CHAPITRE V
Le premier Empire.
18 mai 1804 — 6 avril 1814.
La même majorité populaire qui avait donné à Bonaparte le consulat à vie, conféra à Napoléon P' Tempire héréditaire. Pour le pays comme pour le chef de TÉtat, c'était une réponse aux entreprises des conspirateurs qui croyaient que le poignard ou le poison suffiraient à rendre la France à ses anciens rois, c'était l'affirmation des principes révolutionnaires en face de l'Europe monarchique de nouveau coalisée contre la République. Les premiers actes publics, les premières monnaies de la nouvelle ère portèrent ces deux devises contradictoires : « République française. — Napoléon P', empereur. » A vrai dire la contradiction était plus apparente que réelle : cette double mention répondait aux sentiments complexes de l'opinion, qui trouvait l'exprès-
sion suprême de la Révolution dans le choix d'un général de la République pour dictateur; il n'y avait d'ailleurs guère rien à changer dans la constitution consulaire de l'an VIII pour en faire une constitution impériale.
Le changement s'accomplit par le sénatus-consulte du 28 floréal an XII (18 mai 1804), que caractérise surtout un nouvel effort pour détruire toute opposition éventuelle. Le nombre des sénateurs devient illimité, et c'est l'empereur seul qui les nommera; il choisira aussi les présidents du Corps législatif et du Tribunat, qui voient augmenter et la durée de leur mandat et le traitement alloué à leurs membres. Mais le Tribunat perd la publicité de ses séances, seule garantie de son reste d'indépendance. Le Sénat demeure gardien de la Constitution; il peut annuler les actes contraires aux prérogatives de Tempereur, ceux qui tendent à rétablir le régime féodal ou qui sont contraires à l'irrévocabilité de l'acquisition des biens nationaux; encore l'empereur a-t-il le droit de passer outre à la promulgation. Les conquêtes sociales de la Révolution sont ainsi sauvegardées; mais de liberté, il n'est même plus question. « La politique extérieure et intérieure ne regarde pas le Corps législatif », déclare Napoléon !«'. C'est l'antipode des idées politiques de 1789 où tout était fait par l'assemblée élective. L'exécutif n'était rien en 1789; il est tout en 1804, et le soin qu'on apportait quinze ans aupa-
ravant à déterminer dans la Constitution les droits des citoyens, on le met désormais à préciser la situalion faite et les dotations accordées aux membres de la famille impériale, aux grands dignitaires et aux maréchaux, dont l'institution devait rehausser Féclat du nouveau trône, en attendant qu'un décret de 1808 créât une noblesse impériale.
II va sans dire que quelques perfectionnements légers furent introduits par la suite dans cet organisme, mais ils étaient tellement indiqués par les circonstances, tellement commandés par les principes mêmes du régime, qu'ils constituèrent à peine un événement à l'époque où ils se produisirent. Le Tribunat par exemple fut supprimé comme inutile en 1807, et son rôle joué par des commissions du Corps législatif, dont dès 1808 l'empereur revendiqua la nomination. Dans la même année 1807, il fut décidé que les magistrats ne deviendraient inamovibles qu'après avoir fait preuve, pendant cinq années d'apprentissage, d'une docilité suffisante. L'usage s'introduisit peu à peu de tout faire par décret du chef de l'État sans même respecter les formes constitutionnelles : en 1809 et à diverses reprises, un simple décret prorogea les pouvoirs des membres sortants du Corps législatif; en d'autres années, celui-ci ne fut pas du tout convoqué et l'on perçut les impôts sans son assentiment; d'autres fois encore, et toujours par simple décret, on augmenta soit les taxes existantes, soit le contingent
militaire à lever pa r voie de conscription ; il n'est pas jusqu'à la liberté individuelle qui ne fût malmenée, puisque, en 1809 encore, un décret institua des prisons d'État — réédition améliorée de la Bastille — où une décision administrative suffisait à retenir indéfiniment un citoyen.
En résumé, rien ne restait debout en France dans l'ordre politique, en dehors de Napoléon lui-même. De contrôle, de modération, d'équilibre des pouvoirs, on n'avait cure ; tout s'effaçait, tout s'abaissait devant l'empereur. Non pas que quelques isolés n'entrevissent les conséquences extrêmes d'un pareil régime. « L'organisation des pouvoirs, écrivait Rœderer dès Tan XIÏ, ne peut jouer utilement, telle qu'elle est : elle servira sans obstacle un prince violent et renversera sans obstacle un prince faible... Le Sénat, après avoir servi longtemps à autoriser des volontés arbitraires, pourra bien se croire en droit d'avoir des volontés propres; un corps qui aura tout autorisé se croira tout permis; après avoir été employé par le prince à détruire les pouvoirs constitutionnels, il pourra bien se croire en droit de détruire le prince. » La prophétie se réalisa de point en point dix ans plus tard. Après les désastres de 1813, Napoléon vaincu chercha à galvaniser les pouvoirs que lui-même avait paralysés : « Vous êtes, disait-il avec émotion au Corps législatif, vous êtes les organes naturels de ce trône; c'est à vous de donner l'exemple de l'énergie ». Mais il avait
brisé toutes les énergies, et, en 1814, ses fidèles et serviles sénateurs furent les premiers à abandonner sa cause.
Avant d'en arriver à ces extrénaités, une nouvelle période de gloire militaire allait cependant se dérouler pour Napoléon, et si la France en définitive perdit à ce jeu herculéen, avec sa liberté intérieure, le meilleur de son sang et les plus utiles conquêtes territoriales de la Révolution, ses idées du moins, celles de 1789, se propagèrent dans tout le vieux continent à la suite de ses armées longtemps victorieuses.
Napoléon avait obtenu du pape Pie VII qu'il vînt à Paris même procéder solennellement au sacre impérial (2 décembre 1804). Les préparatifs de cette fastueuse cérémonie ne détournaient point l'empereur de travaux plus sérieux. A l'intérieur, la promulgation du Code civil (1804), à l'élaboration duquel il prit une part très active et qui porta longtemps son nom, inaugura l'unification de la législation française, qui se poursuivit en 1806 pour la procédure civile, en 1807 pour les lois commerciales, en 1808 pour la procédure criminelle, en 1810 pour le droit pénal. Des routes, des canaux étaient percés de toutes parts, les ports de Cherbourg et d'Anvers améliorés, des monuments considérables érigés à Paris et dans les principales villes de France; des encouragements accordés à la filature du lin, au métier à tisser, à l'industrie du coton, à la culture de la betterave sucrière, et le coisl-
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merce, soutenu par la réputation des armes françaises, reconquérait rapidement le marché européen. A l'extérieur, Napoléon acceptait, sans répugnance d'ailleurs, de devenir roi d'Italie, pour tâcher de donner quelque cohésion à la péninsule et s'en servir, le cas échéant, comme d'un point d'appui contre l'Autriche. Mais cette résolution, qui constituait déjà une faute à l'égard des Italiens, lesquels eussent préféré assurément un prince de leur race, souligna aux yeux de l'Europe attentive les envahissements de la politique impériale; et lorsque Napoléon dut renoncer à son projet d'invasion en Angleterre, parce que la flotte française de la Méditerranée n'avait pas réussi à franchir le cap Finistère défendu par l'amiral Calder et à le rejoindre dans la Manche, la troisième coalition était déjà formée.
Elle comprenait, outre la Grande-Bretagne, la Russie, la Suède, l'Autriche et le Napolitain; l'attaque se préparait à la fois par le Hanovre, la vallée du Danube, la Lombardie et l'Italie méridionale. Napoléon se porta sur le second de ces points, contre le général Mack qui, à la tête de 80 000 Autrichiens, avait derrière lui l'armée russe. Par une de ces manœuvres qui lui étaient familières, Napoléon, au lieu d'aborder Mack à la sortie des défilés de la Forêt-Noire, t^'aversa à la hâte la Franconie, se jeta entre l'ennemi et Vienne et après les combats heureux de Wertingen, Gunzbourget Elchingen, contrai-
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gnit Mack à se replier dans UJ[^^ X)û il capitula avec toute son armée (19 octobre 1805).^ La joie procurée par cette victoire eût été sans mélangie^si, deux jours plus tard, l'amiral Nelson n'eût détruit la flotte française à Trafalgar, forçant Napoléon à. renoncer, définitivement cette fois, à atteindre par laMiî^.la puissance anglaise.
L'empereur ne se découragea pas pourtant pour ce revers maritime. Entré à Vienne le 13 novembre, il était menacé par deux armées ennemies : l'une composée d'Autrichiens et de Russes, sous les ordres directs de leurs deux empereurs, était en Moravie; l'autre, avec l'archiduc Charles, remontait peu à peu d'Italie, sous l'effort constant de Masséna et de Ney. Napoléon se porta vers la première et la défit complètement à la mémorable bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805).
L'Autriche épouvantée réclama la paix : Napoléon la lui accorda, mais à des conditions rigoureuses. Le traité de Presbourg (28 décembre 1805) céda Venise, ristrie et la Dalmatie au royaume d'Italie; le Tyrol et la Souabe autrichienne furent divisés entre les ducs de Bavière, de Wurtemberg et de Bade. La Prusse, qui n'attendait qu'une occasion de se tourner contre Napoléon, jugea dès lors prudent de donner des gages de son zèle en acceptant de lui le Hanovre en échange de Clèves, de Wesel et de Neuchatel, qu'elle cédait à la France. Elle souscrivit aussi à la dissoluUow d>\
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Saint-Empire romain '4®' nation germanique, et à la constitution dlufié^ Confédération du Rhin dont elle était excluei^*-§iifeM que l'Autriche, mais dont Napoléon commit-Ja Icnrf de faute de se proclamer officiellement le pj»t5tjectiur, au risque d'éveiller par là les légitimes s.dfjc4^ibilités du patriotisme allemand.
*•;•., be tels triomphes étaient bien propres à griser
• • * '•.\'un homme. Napoléon, dont l'imagination était tou-
jours en ébullition, n'avait pas besoin de ce stimulant pour tomber dans l'excès. Il pensa garantir définitivement ses conquêtes en y installant, avec des titres et des dotations, ses frères, ses parents et ses compagnons d'armes : Joseph Bonaparte fut ainsi sacré roi de Naples, Louis Bonaparte roi de Hollande, d'autres devinrent grands-ducs, princes, comtes, etc., en Italie ou en Allemagne, et il généralisa dans l'armée, par des distributions périodiques, le goût des honneurs et de l'argent, essayant même d'assurer la perpétuité des nouveaux apanages en constituant des majora ts inaliénables au profit des fils aînés des premiers titulaires. Il ne fit par là qu'achever de corrompre l'esprit public en donnant ainsi l'habitude et le besoin du luxe à des hommes jusque-là accoutumés au seul sacrifice de leur vie, en même temps qu'il semait le mécontentement parmi les populations étrangères, justement indignées de voir leurs terres et leur argent passer aux mains de vainqueurs aussi peu scrupuleux.
Un coup d'audace acheva cet édifice monstrueux de Tomnipotence d'un homme. Ni la Russie, ni TAngleterre n'avaient suivi l'Autriche dans la paix ; Napoléon suspectait, non sans raison d'ailleurs, la Prusse de chercher à se rapprocher d'elles pour préparer contre la France impériale une nouvelle attaque. Au lieu de s'appliquer à la contenir par la persuasion, il résolut de prendre les devants: la « grande armée », victorieuse à Austerlitz, n'avait pas encore quitté le territoire allemand; il alla se placer à sa tête, la mit en marche le 8 octobre 1806, atteignit la ligne de communication des Prussiens avec l'Elbe, et les mit en déroute le 14 octobre, par les deux batailles d'Auerstaedtetd'Iéna, où le duc de Brunswick trouva la mort ; il poursuivit ensuite le prince de Hohenlohe et Blticher et les força de se rendre, avec armes et bagages, à Preuslow et à Lubeck. En moins d'un mois, il ne subsistait rien de l'armée prussienne et Napoléon entrait à Berlin.
Maître de la côte allemande sur la mer du Nord et la Baltique, Napoléon songea aussitôt à frapper l'Angleterre par une mesure décisive : ne pouvant l'atteindre par la force, il résolut de ruiner son commerce, et par le décret de Berlin (21 novembre 1806) il proclama les Iles Britanniques en état de blocus, interdisant ainsi tout négoce avec elle. C'est ce que l'on a appelé le blocus continental : depuis la Baltique jusqu'à l'Adriatique, en passant par la Manche^ I'Oc^^yl
et la Méditerranée, toute marchandise anglaise devenait contrebande de guerre, tout citoyen anglais était bon à jeter en prison. Napoléon répondait par là à la décision qu'avait prise TAngleterre de déclarer fictivement bloqués les ports depuis Brest jusqu'à Hambourg, ce qui en interdisait Taccès aux navires neutres. Mais pour que la réponse fût complète et topique, il fallait que pas une porte ne restât seulement entr 'ouverte au commerce anglais dans toute cette partie du monde. Or, la Russie demeurait rebelle à l'ascendant et aux injonctions de Napoléon. Il résolut de vaincre ses résistances. Et c'est ainsi que, pour la première fois, il engagea la lutte corps à corps avec le colosse moscovite, bien moins pour ajouter de nouvelles victoires à son passé déjà si glorieux, que pour frapper en la personne du tsar l'Angleterre elle-même.
A mesure cependant qu'il s'éloignait de la France, Napoléon sentait le terrain moins solide sous ses pieds : il se rendait compte que le moindre échec l'exposait à une déclaration de guerre de la part des ennemis à peine soumis qu'il laissait derrière lui et qui pouvaient, d'un instant à l'autre, couper ses communications avec sa base d'opérations. Aussi n'apportait-il déjà plus dans la direction de cette campagne la même décision qui l'avait caractérisé jusqu'alors. Installé par exemple à Varsovie à la fin de 1806, il hésita à provoquer un soulèvement général des Polo-
nais, par crainte de mécontenter outre mesure la cour de Vienne. Quelques engagements préliminaires, assez meurtriers d'ailleurs, eurent lieu avec les Russes à Czarnovo, Golymnin, Soldau et Pultusk, mais Napoléon ne jugea pas devoir pousser au delà pour Finstant, et prit ses quartiers d'hiver en avant de la Vistule. Les Russes, commandés par Benningsen, pensèrent pouvoir l'y surprendre avec avantage. La bataille d'Eylau (8 février 1807) trompa leurs espérances, mais elle avait coûté tant de monde à Napoléon que, malgré sa victoire, il resta dans ses quartiers d'hiver, se bornant à assurer l'investissement de Dantzig, qui tomba entre ses mains en mai.
Dans la campagne d'été, les Russes revinrent à la charge. Napoléon avait eu le loisir et de refaire son armée et de manœuvrer de manière à attirer l'ennemi sur un terrain favorable à ses combinaisons La victoire de Friedland (14 juin 1807) amena, avec la retraite précipitée des Russes, la capitulation de la place de Kœnigsberg, la dernière ville où les Prussiens tinssent encore. Le tsar Alexandre comprit qu'il n'y avait rien à faire pour le moment ; il commençait à son tour à subir la fascination du génie de Napoléon, et concevait quelque ressentiment contre l'Angleterre de la voir sans cesse appliquée à exciter et à soudoyer la résistance des puissances continentales sans s'engager elle-même en Europe. Une
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entrevue eut lieu à Tilsitt entre les deux empereurs; la paix en sortit (8 juillet 1807).
Cette paix fut faite presque tout entière aux frais de la Prusse : réduite à ses provinces de TEst, à l'exception même de Dantzig qui fut érigée en ville libre et de Magdebourg qui reçut une garnison française, la Prusse vit former avec ses territoires entre TElbe et le Rhin un royaume de Westphalie, où fut placé un frère de Napoléon, Jérôme; la Saxe royale s'enrichit de la Pologne prussienne et fut appelée à faire partie, ainsi que la Westphalie, de la Confédération du Rhin. Au tsar Alexandre, Napoléon donna la faculté de s'emparer de la Finlande, voire même au besoin des provinces ottomanes du Danube; en . échange de quoi, il obtint pour lui-même les Bouches du Cattaro et les îles Ioniennes, avec la liberté absolue d'en agir à sa guise en Occident.
De prime abord, la France de 1807 apparaît comme à Tapogée de la grandeur que l'imagination humaine peut concevoir; en réalité, rien n'est plus fragile que l'édifice que Napoléon a élevé au prix de tant de sang et de douleurs. Comme jadis Charlemagne protégé par les marches données à ses feudataires, l'empereur est entouré de toutes parts d'une ceinture d'États vassaux, où il a placé ses clients. Mais ces États n'ont qu'une existence factice; ils sont trop faibles pour vivre de leurs moyens propres ; les princes et les fonctionnaires que Napoléon y a installés y sont comme
en Tair, au milieu de populations indifférentes ou hostiles ; le moindre souffle de vent suffira pour ruiner de fond en comble cet échafaudage, et, quand il se sera effondré, il n'en subsistera plus que les haines vivaces développées dans toute l'Europe par de tels abus de domination, la haine de la Prusse surtout qui a conçu un implacable ressentiment de l'excès de son humihation, et qui trouve dans sa misère même le stimulant nécessaire pour se regénérer elle-même et se préparer une éclatante revanche.
Napoléon est maintenant emporté par son propre système : il ne peut plus supporter nulle part la moindre contradiction ni la plus légère résistance. L^Espagne, qu'il avait négligée jusque-là, ne tarda pas à attirer ses regards, et ce fut l'origine immédiate des échecs qui le conduisaient peu à peu à sa chute.
Par une extraordinaire coïncidence, le moment que choisit Napoléon pour attaquer la péninsule ibérique était précisément celui où il eût dû éviter de se lancer dans une pareille aventure : le pape s'étant refusé tant à subir le blocus continental pour ses possessions temporelles qu'à reconnaître Joseph Bonaparte comme roi de Naples, l'empereur se résolut à occuper Rome (2 février 1808) et à transformer les États pontificaux en simples départements français. Cette initiative souleva contre lui l'hostilité du monde catholique tout entier, particulièrement en Espagne
OÙ le fanatisme religieux a de tout temps exercé une action décisive. Napoléon acheva de s'aliéner le peuple espagnol par une autre faute : Charles IV, vieux et malade, était en proie à des intrigues de cour, qui visaient à éloigner du trône son fils Ferdinand. Ce prince s'adressa à l'empereur pour implorer sa protection, et Napoléon se montra tout d'abord disposé à la lui accorder, pour s'en faire un client; mais lorsque, à la suite du soulèvement d'Aranjuez, Charles IV se décida à abdiquer en faveur de son fils Ferdinand VII, Napoléon jugea plus simple et plus expédient de faire disparaître le dernier Bourbon qui régnât encore dans l'Europe continentale : il intima à son frère, le roi Joseph, l'ordre de céder la couronne de Naples à son beau-frère Murât, pour venir incontinent prendre celle d'Espagne.
L'intrusion d'un prince étranger n'était nullement du goût du peuple espagnol : tandis que les fonctionnaires s'empressaient à faire la cour au nouveau souverain, la population, surexcitée par les prédications du clergé, s'insurgea. En quelques jours, le soulèvement fut général : une victoire de Bessières à Rio- Seco (14 juillet 1808) permit au roi Joseph de pénétrer jusque dans sa nouvelle capitale; mais battues à Saragosse et à Valence, obligées de capituler à Baylen (20 juillet), vaincues encore à Vimeiro, dans le Portugal, par les Anglais, qui s'étaient empressés de venir à la rescousse, les troupes françaises se reti-
raient, dès Tautomne de cette même année, en deçà de TÈbre.
Napoléon survint aussitôt avec des renforts empruntés à l'armée d'Allemagne, et par une série de succès remportés à Burgos, Espinoza, Tudela (novembre 1808), il ramena à Madrid son frère et le drapeau français, tandis que le général Soult refoulait les Anglais jusqu'à la Corogne, et que le général Gouvion Saint-Cyr reprenait la Catalogne. Mais Napoléon n'eut pas le loisir d'achever ni de pacifier sa conquête : l'Autriche crut devoir profiter de l'éloignement de l'empereur pour rentrer en ligne, et, abondamment pourvue d'argent anglais, comptant s'appuyer sur des insurrections allemandes et italiennes, elle déclara la guerre à la France.
Napoléon revint en toute hâte. Il arriva à temps pour réunir les armées de ses deux excellents lieutenants, Masséna et Davout, et écraser l'archiduc Charles à Abensberg et à Eckmuhl (20 et 22 avril 1809). Le 10 mai, il entrait à Vienne en triomphateur. Le 21 et le 22, il essaya de franchir le Danube pour achever la déroute de l'archiduc, mais la bataille d'Essling ne fut qu'un inutile massacre. Napoléon appela auprès de lui ses troupes d'Italie, reprit l'offensive et remporta la victoire de Wagram (5 juillet). L'Autriche, vaincue pour la troisième fois, signa dès le 11 l'armistice do Znaïm, qui devint ensuite le traité de Vienne (14 octobre) ; l'empire français s'augmen-
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tait encore de FlUyrie, et la Bavière, la Saxe, la Russie elle-même de divers territoires autrichiens.
En dépit de ce succès, Fensemble des événements n'était pas sans émouvoir et inquiéter l'opinion : à peine Napoléon parti d'Espagne, la série des revers avait repris, Soult n'ayant pu réussir à reconquérir le Portugal ni Ney à conserver la Galice, et le roi Joseph s'étant presque fait battre à Talavera (26 juillet 1809); là même où le maître exerçait en personne le commandement, la victoire coûtait plus cher que jadis, elle révélait plus d'énergie chez l'ennemi, moins de cohésion et de décision dans l'armée française, désormais appauvrie de tous les héros obscurs qu'elle avait laissés depuis quinze ans sur les champs de bataille de TEurope et ne trouvant ni dans les jeunes conscrits fournis par la patrie, ni dans les contingents étrangers et prétendus alliés de quoi les remplacer; si enfin Napoléon se trouvait éloigné, l'ennemi prenait tant d'audace qu'on crut un instant la frontière du Nord menacée quand les Anglais s'emparèrent de Flessingue (15 août 1809), et que sans la fièvre qui décima les troupes de débarquement, Anvers eût été probablement pris.
Napoléon s'apercevait des périls croissants dont il était environné, mais s'efforçait encore de défier la fortune par de nouvelles affirrtiations de ses prétentions. Non content d'avoir placé des Bonstparte aux divers trônes d'Europe, il aspira à la main d'une
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princesse impériale, espérant qu'elle lui donnerait l'héritier qu'il n'avait pas eu de sa première femme, Joséphine de Beauharnais, et qu'elle assurerait à la France l'appui moral de son pays natal. L'Autriche se prêta à ce jeu, non sans quelque résistance. Napoléon répudia Joséphine et épousa l'archiduchesse Marie- Louise (1°'' avril 1810). Un fils naquit en effet de celte union, et on le baptisa pompeusement roi de Rome (20 mars 1811). Mais à cela devait se limiter les bienfaits du mariage, si bienfaits il y eut : l'Autriche n'en devint ni plus sympathique ni plus serviable envers la France ; elle n'attendait qu'une occasion favorable pour se ruer à nouveau sur Napoléon.
Cette occasion, Napoléon la lui fournit : après la guerre d'Espagne, il ne lui restait plus qu'une seule faute à commettre, la guerre de Russie ; il ne manqua pas de s'y laisser entraîner. Le prétexte en fut fourni par la difficulté d'assurer la stricte exécution du blocus continental, qui était la grande pensée du règne et qui fut aussi la cause de sa fin. Déjà, en 1810, le roi Louis, plutôt que de ruiner le commerce de ses sujets, avait préféré abdiquer la couronne qu'il tenait de la faveur impérieuse de son frère. La Hollande, puis, bientôt après, Brème, Hambourg et Lûbeck furent réunis à la France, pour permettre à Napoléon de mieux réprimer la contrebande anglaise. La répression était moins rigoureuse daijs les ports russes de la Baltique. Napoléon somma le tsar d'avoir k^^ xx^ovi-
Irer plus fidèle dans Texécution de ses engagements. Alexandre, déjà effrayé par les progrès territoriaux delà France, qui faisaient désormais d'elle sa voisine presque immédiate, se révolta contre cette prétention. Ayant fait sa paix avec la Turquie (28 mai 1812), et s'étant assuré le concours bienveillant de la Suède, où le prince héritier, naguère général Bernadotte, avait si bien oublié ses origines françaises qu'il excitait maintenant l'opposition contre Napoléon I®"", le tsar se résolut à affronter les hasards de la lutte. Sans attendre seulement que l'Espagne fût pacifiée. Napoléon réunit 600 000 hommes, dont un tiers d'élrangers ; il partit en campagne pour atteindre Moscou, et de là — on ne s'en cachait point dans son entourage — Tiflis et l'Inde anglaise.
Il atteignit Moscou en effet, mais Moscou devait être le terme extrême de sa carrière militaire. Ayant franchi le Niémen à Kowno (24 juin 1812), il séjourna trop longtemps à Wilna, occupa Witepsk (28 juillet), puis Smolensk (17 août) après une lutte effroyable. L'ennemi faisait le vide devant lui, à mesure qu'il avançait dans les plaines immenses et bientôt glacées de l'empire des tsars. Napoléon le joignit cependant et le défit à Borodino (7 septembre), mais au prix de tels sacrifices d'hommes et de tels prodiges de valeur qu'il hésita, si loin de ses réserves, à parachever sa victoire en poursuivant l'armée russe. Il entra enfin dans Moscou, pour y trouver il est vrai un immense
brasier que le gouverneur avait allumé, en incendiant la ville avant de Tévacuer (16 septembre). Il y séjourna près d'un mois, attendant des offres de paix qui ne lui furent pas faites. Le 19 octobre enfin, le froid ayant fait sa première apparition. Napoléon décida la retraite.
Ce que fut cette retraite, chacun le sait : elle est demeurée légendaire. Napoléon n'avait déjà plus que 80 000 soldats au départ; le froid, la faim, la maladie et les combats aidant, il n'y en avait plus 20000 quand on atteignit le Niémen à la fin de décembre. Les journées de Krasnoë, de la Bérésina, de Wilna illustrèrent de nouveau les armes françaises. Mais la ténacité russe et un climat terrible eurent finalement raison du génie et du courage militaires.
Repoussé de Russie, Napoléon apprit en rentrant en France que ses armées d'Espagne remontaient peu à peu vers les Pyrénées sous l'effort continu de Wellington, qui, depuis le jour où il avait repoussé l'assaut de Masséna derrière les lignes de Torres Vedras, reprenait pied à pied le terrain perdu dans les campagnes précédentes. Mais l'empereur n'avait point le loisir de songer au midi : il laissa Wellington battre le roi Joseph à Vittoria et menacer la frontière française, parce qu'un danger plus pressant le retenait à l'est. Depuis qu'on savait en effet la puissance impériale ébranlée par les désastres de Russie, toutes les rancunes princières, toutes les haines nationales accumulées depuis douze ans contre la France se
donnaient libre essor. La Prusse se joignait à la Russie, puis T Allemagne entière au nom de son indépendance, puis TAutriche qui n'avait cure du sort de Marie-Louise. Rassemblant à la hâte une armée de soldats improvisés, Napoléon réussit à battre les alliés à Lutzen (2 mai 1813); exaspéré par le péril même, croyant encore à son étoile, et ne sentant ni le monde soulevé devant lui, ni la France épuisée derrière, il refusa de traiter en renonçant à Tlllyrie et à ses possessions allemandes. Une dernière victoire remportée à Dresde (26 et 27 août) sembla un instant lui donner raison, mais diverses défaites secondaires essuyées par ses lieutenants, et la bataille, ou plutôt les batailles de Leipzig (16-19 octobre) le contraignirent à précipiter sa retraite.
C'en était fait de toute la gloire des dernières années : la France était envahie, au sud par Wellington, à Test par Bliicher et Schwarzenberg. Napoléon essaya de galvaniser le pays en provoquant la levée en masse et rinsurrection générale : mais il avait fatigué, au point de les briser, les ressorts de Tesprit public, et parmi tous les fonctionnaires dont il avait peuplé les grands corps de TÉtat, il ne rencontrait guère que des hommes préoccupés de sauver leur vie et surtout leur fortune. Un jour, en 1812, alors qu'il était en Russie, sur le seul bruit de sa mort, tous les rouages du gouvernement et de l'administration s'étaient subitement arrêtés, car lui seul était de taille à faire mouvoir
cette énorme machine. De vie politique propre, il n'y en avait plus nulle part. Quand le malheur vint et avec lui Tinvasion, Napoléon chercha vainement la trace de Théroïque enthousiasme de 1792 : il n'avait plus en face de lui qu'un peuple las et servile, ne possédant plus de force que pour se plaindre d'avoir été trop longtemps et trop durement pressuré.
Napoléon avait encore 60000 hommes valides; il se précipita vers Test pour tenter un suprême effort, et dans la campagne de France — car c'était maintenant en France même qu'on se battait — il fit encore des prodiges de valeur. Vainqueur de Bliicher à Saint-Dizier et à Brienne (27 et 29 janvier 1814), arrêté à la Rothière (1" février), vainqueur encore sur les Prussiens à Champaubert, à Montmirail, à Château- Thierry, à Vauchamps (10, 11, 13, 14 février), puis sur les Autrichiens à Mormant, à Nangis et à Donnemarie (16 et 17 février), revenant à Bliicher pour le battre à Soissons et à Craonne, il est repoussé à Laon (10 mars), presque battu à Arcis -sur- Aube (20 et 22 mars), et lorsqu'il apprend enfin que les maréchaux Marmont et Mortier ont été vaincus sous les murs de Paris (31 mars) et que la capitale est occupée par l'ennemi, il se retire à Fontainebleau, où, succombant sous le nombre, abandonné par ses plus anciens lieutenants, il se résout à abdiquer (6 avril).
Ainsi se termina la carrière de cet homme qui, né de la guerre, périt de la guerre : elle ne devait çl\i€»
avoir, un an plus tard, qu'un court épilogue, glorieux encore peut-être, mais également néfaste pour la France. Le génie militaire aussi bien que le génie administratif de Napoléon avaient été marqués par un extraordinaire mélange de bon sens pratique et d'excès : ce qu'il fit si bien à l'intérieur, le rétablissement de l'ordre et l'apaisement des esprits, il le compromit lui-même par une compression et une centralisation outrancières ; sa mission extérieure, qui était d'affranchir le sol français de l'invasion étrangère, il la trahit par l'exagération de ses ambitions, il ramena l'invasion en France et laissa en définitive le pays plus faible qu'il ne l'avait pris de ses prédécesseurs. Son épopée ne fut pas inutile à l'Europe, en ce sens que, dans cet immense jeu de territoires dont chacune de ses guerres fut l'occasion, il la débarrassa de quantité de petites dynasties décrépites et provoqua la formation des grandes unités politiques du présent siècle; le goût de l'indépendance nationale, l'horreur de la féodalité, l'initiation à l'égalité civile, se répandirent dans le monde à la suite des armées françaises, mais, précisément parce que c'étaient des armées qui les propageaient, des haines naquirent contre la France qui ne sont pas encore éteintes. Et l'on peut dire que, si la France a dû à Napoléon une période de rayonnement et de gloire vraiment inouïs, elle lui doit aussi le plus clair de ses difficultés extérieures et intérieures actuelles.
7 avril 1814 — 26 mars 1815.
Les Cent- Jour s.
27 mars — 23 juin 1815.
Avant même que Napoléon P"" se fût résigné à abdiquer, on avait pu parler en France de restaurer les Bourbons sur le trône : à Bordeaux, où Wellington s'était avancé après sa victoire de Toulouse^ on avait proclamé roi, sous le nom de Louis XVIII, le comte de Provence, frère de Louis XVI (12 mars); à Paris même, le Sénat, inspiré par Thabile Talleyrand, s'empressait de prononcer la déchéance de Napoléon (3 avril), et d'élaborer [hâtivement une constitution qu'il comptait imposer à Louis XVIII comme condition de son avènement au pouvoir, en même temps qu'il signait avec les alliés un traité qui ramenait la France à ses frontières du 1" janvier 1792L
(28 avril).
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Cette idée de n'admettre Louis XVIII que sous condition, si elle dénotait chez ses adeptes beaucoup d'ingratitude à l'égard de Napoléon, n'en était pas moins une conception politique sérieuse : c'était en effet le seul moyen d'amener la transaction nécessaire entre les doctrines nouvelles nées de la Révolution et la partie de l'héritage de l'ancien régime que les circonstances forçaient à recueillir. Si la France avait pu faire en 1814 ce qu'elle fît en 1830, ce que l'Angleterre avait fait en 1688, bien des crises douloureuses eussent été évitées, au moins pour un assez long délai. Malheureusement, les choses prirent une tout autre tournure; la Restauration ne tarda pas à apparaître comme une réaction pure et simple contre la Révolution ; de nouvelles convulsions ne pouvaient manquer d'en résulter.
Louis XVIII, tout en étant très fermement attaché au principe du droit divin, avait l'esprit assez ouvert pour comprendre qu'il ne pouvait pas, d'un trait de plume, supprimer les faits qui s'étaient accomplis en France depuis vingt -cinq ans. Sa proclamation d'Hartwell, datée du 1" janvier 1814, avait promis notamment que les corps administratifs et judiciaires seraient maintenus dans leurs attributions, les fonctionnaires dans leurs places, les officiers dans leurs grades; que le Code civil serait conservé, « sauf quelques dispositions contraires à la religion, » et qu'on interdirait toutes poursuites relatives à la Révolution.
Ce document était muet en revanche sur le chapitre des garanties politiques à donner au pays : au lieu de profiter du mouvement de réaction qui se dessinait contre Tabus fait du pouvoir personnel par le gouvernement impérial pour se mettre à la tête du parti libéral, au lieu d'écouter les sages conseils de certains des alliés, ceux du tsar Alexandre surtout, qui comprenait à merveille l'impossibilité d'établir en France le pouvoir absolu dont il jouissait lui-même en Russie, Louis XVIII penchait à ne s'engager sur rien et offrait au pays de s'en remettre à son royal bon plaisir des concessions qu'il était d'ailleurs prêt à faire.
Ces garanties, que Louis XVIII ne donnait pas, le Sénat aurait pu les lui imposer, de concert avec les alliés, si le projet de constitution qu'il adopta dans les premiers jours d'avril n'eût révélé chez ses membres plus de préoccupations personnelles que de souci de la chose publique. Sans doute, ce projet renfermait d'excellentes dispositions au point de vue politique : deux Chambres, dont un Sénat nommé par le roi, et un Corps législatif électif et susceptible d'être dissous; un ministère responsable et dont les membres pouvaient faire partie du Parlement; un roi inviolable, mais choisi par l'acte constitutionnel en la personne de Louis XVIII; l'initiative des lois attribuée aux deux Chambres, celle des lois de finances à la Chambre élective ; bref, tout le programme du parti constitutionnel de 1789, auquel on revenait açtè^ d^
longs détours. Mais Topinion publique ne vit rien de tout cela : elle remarqua seulement que les sénateurs en exercice avaient décidé qu'ils feraient partie intégrante du nouveau Sénat, et stipulé expressément qu'ils conserveraient leurs dotations. Le calcul était trop cynique pour ne point discréditer et Tœuvre entière et le corps qui lavait élaborée. « Ce n'est pas une constitution politique, s'écria-t-on ; c'est une constitution de rentes. » Et comme il y avait autour de Louis XVIII des royalistes intransigeants, parmi lesquels son propre frère et héritier présomptif, le comte d'Artois, qui ne voulaient point renoncer à la pure doctrine du droit divin, Louis XVIII tira parti de ces dispositions pour repousser les conditions du Sénat et transformer en motu proprio les concessions qu'il était prêt à consentir. De là, la fameuse déclaration de Saint- Ouen (2 mai 1814), où Louis XVIII s'intitule « par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre », pour bien marquer qu'il tient sa couronne du droit divin exclusivement et non pas de la volonté nationale, et où il promet d'octroyer une constitution à la France, constitution qu'il soumettra, mais seulement pour avis, au Sénat et au Corps législatif. De là aussi la Charte constitutionnelle qui fut promulguée le 4 juin, et qui d'ailleurs, préparée dans une commission mixte de quelques sénateurs et de quelques députés, ne fut soumise ni au Sénat ni au Corps législatif.
Cette Charte part ouvertement du principe que la
royauté est antérieure et supérieure à tout : on se borne à réformer, par la volonté spontanée du roi, le fonctionnement ancien de l'institution monarchique. L'esprit nouveau reçoit quelques satisfactions appréciables : l'acquisition des biens nationaux est garantie ; la liberté religieuse et l'égalité des cultes assurée avec cette nuance importante cependant que le catholicisme est proclamé « religion de l'État »; la liberté de la presse promise, sous réserve de la répression des abus; la conscription militaire abolie, comme pour marquer que l'ère militaire est close; si la noblesse ancienne reprend ses titres, la nouvelle conserve du moins les siens, et la magistrature est proclamée inamovible.
Au point de vue organique, la Charte donne au roi l'initiative exclusive et la sanction des lois ; en vertu de l'art. 14, qu'invoquera en 1830 Charles X pour faire son coup d'État, le roi peut encore faire les ordonnances nécessaires à l'exécution des lois et à la sûreté de l'État. 11 nomme soit à vie, soit à titre héréditaire, les membres de la Chambre des pairs, lesquels n'ont point de dotations et délibèrent en secret. La Chambre des députés, dont les séances sont au contraire publiques, est élue par des censitaires payant au moins 300 francs de contributions directes et dont le choix ne peut se porter que sur les contribuables payant un cens minimum de 1000 francs; elle est renouvelée chaque année par cinquième. Les ministres
enfin sont responsables devant elle; ils peuvent même être mis en accusation par elle, auquel cas ils sont jugés par la Chambre des pairs qui connaît aussi des attentats contre la sûreté de TÉtat.
Malgré quelques imperfections de détail et Tétroitesse du corps électoral qu'elle instituait — le nombre des électeurs à 300 francs n'atteignait pas cent mille, — la Charte de 1814 permettait à la France d'essayer un régime libéral et pondéré, après l'excès de licence de la Révolution et l'excès d'autorité de l'empire. Pour ménager la transition, Louis XVIII avait même eu soin de replacer dans sa Chambre des pairs la plupart des sénateurs impériaux, et de laisser en fonctions, sous le nom de Chambre des députés, l'ancien Corps législatif. Aussi la masse des libéraux, dont la voix avait été si longtemps étouffée, les Benjamin Constant, les Lafayette, les Cousin et tant d'autres, accueillirent-ils avec joie cette aurore de la liberté politique.
Dans la masse du pays cependant une inquiétude chaque jour grandissante ne tarda pas à se faire jour. La Restauration n'était pas seulement en effet un phénomène politique : le retour des émigrés, à la suite de Louis XVIII, posait un problème social, et peut-être le plus redoutable de tous, puisqu'il s'agissait de faire vivre côte à côte ou de superposer deux sociétés qui, depuis vingt-cinq ans, étaient demeurées complètement étrangères Tune à l'autre, ou ne s'étaient
connues que pour se haïr. Les Français qui n'avaient pas quitté le territoire, et qu'on pouvait amener peu à peu au goût et à la pratique d'un régime libre, avaient marché avec leur temps, tenaient à conserver les conquêtes civiles de la Révolution et ne voulaient pas être troublés dans la possession des biens nationaux qu'ils avaient acquis à gros deniers comptants. Ceux au contraire qui avaient suivi les princes à l'étranger exécraient la Révolution tout autant que le despotisme impérial : ils attaquaient la Charte comme un acte d'impardonnable faiblesse; ils prêchaient le retour à « la constitution de nos pères », c'est-à-dire à la monarchie absolue; ils réclamaient, avec les terres dont ils avaient été expropriés, le rétablissement de certains privilèges, comme la prépondérance du clergé dans l'instruction publique, la préférence accordée aux nobles pour les grades militaires; ils allaient même jusqu'à revendiquer le rétablissement du droit d'aînesse en matière de succession, l'abrogation du mariage civil, et le retour aux divisions administratives de l'ancienne France; en un mot, ils faisaient profession d'être non pas des conservateurs, mais des réactionnaires, et leurs exigences effrayèrent l'opinion.
Elles l'effrayèrent d'autant plus que Louis XVIII, qui se signala plus tard par la fermeté avec laquelle il résista aux exagérations des « ultras », en était encore à garder auprès de lui des ministres ouverte-
ment hostiles à la charte qu'il venait d'édicter. Ce fait jetait déjà une suspicion naturelle sur la sincérité de son libéralisme; d'autres émurent plus directement encore le public, soit parce qu'ils heurtaient des intérêts acquis, soit parce qu'ils froissaient les susceptibilités nationales. Ainsi de la nomination comme ministre de la guerre du général Dupont, le signataire de la capitulation de Baylen ; ainsi des honneurs rendus à la mémoire de Cadoudal et de divers généraux qui avaient trahi le drapeau, du renvoi d'un grand nombre d'officiers en demi-solde et de leur remplacement dans les cadres de l'armée ou de la marine par des émigrés ayant combattu la France. Divers actes d'intolérance religieuse achevèrent de créer dans le pays un état d'irritation tel, qu'il allait bientôt suffire du moindre souffle de vent pour culbuter la Restauration.
Napoléon, enfermé dans l'île d'Elbe, était tenu au courant des mouvements de l'opinion par les nombreux amis qu'il avait conservés en France. Lorsqu'il jugea la situation des Bourbons assez compromise^ il partit soudain avec les quelques vieux troupiers qui l'avaient accompagné dans sa retraite. Il débarqua au golfe Juan le 1" mars 1815, et arriva jusqu'à Grenoble sans rencontrer la moindre résistance. Une série de proclamations, vives et enflammées comme il savait les faire, entretint le peuple dans l'idée que sa souveraineté était outrageusement violée et pro-
voqua un courant si intense de sympathies que les troupes envoyées à la rencontre de Napoléon, avec le général Labédoyère d'abord, avec le maréchal Ney ensuite, se placèrent sous ses ordres sans coup férir. Dès le 19, Louis XVIII, se sentant abandonné de tous, fuyait Paris; Napoléon y entrait le lendemain.
Il y trouva les esprits tout à fait différents de ce qu'il les avait connus, un an auparavant. Il avait bien compris dans son exil qu'il avait poussé infiniment trop loin, durant son premier règne, le mépris des libertés publiques, et ses premiers discours, en remontant du golfe Juan vers Paris, accusaient de sa part des intentions libérales. Mais à mesure qu'il avait constaté l'enthousiasme général des populations et qu'il s'était approché de la capitale, son tempérament dominateur l'avait ressaisi : et il ne traitait déjà plus que de « sujets » les hommes qu'il qualifiait de « citoyens » au début du voyage. A peine cependant se fut-il entretenu avec quelques fonctionnaires et hommes publics, il s'aperçut qu'il lui faudrait tenir le plus grand compte du désir universel de prendre des garanties contre le pouvoir personnel, et que ce que l'on reprochait surtout à la Restauration, c'était bien moins la présence d'un Bourbon sur le trône que l'insuffisance du libéralisme de ses institutions. Il prit aussitôt son parti, et ayant appelé Benjamin Constant en consultation, il lui dit : « Apportez-moi vos idées : des discussions publiques, des
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élections libres, des ministres responsables, la liberté de la presse : je veux tout cela... La liberté de la presse surtout : Tétouffer est absurde ! »
Il ne laissa pourtant pas faire, sans d'assez vives résistances, la commission qu'il chargea de lui dresser un projet. La commission voulait l'hérédité pour tous les pairs. Napoléon y répugnait. Il n'y a pas, disait-il non sans raison, il n'y a pas en France d'aristocratie véritable, dont les membres se soient signalés soit par leur puissance, soit par les services rendus au peuple. « D'ici à trente ans, mes champignons de pairs ne seront que des soldats ou des chambellans; on ne verra en eux qu'un camp ou une antichambre. » Il céda cependant sur ce point. En revanche, il imposa sa volonté sur d'autres : il exigea qu'on rayât de la Charte l'article interdisant la confiscation, ce qui jeta quelque alarme dans le monde des intérêts matériels; il stipula encore, pour souligner en apparence la permanence des traditions impériales, que le nouveau texte constitutionnel porterait le titre d'Acte additionnel aux constitutions de l'empire, ce qui, en le rattachant trop étroitement aux constitutions antérieures, fit craindre qu'on ne fût tenté quelque jour de revenir à celles-ci.
L'Acte additionnel, qui fut promulgué le 22 avril, et soumis ensuite à un plébiscite de pure forme dont les résultats furent solennellement proclamés le l^"" juin, n'en renferme pas moins quelques améliorations
sérieuses de la Charte de 1814. L'hérédité concédée à tous les pairs pouvait, avec le temps, donner une réelle indépendance à la Chambre haute; l'abaissement de l'âge d'éligibilité à la Chambre des députés de quarante à vingt-cinq ans, ouvrait aux générations nouvelles l'accès de la vie publique ; la publicité des séances des deux Chambres plaçait enfin les discussions parlementaires sous le contrôle permanent de l'opinion. Par contre, la mise en jeu de la responsabilité ministérielle était soumise à des formalités compliquées, le renouvellement intégral tous les cinq ans de la Chambre élective substitué au renouvellement partiel, et l'on revenait au système des collèges électoraux de l'an X, avec cette double différence cependant que les assemblées électorales primaires pourvoiraient tous les ans aux vacances survenues dans les collèges, et que ceux-ci, choisis parmi les contribuables les plus imposés, éliraient définitivement les députés au lieu de se borner à présenter des candidats à l'agrément du pouvoir.
Mais déjà retentissait le fracas des armes. Les plénipotentiaires des puissances, réunis en congrès à Vienne pour liquider les résultats des guerres de la Révolution et de l'empire et remanier la carte de l'Europe, s'étaient empressés de mettre Napoléon hors la loi et de resserrer les liens, à peine dénoués, de la dernière coalition. La Vendée, travaillée par les royalistes, s'insurgeait de nouveau. On revenait, d'un seul
coup, à une situation analogue à celle de 1792, Comme en 1792, le patriotisme se réveilla en France, quoique avec moins de confiance qu'alors; mais il allait se briser contre une Europe moins divisée, mieux préparée à la guerre moderne, et plus résolue à en finir définitivement avec les instincts belliqueux et révolutionnaires de la France.
Napoléon, fidèle à son génie, n'attendit pas que Tennemi vînt le chercher. Prenant Toffensive, il entra en Belgique le 15 juin avec 130000 hommes, et dès le 16, malgré la trahison du général Bourmont, il battit à Ligny les Prussiens de Bliicher, mais pas assez complètement pour que celui-ci ne pût venir seconder le 18 à Waterloo l'admirable résistance de Wellington et infliger à l'armée française une irréparable défaite. Napoléon vaincu rentra aussitôt en France, suivi de près par les alliés.
A Paris, Ton n'était nullement disposé à s'immoler et à sacrifier les libertés publiques si récemment conquises pour la gloire de Napoléon P^ La Chambre des députés, qui avait inauguré ses séances le 3 juin, s'était donné pour président Lanjuinais, un libéral avéré : malgré la pression administrative en effet et malgré les entraves multiples que le gouvernement impérial avait, en dépit de ses promesses, apportées aux polémiques de presse, il n'y avait pas eu plus d'une soixantaine de bonapartistes purs élus dans les élections générales; la grande majorité des députés
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appartenait à Topinion libérale modérée, et, dès le début de ses travaux, elle s'était préoccupée de se donner à elle-même assez de force pour contenir Napoléon vainqueur, ou lui survivre s'il venait à être vaincu. Quand on apprit le désastre de Waterloo, on pensa que l'empereur ferait un coup d'État. Sur la proposition de Lafayette, la Chambre se déclara en permanence et somma les ministres d'avoir à se rendre à sa barre. Déconcerté par cette attaque subite. Napoléon commença par interdire aux ministres de déférer à cette invitation ; puis, se voyant abandonné de tous, n'ayant plus foi dans son étoile, trahi même par ses plus proches serviteurs , par le ministre Fouché notamment, qui négociait et intriguait avec tout le monde, l'étranger même, il sentit la partie perdue pour lui. Le 23 juin, il abdiqua en faveur de son fils mineur, le roi de Rome, et partit bientôt pour Rochefort, d'où, s'étant volontairement rendu aux Anglais, il fut conduit par eux à Sainte-Hélène.
Cette solution n'était point pour déplaire aux Chambres. Après l'expérience qu'on venait de faire des Bourbons, un Bonaparte, assisté d'un conseil de régence et contenu par quelques stipulations constitutionnelles nouvelles, paraissait acceptable . On proclama donc Napoléon II, et, à toute éventualité, on prépara une revision de l'Acte additionnel. Elle servirait soit à Napoléon II, soit, s'il fallait s'y résigner, à Louis XVIII ou à, tout autre prince. La revision se fit
dans une commission de la Chambre élective : son trait saillant fut d'accorder au Parlement, concurremment avec Texécutif, l'initiative des lois, d'abolir la noblesse, la nouvelle aussi bien que l'ancienne, et de garantir à tous les Français l'égalité politique, après l'égalité civile, en n'exigeant aucune condition de cens ni pour l'éligibilité ni pour Télectorat du premier degré.
Mais tout ce beau travail devait demeurer vain. Conseillé par quelques amis plus intelligents et plus habiles que ses ministres de 1814, notamment par Lally-Tollendal , Chateaubriand et Talleyrand, Louis XVIII avait fait, de Cambrai où il s'était réfugié après son exode, une proclamation datée du 27 juin, où il s'appliqua fort heureusement à apaiser les alarmes de l'opinion publique; sans doute, il y laissait entrevoir qu'il procéderait à des élections nouvelles pour la Chambre et que quelques personnages trop compromis à son gré dans les derniers événements ne bénéficieraient point de sa clémence^ mais il reconnaissait avoir commis des fautes, il se déclarait résolu à profiter de l'expérience acquise^ notamment à constituer un ministère solidaire, et dévoué à la Charte ; il repoussait enfin avec énergie l'accusation de vouloir rétablir les dîmes et les droits féodaux . Il n'en fallut pas plus pour rassurer le public; quelques hauts fonctionnaires de la capitale, au premier rang desquels Fouché, ne demandant
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d'ailleurs qu'à donner des gages évidents de leur zèle pour s'assurer de bons emplois sous le nouveau régime, tout concourut à rendre inutiles les efforts de la Chambre : le 7 juillet, Louis XVIII annonçait qu'il rentrerait sans conditions à Paris; le 8, la Chambre fut dissoute.
Pour la seconde fois, les Bourbons se trouvaient ainsi restaurés sur le trône de France, et le drapeau blanc se substituait au drapeau tricolore, pour la défense duquel tant de sang avait coulé depuis 1792. Mais la situation était infiniment pire qu'elle ne l'avait été en 1814.
Au point de vue extérieur d'abord, la folle équipée des Cent-Jours avait réveillé les convoitises territoriales des alliés; au lieu de la bienveillance qu'ils avaient témoignée à la première Restauration, ils ne parlaient plus que de mutilation des frontières, d'indemnités formidables pour l'époque, voire même d'occupation prolongée du territoire français pour empêcher de nouvelles aventures. De fait, le traité qui termina la guerre força la France à payer plus d'un milliard de francs d'indemnités diverses, lui imposa, durant trois années, le séjour de 150000 soldats étrangers, lui enleva Philippeville, Marienbourg, Bouillon, Sarrelouis, Landau, diverses communes du pays de Gex et la Savoie, ce qui découvrait ses frontières et la laissait géographiquement et militairement plus faible qu'à la fin du règne de Louis XIV,
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tandis que tous ses voisins, tous ses rivaux en Europe avaient vu s'accroître leur puissance.
Au point de vue intérieur, l'effet ne fut pas moins fâcheux. Les libéraux, d'abord hostiles au retour de Napoléon P', s'étaient rapprochés de lui lorsqu'ils le virent disposé à leur faire des concessions, inaugurant ainsi, comme par accident, l'alliance monstrueuse du libéralisme et du bonapartisme qui se resserra et fie développa dans les années suivantes; ils avaient fait de leur mieux pour empêcher la rentrée des Bourbons, et, de leur échec comme aussi de diverses mesures de répression que Louis XVIII prit à l'égard de quelques-uns des fonctionnaires qui l'avaient abandonné au 20 mars, ils conservèrent tant de rancune qu'ils se jetèrent presque aussitôt dans l'opposition antidynastique, voire même dans les complots et les conspirations militaires. De leur côté, les royalistes ultras, avec les Polignac, les La Bourdonnaye, les Vitrolles, revenaient de leur second exil plus impétueux, plus âpres, plus implacables, plus décidés à soutenir la lutte de la France ancienne contre la France nouvelle, utilisant à cet effet et le parlementarisme et la presse, et même des sociétés secrètes dont ils couvrirent le territoire pour s'assurer un appui contre l'esprit trop condescendant du roi.
Entre un parti purement réactionnaire et un autre presque révolutionnaire, que pouvait celui-ci? Louis XVIII n'avait pas provoqué la dernière
coalition; il avait même eu grand soin de se tenir à récart des quartiers généraux ennemis durant la campagne de Waterloo, et sa présence, au moment de la paix, n'avait pas été inutile pour modérer certaines exigences des vainqueurs. Il n'en est pas moins vrai qu'il devait son trône à la seule intervention des étrangers, qu'aucun vœu de la France ne l'avait rappelé, et que le peuple de Paris, comme les Chambres elles-mêmes, lui avait témoigné plus que de la froideur à son retour. Il était résolu à tout faire pour éviter le conflit imminent entre la France bourgeoise et populaire et la France noble et royaliste. Il alla, pour donner un gage éclatant de ses dispositions, jusqu'à appeler Talleyrand et Fouché, deux hommes incontestablement issus de la Révolution, dans le nouveau ministère qu'il forma. Dans une lettre écrite trois ans plus tard à son frère, le comte d'Artois, il formulait en termes d'une rare élévation la mission qu'il s'était assignée : « Le système que j'ai adopté, disait-il, est fondé sur cette maxime qu'il ne faut pas être le roi de deux peuples, et tous les efforts de mon gouvernement tendent à faire que ces deux peuples, qui n'existent que trop, finissent par en former un seul ». Mais des intentions aussi nobles étaient singulièrement malaisées à réaliser au milieu des appétits et des passions contraires qui s'agitaient autour du roi. Il lui fallut presque un coup d'État pour se débarrasser des ultras en 1816; jusqu'en 1821, il réussit
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tant bien que mal à faire prévaloir ses vues de modération et d'équité; mais, usé par ce jeu, déjà vieilli et las de n'être ni compris ni soutenu, Louis XVIII, à partir de cette date, laissa dévier la Restauration dans la voie de la réaction, qui d'étape en étape devait la conduire à la révolution de 1830.