu la mission, et celui beaucoup plus gi^and qu'elle aurait pu avoir, sans ces entraves mises à leur zèle.

Au cours de sa narration, il lui donnait indirectement une leçon de science ecclésiastique :

— J'ignore quelles sont les conditions requises pour acquérir le domicile suffisant pour être absous, et je n'ai pu découvrir nulle part la solution de cette question, aucun théologien ne lavant traitée.

Ensuite, il traçait le tableau de ces ])auvres pécheurs, venant inutilement à tous les moments du jour, les larmes aux yeux, implorer le pardon des fautes dont ils avaient fait déjà le pénible aveu.

L'évêque n'avait pas caché que le principal motif de ces restrictions odieuses, était le désir d'imposer silence aux prêtres prétendant que les Missionnaires absolvent tout, contrairement aux vrais principes. Relevant cette allégation, le malicieux P. Guibert enfermait le prélat dans ce respectueux dilemme :

— Ou ^'otre Grandeur partage l'opinion de ces prêtres, et, alors, on ne comprendrait pas pourquoi Elle aurait attiré dans son diocèse des ouvriers qu'EUe croirait indignes de sa confiance ;... ou ^'otre Grandeur est dans un sentiment opposé, et, alors, on ne comprend pas, non plus, comment Elle a consenti à sacrifier le bien des âmes à une injuste prévention. .

Après avoir décoché cette flèche de Parthe, il demandait, en finissant, si quelques égards n'étaient pas dus aux Missionnaires qui. appelés par le prélat, n'avaient cherché qu'à lui plaire, en travaillant à la conversion de ses diocésains :

— Je me serais abstenu de cette dernière réflexion. Monseigneur, si j'avais été seul... Je me crois digne des plus grandes humiliations : mais la charité ne me permet pas de porter le même jugement de mes confrères.

Malgré quelques bonnes vérités articulées assez clairement, cette lettre était modérée. Si elle protestait noblement contre une mesure absurde, elle ])laidait surtout la cause des [>écheurs repentants, et elle s'adressait à un saint homme, dont le premier devoir était de répandre, sur le peuple confié à sa sollicitude pastorale, les bienfaits de la divine miséricorde.

Les erreurs de l'esprit sont difficiles à redresser, chez les vieillards plus encore que chez les autres. On ne change guère à cet âge.

Non seulement, après cette lettre, Mgr Miollis ne fut pas enclin à plus de condescendance envers les pécheurs, lui dont le cœur était pourtant si aflable ; mais il la trouva, selon ses expressions mêmes.

i/kxtexsiox en fuaxce

« inconvenante, passablement insolente, et terminée à peu près avec impertinence ».

Il la renvoya au futur cardinal-archevêque de Paris, avec ces paroles qui blessent autant lu grammaire que le bon sens :

— Je ne l'ai pas montrée à mon conseil i>our ne point vous entacher, et vous faire censurer, ce qui n'aurait pas manque ! C'est aux pieds de Jésus-Christ que j'ai restreint vos pouvoirs... Les résolutions épiscopales, prises dans leur conseil, et appuyées par des raisons dun très grand poids, doivent être reçues comme venant de Dieu!... Absoudre la jeunesse qui danse, les derniers jours avant le Carême î Hélas ! la chose eût été désapprouvée par leurs anges tutélaires !...

Quant au domicile nécessaire pour être absous, l'évêque déclarait que trois semaines suffisaient à son acquisition :

— Monsieur le Curé aurait dû écrire, et l'on eût répondu favorablement.

Or, plus de dix lettres lui avaient été expédiées. En outre, deux prêtres s'étaient rendus exprès à Digne pour réclamer des éclaircissements.

Mais le bon Mgr Miollis traçait ces lignes ah irato. Dans sa colère sénile. il avait oublié jusqu'au nom du P. Guibert qu'il connaissait parfaitement, et qui, à ce moment, on ne sait trop pourquoi, devenait le « P. Reynier ».

En post-scriptum. il lui glissait cette charitable observation :

— Je ne comprends pas comment vous puissiez monter à l'autel, a^îrès avoir lâché un véritable brûlot contre l'évêque diocésain et le vouloir comme fouler sous les pieds!... Je vous pardonne. Sachez que je n'ai fait que mon devoir.

Communiquant les pièces du débat à son Supérieur généraU le P. Guibert disait :

— Cette réponse n'est pas du style épiscopal. Quelque désagréable qu'elle soit, je ne me repens pas d'avoir laïué mon hrùlol. comme le nomme l'évêque. Sa Grandeur convient <pic ses décisions ont eu des conséquences funestes.

A la suite de ces pénibles incidents, Mgr Miollis, scandalisé de voii- a[)pn(iuer les principes <le la Théologie morale de saint Alphonse, (juil jugeait extrêmement relAchéc, essaya de détourner ses diocésains de la pensée d'entrer dans la (Congrégation.

In chanoine, ti'ès di-voui- au l-"on<lateui-. lui écrivait à ce propo-^ :

— Si notre chei- «'-vèipie éloigne, ou voudiail «loigut r de Nolro Société si utile à l'Église, des sujets <|uc l)i<ii y appelle, ne Vdus

en inquiétez pas. Vous le savez : il est rustica gens. Vous en aurez, malgré ses oppositions. Le supérieur du g-rand séminaire de Digne, avec lequel j'ai passé quelques jours, au Laus, ne pense pas comme lui. Vous méritez que Celui qui, des pierres du chemin, peut susciter des enfants d'Abraham, augmente le nombre de vos fîls... Le vif intérêt que je prends à l'importante famille religieuse dont vous êtes le Père, me pousse à contribuer, dans la mesure de mes moyens, à son développement et à sa prospérité.

Les conversions dans le clergé.

Tout en travaillant au salut des ouailles, les Oblats s'efTorçaient d'amener leurs pasteurs à l'emploi de méthodes moins rigides, en ce qui concernait l'administration des sacrements.

Après avoir prêché aux fidèles dans l'église, ils prêchaient aux prêtres, dans le presbytère, en conversations, à table, en toute occasion. Ils justifiaient leur conduite par les exemples, les enseignements et les succès apostoliques de saint Alphonse, de saint Léonard de Port-Maurice, de saint Charles Borromée, etc.

— Pendant les repas, écrivait le P. Guibert, mes confrères poussent toujours la botte sur les matières théologiques, et mettent souvent au sac leurs adversaires.

Incapables d'échapper à la vigueur de leur dialectique, les rigoristes obstinés étaient contraints de dire pour toute défense ou excuse personnelle :

— Vous autres, Missionnaires, vous vous trouvez dans un état de choses exceptionnel, et vous pouvez absoudre plus facilement que nous.

— Eh bien ! alors, laissez-nous absoudre...

Cet aveu de leur part était une demi- victoire de la saine doctrine sur les errements séculaires. On forçait ainsi les grincheux à ne pas jeter les hauts cris pour une prétendue facilité, qui, au fond, était plus exigeante que leur rigorisme.

Mais les Missionnaires ne se contentaient pas de ce premier avantage, et ils insistaient :

— Le bienheureux Alphonse de Liguori est au ciel. C'est certain. L' Eglise la proclamé. Il a passé la moitié de sa vie au confessionnal, où il s'est sanctifié. Or, il nous apprend lui-même que sa Théologie n'est que le résultat de quarante ans d'expérience. Comment donc cette Morale qui a sanctifié le bienheureux Alphonse, pourrail-elle être suspecte ?

A cela, rien à répondre.

— Mais, continuaient les argumenlateurs iiiiitiloyuhles, Bailly, Antoine, Janst'nius sont-ils au ciel ? Qu'en sait-on ? Peut-être sontils damnés, et précisément à cause de leur Théoloj^ie. A'ous ne le cToye/. jias : ni nous, non ])lus : mais quelle preuve en apport(M*iez-vous ? Pourquoi donc- préférer leur 'riiéoloji^ie à celle que le Saint-Siège recommande? Il aflirnie qu'on peut la suivre, sans ci-aintr de s'égarer. Avez-vous la même certitude pour la leur?

Ici encore, point de réponse.

— Voyez les elTets de ce rigorisme. Il éloigne invinciblement les âmes du confessionnal. Kntre les confesseurs l'elàcliés qui profanent le sacrement de pénitence, et les confesseurs trop sévères qui le l'cndent inutile, il est un juste milieu que la sagesse indique, et que nous enseignent les auteurs accrédités auprès du Saint-Siège. C'est la règle que suivent également les confesseurs les plus éclaii-és et les plus pieux de la Mlle éternelle. Nous sommes donc en bonne com])agnie.

(ùes raisonnements impressionnaient curés et vicaires. Peu à peu. le nomlire des opposants diminuait.

§6 Mgr Artaud et ses préjugés gallicans.

Avec Mgr Arbaud, évoque de Gap, la lutte contre le jansénisme et le rigorisme revêtit un caractère particulier d'acuité.

On ne pouvait pas dire de lui, comme de Mgr MioUis. cpie la science lui Miancpuit. Ancien professeur de Thi-ologie doginati<pit' et d'ilcritiu'e Sainte au graml séminaire de Digne, puis vicaire gt'iK'ral de ce diocèse, il ('tait hoimne d éluile. mais aussi gallican de la ]>liis belle eau.

Sa nomination à lévêclié de (îap n'avait pas <'-té I)ien agréée par les prêti-es de ce diocèse, pi'écédemnieul uni à celui de Digne. Le connaissant, ils ne lui étaient pas s\ ini>alln((ues. ( )n le savait très susce[)tible sur les droits de son autorité, souiiçonneux et peu indulgent.

Quel({ues i>rofesseui'S de son séminaire ayant nuintre des len«lances vdtramonlaines, furent remplacés pai- d'autres, charges d'enseigner les (juatre articles s(diismali(pies de la diclaration du clergi- de l'iauce. de U\H'2.

h'i"(jid. inexoiMble. sous les l'ornies polies d«'s relatiiuis adininisti-atives. il devait l'aire souHVir les Missionnaires iuccuupai ableuicut plu- <pie Mgr Miollis.

Malgré son estime poiu' les ( )b|;ils. cl le plaisir qu'il a\ait eu «le les voir arriv«'r au Laus. il ne tarda pas à coniexoir ilc la dcliame envers

eux, à cause de leur fidélité aux doctrines romaines et aux principes théologiques de saint Alphonse de Liguori.

Ce fut l'origine d'une lutte obstinée que le prélat engagea avec eux, soutint jusqu'à sa mort, sans trêve ni merci, et dont il laissa la continuation, comme un héritage, à ses successeurs. Mgr Arbaud était un de ces hommes qui ne désarment plus, dès qu'ils ont pris parti contre quelqu'un.

La révolution de i83o ayant suspendu, pour un temps, la prédication des missions, il crut l'occasion bonne pour détruire, autant que cela dépendait de lui, la Congrégation des Oblats. N'ayant pu, en 1826, empêcher le Souverain Pontife de l'approuver, il s'était promis une revanche, et avait, d'abord, semé secrètement les obstacles pour tarir son recrutement.

Non content de cette tactique, trop lente, à son gré, il manifesta publiquement ses intentions hostiles, en i832, dans une circulaire à son clergé :

— Inutile d'observer, disait-il, que, dans un moment où l'on ne peut donner des missions, il faudrait des raisons difficiles à supposer, pour s'agréger à des Congrégations de Missionnaires.

Quoique le nom des Oblats ne fût pas prononcé, l'allusion était transparente. Un simple sentiment de reconnaissance élémentaire, pour tout le bien accompli dans son diocèse par eux avant la révolution de i83o, aurait dû lui interdire de mettre dans un écrit officiel une phrase de ce genre. N'était-ce pas exorbitant qu'un évêque profitât de la haine des sectaires contre les Congrégations religieuses, pour essayer de porter le coup de mort à l'une d'elles ?

A cause de la suppression momentanée des missions, les Oblats avaient consacré tous leurs soins au sanctuaire du Laus. Les pèlerins y revenaient, de plus en plus nombreux, et le ministère des chapelains produisait des fruits abondants.

Les choses ne pouvaient pas aller ainsi. C'eût été encore trop beau. L'évèque défendit donc aux chapelains de confesser, non seulement ceux qui n'avaient pas fait leurs pàques, et qui, d'après ses idées fausses, devaient nécessairement être renvoyés à leurs propres curés, mais, en outre, tous ceux qui ne seraient pas connus comme s'approchaiit de la sainte Table, au moins douze fois par an.

Suivant l'expression du P. Guibert. c'était les réduire à confesser uniquement les dévotes.

Le motif de cette mesure invraisemblable était toujours le môme :

— Mes curés se plaignent des absolutions données à leurs paroissiens. Ces plaintes me fatiguent.

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an^ i/exïension en France

Et, pour faire taire ces plaintes injustes, le prélat en est conduit à cette énormité : obliger les fidèles de son diocèse à se confesser, pour les pâques, à leurs curés respectifs.

Et l'évêque qui parlait ainsi, nétait, certes, pas un ignorant. Il n'ao-issait pas, non plus, sous l'impression d'une colère passagère. C'était un homme froid, maître de lui, ayant à cœur d'étaycr chacun de ses actes administratifs par des raisons suffisantes.

Pour corroborer sa prohibition, il invoquait le décret du IV' Concile œcuménique de Latran, en laiS, ordonnant aux fidèles de l'un et de l'autre sexe de s'adresser, pour la confession pascale, />ro/)riosace/'rfo/i; expression qu'il traduisait par ces mots : à leur propre curé.

C'était renouveler, par une mauvaise interprétation du texte conciliaire, une erreur déjà condamnée, depuis [)lus de cinq cents ans. i)ar le pape Jean XXII, dans sa Constitution Vas electionis, de i3uo, comme très préjudiciable au bien des âmes et contraire à la vérité ; in innitariim perniciem animariim... periculosam miiltiini, et veritalicontrariain (i). Ce pape avait donc expressément défendu, à nïmporte qui. (k* suivre cette opinion erronée.

A diverses reprises, cette condamnation et cette défense fuient réitérées, en termes formels, par Clément VIII, en iSqs, et Clément X, dans la Constitution Siiperna, du 21 juin 1670 (2).

Benoît XIV employa la dix-huitième de ses Institutions à montrer avec de nombreuses pièces à l'appui, aux([uelles il ajoutait tout le ]»()ids de son autorité, que i^av proprio sacerdoti, il faut entendre siiniilcincnt tout ])rctre approuvé (3).

Ancien professeur de dogme, Mgr Arbaud nignorait ni les Institutions de Benoît XIV, ni les décisions de Jean XXII, de Clément Vill et de Clément X. Mais, en vertu des fameuses libertés de léglise gallicane, il i)rétendait avoir le droit de se sousli-aire à l'obéissance due au A'icaire d<! Jésus-Christ,

Ainsi affranchi de cette sujétion gênante, il se lelouriiail avee uni' puissance sans bornes vers les lidèk^s soumis à sa juridiction, l'his sévère que Dieu etcpie rMglise universelle.il ehargeail tyiauniqueiuent leurs épaules d'un l"ard(*au extrémeincMl lourd, dont le ( liel lui-im-me les exonérait. Dieu h^u»* laissait le clioix du eoni'esseur : léNéque leur enlevait celte liberté indispensable, et les obligeait à recourir au lu-éli-e de son goftl. Quelle épouvantable responsabililé- ! Ne s'a|>ereevait-il

(1) iJerri'Ialfs. lirlrur., rom. 1. \', lil. III. I >r Ifri-fliris, c. ii. ('.('. <:nr/iiis Jiiris canonici, cdilion ["'riedluT;,', ■^ iii-lol., I.(i|)/.ij;, iSt<i. l. II. p. iji(i.

(u) Iliillariiini ruinanurn, j."» in-','. Turin. iS(»;7-iS-j. I. WIII, p. :>-.

{'i) nnuiil \l\ , O/irrit oimiiii, |S in-', '. l'ialit, i^<'<;(-iS',-. 1. \. p. -■i-'\.

PERSECUTIONS ADMIXISTUATIVES ajO

donc pas que son intransigeance multipliait les sacrilèges dans son diocèse et précipitait en enfer les âmes qui lui étaient confiées !

Voilà quelle était l'une des funestes conséquences du gallicanisme orgueilleux et despote : destruction de la primauté du Souverain Pontife ; pouvoir illimité de l'évèque sur ses diocésains, livrés sans recours possible à son absolue discrétion.

Le gallicanisme ne voulait pas du Pape établi par Jésus-Christ ; mais il en constituait lui-même autant quil y a d'évêques dans le monde entier. Ces gallicans ne secouaient le joug de Rome que pour mieux dominer et asservir les âmes.

Très habile à manier l'argument, Mgr Arbaud enveloppait ses erreurs de toutes les subtilités de la chicane famiUères aux sophistes.

Heureusement, il rencontra dans le jeune supérieur de Notre-Dame du Laus un redoutable adversaire, devant lequel, sans pourtant s'avouer vaincu (cette confession eût trop coûté à sa dignité froissée), il dut finalement battre en retraite.

Le P. Guibert tient tête à Mgr Arbaud et s'impose à lui par sa supériorité intellectuelle.

Au reçu de la stupéfiante lettre limitant à ceux qui communiaient au moins douze fois par an, ses pouvoirs de juridiction et ceux de ses confrères, le P. Guibert résolut de se rendre à Gap, pour répondre à l'évèque de vive voix.

— J'y portei'ai tout le calme possible, écrivait-il au P. de Mazenod; mais ma douceur et ma patience seraient j)rises pour de l'imbécillité, si je paraissais insensible à un procédé qu'il est impossil^le de qualifier.

La conférence se prolongea pendant deux heures.

Après avoir rappelé le bien considérable accompli par les Oblats dans le diocèse, le P. Guibert se plaignit qu'on les eût récompensés par un interdit aussi odieux, et cela, pour plaire à certains prêtres trop rigoristes, accusant les Missionnaires d'appliquer une morale relâchée.

— Si ces prêtres qui nous calomnient, persistent dans leur désastreuse méthode envers les pécheurs qu'ils traitent d'une manière barbare, ils n'auront bientôt plus un seul homme, dans leur paroisse, qui consente à se confesser. Notre ministère au Laus est un remède à leur ignorante sévérité.

Pour démontrer cette asserticni, le P. Guibert ne cacha point ([ue lui et ses confrères se conformaient généralcmenl aux solutions de saint Alplionse. L'évèque accueillit cette déclaration c-omme une sorte

aj6 l'extension en frange

de triomphe, qui. d'ailleurs, ne dura pas. Le P. Guibert apporta aussitôt, en faveur de cette Théologie, l'autorité des Sulpieiens si chère au prélat, et surtout l'approbation, récente alors, de la S. Pénitencerie, donl il lui leniil une copie, en le priant d'y jeter un coup d'œil.

— Oh ! rei)ai'tit négligennnent Mgr Arbaud, il ne me serait pas difficile d'en obtenir une semblable pour la Théologie d'Antoine et de Bailly !

— Je serais très curieux de la lire, répondit le P. Guibert en branlant la tête.

La discussion recommença plus serrée et plus pressante ; mais visiblement l'évèque perdait du terrain.

— J'avoue, finit-il par dire, qu'il y a, dans mon ordonnance, plusieurs choses impraticables.

— N'est-il pas ridicule de supposer, Monseigneur, qu'on arrive à nous, des extrémités du diocèse, uniquement pour décliner l'obligation de la confession pascale au curé ?

— En effet, ce n'est pas croyable.

— Ne serait-ce pas assez de restreindre l'interdit aux habitants des paroisses environnantes, qui sont plus exposés que d'autres à se présenter au Laus dans ce but ?

En suggérant finement ce mezzo termine, le P. Guibert savait fort bien que l'évèque ne l'accepterait pas, car c'eût été dévoiler ostensiblement au public ceux dont les plaintes étaient la cause du conllit qui touchait de si près les gens de toute condition.

— J y penserai. J'ai besoin de réfléchir encore. Je vois que les choses ne peuvent aller comme je les ai réglées. Je vous écrirai de nouveau.

— Que Votre Grandeur ne [)renne pas cette peine Dans cpielques jours, je reviendrai.

Si celte itreuiière entrevue n'avait pas donnt' au V. Ciuibcrt l;i victoire coui[tlète. elle lui avait procure-, du umins, une sorte daccahuie el lassuranci; d'un niodns vivcndi plus sui)p(»i'tal»l('. Il se proposait tic rct<nirMcr au combat. Pour ce niotit". il n'avait pas \ (nilii il une de ces lettres administratives si facih^s à rédiger dans le silence du cabiiid. et dans les([uelles Uîs uiesures les \\\\\^ di-aeoiiienues se glissent sou^ latticisme des phrases, il lutterait pied à pied, (pioiipie (il le devinait) Mgr Arbaud eût pn'dV-r»' n'avoir p;is ii sul)ir de nouveaux assaut- de sa part.

— .le lui soiiMiellrai, disait il 1111 1'. Martin ipiil avait accoiupagin'. une liste de eurt's don! nous renv errons ulisl i m nient les paroissiens, car

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