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CHAPITRE XXVIII Autun

§ i Mgr Guibert nommé à l'archevêché de Tours.

Le neuvième Chapitre général, assemblé à Montolivet, du 5 au 1*2 août i856, apporta une nouvelle joie à Mgr de Mazenod, qui vit autour de lui l'élite de ses enfants, accourus de toutes les parties du monde. L'éloignement n'avait pas tari parmi eux les sentiments de l'afTection fraternelle, mais les avait accrus. C'étaient toujours le cor iiniim et anima una.

Ici-bas, néanmoins, les joies ne sauraient être durables. Souvent l'épreuve les suit de près. Dieu le veut ainsi pour augmenter le mérite de ses élus.

Dans la première quinzaine du mois de mars i85-, mourait Mgr Chatrousse, évêque de Valence. En lui, la Congrégation perdait un ami. L'administration intérimaire des vicaires capitulaires lui fut moins bienveillante. L'un d'eux, ancien directeur du séminaire de Romans, lui était ouvertement hostile, car il ne pardonnait point aux Oblats de l'avoir remplacé dans la direction de cette maison. Il réussit à inculquer ses sentiments au nouvel évêque, Mgr Lyonnet.

Mis au courant de ces intrigues. Mgr de Mazenod retira les Oblats, le lo octobre i85;;.

Revenu de ses préventions premières, Mgr Lyonnet, assistant, plus tard, au couronnement de Notre-Dame d'Arcaclion, et reçu très poliment par nos Pères, sembla regretter cette mesure sans laquelle, disaitil, les Oblats seraient encore à Romans. Si Mgr de Mazenod eût connu plus clairement les dispositions de l'évéijue de Valence, il aurait, sans nul doute, dillércmment agi ; mais, dans l'incertitude où le laissèrent, alors, les déclarations équivoques du prélat, il crut cette résolution plus conforme à sa dignité et à celle de ses enfants.

De son côté, le P. Fayette écrivait (luelcpies anné«'s après :

— Cette allaire n'a nullement nui à lesliinc qu'on professait pour les Oblats. Le clergé de \ ;ileiice et les t'ièves du i^n'aiid >-(iiiin;iiie liou>

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ont gardé le meilleur souvenir. Ils nous en ont donné des marques, toutes les fois que l'occasion s'en est présentée.

Dieu compensait par ses consolations ce que cette épreuve renfermait de pénible. Mgr GuilDert ayant refusé l'archevêché d'Aix, on songea sérieusement, en haut lieu, à le transférer à Paris.

— Peu s'en est fallu que je n y fusse nommé, écrivait-il à Mgr de Mazenod. C'est effrayant ! Heureusement, je n'ai su le danger qu'après coup. Maintenant, je respire, et j'en suis quitte pour la peur.

Le péril n'était pas, cependant, définitivement conjuré. Peu après, Mgr Guibert recevait la notification officielle de sa promotion à l'archevêché de Tours. Le ministre des Cultes le lui annonçait d'une façon si nette, quoique extrêmement courtoise, que toute résistance devenait impossible.

— Cette fois, le coup est porté, écrivait-il à Mgr de Mazenod. Chacun pleure ici, et moi plus fort que les autres. C'est cruel de laisser ce diocèse ! Je me résigne à ce qui paraît la volonté de Dieu, car il me semble qu'en persévérant dans mes refus, je m'exposerais à contrarier les vues de la Providence... La lettre du ministre, entièrement de sa main, est on ne peut plus belle, touchante et beaucoup trop flatteuse pour moi. Il avait résolu de me faire archevêque, à tout prix... Dieu doit avoir des desseins cachés. Avec la confiance que les puissants de la terre me témoignent, je serai probablement à même de servir plus efficacement, sur un siège si rapproché de Paris, des intérêts qui nous sont chers, à vous et à moi, et qui sont les intérêts de Dieu.

En apprenant qu'il allait perdre son évêque, le clergé de l'Ardèche éprouva un vif chagrin, raconte le biographe de Mgr Guibert. A Viviers, on était fier de lui, de ses talents, de la majesté de son style, de la considération dont il jouissait dans le monde catholique, du rang élevé qu'il occupait dans l'épiscopat, et de la distinction de son caractère. On l'aimait sincèi'ement, comme le bienfaiteur, mieux encore, comme le fondateur du diocèse (i).

Le 5 mai 1807, il prenait solennellement possession de sa métropole, en présence de toutes les autorités civiles et militaires de la ville de Tours, et d'une foule immense. Cette intronisation fut des plus brillantes.

— Pendant la procession qui le conduisait à son église, écrit le cardinal Bourret, alors son secrétaire, tous étaient frappés de l'aspect noble, grave et si vénérable de sa personne. Sous ses habits pontificaux, Mgr Guibert avait le plus grand air. Ses traits allongés, maigres et

(i) Cf. Mjif Paguelle de Follcnay, Vie du Cardinal Guibert, t. II, p. 217.

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coupes de hachures austères lui donnaient la physionomie d'un de ces saints évoques peints sur les vitraux des cathédrales : quelque chose de saint Germain ou de saint Martin. Cette remarque a été souvent faite, et elle était pleinement justifiée (i).

C'est cet archevêque, déjà si illustre, qui, dans sa correspondance avec Mgr de Mazenod, se montrait si humble, si soumis, si reconnaissant !

— Mon existence, lui écrivait-il, le 21 décembre iSS;, est liée à la vôtre, comme la plante au sol dont elle tire la sève. Je ne puis arrêter ma pensée à la suj)position que vous quitteriez ce monde avant moi. Aussi j'espère qu'il non sera pas ainsi, et je le demande à Dieu. Je resterais comme une branche languissante, séparée du tronc vivifiant. Heureusement Dieu vous a départi une force qui n'est pas près de s'épuiser. Il aura égard à mes vœux et aux besoins d'une œuvre qui, formée par vous, doit être achevée par vous.

"La paroisse de Saint-Jean d'Autun et les missions dans la Saâne-et-Loire.

Au mois de novembre i85^, Mgr de Marguerye, évêque d'Autun, voulant établir les missions dans son diocèse, d'une manière permanente, vint à Marseille, pour obtenir de Mgr de Mazenod quelques-uns de ses Oblats, dont il connaissait les succès apostoliques, en France et à l'étranger. Il était heureux de renouer, par ce moyen, les relations qui, depuis l'origine du christianisme, existaient entre son église et ceHe de la grande cité méditerranéenne. C'est dans la cathédrale d'Autun. en effet, que se conserve, comme un trésor des plus i)récieux, le corps de saint Lazare, premier évêque de Marseille, l'ami ressuscité de Jésus.

La proposition de Mgr de Marguerye fut acceptée, et, au mois de mai i858, les Oblats étaient par lui installés à Autun, dans un bel immeuble, précédemment abbaye de chanoinesses, contigu à l'église paroissiale de Saint-Jean, qu'il leur confia aussi. La maison avait des dimensions plus (|ue suffisantes. Non seulemenl la coniiuunauté s'y trouvait à l'aise, mais elle pouvait y recevoir les prêtres désireux de passer quelques jours dans la retraite. Un vaste jiarc avec jardin, transformé en verger fertile, rcntoui ait. Il rcMulait ce séjour des jjIus agréables, en l'isolant des bruits du monde et l'enveloppant d'une alinos[»hère de silence, si propice au recueillement et à la vie religieuse.

Sur ce nouveau thé;\tre, les Pères furent vite appréciés. Hienti'it l;i symj)atlii(; générale se traduisit par- de nombreuses deniMmies .le

(i) Curdiiiul liourrcl, Snttrcnirs sur le Cttnliiidl (iiiihrri, iii-i •, l'ours, issc. p. .".',.

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