NANCY
lants qui viendraient du nord et de l'est de la France, ou même de la Belgique d'où plusieurs lui étaient annoncés.
Nancy, par sa position, lui parut favorable.
L'évêque de cette ville, Mgr Menjaud, était, d'ailleurs, un de ses meilleurs amis, et lui devait sa promotion à l'épiscopat.
En i835, prêchant un Carême dans la cathédrale de Marseille, il avait produit une profonde impression par sa piété, ses talents et les ressources de son cœur d'apôtre. Plein d'estime pour lui, Mgr de Mazenod l'avait proposé, quelques années plus tard, comme coadjuteur à
Nancy. — Maison des Pères. Façade sur le jardin.
Mgr de Forbin-Janson, exilé de son diocèse (i). Agréé à Paris et à Rome, Mgr Menjaud, sacré en iSSg, avait sagement administré le diocèse, et, à la mort du titulaire, survenue en i844i lui avait succédé.
Ayant ainsi arrêté son choix, le vénéré Fondateur s'en ouvrit à l'évêque de Nancy, qui s'empressa de lui répondre, le i*3 mai 1847 :
— Je ne veux pas tarder à vous exprimer mes sentiments de joie et de reconnaissance, pour la bonne pensée ([ue Dieu vous a donnée, en vous inspirant de choisir ce diocèse, pour y établir une de vos maisons... Vous ne [)()uviez rencontrer en France un évêque, sinon plus capable, du moins mieux disposé (jue celui de Nancy pour seconder vos vues ])our le bien de la religion et la propagation de la foi dans les pays étrangers. Vos enfants seront les miens, et ils trouveront dans
(i) Cf. Pliil[)in (le Uivi( re, Vie dr Mgr de Forbin-Janson. I. IV, chap. xiir, p. 33,5 sq.
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mon cœur quelque cliose de la tendresse qui est dans le vôtre...
Le P. ïeinpier se rendit donc à Nancy, y acheta une maison assez vaste pour le loj'ement de cinquante à soixante personnes, et la fit immédiatement appi'oprier à sa destination luture.
Située dans la partie méridionale de la ville, rue de Montet, elle était dans une belle position, possédait un joli jardin, avec dépendances, bosquets, serres et arbres fruitiers.
Au commencement de septembre, le P. Mouchel en prenait possession avec le titre d'économe, et présidait aux derniers aménagements. A la fin d'octobre, arrivait, comme supérieur, le P. Dassy, retiré de la maison de Xotre-Dame de Bon-Secours, où le P. Mille lui succédait, en cette qualité.
Le maître des novices fut le P. Santoni, précédemment sociiis du P. Vincens. à l'Osier, depuis plusieurs années.
En nommant le P. Dassy supérieur de la nouvelle communauté, Mgr de Mazenod lui avait écrit, le ii octobre 1847 :
— Cette maison est d'une souveraine importance pour la Congrégation. Je n'ai pas besoin de vous faire observer que je ne pouvais vous donner une plus grande marque de confiance. 11 s'agit d'établir les choses sur un bon pied. A'ous serez parfaitement secondé par l'excellent P. Santoni. Marchez de concert avec lui pour l'observance d'une exacte régularité. On n'attend rien moins de vous dans un établissement dont on espère édification et bon exemple.
Les espérances du Supérieur général ne furent pas déçues. Le noviciat de Nancy ne le céda point à celui de l'Osier en ferveur et en régularité. Il oUrit constamment le spectacle dune communauté modèle, animée du meilleur esprit. La charité (jui r<''gnait parmi tous ses membres, leurs prières et leurs vertus étaient bien de natui-e à attirer les grâces du (]iel.
Lorsque, au mois d'août iH'Jç), le vénéré Fondateur vint [tour la visite canonique, il fut très satisfait du site de la maison cl de la marche de la communauté. C'était au moment on le P. \ incens prêchait avec un réel succès la retraite pastorale au clcri^t'- du diocèse. Mgi- Menjaud, plein d'c'gartls poui- Mgi* de Ma/.enoil. voidul (|u'il («•lébi-àt la messe de clôture, et entcninàl lui-même le 7'r /)cuiii. Puis, dans un discours à ses prêtres, il ne craignit pas de découvi'ii- les liens de reconnaissante aileclion qui l'unissaient à son illustre a isileui-.
— Si je me trouve aujoui'd'hui à voti-e tête, leur dit-il. «'t si je suis le pasteur de ce tlioeèse. je le dois à r<'vè<pie de Marseille. ( 1 est lui (|iii en t ut la |ueiiiière pensée, el l'inspira à Mi;r de l'mbiii-.lan-oii. doiil je
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suis devenu ainsi le coadjuteur d'abord, et le successeur ensuite.
Mgr Menjaud ne s'en tint pas à ces paroles. S'adressant à son saint ami. il ajouta aimablement :
— Permettez, Monseigneur, que je vous communique tous mes pouvoirs dans ce diocèse qui est aussi le vôtre.
En conséquence, Mgr de Mazenod officia pontificalement dans la cathédrale et y fit une ordination.
§3 I^es Oblah en Lorraine.
A Nancy, le ministère des Oblats fut vite très apprécié ; mais relativement au but principal de leur Institut, ils eurent, dans les premières années, à lutter contre des préventions presque générales. Le seul nom de mission mettait en fureur les bourgeois libéraux et voltairiens, très nombreux, alors, dans la ville et les environs. Peu à peu. cependant, les Pères parvinrent à modifier les idées préconçues. On toléra, dabord, les missions : puis, on les considéra avec plus de bienveillance, et, enfin, avec sympathie.
Dès lors, les Oblats rayonnèrent non seulement à travers tout le diocèse, mais jusque dans les Vosges et les autres régions limitrophes. Les demandes se multiplièrent tellement, qu'ils durent se contenter de répondre aux plus pressées, quoique le chiflre des ouvriers évangéliques fût décuplé par leur dévouement inlassable. Aux premiers s'unirent successivement les Pères De Petro. Dorey, Audruger, Janmaire. Bonnard, Conrard, Guinet, Berne, Bérangier, Merlin, Baret, Chaîne, Sigaud, etc.
Entre autres missions, signalons celle de Chàteau-Salins, chef-lieu d'arrondissement. Dans sa gratitude et son enthousiasme, le curé rédigea un brillant rapport, qui fut lu à l'évcché, en conseil épiscopal. La totalité des femmes et presque tous les hommes s'étaient ap[)rocliés de la Table sainte.
Dans le diocèse de Saint-Dié, où le P. Vincens prêcha également la retraite pastorale, le succès ne fut pas moindre. De vieux pécheurs, en grand nombre, consolèrent leurs pasteurs par un sincère retour aux pratiques religieuses.
Apprenant ces conversions merveilleuses, l'évêque de Metz, Mgr Dujjont des Loges, voulut aussi employer les Oblats.
4d8 l'extension en fuance
§ 4 Le P. Dassy.
A une haute culture littéraire le supérieur de la maison joignait une vérital)le éloquence. Mgr INIenjaml en était fier, et les classes aristocratiques ne tarissaient pas d'éloges.
Entre autres talents, il possédait, pour les recherches historiques, de remarquables aptitudes qui lui attirèrent l'estime des érudils. Ceuxci, dès i84'i, le proposèrent comme correspondant du ministère de l'Instruction publique, puis comme membre dune commission scientifique et archéologique.
Toujours soucieux de maintenir ses enfants dans l'espril de leur vocation. Mgr de Mazenod lui avait écrit à ce sujet :
— Xe croyez pas que je me réjouisse de cet honneur, ni (|ue je me persuade qu'il en ressorte la moindre gloire pour la (Congrégation. Je dis plus. Si je vous connaissais moins d'activité et moins de facilité pour le travail, je regarderais cet événement comme très fâcheux, parce que vous seriez détourné de votre principal ministère, (jue vous ne pourriez négliger sans olfenser Dieu... Je conclus donc que si vous vous sentez de force à combiner les occupations de ce nouvel emploi avec les devoirs de votre état, et si les recherches que vous serez dans le cas de faire, vous servent plutôt de délassement que de travail incompatible avec les missions et les retraites, ou la préparation qu'elles nécessitent, en ce cas, je vous autorise à répondre à la confiance <ju"on vous a témoignée. ^lais, songez bien que vous êtes tenu, avant tout, à évangéliscr. Pesez cela au poids du sanctuaire, et méditez sur le Qiiid prodest !
On admirera, dans cette lettre, la sagesse de la direction de Mgr de Mazenod. Certes ! il ne défend i)as les études jjrofondes, quel qu'en soit l'objet. Il veut seulement qu'elles concourent au but principal : la conversion des âmes, la sanctification de celui qui s'y addiiiie. ou la conservation de ses forces intellectuelles et morales, par une lifiireuse diversion.
Docilciiiciil le I*. Dassy suivit ces conseils si iiatenicis «'l si ('claires. C'est à titre de délassement seulement qu'il poursuivit ces reeliei'ches scientifiques pour lesquelles il avait un goût si pi'ononcé. etcpii avaient fixé sur lui l'attention des personnages officiels.
De ses travaux résulta la |)ublication de plusieurs monographies très appréciées en haut lieu. Citons, en pai'ticulier. celle sur la monumentale Kirlisc et Abhfi)-(' (!<' Sfiint-Anloinr. dans llsèr»'. impriiné'e «*n septembre l>^\]. el cpii lit une \ive impressimi dans le moiiile ^a\;int.