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CHAPITRE II Préparation lointaine

Heureuses rencontres.

De bonne heure, les regards tlu vénéré Foiulateur sélaienl (ixés sur l'Angleterre. Il eût voulu coopérer à sa régénération. Mais comment faire? La Providence lui en fournirait-elle, un jour, les moyens ?

Il ne s'illusionnait pas sur les difficultés de l'entreprise.

En i835, un prêtre irlandais. M. O'Ueilly, retournant de Uonic s'arrêtait à Marseille. Informé de lexistence d'une Congrégation établie pour le salut des âmes abandonnées, il souhaita la connaître. Mar d'Icosie l'accueillit avec sa délicatesse ordinaire, et lui comuiuniqua son intention de s'adjoindre des sujets de langue anglaise.

Captivé par son éloquence si persuasive, le visiteur lui dit :

— Si j'étais libre, je n'hésiterais pas à solliciter mon admission dans votre pieux Institut ; mais je vous enverrai un aulie moi-niénie : adolescent d'une vingtaine d'années, dont je dirige la conscience. Il appartient à une excellente famille. Son aïeul maternel. M. .lauies Anderson. fut un avocat renomuié de (llascow . Sdii perc, M. Daly, habit»', au sud-est de l'Irlande, la ville de Xe^vlown Hari\v. dans le comté de Wexford Là est né. en i8i 4. l'aimable William. Après de très bonnes études littéraires au collège, il a reçu des leçons parliculièi-es d'un professeur distingué. M. Nolan. très apprécié à Dublin. Ce jeune homme veut être i>rêti'c et missionnaire. Votre Sociélé répond complètement à ses asi)ii'ations. Je lui en pai-lerai. Mii apiireiiant (jue j;ii trouvé ici ce (|u"ii (lierclie vaiin-iiieul ailleurs, il -.eiM ;iu comble de la joi(;.

Quehpies mois phis lard. William Daly arrivait à Marseille.

Le Suj)érieur général le conlia an P. Casimir Auberl. t|iii, sac liant l'anglais, fut son maltr»' de novice, et lui enseigna le Iramais.

Pendant cinq ans »-nsuite, le l'ièrc William Daly resta, eonimc scolastique, au séminaire <le Marseille.

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A mesure qu'il progressait dans les sciences sacrées, il sentait son zèle s'enflammer de plus en plus, pour la conversion des hérétiques. Il écrivait, en Irlande, à ses amis, les engageant, dans les termes les plus pressants, à le rejoindre, pour se préparer avec lui à cet apostolat.

Bientôt il ne fut plus seul.

Un jeune Irlandais, allant à Rome compléter ses études tliéologiques, s'arrêta, un dimanche, à Marseille, pour assister à la messe et communier. Averti qu'à notre église du Calvaire un prêtre parlait anglais, il s'adressa à lui pour la confession.

Après la messe, le P. Auhert le retint à déjeuner et l'invita à passer la joui'née en sa compagnie. Ravi de pouvoir, si loin du sol natal, converser dans sa langue maternelle, l'abbé Naghten (c'était son nom) fit de [)las amples confidences.

Originaire d'Ennis, capitale du comté de Glare, il se rendait à Rome, muni pour le supérieur du séminaire anglais, alors le futur cardinal Wiseman, de lettres de recommandation de Mgr Griffiths, vicaire apostolique du district de Londres (i).

Depuis longtemps, il pensait à être religieux. i»our se dévouer au salut de ses coinpatinotes. Par quelle mystérieuse coïncidence se trouvait-il, en ce moment, dans une maison de Missionnaires? Dieu l'y avait mené, comme par la main, sans qu'il s'en doutât !... Et le supérieur parlait anglais !... Et c'est à lui qu'il avait ouvert son àme !...

Le P. Aubert n'était pas moins surpris de ce concours de circonstances singulières.

Aussi, tout en écoutant son interlocuteur, l'examinait-il attentivement.

L'examen achevé, il lui ilit :

— Croyez-vous que tout ceci soit l'effet d'un simple hasard ? Puisque la Providence vous a conduit chez nous, pourquoi n'y resteriez-vous pas ? Essayez du moins.

— Mais, j'ai déjà pris mon billet pour Civita-A'ecchia ! Le bateau jiart demain.

— Ne vous incjuiétez pas. Nous arrangerons la chose.

Deux ou trois jours a})rès. l'abbé Naghten était parmi les novices. L'année de probatiou tciininée, il franchissait le seuil du scolasticat.

Plusieurs de ses amis d'Irlande s'annonçaient, à leur tour.

(i) l^epuis cent einf[iiante ans. vu le petit nombre de entlioli([nes, l'Anj^leterre ne eoiui)i'enait, en tonl, ([ue (pialn' disli-icts eiclt'siastiqvics : eenx de Londres, du Centre, du Nord et de l'C )ni'.sl, érlycs par une liulle dinuocent XI, le '<o jan\ ier il>88.

DANS LES ILES BlUTANNIQUES

Les autres scolastiques se familiarisèrent de plus en plus avec l'anglais qui, déjà, figurait dans leur programme.

Les éléments se préparaient. Avant i>cu. Ion pourrait élever l'édifice.

§ 2 A la recherche de sujets.

Ordonné prêtre, le P. Daly cjuilta Marseille, au moins de juin 1841, avec la charge spéciale de recruter, dans les lies lirilanniques, des .sujets de langue anglaise.

A Londres, il prêcha dans diverses églises. Ses sermons lurent goûtés et lui valurent de pri-cicuses relations.

II alla ensuite au séminaire de Sainle-Maric (r()sc<)ll. situé dans les cnvii'ons de rimpoiiante ville de l{irmini;ham. (".elle uuiison de liaules études était, depuis (piehjues mois, sous la direction «le Mgr Wiseman, qui en avait lait sa di'meui-e. depuis que (iri'goire \\ 1 l'avait nommé coadjuteur de Mgr W'alsh, vicaire apostolicpie du ilislricl du Centre (i).

(i) Le 3o juillet iH^o, le Pane, (lé(loiil»l;iiil l<s <|u;ilir iincieii^ di^lri.ts. en iiNiiil C()'»stilii«'- hinl : ceux de Lomlrcs, <lii cuiulc .le l-ineaslre. du couité dVork, du pays de('.alli-s. du Ccnlre. du \ord. de l'IM cl de l'Ouesl. Cliacun avait à .sa lêlc un vicaire a]i(istitli(|uc, aide, parfois, dim cniidjuleur.

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Très désireux de voir sa patrie retourner à la vraie foi. le futur cardinal prit connaissance de nos saintes Règles, Il eut vite la conviction que les missions, telles que les concevaient les Oblats, répondaient parfaitement aux besoins de l'Angleterre, et qu'elles y produiraient un bien considérable. Il promit de recommander la Congrégation aux évêques, et de la favoriser lui-même. L'avenir montra que ce n'était point, là, de vaines paroles.

Ainsi encouragé, le I*. Daly se dirigea vers l'Irlande. Mgr Miler, vicaire général de Dublin, le reçut très cordialement, et l'introduisit auprès de Mgr Murray, archevêque de cette ville. Comme tous les évèques d'Irlande devaieit se réunir, dans quelques semaines, au séminaire général de Maynooth, le P. Daly s'y rendit, à cette époque, et Mgr Murray le présenta à ses collègues dans l'épiscopat (i).

Longuement et avec une chaleur communicative, le jeune apôtre leur parla de la Société dont il était membre. L'accueil fut des plus sympathiques. Lès évèques assurèrent que. loin de s'opposer à son recrutement dans leurs diocèses respectifs, ils le seconderaient, persuadés que leurs ouailles récolteraient, plus tard, les fruits de son Ijienfaisant ministère.

Fort de ces approbations, le P. Daly se remit en campagne, et non sans résultat.

Parmi ceux qu'il envoya au noviciat de Notre-Dame de l'Osier, indiquons Samuel Walsh et John Noble. Celui-ci, malgré l'apparence française de son nom. était irlandais, né à Dublin, d'une famille aisée et des plus respectables. Au collège de Castleknock, dirigé par les Lazaristes, ses succès, ses vertus, une piété solide et un cachet de distinction répandu sur toute sa personne, l'avaient signalé entre tous ses condisciples. Il fut pour notre province britannique une précieuse acquisition.

Mgr Wiseman ne tarda pas à offrir au P. Daly un terrain pour y bâtir une maison. Cette proposition était une première preuve de sa bienveillance.

Cependant, on ne pouvait laisser seul, à une pareille distance, un jeune religieux à peine sorti du scolasticat. Malgré son zèle et son attachement à la Congrégation, il n'avait pas cette expérience que rien ne supplée.

Le départ du P. Casimir Aubert pour l'Angleterre fut donc résolu.

(i) Duraul la persécuUou, llrlande garda toujours la hiérarchie ecclésiastique rég:iuièrc. Elle se divisait, alors, en viugt-seiit diocèses, dont quatre archcvècliés.

DANS I.ES ILKS BIUTAXM()UES

C'était pour Mgr de Mazenod un réel sacrifice.

Docteur en théologie : maître des novices pendant plusieurs années : puis professeur de morale à Marseille et supérieur du Calvaire ; très mortifié. intol(i<;:ent, prudent et judicieux; demandé par Mgr Guibert comme vicaire général, le P. Casimir Aubert jouissait de la pleine

Le 1*. Casimir .Vul)crt,

confiance du vénéré Fondateur. Tics souvent il exerça auprès do lui les fcmctions de st'crétair-e, et en reçut les t(''in<»ignages d'une allVctioii lai-gemcnl justifiée [)ar un dévouement inaltérable et d'incomparables vci-tus.

Toujours Mgi' d<' Mazenod avait prn>^c <\ur Dieu bii avait doun»^ un sujc't si remar([ual)le, pour ipi'il lui la cousidat ion df s;i vie et le Sftiitlen de sa vieillesse.

Mpanehaiil sa belle ànie dans le sein de cel ami lidele. il lui écrivait. l»eu de lemps après son deparl :

— .le suis tes [)as avec douleur, a mesure (jue lu lidoignt'S de moi.

PUKPAUATIOX LOINTAINE

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