ROMANS
l'entendre encore. Dans certains couvents ou pensionnats, par exemple à la Visitation de Romans et à Valence, on le redemanda jusqu'à six ou sept fois de suite. Il ne savait pas refuser. A l'eneontre de l'adage assiieta vilesciint, ses auditeurs ou auditrices l'écoutaient toujours avec un nouveau plaisir, et toujours aussi avec profit. Jamais il ne se répétait.
Cette variété suppose une rare facilité de composition. Esprit très fin, il observait les moindres choses, tirant parti de tout avec un à-propos merveilleux.
s ^ "Les missions de la Drôme.
Les confrères du P. Cumin, les Pères Chavart, Eymère, etc., étaient, comme lui, constamment sur la brèche.
Parmi les paroisses évangélisées, citons : Bourg-lès-Valence, Saint- Jean-de-Valence, Bourg-du-Péage, Grâne, Montmeyran, Dieulefit, Anneyron, Andancette, Peyrins, Livron, Saint-Jean-en-Royans, Montélimart, Clérieux, Rochegude, Marsanne, Rochefort-Samson, Clavaison, Valaury, etc., etc.
Beaucoup de ces paroisses sont importantes. Plusieurs avaient une population mixte comprenant le tiers, parfois même la moitié de protestants. D'autres étaient profondément indifférentes, quelquefois même hostiles à la religion, et s'étaient signalées par des scènes de graves désordres, pendant la révolution de 1848.
Partout, néanmoins, les conversions furent nombreuses. Dans la plupart, l'élan fut admirable. Quatre et cinq confesseurs ne suffisaient pas au travail du jour et de la nuit, commençant à cinq heures du matin et continuant jusqu'à onze heures du soir. Les communions générales d'hommes et de femmes dépassèrent tout ce qu'on aurait pu espérer.
— Mgr l'évêque de Valence est très satisfait, écrivait le P. Cumin. De tout que Dieu soit mille et mille fois béni !
CHAPITIŒ XXV Notre-Dame de Cléry
Zfn vœu du roi Louis "XI.
A treize kilomètres d'Orléans, sur la route de Beaugency et de Blois, à peu de distance de la rive gauche de la Loire, se trouve la petite ville de Cléry, actuellement chef-lieu de canton du déj^artement du Loiret. Autour d'elle, le paysage est riant. D'un côté, des vignes et des prairies qui s'étendent au loin ; de l'autre, des bosquets arrosés par des eaux abondantes. Sur le territoire même de la commune, la butte dite de Mézières, haute de quinze mètres, sorte de tumulus gallo-romain, dont la tradition a fait la tombe d'Attila.
En tous sens, des chemins larges et d'un accès facile. Çà et là, de jolis châteaux, la plupart dans le style do la Renaissance, et semblant converger vers une superbe basilique qui les domine tous de sa taille majestueuse.
C'est un des plus luxueux sanctuaires de France, consacrés à la Sainte Vierge, magnifique église gothique du xV siècle, classée comme monument historique, et placée spécialement sous la sauvegarde du ministre des IJeaux-Arts.
Le ])orche est surmonté d'un campanile iilein de grâce et de légèielé. Une grosse tour cai'rée s'élève à coté de lenlrée latérale du nord. Klle était couronnée d'une flèche élancée dont la Révolution la jii'iva. Sur le centre du transept surgit également un élégant clocher pyramidal.
L'intérieur est à trois nefs avec déambulatoire et absith". Des sculptures d'un travail merveilleux ornent les ])ortes de la sacristie et du chai)itre. (belles des stalles du didur ne charment jias inniii'- les yeux par h'ur variétt- et le fini de I ex<cuti(>n ( i ).
(^e bijou d'architecture est un «'x-voto royal.
Le sanctuaire de (ih'ry i lait «li-j;i (•(■Irbrcau \\ siècle ('j>. |{i«ii «les
(I) Voir ji. \</>. — (j) (.1 Iti.ll.iiidisi, s. .\i(n sanclarum jiilii, l. I. p. ioi.
rois et des chevaliers s'y prosternèrent, depuis Childebert, Philippe- Auguste, saint Louis, Philippe le Bel, etc.
Au commencement de la guerre de Cent ans, Philippe Vide Valois rebâtit sur un plus vaste plan l'ancienne église que ses prédécesseurs avaient richement dotée, et pour le service de laquelle ils avaient fondé une collégiale de douze chanoines ; mais, en i^-i'^, elle fat saccagée par les Anglais.
Notre-Dame de Cléry. — Portail de la Basilique.
Pour attirer la protection de la Reine du ciel sur ses armes, Louis XI fit vœu de construire à Cléry une basilique plus somptueuse que la précédente. Exaucé dans sa prière, il tint royalement sa parole, vint souvent à Cléry, en pèlerinage, et y séjourna môme. Sa dévotion, il est vrai, l'inclinait à solliciter plutôt les biens de la terre que les autres dont il se souciait moins. De là cette épigramme écrite sur un de ses portraits, où on peut la lire encore, au musée d'Orléans :
Du corps seulement la santé Je demandais à Notre-Dame ; Trop rimi>ortun(>r c"eust été De la prier aussj pourràme.
Converti, à la fin de ses jours. i)ar saint François de Paule. il voulut, après sa mort, reposer dans la basilique de (^léry. Son tom-
4^2 l'eXTENSIOX en FRANCE
beau en marbre blanc est là. entouré de ceux du fidèle compagnon de Jeanne dArc, le brave Dunois ; de François d'Orléans, d'Agnès de Savoie, etc.
En vertu d'un bref du pape Sixte IV, les rois de France, depuis Louis XI, sont chanoines de Gléry, avec le droit de porter le surplis, l'aumussc, la chape et les autres ornements sacerdotaux.
Cela paraîtrait bien étrange à nos contemporains si déshabitués des pratiques pieuses. Nos aïeux, loin d'en sourire, en étaient fort édifiés.
Parmi les nombreux miracles opérés à (lléry, l'un surtout a laissé un souvenir inelTaçable. Un jour de grand concours, une foule immense vit, pendant plusieurs heures, la statue de la Sainte Vierge verser des larmes. Les pièces originales du procès canonique instruit à cette occasion, furent retrouvées, il y a une vingtaine d'années, et publiées alors. Les dépositions juridiquement reçues d'une multitude de témoins oculaires ne permettent pas de douter de l'authenticité du fait (i) .
Mgr Dupanloup confie aux Oblats la garde de la basilique.
L'évèque d'Orléans, Mgr Dupanloup, avait en haute estime Mgr de Mazenod. Quoique déjà célèbre lui-même, il lui écrivit plusieurs fois pour recourir à ses lumières et à son expérience. Le 17 août i85i, il le pria de lui communiquer officieusement quelques-unes des mesures administratives prises à Marseille, pour que son propre diocèse en bénéficiât. A la suite de ce service rendu, il y eut entre les deux prélats un échange de lettres assez considérable, empreintes de mutuelle confiance. A cette époque, Mgr Dupanloup se montrait le zélé «léfenseur des droits de l'Eglise et du Saint-Siège. Ses récentes publications sur la souveraineté temporelle du Pape et sur la liberté d'enseignement avaient fixé sur lui l'attention et la reconnaissance de tous les catholiques.
Le '2'i novembre i85'.î, il écrivait au vénéré Fondateur :
— Permettez-vous maintenant. Monseigneur, que je vous manifeste
un de mes désirs? Je mettrais le plus grand |n*ix à possé»ler dans mon
diocèse ((uelques religieux de votre sainte ( Inngrégation. J'ai vu vos
bons Pères, et je les admire. Je pourrais les (Hablir «lans une cure assi>z
(i) Cf. Miracle îles lar/ncs nrrirr à l'inuiiic de Mntrc-Dame de Clrrij, le Inndi/ de la Pentccoste. aH mmj Hi-o, iii-.S", Orh-aiis. iHiji. — On lira aussi avec intcrèt le n'cil «le. bcaiicoiii) «rautres prodi^res, (Iniis' un travail très lillorain* «lu R. I*. <le rilirinito, <). S\. I., l'n inlerinufrc à ynlre-f)aine <lr '.'/.ri/. »li. \. in-iJ, Orléans, iS.'.S.
importante où se trouve une église magnifique et un pèlerinage de la Sainte Vierge fort abandonné ; mais leur zèle y ranimerait la ferveur et y ramènerait le concours des peuples... Mon diocèse a le plus pressant besoin de missions continuelles. Il serait digne de votre charité de nous secourir : Transiens in Macedoniam, adjiwanos !
Une première fois, Mgr de Mazenod écarta cette proposition. Il avait d'autres fondations en vue, et il ne lui restait pas assez de sujets disponibles pour celle-ci. Mais en i8.53, Mgr Dupanloup ayant renouvelé ses instances, Mgr de Mazenod accepta pour l'année suivante.
La prise de possession eut lieu le lu février i854.
Dès le lendemain, Mgr Dupanloup en exprimait sa joie au Supérieur général :
— J'espère les meilleurs fruits de l'installation de vos religieux à Cléry, et je ne saurais assez vous témoigner ma gratitude. J'ai voulu, du moins, ne pas tarder.
Quelques jours auj)aravant, il lui avait dit :
— Avec quel intérêt je viens de lire dans VAmi de la Religion tous ces précieux détails sur votre sainte Congrégation ! Quelle bonne et sainte oeuvre vous avez accomplie, là !
Ces paroles faisaient allusion à un article par lequel un des rédacteurs avait analysé une Notice sur la Congrégation. L'impression de cette Notice avait paru nécessaire pour satisfaire aux demandes d'une multitude d'évêques, de prélats et de prêtres, qui écrivaient sans cesse pour avoir des renseignements sur les origines, l'esprit, les œuvres et l'état actuel de cette famille religieuse.
A la fin du mois de janvier i854, un exemplaire en fut envoyé à Pie IX qui se liàta de répondre, le 29 mars, par un bref des plus élogieux.
L'évêque d'Orléans ne l'avait pas encore lu, quand il écrivait : « Quelle bonne et sainte oeuvre vous avez accomplie, là ! »
Dans leur estime pour les Oblats de Marie, Mgr Dupanloup et Pie IX étaient d'accord.
Que n'en fut-il ainsi, quelques années plus tard, au concile du Vatican, pour l'infaillibilité pontificale !...
"Résurrection du pèlerinage. Le P. Brun.
Les habitants de Cléry étaient non seulement très indilTérents aux pratiques de la religion, mais notoirement hostiles aux moines et aux missionnaires. Il serait donc très difficile de réveiller, au sein de cette génération plus qu'attiédie, l'enthousiasme des siècles passés.
n/J l'extension EN FllANCE
A leur arrivée, les Pères reçurent de la population un accueil peu encourageant. Personne ne leur manifesta la moindre sympathie. On les examinait d'un œil soupçonneux, avec une curiosité malveillante.
Dans le centre de la France, ils se seraient crus en pays de missions étrangères, sans la proximité de cette basilique superbe qu'ils avaient à desservir. Ce magnifique édifice leur sembla d'autant plus vaste qu'il était presque toujours vide.
— L'état des âmes, écrivait l'un d'eux, est loin de flatter le regard de Dieu, autant que ce grandiose monument flatte le regard du touriste.
Malgré cet accueil glacial, les Pères, néanmoins, se mirent aussitôt à l'œuvre. Voulant, dabord, régénérer cette paroisse perdue, ils en commencèrent la visite générale. Ce premier contact dissipa des préjugés. En l'ace de tant de prévenances, on résolut de se montrer, du moins, i^oli. Peu à peu la défiance s'atténua, et il s'établit même un certain courant de sympathie naturelle.
— En somme, se disait-on, ces moines ne sont pas tels qu'on nous les avait dépeints ; ce sont des hommes de bonne société. On a du plaisir à causer avec eux.
Pour les voir plus fréquemment et les entendre davantage, quelques-uns s'acheminèrent vers l'église. Ce fut le petit nombre ; mais ce noyau augmenta ; puis, un ébranlement se dessina dans la masse.
Le culte revêtait dans la basilique toute la pompe que leur pauvreté actuelle permettait aux chapelains. Le chant exécuté par un clidur de jeunes filles qu'ils réussirent à former, en rehaussait l'éclat. Cette association fut le germe d'une Congrégation, plus tard très prospère, en l'honneur de la Sainte Vierge.
Après cette tentative, les Pères s'adressèrent aux jeunes gens et aux hommes. Leur appel ne fut pas sans écho, cette fois. Un nouveau chœur de voix màles et fortes se constitua. Dès lors, les assistants devinrent plus nombreux, à la messe et aux vêpres des dimanches et fêtes. Les prédications du (Carême et les exercices du mois de Marie furent fréquentés avec un empressement qu'on était loin, naguère, de croire possible.
On en parlait avec stupéfaction <lans les communes voisines :
— Cléry n'est plus le même ! Il se transforme ! Hientôt on ne le reconnaîtra plus !
(.c qui plaisait suiloiil, c'étaient les processions solennelles, le soir, du;.int la belle saisr)n. à la lueur <les flambeaux. L'anti(]ue statue parcourait, au cliaMl <les canticpu's, les piiii(i|iale>> ru<'^ bi-illaniuient illuminées, et reci'vail les li(iuiiiiai,'es de l;i Ltiile.
Ces honneurs rendus, grâce aux Oblats, à la Vierge de Gléry, achevèrent de leur gagner le cœur non seulement des paroissiens, mais des habitants de la contrée, à plusieurs lieues à la ronde. Ceux-ci également reprirent le chemin de la basilique. La curiosité, d'abord, les attira ; puis, la piété. Ils contemplèrent d'imposantes cérémonies.
Notre-Dame de (Ik-ry. — Intciieni' de la basilique.
entendirent des cantiques enlevants, mais écouter» ut aussi les prédicateurs. Les yeux étaient ravis, les oreilles charmées, les cœurs s'ouvraient aux plus douces émotions, et les âmes au repentir. Six mois après, le pèlerinage de CJéry retlevenait populaire.
La première fête patronale du sanctuaii'e dcjjuis l'arrivée des Oblats, celle du 8 septembre i854, dépassa en magnificence tout ce que.
4^6 l'extension en FRANCE
de mémoire d'homme, on avait vu dans ce lieu, visité autrefois par tant d'augustes personnages : chevaliers, seigneurs de fier lignage, chefs d'armée et souverains puissants.
Dès l'aurore, les routes étaient noires de pèlerins. Orléans en envoya des phalanges. Gléry, d'ordinaire si calme, s'étonnait de voir dans ses murs des foules, à chaque instant grossissantes. Le bruit, le mouvement, une vie exubérante remplaçaient le morne silence de la solitude.
Le clergé du diocèse était largement représenté, et entourait son évêque, accouru, lui aussi. Les messes se succédèrent sans interruption, et de nombreux fidèles s'approchèrent de la sainte Table.
De riches ornements paraient la basilique, et, du haut de son trône splendidement décoré, la Vierge soui'iante bénissait ses enfants prosternés devant elle.
Mgr Dupanloup ne se possédait pas de joie, devant ce merveilleux spectacle d'une multitude unie dans les mêmes sentiments de foi et d'amour envers la Mère de Dieu. A l'office de l'après-midi, il monta en chaire. Sa parole ardente traduisit en termes éloquents les impressions de son âme, et fit vibrer tous les cœurs à l'unisson du sien.
La procession qui suivit fut une marche triomphale pour la statue vénérée. La piété, la confiance, un bonheur qui n'était plus de la terre, se lisaient sur tous les visages. L'éclat de cette fête fut tel, que les journaux d'Orléans et de Paris en donnèrent des comptes rendus enthousiastes.
Cléry retrouvait la splendeur des anciens jours.
Le pèlerinage, dès lors, s'accrut, chaque année. Sans lui, à quoi aurait servi cette magnifique église? A ces vastes nefs il fallait des foules.
Deux ans plus tard, le 8 septembre i856, on compta vingt mille fidèles.
Ces manifestations si grandioses et si touchantes ne suffisaient pas au zèle des chapelains. Leur désir était de déterminer un courant continu de pèlerinages paroissiaux. Ils y réussirent.
Pour étendre ce mouvement, on usa des ressources mulli|)les de la publicité : brochures, notices, tracts, articles de journaux, etc. On fonda aussi les Annalrs de Noire-Dame de Clér)\ Kilos constituèrent un recueil de docuiiients concernant riiistoire contemporaine du sancluaii-e, et formèrent un Irait iliinion eiilrc tous ceux ([ui l'aimaient.
Li' premier supi-rirur de la comimitiauté fut le T. Hniii, liomiue île savoir ri d rxjn'iicncc.
NOTRE-DAME DE CLERY fyj'j
Prêtre vertueux, il fournit une longue carrière dans l'enseignement, avant d'embrasser la vie religieuse. Muni des diplômes universitaires, il avait dirigé, pendant six ans, comme principal, le collège de Castellane, sous-préfecture des Basses- Alpes ; puis, avec le même titre, celui de La Ciotat, dans le diocèse de Marseille- Dans ces postes et autres semblables il fit beaucoup de bien à la jeunesse, en combattant avec succès l'action funeste de l'enseignement officiel, à une époque, où, si l'on excepte les petits séminaires, la direction des collèges était presque entièrement dans les mains de l'Université gouvernementale, imbue de l'esprit voltairien.
A quarante et un ans, il entra au noviciat. Malgré son âge, et sans se prévaloir des charges exercées dans le monde, il se plia parfaitement, avec une sainte joie, à toutes les exigences de sa nouvelle situation.
Pendant plusieurs années à Limoges, aux côtés du P. Cumin, avec lequel il avait plus d'un trait de ressemblance, il prit une large part à l'évangélisation de la Haute-Vienne.
Sa figure avenante, sa taille bien proportionnée, son caractère expansif, ses aptitudes diverses, prévenaient en sa faveur. Les sympathies de tous lui étaient vite acquises. Ses connaissances littéraires, la culture de son esprit, sa facilité d'élocution, et, par-dessus tout, une extrême bonté de cœur rendaient son commerce très agréable.
§ 4 "Les missions dans l'Orléanais.
Plus encore que le pèlerinage, les missions rencontrèrent, au début, des obstacles énormes.
Le clergé, d'abord, contestait leur efficacité. A son avis, les gens étaient trop sceptiques et trop froids, pour être accessibles aux émotions qu'elles suscitent souvent.
Mgr Dupanloup fut d'une opinion contraire, et il imposa sa volonté.
Mais ce dissentiment entre l'évêque et son clergé gênait les Missionnaires. Ils devaient commencer par conquérir les bonnes grâces du pasteur, qui les accueillait uniquement pour ne pas s'insurger ostensiblement contre les règlements diocésains. A force de cordialité, la glace était rompue et des relations plus aimables s'établissaient.
Restait le plus difficile : ramener les ouailles au bercail. Hic opiis ! hic lahor.
— Quel triste pays que l'Orléanais, au point de vue religieux, écrivait l'un des Pères. Le sol y produit toujours de riches moissons,
/^jS l'extension en FRANCE
mais là se borne sa fertilité. La loi n'est point dans les âmes, et les cœurs n'ont point cramoiir. Toutes les espérances tombent à terre. C'est un oubli général de Dieu, et une adoration universelle de la matière. Imaginez qu'on trouve, là, nombre de paroisses, où le curé seul fait ses Pâques. C'est affreux !
Envoyé à Gléry vers la fin de i855, le P. de l'Hermite, écrivait :
— En certaines localités, on se croirait en plein paganisme!... Aussi les moyens ordinaires sont absolument inutiles, en face de telles résistances. Si vous me demandiez quelle méthode nous suivons dans ces joutes évangéliques, vous m'embarrasseriez beaucoup. Le plan de bataille s'élabore, ou plutôt s'improvise en présence de l'ennemi. La stratégie se modifie sans cesse, et même plusieurs fois dans une journée.
Au milieu de ces populations réfractaires, les pensées surnaturelles ne pénétraient que peu à peu. La goutte d'eau ne creuse pas plus lentement le dur rocher.
Les premiers jours, les gens semblaient fuir les Missionnaires comme dos oiseaux de mauvais augure. Si, après les visites à domicile, quelques-uns consentaient à former un petit auditoire, leur physionomie défiante et leur attitude altière semblaient reprocher à l'orateur d'oser, par ses exhortations importunes et ses jérémiades désagréables, troubler la douce quiétude dans laquelle ils avaient jusque-là vécu.
Avec une constance inébranlable, les Missionnaires jetèrent la bonne semence dans ce terrain ingrat. Ils songeaient à la parole de nos Saints Livres : Qui seminant in lacrj-mis, in exiiltalinne nietent.
Le diocèse bénéficia de tant de sacrifices. Ces pénibles missions ne furent pas sans résultat. Le respect humain, d'abord, était battu en brèche. On avait moins peur d'entrer dans une église, lîcaucouj) de préjugés s'évanouissaient. Sans doute, il n'y eut pas, là, de longtemps, cet entrain qu'on ailmirait ailleurs ; mais des âmes furent remuées, ébranlées et ramenées sérieusement à Dieu.
— Nous ne regardons pas vos paroissiens comme inconvortissables. disaient les Pères aux curés [tessimistes.
— Avec h; temps et hi i)atience, écrivait le Supérieur, nous acclimaterons les missions dans le diocèse. (hi()i(|ue modestes, ces commencements sont pleins (h- i)romesses.
Le bien s'accomplissait, parfois imperce[)til)Ie. mais rt-ei. La loi était comme créée de nouveau «lans ces êtres (jui revenaient de si \o'\\\ aux pratiques chrétiennes. Pour assurer leur [jersévcrance, on fondait, de toutes parts, de pieuses associations.
•Malgré les «liflicullé-s de et* rude apostolat et la i-aiele des consola-
tions, ceux que l'obéissance envoyait travailler dans ce champ hérissé de ronces et d'épines, s'y attachaient. Pour les vrais soldats, le combat n'est pas un épouvantail, mais un attrait.
Un des plus méritants, le P. Bonnard, que Mgr Dupanloup appelait le « roi des Missionnaires » à cause de ses qualités remarquables, écrivait, trente ans plus tard, d'Aix, à l'un de ses confrères de résidence à Paris :
— Je vieillis, mais mon cœur ne vieillit pas ; il rajeunit plutôt sous l'influence du souvenir!... Gomment pourrais-je oublier Gléry et ses missions si mouvementées, si typiques et si fructueuses? Nous y avons passé cinq ans ensemble, heureux, tri's heureux. Quelle joie quand, à notre parole, les hommes se convertissaient.
De fait, malgré les pronostics plus que sombres du clergé, les Pères ne regrettèrent pas de s'être lancés dans l'arène. Ils recueillirent dans la joie ce qu'ils avaient semé dans les larmes.
Ces missions si décriées, à l'origine, s'acclimatèrent dans le diocèse. Les demandes se multiplièrent, et, en i858, le supérieur pouvait écrire à Mgr de Mazenod :
— Vos Missionnaires sont tous. en campagne. Leur zèle et leur abnégation obtiennent des résultats inespérés.
Un peu plus tard, il écrivait encore :
— Jusque dans les pays les plus mauvais , il est inouï qu'une mission ait été infructueuse. D'année en année, nous constatons les améliorations. Tout présage une ère de prospérité achetée par le zèle et le sacrifice de ceux qui s'emploient à ces prédications apostoliques.
Dans l'espace de six à sept ans, les Oblats prêchèrent plus de cent cinquante missions dans l'Orléanais, sans compter une foule d'autres ti'avaux, tels que retraites, carêmes, mois de Marie, etc. Parmi ceux qui se dépensèrent le plus, citons les Pères Marchai, Bonnard, Michaélis, Sigard, Bonnet, Bouniol, Rouzy, Bonnemaison, Pineau, Bouvière, Dufour, Jeanmaire, Duclos, Vivier, Séjalon, etc.