CHAPITRE XIII
La Congrégation fortifie ses positions en France
et envoie de nombreux rejetons
en Angleterre et au Canada
Le sixième Chapitre général
et la promotion de Mgr "Eugène de Mazenod à l'évêché de Marseille,
Depuis son approbation solennelle par le Vicaire de Jésus-Christ, la Congi'égation, grâce à la protection divine, se développait constamment.
N'était-il pas à craindre que cet accroissement si rapide ne nuisit à son unité ? ou que, du moins, l'esprit de famille n'en fût affaibli ?
Le sixième Chapitre général, tenu à Marseille du 4 au 12 août 183;, travailla efficacement à resserrer les liens indissolubles qui devaient exister entre tous les membres de la Société. Gela était d'autant plus opportun, quelle se voyait à la veille de fondations nouvelles, et que, sortant des limites de la France, elle était sur le point de s'établir en Angleterre et dans l'Amérique du Nord.
Les résultats de ces assises furent des plus heureux pour l'organisation intérieure. Une x^arfaite uniformité s'introduisit entre les diverses maisons, j)ar suite d'une réglementation plus complète et plus détaillée qui fixa jusqu'aux moindres usages. Ainsi, un Oblat recevant une obédience pour une destination quelconque, ne serait presque ^Das dépaysé, les communautés étant partout les mêmes. La charité fraternelle, source do tant de consolations et de forces, se conserverait entière, malgré les séparations imposées par les distances. Le cor iiniiin et Y anima iina. la fusion des cœurs et des âmes, loin de perdre à cette dilatation providentielle, y gagnerait, au contraire.
En conséquence, un décret obligea les supérieurs locaux à envoyer, chaque année, à l'Administration générale, le compte rendu exact des œuvres accomplies par les Pères vivant sous leur autorité. Ces rapports fourniraient les matériaux j)our des Annales mensuelles, ou trimestrielles, qui mettraient tous les fils de la Congrégation en
L EXTENSION EN FRANCE
communication inintcrrum[nic, et i)resque en présence continuelle, les uns des auli-es.
Le g'ouvernemont de Louis-l*liilippe, mieux ins])ir('' ([ue par le passé, avait renoncé à son ressentiment si injuste envers Mgr dlcosie. La réconciliation était sans arrière-pensée, et Miii'r Fortuné Je Mazcnod,
.Mgr (le .Mazciioil, ('•vr(|ue <lc Marseille.
âgé de (pialre-vingt-huit ans. avant «illcrt sa «léniission, son iicxcu venait délrc nuinnié jiour lui succt'dcr sur le siège si iniporlant de Mars.-ill.'.
A la dernière sessidU, il ciiliilinl I asscinhlic de celle allairc «pii, (juoiipic lui étant personnelle, était aussi de la |iliis liiuile gravilf poui* les inli'-rcls majeurs de la (longn'-gjiti»»!! :
— L'action de la Providence [)araissail trop visildc pour cpiil luc
LA CONGRÉGATION FORTIFIE SES POSITIONS, ETf:. 365
fût possible (le me dérober... Je j)ouvais me croire autorisé suffisamment par Tag-rément que le Souverain Pontife, instruit de mes devoirs vis-à-vis de notre Institut, a donné à ma nomination faite par le roi. Je sais aussi, par l'expérience de quatorze années, que ladministration de ce diocèse ne serait pas capal>le de me détourner de celle de la Congi'ég'ation. Néanmoins, avant mon élection définitive au prochain consistoire, j'ai cru devoir exposer au Chapitre l'état des choses, et le consulter, afin de me soumettre à son sentiment.
En entendant ces paroles, les assistants avaient peine à réprimer leur émotion. Dès que le Supérieur général se tut, une acclamation unanime et spontanée affirma, plus éloquemment que des paroles, l'adhésion complète de la Cong-régation à la promotion de son vénéré Fondateur au siège épiscopal de Marseille.
Préconisé au consistoire du mois d'octobre 1837, Mg"r Charles- Eugène de Mazenod partit pour Paris, avec le P. Tempier, et y arriva le 25 novembre.
Reçu aux Tuileries, avec les marques de la plus entière confiance et de la plus vive sympathie, par le roi Louis-Philippe, qui l'avait connu, autrefois, en Sicile, il en obtint des secours considérables pour son diocèse, et la promesse de l'érection, à Marseille, d'une cathédrale digne de cette cité par sa g-randeur et sa magnificence.
La prise de possession eut lieu le 24 décembre i83", veille de la Xoël.
"Les ajfaires du Laus.
Comme gage du merveilleux épanouissement qu'il lui réservait, Dieu voulut ménager à la Congrégation une douloureuse épreuve. C'est là, d'ailleurs, une loi de sa Providence, soit pour la vie des individus, soit pour l'existence des familles religieuses. Dans le creuset, l'or s'épure ; dans la soulTrance, le caractère se trempe plus fortement. La croix est la condition in(lis|)ensable de tout progrès surnaturel.
L'hostilité que Mgr Arbaud n'avait cessé de témoignera la Congrégation, dont il appréciait, cependant, hautement les services, dérivait uniquement de sa soif de domination. Il ne lui adressait qu'un seul reproche : celui de n'être pas exclusivement dans sa main. Assurément, il reconnaissait l'incontestable utilité des Missionnaires du Laus : mais il aurait voulu en faire une institution purement diocésaine et ne déi)endant que de lui. Tel fut le mobile de son opposition systématique : source d'une série de mesures vexatoires, injustifiables et
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visiblement ou secrètement dirigées vers ce but suprême de ses e (Torts.
Quand il mourut, le 27 mars i836, il n'avait pas réussi encore à réaliser ce plan ; mais il en transmettait l'idée après lui, et en avait préparé, de longue date, l'exécution.
Son successeur, Mgr de la Croix d'Azolette, n'hérita que trop de son particularisme étroit. Un de ses premiers actes fut de séparer de leur maison mère de Belley, les Sœurs de Saint-Joseph, établies depuis quelque temps à Gap. Ensuite vint le tour des Oblats. Dix ans avant l'expiration du bail passé entre Mgr Miollis et ^Igr de Mazenod, il somma le Supérieur général de rappeler du Laus ses religieux, dont il confessait pourtant le mérite, et qu'il félicitait grandem«'nt du l)ien accompli. Mais, ni les droits acquis, ni les engagements, ni même l'esprit et la pratique de l'Église à ce sujet, n'eurent de valeur j^our lui et ne le détournèrent de ses idées préconçues.
Le signataire du contrat, Mgr Miollis, démissionnaire de son siège de Digne, et retiré à Aix, vivait encore. Agé de quatre-vingt-cinq ans, il crut de son devoir de j)rotester avec une grande énergie, par une lettre qu'il écrivit spontanément à son successeur à Gap. 11 disait, avec preuves à l'appui, que renvoyer ainsi les Oblats, sans avoir rien à leur reprocher, était violer ouvertement l'acte authentique qui leur accordait vingt-neuf ans de jouissance des locaux. C'était, en outre, aller contre le pacte, verbal, il est vrai, mais obligatoire, puisqu'il entraînait des obligations réciproques, par lequel les parties contractantes avaient déclaré que la fondation serait perj^étuelle.
Cette intervention resta sans effet. L'évêque de Gap annonça, au contraire, publiquement, qu'il allait constituer une communauté de Missionnaires diocésains, pris uniquement dans son clergé.
Le 27 avril 1840, le siège de Gap étant redevenu vacant, les membres du Chapitre, désireux de protester contre ce qu'ils regardaient comme une ingratitiide et une injustice, élurent vicaires capit\ilaires des chanoines manifestement favorables aux Oblats. La pojjulation entière applaudit à ce choix et au motif qui l'avait déterminé.
Mgr Rossât, le nouvel évoque, arriva le 10 mars 1841. Relativement aux communautés religieuses, il ])artageait les préjugés de ses ])rédécesseurs : elles lui pai-aissaienl un obstacle à l'exercice de l'autoi-ité épiscopalc. Sans tarder, il résolut de s'en défaire, et mil à l'exi-culitui de son projet moins de forme encore »|ue Mgr d'Azolette. Il senqiressa (le nomin<M' un curé el un vicaire dans la j>ai'oisse de Xotre-Dainie du Laus. V.n même temps, il signifiait sèelieuienl au I'. Mille, supt rieur île
la communauté, l'ordre impératif, pour lui et ses confrères, de quitter, au plus tôt, le pays.
Quelques jours après, pour accélérer leur départ, il leur enlevait la juridiction, leur interdisait même de célébrer la messe, et étendait cette suspense a sacris à tous les membres de la Congrégation.
Sentence injuste et absolument anticanonique !
Si on en eût appelé à Rome, Mgr Rossât eût certainement été blâmé et condamné. Un évèque n'a pas le droit de suspendre ainsi tous les membres d'une communauté régulièrement établie, moins encore ceux d'une Congrégation entière. Cette mesure est manifestement un abus de jiouvoir. Les fautes sont personnelles ; les châtiments doivent l'être aussi. Quand un religieux a commis un délit, extérieur et grave, que l'Ordinaire lui inflige une flétrissure ; mais il tombe lui-même dans une injustice criante, si, à cause d'un malheureux coupable, il frappe une foule d'innocents.
Parmi les Pères composant la communauté du Laus, en 1841, aucun n'avait encouru de censure. Tous étaient dignes d'éloges par leurs vertus sacerdotales, leur zèle apostolique et le bien considérable qu'ils opéraient. Mgr Rossât l'avouait lui-même. Aucun d'eux, par conséquent, ne méritait d'être traité avec tant d'inhumanité. Accabler un innocent sous la peine la plus dure qui puisse atteindre un prêtre : la défense de monter à l'autel, est un acte répréhensible et que rien ne légitime. Mais jeter ainsi l'interdit et le déshonneur sur une communauté entière, sans égards aux services rendus pendant vingt ans, et uniquement pour s'en débarrasser, est un acte non seulement contraire aux lois canoniques et aux prescriptions de la justice ou de la simple équité, mais opposé même aux plus élémentaires convenances.
Si, en politique, la fin ne justifie pas les moyens, combien moins dans l'administration ecclésiastique, tenue à plus de droiture et à plus de sainteté !...
C'était, là, une de ces prétendues et fameuses libertés de l'église gallicane, dont les prélats n'admettaient point la suprématie du Pape, se croyant, dans leur diocèse, égaux à lui. Rien, ni les décrets pontificaux, ni les canons disciplinaires des conciles, ni les lois générales de l'Kglise, n'avaient du poids à leurs yeux. Leur idéal de gouvernement était l'arbitraire dans l'omnipotence (i).
Cette mesure inqualifiable deMgr Rossât fut sévèrement réprouvée par d'autres évêques. Mgr Sibour, évêque de Digne, et, plus tard, arche-
(i) Cf. Doni Delattc, Vie de Dom Giu-ranger, t. I. p. 3i5. 3:U. 333, 348. sq, etc. : « A leurs yoiix raulorité t-piscopale n'était rion, si elle u'ctait tout. »
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vêque de Paris, se Iiàta décrire au P. Mille qu'il lui accordait, à lui et à ses confrères, les facultés les plus étendues. Il leur suffisait donc de traverser la Duranee pour célébrer la sainte messe en toute sûreté de conscience, et exercer les autres fonctions de leur ministère sacré. Quelques pas les mettaient ainsi à l'abri des foudres gallicanes.
Une lettre du P. Hermitte nous montre les sentiments de la communauté, en ces tristes circonstances :
— Je voudrais être, en ce moment, un ange, pour voler jusqu'à Marseille, et bénir avec vous le Dieu de toute sainteté du bien immense que notre Congrégation a fait dans le diocèse de Gap, 2>ar sa grâce toute-puissante... Il nous manquait, après tant d'autres preuves de la bonté divine, celle d'une persécution. Nous venons de la recevoir : nous sommes tous interdits a sacris ! Quand le Souverain Juge me demandera : « Qu'avais-tu fait pour mériter une telle punition? » je lui répondrai : « Mon Dieu, j'avais quitté mon père et ma mère ; j'avais renoncé à tout ; je me suis épuisé, sacrifié pour les âmes du diocèse de Gap, vers lesquelles j'étais envoyé !... Seigneur, soyez ma défense, je remets mon âme entre vos mains ! »
Ces pensées sublimes étaient celles de tous. Le calme régnait en eux. Ils étaient même heureux dans la tribulation.
— Notre Maître a bien plus soufl'ert, disaient-ils. On ne nous a pas encore crucifiés, comme lui... Quel mal avons-nous fait à nos ennemis ?... Mais, comme le Sauveur pardonnait, nous pardonnons !...
De graves intérêts, cependant, im[)osaient à Mgr île Mazenod le devoir de recourir, au moins, à un arl)itrage. soit pour les immeubles du Laus qu il possédait en vertu d'un contrat bilatéral ; soit au sujet d'une somme de i)lus de dix mille francs avancée par la Congrégation pour l'achèvement du clocher, sur la promesse qu'elle lui serait rendue, dette sacrée dont Mgr Rossât ne voulait pas même entendre parler.
Toujours généreux, Mgi- de Mazenod eftt abandonné spontanément cette crt'-ance. à titre de charité, dans d'auti-es conjonctures. Mais il eût iManqut- à ses obligations de Supérieur gé-ut'-ial eu laissant ainsi, sans protestation, expulser et dé[>ouiller ses enfanls.
Les jurisconsultes les plus éminents de Gr<'n(>i»It' le ((HiliniK rciit pleinement sur la légitimité de ses rt-cliinialioiis. Sa cause dail gagiu'c devant l'opinion pub!i(pic. Xé-auiiioiiis. il lui i. |iiiguail extrêmement d'en a[)p(dcr à un tribunal laïcpic. Il iiim'IVim donc un aibili-age ecclisiasli<[ue. Mgr IU)ssat ne s'y |ti*êla point.
l'onr l'silrr nni' lutte odieuse entre e\("qiies. M^r de Ma/enoil se
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désista, malgré les droits les plus incontestables. Il en avertit officiellement Mgr Rossât, le i5 mars 1842 :
— Je cède à la violence et ne recule que devant le scandale ; mais je maintiens mes revendications, dans le for intérieur de la conscience.
Dans une autre lettre, datée du 6 avril, après sètre plaint encore de ces procédés étranges et injustifiables, il terminait ce douloureux différend par ces paroles dignes de son grand et noble cœur :
— Que Dieu bénisse votre ministère. Je souhaite que vous fassiez à vos ouailles autant de bien que vous nous avez fait de mal. Puissiezvous goûter toutes les consolations du bon Pasteur. J'eusse été heureux de contribuer par les miens à vous les procurer ; ne le pouvant plus, aujourd'hui, je me contente d'offrir pour vous au Ciel ce qui a été pour moi un si profond chagrin.
Les membres de la communauté du Laus prièrent aussi pour celui qui leur avait occasionné de si cruelles souffrances. Ils se souvenaient de la recommandation du Maître : Orale pro perseqiientibiis vos !
— Loin de mériter que vous les soupçonniez de vous être hostiles, disait Mgr de Mazenod, dans cette même lettre, ils se sont imposé de pieux sacrifices, afin que le Seigneur vous rende le bien pour le mal.
Pour l'amour de la paix, en effet, les Oblats acceptaient des pertes considérables, par suite des fortes dépenses consenties pour réparer le couvent, bâtir le clocher monumental et pourvoir d'un mobilier important l'église presque dénuée de tout, à leur arrivée. Le diocèse de Gaj) avait gagné à leur présence, outre le bien spirituel incalculable accompli durant ces vingt-trois ans.
Les fidèles les accompagnèrent de leurs larmes, de leurs vœux et de leurs bénédictions. La plupart des prêtres aussi témoignèrent des l'egrets touchants et une sympathie profonde.
Dans le courant de l'année suivante, Mgr Rossât parut se repentir. A son retour de Rome, il vint à Marseille voir le Supérieur général, et esquissa un semblant d'excuses.
Dès la première phrase, Mgr de Mazenod eut la délicatesse de dévier la conversation. La dignité ne lui permettait pas de renouveler, dans son propre palais, l'exposé des torts si graves dont il avait été victime. Par générosité, il aima mieux couper net un entretien qui eût amené, sur ses lèvres, des paroles calmes, mais sévères, et demanda poliment au visiteur si son voyage en Italie ne l'avait pas trop fatigué .
Le soir, dans son Journal intime, il jetait cette réflexion :
— On pardonne les offenses ; mais les injustices doivent être réparées,... sinon, il faut en porter le poidsjusqu'au tribunal de Dieu...
SjO l'extension en FRANCE
En apprenant la conduite de Tévêque de Gap envers les Oblats, Mgr Garibaldi, nonce du Pape à Paris, manifesta clairement sa surprise et sa peine. Il dit au P. Guibert, alors dans la capitale :
— Le Souverain Pontife, je le sais, vous aime beaucoup. De mon côté, je lui ai fait, comme je le devais, l'éloge bien mérité de votre Congrégation. Ne vous inquiétez pas. Pour un établissement que vous perdez, Dieu vous en donnera dix autres : Domini est terra, et plenitudo ej'iis !
Cette parole du représentant du Pape était comme une prophétie. Elle ne tarderait pas à se réaliser.
Le successeur de Mgr Rossât sur le siège de Gap, Mgr Depéry, en plusieurs circonstances, sembla déplorer ce qui s'était passé, et sonder le terrain, pour savoir si une réparation était possible.
Sans examiner si, dans ces ouvertures, il y avait autre chose qu'une simple formule de politesse, Mgr de Mazenod refusa toujours d'entrer dans ces vues.
Jamais, de son propre mouvement, il n'aurait quitté le Laus ; mais, puisqu'on n'y était plus, il ne voulut jamais plus y retourner. L'honneur de la Congrégation n'exigeait pas ce retour. D'autres horizons plus vastes et plus beaux s'étendaient devant elle. De divers côtés, on réclamait les Oblats dans des postes où ils auraient beaucoup plus de bien à réaliser. Aucun motif donc pour désirer revenir dans les Hautes-Alpes : la France entière, l'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande, le Canada et l'immense Amérique, l'Afrique et l'Asie s'ouvraient devant eux.
Les années, en se succédant, chassèrent de l'esprit de INIgr llossat les préventions, que, sur de faux rapports, il avait conçues au sujet des Oblats. Transféré à l'évêché de Verdun, il les invita souvent à [trècher des missions dans son diocèse, quand la (Congrégation eut l'ondé à Nancy l'établissement dont nous aurons à parler bientôt. A cette époque, il ne les regardait plus comme un obstacle à l'exercice de son autorité, mais comme des auxiliaires précieux.
Il les supplia, entre autres, d'accepter la mission de Fresnes-en- Woëvre, vu la situation lamentable de cette paroisse. Au curé qu'il y avait nommé, i)eu aui)aravaiit. il avait dit :
— Je vous y envoie j)oiii' vous i-eposer. Dans cette petite ville de douze cents Ames, il n'y a niallicui-cuseiiuMit rien à faire. C'est la plus mauvaise de toiil iiion diocèse... la plus mal (';imcc...
Or, dès leur ajtpai'ilion, les Missionnaii-es l'avaient renouvelée. C était ])en(lant le mois de «h'-cembre i.S.'x). Malgré les pluies toi'rentielles, l'auditoire qui, dès le ti-oisième jour, remplissait l'église, ne
diminua point. Depuis cinq heures du matin jusqu'à dix heures du soir, les foules se pressèrent autour des confessionnaux. Et cela, pendant quatre semaines. La communion générale des hommes fut superbe. Au banquet eucharistique s'agenouilla toute la brigade de gendarmerie, commandant en tête.
Le jour de la clôture, 5 janvier i85i, Mgr Rossât eut le bonheur de contempler, de ses propres yeux, le merveilleux changement d'une paroisse dont il avait absolument désespéré. Il versa des larmes de joie, en voyant s'approcher, pour recevoir le sacrement de Confirmation, plus de cent adultes, hommes et femmes, de tout âge et de toute condition sociale, ayant, pour la plupart, de cinquante à quatrevingts ans. Jamais il n'avait imposé les mains à tant de tètes blanches.
— C'est un des plus beaux jours de ma vie, disait -il.
Et, ce bonheur, il le devait aux Oblats.
Les saints savent se venger ! Ils ont leur manière à eux !... noble vengeance que Dieu approuve, et qu'il bénit !
Leur devise est, selon le mot de l'apôtre : Vaincre le mal par le bien. Vince in bono maliim (i).
Touché du dévouement des Oblats et des succès de leur ministère, Mgr Rossât se montra très affable pour eux. Dans son allocution, il prononça leur éloge devant les fidèles, en termes émus, empreints de la plus profonde conviction.
§ 3 JSomination du P. Guibert à l'évêché de Viviers.
Les nombreux voyages que le P. Guibert avait dû faire à Paris, pour traiter avec les hommes du gouvernement des intérêts de son séminaire, l'avaient mis, malgré lui, en évidence. On fut frappé, en haut lieu, de sa distinction, de son calme, de la finesse de son esprit, de la sûreté de son jugement, de son habileté dans les négociations les plus difficiles et les plus embrouillées.
Depuis plusieurs années, le gouvernement français songeait à le proposer au Souverain Pontife pour un siège épiscopal. Il avait été question de lui pour le siège de Fréjus ; puis, pour celui de Gap, à la mort de Mgr Arbaud ; enfin, pour celui de Périgueux. Le ministre des Cultes l'avait dit, lui-même, à diverses reprises au P. Guibert. qui avait opposé les plus vives résistances.
On parut, d'abord, tenir compte de ses répugnances : mais, dans la pensée du roi et de ses ministres, qui lestimaicnt de plus en plus, ce n'était que partie remise.
(i) Rom., xir. 21.