CHAPITRE XXVII
Définition du dogme de l'Immaculée Conception
Le Supérieur général, hôte du Pape, au Quirinal, pendant deux mois.
Peu de jours après l'installation du scolasticat à Montolivet, Mgr de Mazenod, spécialement invité par Pie IX aux réunions épiscopales qui devaient précéder la définition du dogme si cher à sa piété, sombarquait. le 20 octobre, sur un navire de IKtat, avec un grand vicaire et un domestique.
A peine le vaisseau avait-il jeté l'ancre dans la rade de Civita- Vccchia, qu'un officier se présentait à bord, de la part du délégué apostolique, pour saluer le prélat. Il le conduisit à terre sur son propre canot. Une chaise de poste attendait les trois voyageurs, qui, le soir même, arrivaient dans la Ville éternelle. A l'hôtel de la Minei-ve, où ils descendirent, ils furent vite rejoints par un dragon pontifical, porteur d'une lettre émanée du Vatican. Elle apprenait à Mgr de Mazenod, qu'avant toute demande d'audience, il serait reçu par le Saint-Père, dès le surlendemain, lundi. Cet empressement de Pie IX témoignait de sa haute considération pour le Supérieur général des Oblats.
Presque en môme temps, survenait Mgr Barluzzi, envoyé par le cardinal Antonelli. Il annonçait que, par l'ordre du Pape, on avait pré[)aré pour Mgr de Mazenod et sa suite des api)arteinents dans le ni;ii,Miifique palais du Quirinal. C'étaient ceux mômes qu'y occupe le cardinal secrétaire d'Etat, quand le Pape y réside.
F*ie IX ne se contenta pas de loger si luxueusement Mgi- de Mazein) i et ses familiers. Il voulut pourvoir aussi à leur entretien. Pendant ])lus de deux mois, il leur donna une royale hosititalité, aussi généreuse (jue paternelle. Il mil également à leur disposition plusieurs laquais, avec mission de prévenir leurs moindres désirs.
I/audicnce, le 3o octobre, dura plus dune heure et demie, et fut «Miipreinte de la plus <lé!ieieuse curdialil.-.
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Sentiments de Mgr de Mazenod sur le rôle des évêques
pour l'examen de la bulle « Ineffabilis ».
Attaché, depuis son enfance, aux doctrines ultramontaines les plus pures, et pressentant par sa foi les décrets du concile du Vatican, Mgr de Mazenod, en partant, avait dit à ses intimes :
— Nous nous rendons à Rome, pour entendre les oracles du Vicaire de Jésus-Christ, et non pour lui enseigner à faire des bulles.
Depuis longtemps, en effet, la bulle était préparée. Les théologiens romains y avaient travaillé deux années durant, suivant les indications très précises du Pape. La dernière rédaction allait «Hre présentée à l'assemblée des cardinaux et des évêques, réunis en Congrégation générale, non pour un examen du fond, mais seulement pour celui de la forme. On discuterait sur l'exactitude des termes, et Ion verrait s'il n'y avait pas lieu de donner de plus nets éclaircissements pour l'avantage des fidèles.
Selon Mgr de Mazenod, il en serait de la bulle Ineffabilis, comme il en fut, quatorze siècles auparavant, de la célèbre Lettre dogmatique, Lectis dilectionis tiiœ, de saint Léon le Grand. Elle fixait, par avance, la doctrine christologique anti-nestorienne et anti-eutychienne que le concile œcuménique de Chalcédoine (45i) approuva et fit souscrire à tous ses membres.
Dès le premier jour, les Pères du concile, après avoir écouté la lecture de cet exposé si lucide, s'écrièrent d'une commune voix :
— Par la bouche de Léon, Pierre a parlé (i) !
Le Pape saint Célestin P"" avait agi d'une façon analogue, pour le concile d'Ephèse (43i) (a).
Tous les conciles œcuméniques tenus dans la suite, quand les Papes ne les présidaient pas personnellement, reçurent toujours aussi des directions doctrinales indiquant les décisions à prendre.
A Pierre, en effet, et à ses successeurs, il a été dit : Confirme tes frères dans la foi.
Et encore ; Pais mes agneaux ; pais mes brebis.
C'est donc au Pape à guider les évêques ; et non aux évêques à régenter le Pape.
On aurait tort, cependant, de conclure que les assemblées d'évê-
(i) Cf. Ilardouin, Acta conciliorum, ii> in-fol.. Paris. 171Ô, t. II. p. 290sq:386sq, 399, 402. — Mansi, Sacrortim conciliorum. 3i in-fol., Florciioe et Venise, 1-59-1798; t. V, col. i36G sq; t. VI, col. 9;i : t. VII, col. 7-48; nS-iiG.
(2) Ilardouin, l. I, col. 13',;. 1.I22, i(-i. — Mansi, t. IV, col. .")56, 1211, 1290, 129,^.
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ques, rt'uiiis en concile ou autrement, sont absolument inutiles. Elles affirmt'iit, aux yeux du monde entier, d'une manière solennelle et plus lrap[>;iiilo, la merveilleuse unité de croyances existant entre les pasteurs de toutes les nations et le chef de l'Eglise universelle.
La pensée de Mgr de Mazenod sur le rùle de l'épiscopat dans l'examen de la bulle Inejfahilis, était donc, on le voit, parfaitement conforme aux plus saines traditions en ces matières si importantes.
Certains évéqucs, cependant, parmi lesquels le cardinal Gousset, tout en croyant à l'Immaculée Conception, étaient d'avis que sa définition serait inopportune. Selon eux, il suffisait de décréter que cette doctrine « approchait de la foi », sans préciser qu'elle était de foi. Blessé dans son amour fdial envers la Mère de Dieu, Mgr de Mazenod eut, avec l'archevêque de Besançon, une discussion, dont Mgr Jeancard nous a conservé les détails (i). Elle détermina le Supérieur général à adresser au Souverain Pontife, au sujet de cette opportunité, plusieurs lettres dont Pie IX fut extrêmement satisfait, et dont il le fit remercier par Mgr Barnabe, en l'engageant à continuer à lui transmettre ses vues.
La première réunion générale eut lieu, le -.io novembre, dans la salle ducale au Vatican.
Un exemplaire imprimé du projet de bulle fut remis à chacun des évêques. Ils eurent la faculté de l'étudier à loisir et de préparer leui-s remarques.
Dans ces conféi'ences, tout fut passé au crible de la plus sévère critique, et chaque mot pesé avec soin. .\ l'extrémité de la salle, siégeait la commission des théologiens chargés de soutenir et d'expliquer le texte.
Plusieurs évêques américains, anglais et irlandais, dont les diocèses se trouvaient en pays protestants, formulèrent quelijues objections. Un autre ne voulait rien moins que remanier la bulle de fond en comble.
— C'est facile à dire, écrivait, le soir, Mgr de Mazenod. S'il a fallu plus d<î deux ans pour la composer telle (ju'elle est, combien en faudraitil encore \univ la refaire? C'est vraiment dérisoire.
Les théologiens, rom|)us aux joules intellectuelles, eurent promplenient raison de ces oppositions. Dès le U| novembre, toute résistance i<-ssa. La lumière brillait sans nuage, et l'accord était absolu.
Nous ne décrirons pas ici les magnirK[ues solennités qui aci-onipagnèrent la définition dogmatique. Elles ont souvent été racontées, et 11'- rcîitrent pas dircftemenl dans le cadre de notre récit.
(i> MMan-^eH liiHtorhfitei», p. aSj-aH;,
DÉFINITION DU DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION
Mgr de Mazenod revint de Rome, comblé d'égards. Pie IX, par une faveur singulière, lavait invité à officier ponlificalement, dans la basilique de Saint-Pierre, à l'autel papal, pour les premières vêpres de la Dédicace, 18 novembre, devant plus de cent évèqucs. D'ordinaire, cet honneur est réservé aux cardinaux.
Déjà, Pie IX songeait à le décorer de la pourpre. 11 aurait plus tôt réalisé ce dessein, si Mgr de Mazenod eût accepté un archevêché. Plusieurs lui furent ofï'erts, qu'il repoussa. Il fut, en cela, victime de sa modestie ; car de plus jeunes, tels que les cardinaux Giraud, qui lui avait servi la première messe, et Gousset dont il était lun des prélats consécrateurs, furent promus avant lui.
Nous verrons, plus tard, que, malgré la résolution du gouvernement français de ne proposer que des archevêques pour le cardinalat, l'empereur Napoléon III présenta Mgr de Mazenod, et Pie IX l'agréa.
XolioDainc de rOsicr. — Tour île Boii-Ilonconlre érigée en souvenir de la défmilion du dogme de ITtuiuaculéc C()ncei)Uon.
(N'oir le texte, p. 3o3.)