CHAPITRE XXIV Romans
§ 1 Le grand séminaire du diocèse de Valence.
En 1840, le 21 novembi'e, Mgr de Mazenod assistait au sacre de Mgr Ghatrousse, évêque de Valence, ancien vicaire général de Grenoble, qu'il avait lui-même proposé au ministre des Cultes.
A son tour, le nouvel élu devenait, en 1842, un des prélats consécrateurs de Mgr Guibert. Ses relations avec le vénéré Fondateur restèrent des plus cordiales. Il recourait à ses lumières dans les affaires difficiles, le considérant comme son père dans l'épiscopat.
Son grand séminaire étant dirigé par des prêtres séculiers, il jugea préférable d'y appeler une Congrégation, à l'exemple de ce qui se pratiquait dans beaucoup de diocèses. Des hommes appartenant à un Ordre régulier lui paraissaient offrir plus de garanties de science, de vertu, de discipline, d'aptitudes et de stabilité.
A cet effet, il jeta les yeux sur les Oblats.
Avant, néanmoins, de prendre une décision définitive dans une affaire de cette importance, et de crainte que sa reconnaissante affection pour Mgr de ^Mazenod ne fût pour lui un mobile trop déterminant, il demanda à Mgr Wicart des renseignements confidentiels sur la manière dont les Oblats dirigeaient le séminaire de Fréjus.
La réponse fut des plus encourageantes.
Avec preuves à l'appui, Mgr Wicart se déclarait pleinement satisfait. L'estime qu'il avait déjà pour la Congrégation s'était accrue encore, à la suite de l'expérience personnelle qu'il avait faite.
Après ce témoignage si catégorique, Mgr Ghatrousse n'hésita plus.
Le grand sémiaaire du diocèse de Valence n'est pas dans cette ville, mais dans celle de Romans, vingt kilomètres plus loin. L'édifice se trouve sur une petite colline, à l'ouest de cette cité de dix-sept
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mille âmes, assise sur la rive droite de l'Isère. Il est à côté d'un Calvaire, préci-dé lui-même d'un chemin de Croix. Les Oblats y furent installes, le dimanche. i octobre i853, solennité du Saint Rosaire et fête des Saints Anges.
Le P. Charles Bellon.
Porté par ses goûts au recueillement et à la prière, le P. Charles Bellon, nommé supérieur, joignait à une science solide une piété douce et éclairée. Familiarisé avec l'hébreu, il en tirait de sérieux avantages pour l'explication de l'Ecriture-Sainte.
Homme de doctrine et théologien consommé, il fut le conseiller de plusieurs évèques, et, à ce titre, invité au concile provincial d'Agen.
Successivement professeur au séminaire d'Ajaccio et à celui de Marseille, il laissa un souvenir inelfaçable dans l'esprit et le cœur des jeunes prêtres qu'il instruisit dans les sciences ecclésiastiques et forma à la sainteté de leur état. Lors de son départ de la Corse, Mgr Casanelli d'Istria manifesta de vifs regrets.
A sa connaissance approfondie de la littérature française, il ajoutait celle de plusieurs langues étrangères. Il parlait l'anglais et l'allemand, l'italien et l'espagnol. Aussi, après cinq ans de séjour à Marseille, fut-il envoyé comme maître des novices, puis visiteur en Angleterre, pour y consolider le bien déjà commencé, et en préparer un plus grand encore. Sa mission fut couronnée de succès. Par sa parole et par ses exemples, il fortifia l'esprit religieux à l'intérieur des communautés. Sa correction extrême, son afTabilité, son mérite vite connu malgré sa modestie, lui gagnèrent au dehors des sympathies précieuses. La province britannique lui doit plusieurs de ses établissements.
A Romans, par son vaste savoir et sa vie des plus édifiantes, il eut promptement acquis l'afiection des élèves et l'estime d\i clergé.
Ses collaborateurs le secondèrent avec intelligence. Parmi eux, citons : pour la morale, le P. Cliauvet ; pour le dogme, le P. Hambert. brillant sujet et excellent professeur; le P. Berne, d'un nel talent; puis, vraiment dignes île leur être associés, les Pères Fayette, Roijue, Nicolas. Martinet, etc.
Pour les étuilcs. la discipline et l;i pii'lc-. le si'ininairc devint bientôt une maison modèle.
.\ la (in de la première ;inn<'(' scolaire, le P. Bainbert t'-erivait :
— Notre >«ii|((''i'ieur vous .lura dit. ji' pense, combien tout le diocèse
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est satisfait de la nouvelle direction. Les éloges les plus flatteurs et les plus sincères ne cessent de nous venir de toutes parts et de nous prouver qu'elle est fécondée par les bénédictions de Dieu.
§3 Le P. Cumin.
Outre les professeurs, Tévêque de Valence avait obtenu de Mgr de Mazenod plusieurs Pères pour ses missions diocésaines. Une maison fut achetée dans ce but. Elle touchait au Calvaire de Romans, dont l'église lui servait de chapelle, et son enclos était contigu au grand séminaire.
Persuadé que, dans les missions, la parole évangélique opère des prodiges, Mgr Ghatrousse avait souhaité procurer ce bienfait à ses ouailles. Annonçant la conclusion de cette importante affaire, il disait dans une Circulaire à ses prêtres :
— Ces Missionnaires sont arrivés. Ils sont tels que notre sollicitude le désire. Déjà revêtus de notre confiance, ils auront bientôt la vôtre, quand vous aurez été témoins de leurs travaux et de leur zèle.
Pendant quelques mois, le P. Burfin fut à leur tête ; mais, la maladie l'ayant forcé à laisser ce poste, il fut remplacé par le P. Cumin.
Né à Chàtenay, dans l'Isère, patrie de Combalot, le P. Cumin fut, comme celui-ci, remarquable par son talent de parole et l'ardeur de son apostolat.
De fortes études au petit séminaire de la Côte-Saint- André développèrent ses aptitudes naturelles. Helléniste distingué, il savait Homère de mémoire, et il n'avait pas vingt ans, quand il prit l'habitude de lire quotidiennement lEcriture-Sainte dans le texte grec.
Au grand séminaire de Grenoble, il eut pour professeur l'abbé Rousselot, connu par l'édition très appréciée qu'il donna de la Théologie morale de Sœttler, enrichie par lui de nombreuses annotations très savantes, et d'aperçus judicieux sur les prescriptions du droit civil français.
Le disciple se montra digne d'un tel maître.
Malgré son désir de vie religieuse, il dut remettre à plus tard son entrée au noviciat. Pendant une quinzaine d'années, on le vit, séduisant professeur de littérature, d'abord à la Côte-Saint-André, puis à Pont-de-Beauvoisin, ensuite au célèbre collège de Juilly, près Paris, où il enseigna la rhétorique. Plusieurs familles aristocratiques, entre autres celle du comte de Laroque, lui confièrent, à Auch et à Toulouse, l'éducation de leurs enfants.
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Quand, au lendemain de son Oblation, à l'âge de quarante et un ans, il fit ses débuts de missionnaire dans la chaire de Notre-Dame de l'Osier, il cliarma tous les assistants. On ne se lassait pas d'entendre cette parole émue, vibrante, à la forme originale, mais toujours élégante et châtiée. Ses qualités éminentes d'esprit et de cœur lui permettaient de produire de puissants effets d'éloquence. Que de fois il triompha ainsi des auditoires les plus insensibles ou les plus obstinés, et les jeta i-epentants au pied de la croix rédemptrice.
Avant d'être envoyé à Romans, il fut, pendant trois années, supérieur de la maison de Limoges. Son nom y est resté en vénération. 11 évangélisa, avec succès, dans ce diocèse et les pays environnants, un gran I nombre de paroisses importantes, parmi lesquelles : Guéret, chef-lieu du département de la Creuse ; Rochechouart, chef-lieu d'arrondissement de la Haute-Vienne ; Aubusson ; Roussac, sous-préfecture de la Creuse ; Saint-Sulpice-les-Feuilies ; Nexon, etc.
Une mission à l'hôpital militaire de Limoges attira surtout les regards sur lui, et lui valut de chaudes amitiés. On admira l'ascendant irrésistible qu'il prit, dès les premiers jours, sur les soldats et les officiers. Ceux mêmes qui avaient juré de ne jamais aller à confesse, furent vaincus, et, non contents de renoncer à leurs égarements, s'enrôlèrent dans les œuvres de charité : conférences de Saint- Vincent de Paul, adoration nocturne du Très Saint Sacrement, etc. Quelle consolation, le jour de la clôture, de contempler de vrais bataillons, officiers en tête, marchant à la sainte Table !
L'adoration nocturne était établie dans la chapelle des Oblats. L'élite des chrétiens de la ville s'y réunissait. Les officiers et les soldats convertis y vinrent fréquemment. Ils s'y groupaient autour du futur général de Sonis, alors capitaine, et que tous déjà regardaient comme un saint.
Depuis, le P. Cumin fut en relations suivies avec ce que Limoges comptait de plus distingué. Lorsqu'on l'avait connu et que l'on avait goiité les chîirmes de sa conversation, ou les attraits de son éloquence, on «'prouvait le désir pressant de le revoir.
11 était donc en possession de lestiinc universelle dans le diocèse «le Limoges et les déparlements limitrophes, quand l'obéissance le plaça dans la Drôme.
Sur ce nouveau théAtre, ses facultés se déployèrent à l'aise.
Presque sans interruption il parcourut les villes et les campagnes de ce d(''part<Mnent, les communautés religieuses et les maisons d'éducation.
Il y l'i'colla les méuies succès. Aj)rès l'avoir enlendu. on voulait