‹ Cent ans d'histoire intérieure, 1789-1895Chapitre 10 sur 29 · L ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE · texte numérisé non relu

L ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

pect et d\m ministère sans autorité, son premier soin fut d'instituer des comités permanents qui s'emparèrent de la direction effective de toutes les branches de l'administration.

Trois partis principaux se partageaient l'Assemblée : les Feuillants (du nom du club où ils tenaient leurs réunions) avaient recueilli les débris de l'ancien parti constitutionnel, qui continuait à chercher dans l'imitation des institutions anglaises la solution des problèmes du jour; les Montagnards, qui formaient ce qu'on nomme aujourd'hui l'extrême gauche, ne cachaient plus leurs préférences pour la République, et étaient tout prêts à recourir à la violence pour en procurer l'établissement; les Girondins enfin, dont l'influence était alors dominante, avec Vergniaud, Guadet, Gensonné, etc., et qui, adversaires de la royauté, se signalaient cependant par plus de modération et de respect de la légalité que les précédents.

Deux décisions rigoureuses, mais que Fappréhension croissante d'un danger national imminent excusait suffisamment, marquèrent les débuts de l'Assemblée législative : les nombreux prêtres qui refusaient le serment à la Constitution civile du clergé furent privés de leur traitement; les émigrés qui s'agitaient à Bruxelles et dans la vallée du Rhin pour provoquer une invasion étrangère furent déclarés conspirateurs et les revenus de leurs biens saisie au profit du Trésor. Puis, le roi de Prusse et l'emçer^MvYjfeçyççAÔL

ayant affirmé par la déclaration de Pilnitz (27 août 1 791 ) leur intention d'intervenir pour rétablir Louis XVI dans sa majesté royale, l'Assemblée invita le roi à prier officiellement les puissances de cesser leurs préparatifs de guerre.

A ce moment encore, nul ne songeait en France à faire des conquêtes en Europe : on y voulait seulement faire respecter la liberté et l'indépendance nationales, et Ton ne voyait nulle nécessité d'aller troubler la paix des autres peuples, si seulement ceux-ci nous laissaient maîtres de régler nos affaires à notre guise. Mais, quand le chancelier impérial Kaunitz répondit à la démarche de Louis XVI en proclamant « la légitimité de la ligue des souverains pour la sûreté et l'honneur des couronnes », on se prépara résolument à défendre l'intégrité du territoire, et, du jour où la guerre se déchaînait sur l'Europe, le caractère de la Révolution devait nécessairement se transformer : de pacifique et d'humanitaire qu'elle était à l'origine, elle ne pouvait manquer de devenir conquérante et âprement belliqueuse.

La situation de Louis XVI était en tout ceci plus que contradictoire : il était publiquement obligé de suivre la politique que lui imposait l'Assemblée, tandis que, par les voies secrètes, il incitait les souverains étrangers à accentuer leur mouvement d'agression contre la France. En mars 1792, il se résigna à former un ministère avec les amis du parti parlemen-

l'assemblée législative 3 s

taire des Girondins, Servan, Dumouriez et Roland; le 20 avril, il déclara solennellement la guerre à l'empereur Léopold; mais, presque au même instant, il dépêchait à ce dernier des émissaires chargés de Tencourager et de Tassurer de son concours moral. Sans être assurée de ces faits, Topinion avait le pressen timent de la trahison ; les premiers échecs éprouvés par les armées françaises la confirmèrent dans ses méfiances; le roi, ayant refusé de sanctionner un décret de l'Assemblée prononçant la peine de la déportation contre les prêtres non assermentés, fut définitivement abandonné par les Girondins et dut chercher des ministres dans la petite minorité constituée par les Feuillants; le manifeste du 25 juillet, par lequei le duc de Brunswick, général en chef de l'armée prussienne, annonçait sa mission de rétablir Louis XVI dans ses droits, acheva d'exaspérer les passions populaires; une première fois, le 20 juin, le palais royal des Tuileries avait été envahi, et le roi menacé; le 10 août, seconde émeute, qui força cette fois Louis XVI à se réfugier au sein de l'Assemblée, don* il ne sortit que pour aller achever sa triste existence dans la prison du Temple, puis sur l'échafaud.

A cette date, la populace est maîtresse de Paris et des pouvoirs publics; les officiers municipaux élus par elle, et commandés par Danton, la soulèvent à leur gré, jusqu'au jour oii ils seront eux-mêmes devancés par de plus violents qu'eux. Quand on

apprend Toccupalion de Longwy, puis celle de Verdun par les Prussiens, un vent de folie sanguinaire pousse le peuple vers les prisons, où il massacre près d'un millier de prisonniers, nobles ou prêtres pour la plupart : la Terreur naît ainsi spontanément d'un mouvement populaire, avant de devenir un instrument méthodique de règne.

L'Assemblée législative n'a cependant point oublié les périls que court la frontière. Avant môme d'avoir suspendu Louis XVI de ses fonctions, elle a proclamé la patrie en danger et organisé les enrôlements volontaires; elle décide de mettre fin à son propre mandat et de provoquer la réunion d'une Convention nationale qui réunira entre ses mains tous les pouvoirs nécessaires pour sauver le pays menacé. De séparation et d'équilibre des pouvoirs, il n'est plus question à cette heure suprême. Un magnifique élan de patriotisme amène sous les drapeaux des milliers de soldats improvisés; rapidement encadrés dans les débris de la vieille armée, ils remportent bientôt sur l'envahisseur la victoire de Valmy (30 septembre) qui rejette les PrussieYis hors de la frontière de l'Est, puis celle de Jemmapes (6 novembre) qui livre à la France les Pays-Bas autrichiens (aujourd'hui la Belgique)^ En même temps toutes les querelles constitutionnelles s'effacent momentanément devant la nécessité supérieure d'assurer le salut de la France révolutionnaire : on y ne songe qu'à fonder un gouvernement fort.

l'assemblée LEGISLATIVE 35

capable de faire face tout à la fois à la guerre extérieure et à la guerre civile ; on fait la dictature d'une assemblée, en attendant celle d'un homme. L'intrusion de l'étranger dans nos différends intérieurs a pour triple résultat d'achever la ruine de la royauté, d'éveiller l'esprit de' conquête et d'étouffer la liberté.

Page 1