CHAPITRE XXI
Additions aux Règles nécessitées par l'extension providentielle de la Congrégation. — Solennelle Approbation par Pie IX.
§ 1 Le huitième Chapitre général.
Le 19 mars i85o, Mgr de Mazenod envoyait à toutes les maisons une circulaire annonçant la convocation du Chapitre général pour le 26 août de la même année. Cet intervalle de plus de cinq mois n'était pas de trop pour que la notification parvînt en temps utile aux communautés des missions étrangères, situées à des distances énormes.
Dans sa pensée, ce Chapitre général aurait une grande importance. Le besoin se faisait sentir d'ajouter aux Règles de la Congrégation les articles rendus nécessaires par son extension si rapide, non seulement en France et en Angleterre, mais en dehors de l'Europe, jusqu'aux rives de l'Océan Glacial dans l'Amérique septentrionale, et aux régions tropicales de l'Afrique et de l'Asie.
Surtout, il convenait de fixer d'une manière précise le mode des relations fréquentes entre l'Administration centrale et les points les plus reculés. Ces mesures étaient imlispensables pour sauvegarder l'unité dans un Institut déjà fort nombreux, et répandu en tant de contrées si éloignées les unes des autres.
Pour la prospérité des œuvres locales, il fallait aussi, entre le chef suprême et les ouvriers disséminés un peu partout, des intermédiaires intelligents et dévoués, appelés à partager son autorité et sa responsabilité, et dont on avait à délimiter les attributions.
Au jour indiqué, le Chapitre s'ouvrit. Y assistaient : Mgr Ciuibert, évèque de Viviers ; Mgr Guignes, évèque de Rytown (Ottawa), future capitale du Canada ; le P. Casimir Aubert. visiteur de l'Angleterre, et, en outre, une vingtaine de délégués, arrivés de toutes les parties de l'univers.
Une commission spéciale fut chargée de préparer le projet des modifications à introduire, et d'étudier la question île la division en
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provinces et en vicariats. Le schéma qu'elle présenta, deux jours plus tard, lorma, dans une série de séances plénières, l'objet d'une discussion approfondie, embrassant l'ensemble et les moindres détails. L'entente la plus cordiale régna, cependant, et, finalement, les modifications furent arrêtées, d'un accord unanime.
§ 2 Voyage du vénéré Tondahur à 7{ome.
Restait à obtenir l'approbation du Souverain Pontife.
Le concile provincial d'Aix et les perpétuelles occupations causées par le gouvernement d'un diocèse aussi populeux que celui de Marseille, ne permirent à Mgr de Mazenod de partir pour la Ville Eternelle que le 21 janvier i85i.
Songeant aux difficultés rencontrées en 182G, il n'était pas sans inquiétude.
— Le rôle de solliciteur sied mal à mon âge et à mon caractère, avouait-il à un de ses confidents. C'est un sacrifice que la nature aurait voulu s'épargner, mais qu'il faut accomplir pour la Congrégation. Autrefois, je connaissais à Rome beaucoup de j)ersonnages qui m'honoraient de leur amitié. On se rappelait les services que j'avais rendus, à Paris, aux cardinaux noirs et à plusieurs autres prélats. Tout cela est maintenant de l'Ancien Testament... Le voyage même me pèse. On devient paresseux pour se déplacer, quand on est vieux comme je le suis ..
Le vénéré Fondateur avait, alors, près de soixante-neuf ans : mais il [possédait encore une santé corporelle et une vigueur d'esprit remarquables.
Kn lui ex[»riniauL ses souhaits de bonne année. Mgr Guibert y avait fait délicatement allusion :
— Je sup|)lie sans cesse le Ciel de vous conserver pour vos enfants, et pour moi surlouL qui, sans vous, serais une branc-he sé])arée de l'ai-ljre. Ma vie est lellcmenl entt'-e sur la \ùti(> (|U('. si elle en t'-lait délachée, elle si'-chcrait, et ne i)ourrait que languir... Dernièrement, le P. Tem[»ier m'écrivait ((ue vous êtes plus fort ([ne jamais, et que Vous rajeunisse/, connue laigh'. Ji' le i-emercic de me dii-e de si agréables cl si douces choses... (hie Dieu soit bi'ni ! i)\\'\\ daigne vous garder longtemps ces précieux dons pour rilglisc. pour votre diocèse. ])onr Votre l'amille rcîligieusc. cl pcun- moi qui rn ai besoin plus (iiif Ifs antres... Mais, ajoiilail-il avec une linessc chaiinanlc, vous êtes plus jiuiir (pie ni(ti. r.w le (".rcateur \oiis a dcpaiMi une sanl('' à braver
le temps. Je lui ai toujours demandé la grâce de mourir avant vous. Que ferai-je dans ce monde, quand vous n'y serez plus?...
Les craintes de Mgr de Mazenod ne se réalisèrent pas. Quoique beaucoup de ses amis et protecteurs fussent morts, il n'était pas un inconnu à Rome. Ses vertus épiscopales et ses œuvres le plaçaient, aux yeux de tous, parmi les évêques les plus méritants, non seulement de la France, mais de la catholicité entière. Il obtint du Pape et des cardinaux absolument tout ce qu'il voulut; plus encore... et (circonstance qui doublait le prix de ces faveurs) avec une promptitude qui n'est pas dans les usages.
— Ma présence à Rome, écrivait-il au P. Séméria, nous a valu, au grand étonnement de chacun, l'expédition en une semaine de l'affaire conclue dans notre dernier Chapitre général, tandis qu'elle aurait dû traîner au moins six mois. J'ai vu le Pape, deux fois déjà. Il m'a retenu, chaque fois, plus d'une heure. Je le verrai encore. C'est par discrétion que je ne profite pas de la permission qu'il m'a donnée si gracieusement d'aller le voir, quand je voudrais. Je vous confie encore que notre Congrégation est en très bonne odeur en Propagande. On l'admire tellement qu'il n'est rien qu'on ne soit disposé à lui accorder.
Au P. Baudrand, supérieur de la maison de Montréal, il écrivait encore :
— En approuvant tout ce qui fut décrété dans notre dernier Chapitre, le Pape nous a octroyé un Bref très honorable, qui sera un puissant encouragement pour les nôtres, établis aujourd'hui sous toutes les latitudes. En Propagande, on ne se lasse pas de combler d'éloges notre Congrégation qui enfante à l'Eglise de tels ouvriers.
Ces éloges n'étaient pas de vains mots. Le Cardinal Préfet olTrit au Supérieur général d'autres vicariats apostoliques. Mgr de Mazenod les refusa, pour le moment, afin de consolider et d'élargir le bien dans ceux dont ses Oblats étaient déjà chargés.
Bref de Pie IX.
Le document par lequel Pie IX approuva solennellement les additions aux Règles, est daté du 28 mars i85i. Très flatteur, en elVet, il présente la Congrégation des Oblats comme providentiellement suscitée dans l'Eglise pour répondre aux difficultés du temps : DU'inœ Providentiœ consilio evenisse... Elle est répandue dans le monde entier, dit le Pontife, et il n'est aucun genre d'hommes qu'elle ne tâche
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de ramener au Christ. Ses fils vont partout, pressés par ce feu de la charité qui les embrase : aucun obstacle ne peut les eUrayer : ni les difficultés de la route, ni l'aspérité des climats ; qiiippc iitilla ilineris difjicuUate aUjiie nsperitate deterriti, ad remotas Asiœ, Americœ, Africœ regioncs convolariint. Ainsi, non sans fatigues, mais avec succès, ils éclairent de la lumière de la foi les nations plongées dans les ténèbres de l'erreur.
Pie IX déclare ilonc que la Congrégation a bien mérité de ri\glise. A l'instar de ses prédécesseurs, Léon XII et (irégoire X\'I, il nhésite pas à lui décerner les plus magnifiques éloges, comme un hommage qui lui est dû, et affirme, enfin, que, sur l'avis favorable des cardinaux de la S. C. des Kvèques et Réguliers qui ont examiné les additions du Chapitre général, il les approuve et les corrobore de sa suprême autorité.
§ 4 Promulgation des nouvelles 7{ègles.
Ces additions et modifications, sanctionnées par le Souverain Pontife, nécessitèrent une réédition des Uèglcs et Constitutions. La réimpression prit du temps, car on voulut y apporter tous les soins désirables. Quand elle fut achevée, le Supérieur général la promulgua officiellement, ainsi que la délimitation des provinces et vicariats, par une Circulaire, en latin, du i- février i853, vingt-septième anniversaire de la première approbation par Léon XII.
A Marseille, la cérémonie fut particulièrement imposante, l^lus de soixante Oblats, do résidence dans cette ville, s'y rendirent.
C'était le jour mi"'ine du i- février, date toujours chère, et toujours fêtée pieusement.
Avant de célébrer la messe de rénovation des vceux, le vénéré Fondateur adressa à ses nombreux enfants groupés autour de lui, une allocution paternelle, dans la(|uelle son cour s't'panclia axa- unr tendresse inelfable.
Kn termes t'-nuis. il di-pcignit les consolations du passé, les joies du l)résent, les espt'-ranccs de l'avenir.
Puis, il rapp(da le souvenir toucliant de ceux (jui, d('-jà tombés sur )«• idianip de bataille. \cs armes à la main, parlaient, cependant, encore, pai- le parluiM di- sainleti' ipii suiisislait api-ès eux. ( ionsaci-ei- sa vie à la \'ierge immaculée «'l mourir sous son regard mal. iiicl. n'rst-cc pas un signe de prédestination? Co signe, ils l'ont eu. au nionicnt de leur eiilré-e <lans réternilé. 'l'otis ceux qui. a leur exemple, seront fidèles à «es Uègles, expression ineontestaltle de la vuhint.' de Dieu, auront
également, à leur sortie de ce monde, le gage le plus assuré de salut.
Embrasés par ces paroles ardentes, tous renouvelèrent leurs vœux, avec une indicible ferveur.
A l'autel, Mgr de Mazenod était assisté par le P. Tempier, son premier compagnon. En les voyant rapprochés, on ne pouvait s'empêcher de penser à la date inoubliable du 120 janvier 1816.
Depuis lors, que de chemin parcouru !
Avec quels accents on chanta le Te Deiim !
Comme on le sait, le vénéré Fondateur avait le don des larmes. Quand il dut réciter l'oraison liturgique pour la bénédiction du Très Saint Sacrement, son émotion était si vive, qu'il lui fut à peine possible d'articuler la formule sacrée.
L'assemblée entière partageait ces sentiments. Les yeux de tous étaient humides de douces larmes ; les cœurs battaient du même amour de Dieu ; les âmes tressaillaient de la même allégresse surnaturelle, inénarrable, transfigurante.
A midi, une table unique réunit tous les Oblats aux côtés de leur Père. Jamais réunion aussi nombreuse n'avait eu lieu encore. L'esprit du vénéré Fondateur s'y manifesta dans son humilité si édifiante, dans sa délicatesse exquise, dans sa si prévenante charité.
Le soir de cette journée qui était plus du ciel que de la terre, au moment de se séparer, chacun faisait siennes ces paroles tombées des lèvres du vénéré Fondateur :
— C'est bien, aujourd'hui, l'un des plus beaux jours de ma vie !
Mgr Guibert, toujours Oblat.
Au retour d'une de ses visites pastorales, Mgr Guibert trouva sur son bureau la Circulaire de Mgr de Mazenod à la Congrégation. Il s'empressa de l'en remercier, lui demandant, en même temps, un exemplaire lies Règles ainsi modifiées et augmentées.
— Je veux prendre de ce code sacré, disait-il, tout ce que ma situation actuelle me permet d'en observer, en attendant qu'il plaise à la divine Providence de me permettre d'aller le pratiquer, sans restriction aucune, au fond de quelqu'une de nos maisons, seul bonheur auquel j'aspire dans ce monde.
Par cette lettre, dont nous no citons qu'un court extrait, le prélat montre bien qu'il était toujours resté Oblat, et voulait mourir tel. Les dignités ne l'avaient pas ébloui.
Quand il tra«;ait ces lignes si pleines d'humilité et d'esprit reli-
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gieux, Mgr Guibert, évêque depuis une dizaine d'années, occupait déjà une place des plus en vue dans l'épiscopat. Son clergé, témoin des œuvres multiples et (lorissantes par lesquelles il avait ressuscité le diocèse de Viviers, était fier de lui. Le gouvernement français l'écoutait volontiers. Ses avis empreints, à la fois, de sagesse, de douceur et de fermeté, produisaient toujours une profonde impression dans les milieux dirigeants. Rien de surprenant qu'on eût, plus d'une fois déjà, songé à lui pour des promotions qui humainement étaient séduisantes, mais qui le laissaient dans l'indifférence la plus complète.
Successivement il avait refusé l'évèché de Grenoble, plus important que celui de Viviers, rarehevêché d'Avignon et celui d'Aix. Lorsque, trois ans plus tard, on le contraignit d'accepter l'archevêché de Tours, on avait pensé à le transférer directement de Viviers à Paris. C^'est le cardinal Bourret, aloi's son secrétaire particulier, qui nous révèle ce dernier fait, généralement peu connu (i).
Pourtant, quoique si estimé et si admiré des grands de la terre, disposant des faveurs officielles. Mgr Guibert restait, à l'égard de Mgr de Mazenod, comme un novice confiant, un enfant afiectueux, demandant souvent conseil à son père, et n'ayant d'autre désir que celui de lui ressembler le plus possible.
— Rien ne m'excite davantage, lui écrivait-il, que la pensée de tout ce que vous avez fait, et continuez à faire pour lI-gHse. Mais il me faudrait m'approcher de vous plus souvent. J'en retourne plus fort, plus saint, plus apte à tous mes devoirs... Que deviendrait le pauvre roseau, s'il n'était soutenu par vous ? Cette conviction de ma propre faiblesse me fait espérer que Dieu ne vous retirera de ce monde, que lorsque je n'y serai [)lus. J'ai souvent formé ce vœu, et je le renouvelle plus souvent encore, depuis que je suis dans une i)Osition (|ui me rend plus nécessaire votre présence ici-bas.
Chez lui, comme chez son Père bien-aimé. les vertus religieuses ne s'étaient pas éclipsées sous la dignité épiscoi)ale. Au contraire, elles avaient grandi, par la méditation des lourdes responsabilités de sa charge. Le contact des hommes. !«• maniement des afi'aires, les luttes soutenues pour la gloire de Dieu dans l'abnégation et le désintéressement, les avaient d('-V('lopi)ées et mûries. Aussi s'elforvait-il de garder les pratiques de son premier étal <i»tn|»;il ihles avec s«'s obligations d'évéque.
(]es seiilimeiils si [)ui"s M'é'luiiiiîiieiil pas Mgr «le Mazenoil qui
(i) (>f. Sottvenint sur le l'.anlin il (iiiihirl. iinr un de srs <iu<irnfi fainHirrs, in-i3. Tours. iH,sr). |.. Tu.
connaissait si parfaitement l'âme et le cœur de son disciple ; mais il en était délicieusement heureux.
En marge de la lettre, par laquelle Mgr Guibert lui disait que son ambition suprême était de se retirer dans quelqu'une des maisons de la Congrégation, pour y observer complètement la Règle, le vénéré Fondateur jeta ces mots si expressifs, dans leur laconisme :
— Admirable !... à lire pour s'édifier !
Et, sur l'exemplaire des Constitutions demandé, il apposa cette dédicace :
— Au modèle des évêques... au modèle de l'amour et du dévouement filial...
— Je suis sensible, répondait Mgr Guibert, aux paroles si indulgentes que vous avez écrites de votre main, ou plutôt, avec votre cœur sur la première page. Néanmoins, je ne prends pas tout aveuglément. Modèle des évêques ! Cela ne me convient guère. S'il y a quelque peu de bien en moi, c'est que je tâche de reproduire, autant que je puis, les traits d'un autre modèle que j'ai toujours sous les yeux, et que Dieu, dans sa bonté, m'a donné pour me servir de règle. Je n'ai, sous ce rapport, que le mérite d'une faible copie. Mais, modifie de V amour et du dévouement filial, oh ! oui, je l'accepte, car telles sont les aspirations de mon âme, et je veux être ainsi toute ma vie. Je ne comprends pas même que l'on puisse être autrement. C'est en cela, après ce que je dois à Dieu, que je fais consister le bonheur de mon existence. Il n'est rien, parmi les peines que je rencontre sur mon chemin, dont je ne me console facilement par le souvenir de votre affection paternelle.
Une autre fois, il lui disait :
— Indépendamment du soin que je dois à mon salut, je voudrais mourir, plutôt que de vous occasionner la moindre tristesse, en ne mettant pas en pratique des avis dictés par un tel amour. Seulement, je ne les reçois pas comme cotre testament, car j'espère que Dieu vous conservera longtemps encore, afin que vous i:)uissiez me les continuer.
L'année suivante, il lui écrivait avec le même tendre et filial abandon :
— Je vous remercie de tant de considérations si douces, si bonnes, si sublimes !... Quand on lit cela, on éprouve dans l'âme quelque chose qu'on ne sait exprimer. Aussi ceux qui recueilleront vos lettres, après ma mort, les trouveront usées comme des volumes que l'on a constamment entre les mains.
CHAPITllE XXll
Fréjus. Grand Séminaire
§ 1 Offres nombreuses d'établissements.
L'auréole de sainteté qui entourait la tète vénérable de Mg'r de Mazenod, et les succès apostoliques qui accompagnaient les travaux de ses enfants, attiraient à la Congrégation des témoignages réitérés de précieuse sympathie. On ne cessait de lui proposer, de divers côtés, des fondations nouvelles.
Citons quelques exemples, entre beaucoup dautres.
Peu avant la révolution de 1848, Mgr Doney, évéque de Montauban, olfrit une résidence dans son diocèse. La réalisation de ce projet, agréé en principe, fut différée, à cause de l'incertitude de l'horizon politique.
Mgr Féron, évéque de Clermont-Fei'rand, mauil'osta ensuite combien il serait heureux d'avoir une communauté d'Oblats. Presque en même temps, Mgr Pie, évéque de Poitiers, émit le même vœu.
Il fut question aussi de les appeler à Domrcmy-sous-Bois. dans le diocèse de ^ erdun.
De son côté, Mgr Gignoux, évéque de B»'auvais, les ileinandait. et, trois années durant, envoya épîlre sur épltrc, pour les obtenir.
L'évèque de Grenoble, outre les sanctuaires de Nolre-Daino de l'Osier et de Parménie, songeait à leur céder celui de Saint-.\ntoine.
Ln termes très flatteurs, le cardinal Du Pont, archevêque de Bourges, les invitait à diriger le beau petit séminaire qu'il venait de fonsli'uire. Le vénéré Fondateur refusa cet im|>(»i"tant ('•tablisseiiient. car il avait décidé de ne jamais séearU'i- de la lin pn-mièic de son Institut. Celte résolution lui <licta sa réponse à Mgr de la ]{ouillerie, <''vé(jue de (larcassonne. cpii lui adressa la mrnic reipirt»* pour le petit séminaire <1(^ \ai'b(»iiue. un dfs plus iloi-issanls du Midi.
Simultain'nienl, Mgr l'ouhpiier, •'•vt'wjue tle Mcude. le suppliait «le prcmdrc la direction du collège de Laiigogiie, (|ui ((unplail près de eent cinquante élèves.
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— L'excellent esprit qui anime votre pieuse Congrégation, lui disait le prélat, m'inspire un vif désir de la posséder dans mon diocèse, et j'espère bien qu'elle n'aura pas à regretter de l'avoir adopté.
Le développement des missions étrangères et la consolidation des œuvres de France, qui, en raison même de leur succès, exigeaient une augmentation de personnel, ne permirent pas d'accepter d'autres propositions aussi avantageuses.
Au dehors, même empressement.
L'archevêque de XcAv-York, Mgr Hughes, voulait fixer les Oblats dans cette immense ville. Mgr Purcell, archevêque de Cincinnati, les souhaitait aussi pour son séminaire ; l'évéque de Détroit, Mgr Lefèvre, les réclamait pour son vaste diocèse ; de même Mgr Crétin, évêque de Saint-Paul, et celui de Louisville, Mgr Spalding.
Dans le Bengale, les îles Seychelles, la Nouvelle-Grenade, au diocèse de Santa-Fé-de-Bogota, et jusqu'en Australie, toutes les portes s'ouvraient. Les évéques, les délégués apostoliques, la Propagande Insistaient vivement.
Plein de ces pensées, le vénéré Fondateur disait, un jour, à ses jeunes scolastiques groupés autour de lui :
— Si j'avais cent prêtres de plus, je ne serais pas embarrassé pour les placer immédiatement. J'ai des demandes de la France, de l'Angleterre, de l'Amérique, de l'Asie... du bout du monde. Uniquement pour les Etats-Unis, il me faudrait cent sujets disponibles. Quel bien nous accomplirions, alors, dans ces contrées !
Les novices, cependant, étaient nombreux, pieux, animés d'un très bon esprit, et généralement les évêques se montraient favorables à l'entrée de leurs diocésains chez les Oblats.
On en jugera par ce passage d'une lettre de Mgr Bouvier, évêque du Mans, à la date du 8 juin i85i :
— Comme votre vaillante Congrégation a rendu de grands services à l'Eglise, et est destinée à lui en rendre de plus signalés encore, loin de détourner ceux de mes ecclésiastiques qui veulent s'y agréger, je leur accorde très volontiers mon autorisation. Je m'estime heureux de contribuer à son développement, en lui fournissant des sujets, quoique souvent on me prenne les meilleurs...
Ainsi Dieu prodiguait ses bénédictions à cette Société religieuse, l'une des plus récentes dans l'Eglise. Dès sa jeunesse, il lui communi([uait une fécondité prodigieuse, multipliait partout ses lils, et lui donnait une force d'expansion qui les poussa, en si peu de temps, jusqu'aux extrémités de la terre.
448 l'extension en FRANCE
On voyait déjà les Oblats en vingt diocèses de France, où ils prêchaient plus de cent missions par an, et autant de retraites, sans compter une foule d'autres travaux.
En Angleterre, plus de cinquante mille catholiques étaient confiés à leurs soins. Chaque année, ils ramenaient des centaines de protestants à la vraie foi.
Leur ministère n'était pas moins actif, ni moins fructueux, au Canada, au Texas, dans l'Orégon, à Ceylan, à Natal, au milieu des peuplades sauvages qu'ils arrachaient aux ténèbres du paganisme.
§ 2 L'antique « "Forum Julii ».
Si le Supérieur général n'acceptait pas tout, il ne refusait pas tout, non plus. L'abondance (on pourrait presque dire la multitude) des offres lui permettait de choisir.
Parmi les évèques qui se distinguaient par leur vénération envers lui et leur sympathie pour sa Congrégation, nous devons signaler Mgr Wicart, originaire du diocèse de Cambrai, et évèque de Fréjus, depuis 1845.
Il profita de ses relations de voisinage pour plaider éloquemment la cause de son grand séminaire, qu'il voulait remettre aux mains des Oblats. Ses lettres réitérées n'ayant pas eu le résultat désiré avec tant d'ardeur, il fit exprès le voyage de Marseille pour traiter de vive voix et conclure, au plus tôt, cette affaire.
L'établissement n'avait pas moins, alors, d'une centaine délèves.
De nos jours, Fréjus n'est qu'une petite ville de quatre mille habitants, bien déchue, il est vrai, de son ancienne splendeur, mais remplie de souvenirs. C'était le Forum Jiilii des Romains, dont la jiopulation dépassait cent mille âmes.
Sa fondation remonte à la plus haute anti(|uilr. .fuies César, en l'an 44 avant l'ère chrétienne, y créa un arsenal maritime très considérable, le Toulon de l'époque, port militaire dans lequel .Vuguste, (jui l'avait élargi, expédia, treize ans plus tard, l'élite de ses marins, avec trois cents vaisseaux, cai)turrs sur son rival Antoine, dans la im-inorable bataille d'Actiiim (i).
(n Cf. Iloiior.' lîonclic. llisloirr itr l'rorciu-r. ■> iri-lol., Aix. i(U'/,. 1. I. |i. j',;, sq. -Vf hani, Description hislnri(nii' rt f^cogrdpiiiifih' ilr lu ProreiK-c, iii-V'. Aix. 17S7, p. 55-. Garcia. Dictinniiairc liisloriiinè cl lo/xii^ninliiiiiii' île In Prorciur onricnnc et moderne, 2 in-.S', l)i'u;,Miiiriian, iSli. l. I, p. '/("i-Vil. IVxirr, Mrninirrs sur fit ville et le port di' Fri-jna, \n-\'>, Paris, iS',-. Aubciias.,//i.s7o//'<? de Frijua/wx-S'. Fn'jiis. 1S81. Jullian, FrrjnH romain, iii-S", Paris. i.SHC). l'ilisrc Hi-cliis. ' .\oiirelte i^roijrnphie universelle, 19 in-',". Paris, iH^Cy-iH*)',, l. H, p. 817.