L ENFANCE
Son éveil à la raison fat rapide. Ses proclies constatèrent avec ravissement que Dieu lui avait prodigué, d'une façon peu commune, les dons de la nature et ceux de la grâce.
Bientôt, en elTet, se manifestèrent en lui les premières lueurs de
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cette intelligence, cjui, dans la suite, laïu-a de si lumineux éclats. Kn même temps s'accusait de plus en plus en lui une fermeté de volonté extraordinaire. Puis, à mesure qu'il croissait, se dessinait davantage son caractère ardent et franc, ennemi de tout détour hypocrite, mélange harmonieux de droiture et de vivacité.
Par ces traits, il reproduisait, au moral, limage de son [)ère. De sa
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mère, il avait reçu, en outre, une sensibilité extrême, une inépuisable bonté, une rare délicatesse de cœur.
Et quelle compassion pour les malheureux !
L'opulence au sein de laquelle il grandissait, loin de développer l'égoïsme dans son âme comme trop souvent chez les fortunés de la terre, l'en avait absolument banni. Elle le rendait plus secoural^le aux misères d'autrui. Les gâteries dont le comblait, plus que tout autre, son parrain et aïeul maternel, M. de Joannis, lui fournissaient les moyens d'être généreux à son tour. Que de fois, il partageait avec des enfants pauvres son déjeuner, ses friandises et les petites sommes d'argent mises à sa disposition ! Une fois même, en hiver, il se dépouilla d'une partie de ses beaux vêtements, pour en couvrir le Hls d'un iliarbonnier tremblant de froid.
A l'âge, où, d'habitude, on ne songe qu'aux jeux futiles ou aux amusements bruyants, il se plaisait déjà aux entretiens graves. N'ayant encore que cinq ou six ans, il allait fréquemment chez l'un des plus intimes amis de son père, M. de Revest, procureur au parlement du roi. Dans les salons de ce magistrat célèbre, se réunissaient les hommes les plus distingués appartenant au barreau de la capitale de la Provence. Eugène ne se trouvait pas dépaysé au milieu de ces juristes, dont les préoccupations quotidiennes et les sujets de conversation étaient si au-dessus de la portée de son âge. Il écoutait avec soin, avide de s'instruire.
D'autres fois, il se précipitait dans l'étude, où M. de Revest travaillait, entouré de ses clercs, qui l'interrogeaient, à chaque instant, sur le détail des affaires pendantes, ou sur les multiples arcanes de la procédure. Eugène sautait sur ses genoux ; M. de Revest le prenait tlans ses bras, et continuait à répondre, n'ayant pas d'auditeur plus attentif que son petit ami.
Citons ici, en témoignage de sa franchise et de sa loyauté, un ti-ait encore inédit, échappé aux recherches de ses premiers historiens.
Un de ses jeunes compagnons lui ayant fait un cadeau insigniliant, Eugène, ému, malgré le peu d'importance de la chose, s'empressa de lui en exprimer sa reconnaissance. N'ayant i-ien, en ce moment, sur sa personne, (jui lui parût digne d être oU'ert. il coui-ut dans les appartements de sa mère, découvi-it, près de la table de litilctte, un riclie ex ciitail, et se ci'ut en droit d'en disp<jser. en laveur de ct'liii par I('(|ut'l il ne voulait pas se laisser vaincre en gentillesse !
Le pn'-sent fut accepté avec joie, et le Iti-iK-liciaiic revint i-adiiMi\ chez ses parents.
(]eux-ci, très (''lonnés de voir en sa possession un oitjet tlecclle