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CHAPITRE XII

Notre-Dame des Lumières

^terni luminis Mater.

Entre Avignon et Apt, près du village de Goult, est situé l'un des plus célèbres sanctuaires de la Sainte Vierge dans le Gomtat- Venaissin et les pays limitrophes.

Très fréquente pendant tout le moyen âge, il fut abandonné et presque entièrement détruit, à la suite des guerres de religion du xvr siècle.

Sans toiture et les murailles lézardées, il était envahi par le lierre et les broussailles, quand, au mois de septembre 1661, des lumières mystérieuses se montrèrent, pendant plusieurs nuits, sur ces débris informes d'un passé glorieux.

Au bruit de ce prodige, les populations environnantes accoururent en foule et furent témoins de ces faits absolument inexplicables, en dehors d'une intervention surnaturelle. De nombreux miracles manifestèrent aussi la volonté de la Reine du ciel d'être honorée en ce lieu, où elle avait multiplié autrefois, durant si longtemps, les grâces et les bénédictions.

L'édifice fut donc rebâti sur des proportions plus vastes, et, en 1697, solennellement inauguré par Mgr J.-B. de Sade dulNIazan. évéque de Gavaillon (i).

(i) Cf. R. P. Michel du Saint-Esprit, Commissaire général de la Rt-fornic des Carmes, Le saint pèlerinage de Xotre-Danie des Lumières, histoire contenant les commencements, les progrès, l'estat et les miracles de l'admirable dévotion de la sainte chapelle de Goult. en Provence, éresclié de Cavaillon, in-12, Lyon, lOdG. Dédié à la reine de France, Marie-Tiiérèse d'Aulriclie, femme de Louis XIV, ec livre débute par une longue « Epistre dédicatoire de rauleur ;i Sa Majestt'. » et se présente muni de très sérieuses approbations, enlre autres celles du tiiéologal de Lyon, des docteurs de Sorbonne, du provincial des Carmes, dn général du même Ordre et du vicaire capitulaire de Cavaillon, sede vacanic. Vn exemplaire de cet ouvrage, devenu très rare de nos jours, se conserve à la HibliotlK(|iie nationale de Paris, où nous avons pu en faire une élude attentive. 11 est daulaiit plus précieux, qvie l'auteur est contemporain des é'V(''nenu'nts, et raconte un j^raïul nombre de prodiges opérés de i(')(i3 à lOGG, dont il fut, le plus souvent, l('moin oculaire. L'intervention céleste était si frappante que beaucoup de [jrolestants du voisinage se convertirent. Un des chapitres les plus intéressants est celui <pii renferme une dissertation, très développée et très approfondie, sur les lumières merveilleuses aperc^ues, à diverses reprises, par la foule entière. L'écrivain démontre péremptoirement que ces

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Pendant plus de cent ans, jusqu'à la Révolution, la g-arde en fut confire aux Carmes. L'église et le couvent, vendus, alors, comme biens nationaux, passèrent par les mains de divers acquéreurs, puis, à la restauration du culte, devinrent la propriété des Trappistes.

Aussitôt les pèlerins reparurent ; mais les expansions de la piété, parfois un peu trop bruyantes, des populations méridionales, troublaient beaucoup le silence perpétuel qui doit régner dans un cloître. Désireux de retrouver le calme et la solitude qu'ils aiment dans leurs monastères, les Trappistes, sur les instances pressantes do Mgr Du Pont, ai'chevéque d'Avignon, offrirent à Mgr d'Icosie, vers la fin de l'année i836, d'acheter cet immeuble, avec ses dépendances, et d'y installer une de ses communautés.

Cette proposition fut agréée, et le contrat conclu dans le courant du mois de janvier 1887. N'était-ce point la Vierge Immaculée qui successivement appelait ses Oblats à desservir ses sanctuaires ? Dans I)lusieurs, déjà, ils Rivaient eu le bonheur de faire refleurir sa dévotion. Dans combien d'autres ne devaient-ils pas encore travailler au même but!

L'église de Lumières a un aspect monumental. On parvient au chœur, ti'ès élevé au-dessus du pavé de la nef, par un double et large perron de quinze marches, de chaque côté de l'autel. Sur le pourtour, des stalles remarquables. Au-dessous, une crypte souterraine, dans laquelle on descend par un escalier commode de treize marches, creusé au milieu de l'espace qui sépare les degrés par lesquels, de chaque côté, on monte au sanctuaire.

Cette chapelle inférieure, renommée par tant de miracles, inspire le recueillement. Elle est très régulière, et comme constituée par trois absidioles. Derrière une gi-ille, nécessaire les jours de concours où la foule est immense, se voit la statue de la Sainte Vierge, si vénérée dans la contrée.

Sur une petite place s'ouvre la porte du couvent, jirès de celle de l'église. Le visiteur rencontre, d'al)ord, un beau vestibule de Ningt mètres de long sur (piatre et demi de large, enloun- d'un certain nombre de gi-andes salles voûtées.

La sui)erlicie du jai'din est consid( liililc Des eaux jaillissantes y coulent, avec un doux murmure, pour le fertiliser. (]e sont celles du

liiiriières cxlraoriiinaires m- ncinciil t'trc (|iic (l'ori^Miif siirii.ilmill»-. — Noir nu Acli.inl, Dictionnaire hislonqnr, géo<;rai>ln<nic et ti>iw^raplù<mc de la l'rnrcn ancienne et rnoilerne, '» iii-V'. .Vix. i~^'^, !• !■ P- *'^"- <'«> .•nlciir iloiiin- «■>,'.iK'iiii-iit fait cic l'a|i|i:ii-iliuii des liiiiiiircs mii\u'(il«ii>^<"i t'omiui- iiifontisInMo cl suralioiida ment prouvi-.

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Limergue, qui, près de là, se réunissent à celles du Calavon et baignent le pied d'une colline que les pins couvrent de leur éternelle verdure. Un sentier, serpentant sous des allées ombreuses, gravit la côte et mène à un oratoire construit, en l'honneur de l'archange saint Michel, au-dessous d'une énorme roche. Il existait déjà avant le xi*^ siècle, car, en io3i, il fut cédé par Guillaume de Simiane à l'abbaye de Saint- Victor de Marseille (i).

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Notre-Dame des Lumières. — Vue d'ensemble.

Restauré par les Carmes, en 1664, il était dans un état de délabrement presque total, quand la Congrégation acquit cette propriété. Les Oblats le rebâtirent de fond en comble, et plantèrent les arbres qui, peu à peu, revêtirent ce monticule, auparavant entièrement dénudé.

Le paysage est charmant. A un kilomètre vers l'est, sur un mamelon, est assis le joli village de Goult, avec les pittoresques ruines du château de ses anciens seigneurs. A droite, la ville de Bonnieux, dominée par son église du xii'^ siècle, et encerclée de ses vieux remparts du moyen âge. Tout près, les riantes vallées arrosées par le Calavon et le Limergue. Vers le sud, les montagnes du Luberon forment à ce tableau un cadre superbe, et profilent leurs Hgnes sinueuses sur le ciel de la Provence, presque toujours d'un bleu si pur. Dans le lointain, le mont Ventoux dresse, au nord, jusqu'à près de deux mille

(i) Cf. Archives 'départementales des Bouches-du-Rhône, Cartulaire de Saint- Victor, folio .'J28.

L EXTENSION EN FRANCE

mètres, son sommet conique. j>"igantesque pyramide isolée. (l«''passant de l)oaii('oui» tout ce qui lenvironne.

Au leiuleniaiu de sa ])reinièi'e visite (diieieile à Notre-Dame des Lumières, le Supérieur général écrivait, le 3 juin 1837. au P. Casimir Aubert :

— Nous sommes ici dans un ]>aradis terrestre. Rien n'est beau comme cette église... Nous voilà donc chai'gés des sanctuaires les plus

iN'olrc-Daiiio «les Luiuières. - l'orles de iéi,'^lisc et ilu conveul.

célèbres de la .Sainte \'ierge. Il semble i|iie le bon Dieu nmis iiunage le moyen daccomjjlii' les desseins de sa Providence, et de nous aecpiittiMdu devoir qui nous a été imjiosé pai* son A'ieaire. lorsqu'il approuva notre (^)ngi"(''gati()n. Déjà le dixième élablisseuieul !... .le ne sache pas (pi'il y ait aucune autre Sociéti' qui. de notre leuqi^. ail clc favoi-i.sée de la s<M'te.

.Mgr Du Pont ne eacliail i)as sa joie. Il eoudjla Mi;r de Ma/enotl de poIitcs.ses et damabilitt'-s. .\ son occasion, il miuIiiI inviter à sa table tous les chanoines du (iliapiire et les principaux cuns de la \ille archiépiscf)pale.

Il se plaisait a lui «lire :

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— N'oubliez pas, Monseigneur, que je vous fais archevêque d'Avignon. Je vous en confère tous les pouvoirs, et je vous prie d'en user au même titre que moi.

Une semaine après, Mg'r de Mazenod lui ayant demandé plusieurs dispenses pour la maison de Lumières, l'archevêque lui répondit :

— Ne vous ai-je pas appris que vous étiez archevêque d'Avignon? Accordez vous-même les dispenses convenables. Ag'issez ainsi toutes les fois que vous jugerez à propos de modifier quelques-unes de mes lois diocésaines. Vos droits sont aussi étendus que les miens.

§ 2 T^ésurrection du pèlerinage.

Sous l'habile direction des Oblats, expérimentés dans ce genre de ministère, le pèlerinage acquit bientôt une prospérité qu'il n'avait pas eue auparavant.

Des multitudes accoururent, même de fort loin. Quotidiennement des voix nombreuses répétaient dans le sanctuaire rajeuni, et avec les accents de la piété la plus filiale, l'invocation traditionnelle :

— ^^terni Luminis mater, oî^a pro nobis ! Mère de l'éternelle Lumière, priez pour nous !

Certains jours, le concours était plus empressé. Comme elles étaient attrayantes, les pompes religieuses, dont cette église de Marie devenait, chaque année, plusieurs fois, le théâtre ! Une même pensée animait les esprits : la confiance sans bornes dans la puissante intercession de la Reine du ciel. On employait la nuit à chanter ses louanges.

Une magnifique procession aux flambeaux s'organisait la veille, au soir. Elle déroulait ses files interminables dans les longues allées du jardin, s'engageait dans les sentiers sinueux de la colline Saint-Michel, et retournait vers l'église splendidement éclairée. C'était vraiment la fête des lumières, et la statue de la Sainte Vierge s'avançait triomphante sur un océan de feu.

Ces solennités touchantes remplissaient dune émotion inoubliable le cœur des assistants.

La procession finie, et après lu bénédiction du Très Saint Sacrement, l'un des Pères donnait aux pèlerins les avis pratiques, pour sanctifier le plus possible celte nuit sans sommeil.

Voici l'ordre habituel des exercices qui se succédaient, tandis que les foules, toujours grossissantes, assiégeaient les nombreux confessionnaux :

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A onze heures du soir, sermon du haut de la chaire ; à minuit, une première messe de connnunion ; à deux heures du matin, grand'mcsse. le plus souvent en musique. Puis, des messes basses presque constamment jusqu'à midi.

Après l'audition des avis, le chant des cantiques recommençait et se poursuivait toute la nuit, excepté durant le sermon et la célébration de la grand'messe.

Par milliers se comptaient les communions. Une heure ne suffisait pas à trois ou quatre prêtres occupés simultanément à distribuer le pain eucharistique.

Régénérées dans la vie chrétienne ou fortifiées dans la ferveur, les âmes ne s'éloignaient qu'à regret de ces lieux privilégiés, où elles avaient ressenti comme un avant-goût du ciel. Ce n'était jamais sans la volonté bien arrêtée d'y revenir au plus tôt (i).

Plusieurs fois, la maternelle bonté de la Très Sainte Vierge s'y manifesta par des miracles éclatants. Une année, deux aveugles recouvrèrent subitement la vue, le jour de l'Assomption. D'autres faveurs célestes, non moins surprenantes, récompensèrent la confiance des fidèles. La célébrité du sanctuaire en augmenta dans toute la Provence et le Gomtat-Venaissin (2).

Le chantre de Mireille, l'illustre poète Frédéric Mistral, dans cette douce langue que, par ses immortels poèmes, il devait relever si haut, même aux yeux des plus fins lettrés, composa, en l'honneur de Notre- Dame des Lumières, un cantique populaire, très aimé, (jue les foules répétaient avec entrain.

On nous permettra d'en citer le refrain gracieux :

Nostro Dauio dé Liiniicro, Tiras-noiis de la souniicro Que rend iiosli jour aiuar!

Bcllo cslcllo inaliiiièro, Bello estcllo de la luar!

L'œuvre des missions dans le Comlat-Yenaissin.

La première fut celle d'iMitraigues. petite ville de deux mille habitants, à quinze kilomètres au noi"d d'Avignon, sur la roule de C-ai-pen-

(i)f:C. H. I*. A. s.. ( ). M. !.. l'rlcrind^f de yotrc-Dninr des I.uinirrex, iii-it>. Avignon, 1>S7G, p. Gi sq.

(a) Cf. .\bbé L.-C. Fer. Notice liislnrii/iie sur .\olre-l)(inie îles Lumières, in-i'j. I*i»nl-Saint-I">|)rit, iSfii. Ccl oiivrajîi" contionl le n'Til des niirai-lcs op<Tés depuis r.ii rivt'-e dis ()|ilals. Ils snni i afonlés daprrs les cliinnifiufs du sauctuairo,

f>rincipal(-Mient celles rédigées par le I*. Kranvon. (>. M. I.. « «loiit l'auloriti', dit 'écri^ain, ne saurait ôlrc conlcstéc dans imil le diocèse d'Avignon ».

NOTRE-DAME DES LUMIÈRES SoQ

tras. Elle fut prêchée pendant que l'on traitait de l'acquisition du couvent, et le succès fut des plus complets.

Avant la mission, personne dans cette paroisse ne s'approchait des sacrements. L'année suivante, tous les habitants firent leurs pâques. Leur changement radical et leur persévérance prouvèrent, une fois de plus, quelles grâces fécondes Dieu répandait sur ce genre d'évangélisation.

Un des vicaires généraux, M. Barret, écrivait à ce sujet à Mgr de Mazenod, le i8 janvier 1837 :

— La mission d'Entraigues produit les plus heureux résultats. Elle nous présage tout ce que gagnera le diocèse d'Avignon, à l'établissement de vos Missionnaires à Lumières. Monseigneur l'archevêque appelle de tous ses vœux le moment où cet établissement sera formé. Tous les bons prêtres partagent ses sentiments, en sorte que vous devez regarder comme une terre amie celle où vous enverrez vos enfants. Inutile de vous assurer que le plus dévoué de vos serviteurs sera le plus sincèrement attaché à vos disciples. Mon affection leur est acquise.

Presque toutes les paroisses du Comtat-Venaissin furent évangélisées avec des fruits très abondants de salut. Ces missions ressemblant à celles de la Provence, de la Drôme et de l'Isère déjà décrites, nous ne nous y arrêterons pas, afin d'éviter des répétitions. On trouvera, d'ailleurs, beaucoup de détails à ce sujet dans la Vie du R. P. Françon, qui passa une quarantaine d'années à Lumières. Par les succès de ses prédications, il mérita d'être appelé le Bridaine du Comtat (i).

Parmi ceux qui travaillèrent dans ces contrées, se signalèrent aussi les Pères Honorât, Magnan, Bouvière, Bermond, Bicard, Martin, Viala. Bize, etc. Plusieurs avaient appartenu à la maison de Billens, dont la situation politique de la Suisse occasionna l'abandon, le i5 juillet 1837, et qui fut définitivement vendue en 1840.

§4 Le juniorat.

Les dimensions du couvent, le nombre de ses pièces, le grand jardin qui l'entourait, se prêtaient parfaitement à la création d'une école apostolique. Auprès de la Vierge des Lumières croîtraient les futurs Missionnaires qui porteraient ensuite la bonne nouvelle de l'Evangile, non seulement à la France, leur patrie, mais aux régions

(i) Cf. Mgr Redon, vicaire général d'Avignon, Vie du R. P. Françon. O. M. I., in- 12, Avignon, 1902. — Id., Amitié sacerdotale. Le R. P. Françon, O. M. !.. et l'abbé Vêve, in-12, Avignon, 1902.

les plus lointaines et les plus déshéritées. Sous le regard de Marie, leur âme se développerait à Taise et se préparerait au sacrifice.

En 1839, Lumières devint comme le petit séminaire de la Congrégation. Plusieurs Oblats y dépensèrent les forces de leur jeunesse sacerdotale, de leur maturité, et, quel([ues-uns, de leur existence entière. Dieu seul connaît l'étendue de ce dévouement ininterrompu de tous les jours et de tous les instants. Il le récompensa, dès ce monde, par la richesse des résultats.

Ce labeur, en elTet, pour être moins brillant que d'autres, n'était ni moins méritoire, ni moins fructueux. Si, selon le mot de l'Ecriture, les

rSolio-Daiiie des Luiuièrcs. — Le juiiioriit.

fils sages sont la joie de leurs pères (i). les directeurs et professeurs du juniorat ont eu bien des motifs de ne pas regretter le temps consacré par eux à cet étal^Iissement.

Les jeunes gens qui reçurent dans ces murs tant ik' jtrem es de paternelle sollicitude, ne persévérèrent i)as tous ; plusieurs même furent ingrats ; mais combien demeurèrent fermes et n'oublièrent jamais l'heureux temps écoulé à l'ombre de ce délicieux sanctuaire, auquel leui- présence communiquait un nouveau (lianiie. tiiiulis (|ue leurs chants rehaussaient sa splendeui- ! Les pèlerins les appelaient « les jietils Missiiiunaires ». Ils aimaient à les voii- sei'vii' à l'autel, exi-eutanl avec tant (1 ordre et de grâce les n'iciiionies ; ils (''coûtaient a\('c iionliiMiileurs voix Iraîches, reuiplissani «if leurs liarnionies les vastes n«'fs.

(1) l'rov.. \. I.

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Et que d'apôtres fervents, zélés, puissants en œuvres et en paroles, le juniorat a procurés aux missions d'Angleterre, du Canada, de la Rivii-re-Rougc, de l'Orégon, de Ceylan, du Texas, etc. !

Le P. Honorât, premier supérieur de la maison de Lumières, présida à l'aménagement de cette institution si pleine d'espérances. Quand il partit pour le Canada, en 1841, le P. Ricard lui succéda dans cette charge, et la garda jusqu'en 1847, époque où il s'embarqua, lui aussi, pour l'Amérique, afin d'aller fonder, à l'extrémité occidentale du grand continent, les pénibles missions de lOrégon. Il emmenait avec lui trois des enfants de Lumières : les frères Cliirouze, Pandosy et Blanchet.

— Si le Supérieur général y eût consenti, écrivait-il, tout le juniorat se serait mis en route, tant l'enthousiasme était ardent.

Beaucoup après eux ne tardèrent pas à traverser l'Atlantique : ce furent le P. Faraud, plus tard vicaire apostolique des immensités glacées du Mackenzie ; les Pères Bernard, Chevalier, Gaudet, Arnaud, C au vin, Pourret, etc., etc.

En même temps, quelques-uns de leurs condisciples se dirigeaient vers l'équateur. Le P. Vivier accompagnait Mgr Séméria dans les Indes ; le P. Dion, Mgi* AUard à Natal, dans l'Afrique australe.

D'autres restèrent en France et s'y acquirent un nom dans la chaire : les P. Gondrand, Baret, Chavard, Bonard, etc. Mentionnons, parmi ceux-ci, le P. Rey, prédicateur très apprécié de retraites pastorales, supérieur des chapelains de Saint-Martin de Tours, puis de la basilique du Vœu National de Montmartre, à Paris.

Plusieurs enseignèrent avec succès la philosophie et la théologie dans les grands séminaires : les Pères Lancenay, Rey, Martinet, Rambert, etc.

Les nations voisines y étaient aussi représentées. Indiquons, par exemple, les Pères Zirio et Martini, dont le ministère fut si fécond auprès de la si importante colonie italienne de Marseille.

Ce premier juniorat, aux fruits si encourageants, ne dura, néanmoins, c|ue sept à huit ans à peine. La Vierge de Lumières l'avait béni d'une façon toute spéciale. Des vocations si excellentes et si multipliées doivent certainement être attribuées à sa maternelle intervention.

Mais, vers 1847. il arriva, de la plupart îles grands séminaires de France, dans les noviciats de la Congrégation, tant tlecclésiastiques ayant achevé déjà une partie considérable de leurs études Ihéologiques, que Mgr de Mazenod crut inutile de le conserver. Il se résolut dt)nc à le dissoudre, quoique à regret. Cette mesure coûtait à son cœur :

elle était cgalement douloureuse pour le père et pour les enfants. L'œuvre ne fut reprise que deux ans avant la mort du vénéré Fondateur, au mois d'octobre 1859. Dès lors, le local autrefois si peuplé, redevint encore une pépinière d'apôtres.

Un trait, pour finir.

Parmi les élèves du premier juniorat, un surtout s'était fait remarquer par ses dispositions exceptionnelles, soit pour la science, soit pour la vertu. Mais il avait un défaut essentiel : depuis trois ou quatre ans qu'il habitait cette sainte maison, il ne grandissait pas. Ses maîtres prévirent que ce serait pour lui, dans l'avenir, une cause d'irrégularité canonique, et, vu la petitesse de sa taille, décidèrent de le renvoyer.

Quand on lui notifia larrèt du Conseil, il en fut atterré. Pourtant. il se ressaisit vite, en pensant qu'il était près d'un sanctuaire où Marie opérait des prodiges. Il eut donc recours à elle, et sut si bien l'intéresser en sa faveur, qu'il obtint, d'abord, un sursis à son renvoi.

On le garda, quelque temps encore, par égard aux sentiments si édifiants quil manifestait : mais, à une condition expresse :

— Il faut que vous grandissiez, lui disait-on.

— Soyez tranquilles, répondait-il ; je grandirai !

Il l'affirmait avec autant d'assurance que si la chose eût dépendu de lui seul.

Nul, cependant, ne peut ajouter une simple coudée à sa taille : c'est la joarole du Sauveur. L'enfant le savait ; mais il nignorait pas aussi que la foi transporte les montagnes.

Sa confiance en la Reine des Gieux ne fut pas déyue. A partir de ce moment, en efi'et, il se mit à grandir à vue d'œil. Sa prière avait été exaucée. Bientôt il ne le céda à personne par sa taille avantageuse, comme il ne le cédait à aucun sous le rapport de la science et de la vertu.

Cet enfant de bénédiction fut, plus tard, directeur au grand séminaire de Marseille; puis, supérieur du scolasticat d'Autun ; et. enfin, assistant général du T. R. P. Fabre, successeur de Mgr de Mazenod. Nous le retrouverons, dans la suite de cette Histoire : c'est le R.P. Martinet.

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