‹ Cent ans d'apostolat dans les deux hémisphèresChapitre 63 sur 131 · LIMOGES · texte numérisé non relu

LIMOGES

Un travail spécialement difficile fut la retraite aux mille détenus de la maison centrale. Ils y obtinrent les mêmes résultats consolants que dans les prisons de Gap, de Nîmes et d'autres villes, où on les avait cliai'gés de ce ministère si ardu.

Le P. Goste y parlait aux hommes, et le P. Ghauliac aux femmes. Plusieurs autres Pères s'employaient à voir les détenus dans leurs ateliers, à leur apprendre des cantiques, à les confesser. Deux fois par

Limoges. — Maison des Oblats.

A droite et à gauclie, les eoiistructions qirils y ont ajoutées.

jour, la parole de Dieu retentissait dans cet asile de tant de misères morales, et provoquait dans ces âmes coupables, jusque-là si insensibles, les douces émotions du repentir.

Toutes les femmes et quatre cents hommes, sur sept cents, s'approchèrent de la Table sainte avec ferveur. Deux cents de ces criminels, convertis, reçurent, en outre, le sacrement de la Confirmation.

Ce succès dépassait toutes les espérances.

Aussi, quand Mgr de Mazenod vint faire la visite canonique de la communauté, Mgr lîuissas lui prodigua les témoignages de la plus respectueuse sympathie et de la [)lus profonde reconnaissance, l'entourant de toutes sortes d'égards. Le jour de la fête de l'Assomption, il le pria de célébrer pontificalement à la cathédrale, et de présider la procession

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solennelle, à travers la cité. Le soir, à son occasion, il oITrit un grand dîner officiel, et mit ainsi son hôte en relations avec toutes les autorités militaires, judiciaires et administratives de Limoges.

§ '^ Dans la Corrèze.

A cette réunion assistait Tévèque de Tulle, Mgr Bcrleaud, si renommé déjà par l'éloquence de sa i)aroIe, la sûreté de sa doctrine, et son caractère si personnel (i). Fasciné par la distinction, l'élévation des pensées et les qualités émincntes de Mgr de Mazenod, il l'entraîna, le i6 août, dans sa ville épiscopale.

Le lendemain, ne pouvant l'accompagner lui-même, il le confia à son premier vicaire général pour une appai'ition de ({uelques heures à son petit séminaire de I3rive, où Mgr de Mazenod ravit tous les cœurs.

Une semaine après, Mgr Berteaud vint à Brive, pour la distribution des prix. Dans le discours que, suivant l'usage, on lui adressa, l'orateur disserta longuement sur Mgr de Mazenod. En terminant, il remercia l'évèque diocésain de l'honneur et du plaisir qu'il avait causés à tous les professeurs et directeurs, en leur procurant celte visite.

— Messieurs, répondit le prélat, vous venez de me rapi)eler le passage parmi vous de l'auguste é\êque de Marseille. Je suis iier (jue vous ayez su l'apprécier. Cette fois encore, j'ai à m'applaudir d'avoir, dans mon petit séminaire, des coopérateui's qui représentent lidèliment ma pensée, et (jui savent traduire mes sentiments. 11 v<tw> eût été difficile, pourtant. Messieurs, aussi bien qu'à moi-même, d'exprimer assez l'admiration et la vénération que ma insjùrées rKvc(pie-ai)ùtre ([ui évangi-lise plusieurs nations pai- ses fils, formés par lui dans la doctrine, le zèle <'t la piété. Ah ! j'eusse bien voulu accompagner ce saint pontife qui m'a révélé l'idéal d'un évètpie :... (|ui a rencln-ri sur tout ce (|ue je savais dijà du un'' ri te et des iiol)les ve li ii>- de !'( pixopat fi'aneais. .l'eusse voulu laccomitagnei". ici. comme Timothee aciumpagnait l'aul dans ses coui'ses aposloliipies. pour produire lui-même à tous ce vase d'élection, <iont une douce modestie reteuail le pailiiiii. Jeiisse voulu lui montrer du doigt e<'s vallons, ces collines Hernies, et lui din; de r.'-pandfe ses br^Mc-iiicI ions la où le soleil i-i'pand déjà tant d(^ lumière et tant de bienl'ails. J'eusst' voulu pi-endre sa main, pour vous Ix'nir par elUî...

(i) (.(. < ;iiaii<)iiic Hiclnii. /'// ri-rifiir ,riiiilri[f'<)is : Mixr Hrrliniid. t'rriiiic ih' l'iilli', in-8", l'jiris, ii)«><">.

LIMOGES Zjoi

Puis, se tournant vers les élèves, il ajouta :

— Mes amis, vous avez déjà reçu votre plus beau prix : vous avez eu plus que je ne suis moi-même pour embellir votre fête. Sa précieuse visite est le couronnement pour vous tous. Son front, que les années illustrent sans le courber, n'aura pas rayonné en vain, j'espère, sur vos jeunes fronts ; ses lèvres, d'où s'échappe la parole apostolique par mille lèvres qu'elles alimentent, comme une source alimente ses canaux... ses lèvres, en souriant aux travaux de votre adolescence, y auront fécondé quelques germes des œuvres du prêtre, dont vous récolterez, un jour, l'abondante moisson...

Nul ne l'ignore, Mgr Berteaud avait une manière à lui d'exprimer les choses. Il le faisait avec une grande vigueur de pensées, une adaptation ingénieuse des textes de la Sainte-Ecriture, une richesse de coloris et une variété d'images, tour à tour gracieuses et touchantes, dont ses auditeurs ont gardé un impérissable souvenir.

Frappé de ces qualités remarquables qui déjà brillaient en lui d'un éclat si vif, avant même sa promotion à l'épiscopat. M. Victor Cousin, alors ministre de l'Instruction publique, lui avait olfert une chaire à la Sorbonne.

Les paroles que nous venons de citer de lui au sujet de Mgr de Mazenod, furent recueillies et immédiatement transcrites par un des assistants. Ainsi sonl-elles arrivées jusqu'à nous, dans leur fraîcheur, leur originalité de bon aloi, et leur exactitude. Elles témoignent de l'estime profonde et de la filiale admiration du grand évêque de Tulle pour le vénéré Fondateur des Oblats.

Dès leur première entrevue, l'un et l'autre s'étaient parfaitement compris. Un même amour, d'ailleurs, les rapprochait intimement : l'amour de l'Eglise et du Pape. Mgr Berteaud était un ultramontain des plus convaincus. C'est lui qui, au concile du Vatican, à propos des timides qui trouvaient inopportune la définition dogmatique de l'infaillibilité pontificale, dit à Pie IX le mot resté célèbre :

— Qiiod inopportiiniini dixeriint, feceriint necessariiim : En la déclarant inopportune, ces opposants l'ont rendue nécessaire !

A l'instar de l'évêquc de Limoges, il eût souhaité, dès lors, posséder une communauté d'Oblats dans son diocèse. La multitude d'établissements qui se préparaient de divers cotés, ne permirent pas de le satisfaire. Il se dédommagea, du moins, en appelant très souvent les membres de la Congrégation dans ses paroisses, pour y prêcher des missions, et il les traita toujours en père dévoué. Toujours aussi il accorda généreusement l'autorisation d'entrer dans cet Institut qu'il aimait, à ceux de ses séminaristes (jui en exprimaient le désir.

^02 l'extension ex FRANCE

Parmi ceux qui, à celte époque, vinrent de Tulle au noviciat, notons, en particulier, le P. Delpcuch, et le P. Soullicr que Dieu, dans ses secrets desseins, destinait à être le troisième Supérieur ji^énéral.

Votre Grandeur, écrivait Mgr Berteaud, trouvera, sous ce pli,

les dimissoires quKlle me demande, ('es jeunes gens sont à vous. Je ne puis ni ne dois rien vous refuser.

11 s'était pris pour notre P. Nicolas d'une allection spéciale (jui dura toute la vie. Ces deux caractères ardents et enthousiastes se convenaient à un degré rare. L'évéque l'amena, plus tard, comme son théologien, au concile du Vatican.

— J'aime beaucoup l'excellent P. Nicolas, écrivait-il à Mgr de Mazenod. La piété, le cœur, le talent : il a tout. Que je serais heureux de doter le diocèse de religieux tels que lui. Il ne tiendra pas à moi que ce ne soit bientôt. Soyez sûr. Monseigneur, que vos dignes fils seraient accueillis cordialement. Une autre fois, il revenait sur ce thème :

— Je veux vous dire. Monseigneur, toute ma reconnaissance, pour l'insigne faveur que vous m'avez faite, en permettant au P. Nicolas de passer quelques jours sous mon toit. Il y a dans ce cher Père la foi, l'intelligence, le cœur, à un haut degré. Son doux et pieux commerce a été pour moi une fortune des meilleures. Nous avons employé nos heures à parler des choses et des personnes de l'Eglise... de vous, Monseigneur, qui êtes un si noble évèque que je vénère profondément, et que j'ose aimer. Les vôtres, où abonde votre grand esprit, ont été souvent dans nos conversations. J'écoutais avec bonheur les détails si touchants que me donnait le très bon Père... Je sollicite une faveui- à laquelle je tiens beaucoup : envoyez-moi, chaque année. Monseigneur, le P. Nicolas. J'ai un peu droit à ce bienfait de votre part, à cause du sentiment que je vous ai voué. L'excellent Père me rendra volrc iinin et votre souvenir plus présents. Il me reviendra, lui. allèctueux comme il sait l'être, orné de tous ses dons, agrandis encore. Je vous devrai. Monseigneur, une vive jouissance... L'un de mes bons et tendres amis, l'abbé de Lalaurence, qui ne reui[)oi'te pas sur moi en i-espect allèctueux pour vous et vos lils, mais me le disi)ute vaillamment, mêle sa supplication à la mienne. Deux cœurs bien vrais crifiit \ers vous... Daignez agréer. Monseigneur, l'hommage du luolond. tnidic cl iiiîilli'-rable respect, avec le(|uel je suis... etc.

Si révê(jue de Tulle aimaitacepoinl.il itail pa\<- de n-loiir. (!cu\ qui. (((mille nous, ont connu le P. Nicolas dans sa \ crie \ ieille>-se. sa\ «Mil av(H' (juelle juv(''nile ardeur, ou, plul("it. «pielle fougue iiiipet iieuse, même à l'âge de (pialre-\ ingl-dix ans, il |»arlait encore, et d une l'a(;on si inl<''ressaiile. île Mgr Herleaml, k reioipient predii aleur du \ frite »,

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